♡✝✝Vikernescroz✝✝Ω - $uck My $ad $wag

On vous a déjà parlé de lui sur DCDL. Notre chouchou ♡✝✝Vikernescroz✝✝Ω  repointe son nez chez nous avec une grosse mixtape rap. A la bien, sirup et testostérone. SWAAAAAAAAAAAAAAAAAAG


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Top albums 2011 (partie 2/2)

Suite et fin de notre top annuel. Bonne lecture, et je vous avoue que je me sens libéré d'un poids énorme. 2012 peut enfin commencer.

20 LV & Joshua Idehen : Routes
Damu : Unity
Salva : Complex Housing
FaltyDL : You Stand Uncertain
Zomby : Dedication

On reprend notre classement avec une orgie d'albums estampillés future garage, uk funky ou encore purple sound, parfois trivialement rangés post-dubstep. Il y en a pour les goûts, du plus roots (LV) au plus sophistiqué (FaltyDL), du plus ensoleillé (Damu) au plus mélancolique (Zomby). Une petite pensée aussi pour Salva, dont plusieurs morceaux m'ont servi de réveil matin. Tous ces disques, au-là de leurs diversités, se rejoignent sur deux points : leur savoir-faire technique et leur fluidité mélodique, loin des disques boursouflés de Rustie, James Blake et Joker. On salue en tout cas l'effervescence de ces différentes scènes, dont l'énergie et la libido n'ont pas fini de nous travailler en 2012.


19 Robag Wruhme : Thora Vukk
Roman Flügel : Fatty Folders
Dominik Eulberg : Diorama

En terme de tech-house, là encore l'Allemagne conserve son AAA, puisque les trois meilleures sorties du genre en viennent directement. Comble de la classe, toutes portent fièrement les diverses singularités du son germanique et plus généralement européen – rigorisme et recherche chez Flügel, tendance micro-house et collages sonores chez Robag Wruhme, tradition minimale et progressive chez Domink Eulberg. Trois disques de culture blanche, qui puisent leur inspiration dans l'IDM et les musiques savantes bien plus que dans n'importe quel genre soulful.





18 Destroyer : Kaputt

Dan Bejar est un grand songwriter depuis longtemps, seulement ça se savait moins. Pour les plus au fait des précédents travaux de Destroyer, Kaputt n'est qu'un disque de plus, un autre brillant essai pop aux arrangements audacieux. Pour les autres, Kaputt fait sensation, c'est un merveilleux disque de soft-pop au décorum faussement kitsch et réellement bouleversant. J'irais pas crier au génie comme si je découvrais le bonhomme, mais je félicite en tout cas  sa régularité et me réjouis d'un affichage enfin à la mesure de son talent.



17 Paolo Fresu, A Filetta Corsican Voices, D. Di Bonaventura : Mistico Meditteraneao 
Nils Okland & Sigbjorn Apeland : Lysoen - Hommage a Ole Bull  
Dino Saluzzi : Navidad de los Andes

C'est sans doute que je m'y intéressais moins depuis des années. En tout cas, je gardais de ma période obsessionnelle pour ECM records le souvenir d'un label jazz et contemporain assez snob, développant de manière très redondante leur esthétique minimaliste et ethérée. Je retrouve toujours aujourd'hui le son ECM, propre et aérien, mais cette fois appliqué à des terroirs musicaux moins coutumier : les musiques folkloriques en tous genres – corses, scandinaves, orientales et sud-américaines. Au final j'ai écouté une dizaine de ces exemples, tous sortis dans l'année, et je retiens ces trois-là, les plus beaux d'un catalogue incroyablement dense. Pas besoin de rentrer dans les détails, les références sont parlantes.



16 Giles Corey : s/t

Certains se souviennent d'Have a Nice Life, groupe sorti de nulle part qui, en 2009, avait fait gronder l'underground rock avec Deathconsciousness, un double-album d'une noirceur et d'une ambition rarement vue. Dan Barret nous est revenu l'an dernier avec Giles Corey, un projet d'une intimité troublante, liant détresse biographique (une tentative de suicide ratée) et questionnement métaphysique (la chasse aux sorcières et la perspective de l'au-delà). Le disque est un disque folk, tourmenté et épique, tellement chargé émotionnellement qu'il en devient suffocant. Douloureux mais indispensable.


15 Lil B : I'm gay
Clams Casino : Instrumentals
ASAP Rocky : LiveLoveA$AP

Après la binarisation du hip-hop (West Coast / East Coast), il y a eu sa régionalisation, avec l'influence nouvelle d'un hip-hop délocalisé (le dirty south des états de bouseux, les hipsters de Chicago, les hippies du nord, le world-hop des quatre coins du monde). On amorce une autre évolution, encore, avec la déterritorialisation du genre. Pour Clams Casino et tous les nouveaux producteurs de son style, le hip-hop n'est pas un art de rue, pas un espace de revendication, à peine une culture, c'est une mécanique, une équation, une structure décharné qu'ils habitent avec leur substance propre, la substance INTERNET. En résulte un sampling kaléidoscopique (merci Soulseek), des non-sens industriels (Clams Casino herbergé par le très exigeant label Type) et des problématiques de vie bizarroïdes (Lil B). Je sais pas si le hip-hop en sort grandit, en tout cas il en sort rafraîchi.


14 Chris Watson : El Tren Fantasma

On aurait presque oublié que Chris Watson est un des membres fondateurs de Cabaret Voltaire. Compréhensible, cela dit, puisque sa carrière solo n'a rien à voir avec la cold-wave et que, il faut bien dire, elle est immense. Chris Watson n'est rien d'autre que le plus grand acteur actuel du field recordings. Après Weather Report, en 2003, qui est un sommet absolu en terme d'enregistrement naturel, son nouveau travail s'attaque plus directement à l'histoire des hommes. El Tren Fantasma retrace le dernier voyage d'une ligne mexicaine qui parcourt le pays d'Ouest en Est, de Los Mochis à Vera Cruz. Watson capte tous les sons de ce voyage : le bruissement de la nature, le bruissement des hommes et la mécanique ferroviaire. Un triangle parfaitement agencé qui donne à cette expérience un pouvoir évocatif assez stupéfiant.


13 John Maus : We Must Become The Pitiless Censors of Ourselves
Dumbo Gets Mad : Elephants at the Door

En 2010, nous avions placé Ariel Pink tout en haut de notre classement. Pas une surprise qu'au sommet de nos albums pop de 2011, nous trouvions des rejetons de cet empire californien. Je vais pas vous faire l'offense de vous présenter John Maus, son parcours et sa personnalité ont assez été disséqués par nombre de médias d'envergure. Son dernier album, outre son efficacité exceptionnelle, a aussi le mérite d'explorer une dimension cosmique que son maître et ami Ariel Pink a toujours un peu négligé. Pour Dumbo Gets Mad, Italiens tout nouvellement arrivés à Los Angeles, leur musique, assez méconnue, croise l'esthétique lo-fi de leur nouvel région avec une pop psychédélique héritée des Flaming Lips et de Mercury Rev. Là encore un disque hyper concis et précis, sans faute de goût, entraînant et entêtant.


12 Roly Porter : Aftertime
Pinch & Shackleton : s/t
Ricardo Villalobos & Max Loderbauer : Re: ECM

À cette douzième place, un trio de disques émancipés des influences dancefloor de leurs auteurs. Roly Porter, première moitié de Vex'd, délaisse la puissance rythmique du dubstep pour laisser parler les ambiances. Aftertime tient autant du disque noise que du modern classical. Il déploie une fresque effrayante, inspiré du cycle Dune et par ricochet de ses influences SF et orientales. Pinch et Shackleton n'ont eux pas vraiment mis au second plan leurs tentations percussives, mais leurs compositions sont si évolutives et labyrinthiques qu'elles deviennent injouables en club. Ce projet collaboratif est une espèce de greatest hits de dubstep mental, tribal et atmosphérique. Quant au pape de la techno minimale qu'est Villalobos et à son acolyte Max Loderbauer (vu chez NSI et Moritz Von Oswald Trio), le geste de rupture est énorme, puisque leur album est une copieuse série de relectures expérimentales du catalogue récent d'ECM Records, des relectures qui tiennent avant tout de la musique électroacoustique la plus difficile. Le projet est exigeant, abscons diront certains, mais en tout cas moi il m'enchante – sachant quand même qu'il m'aura fallu de longues heures d'appropriation avant de prendre du plaisir.


11 The Weeknd : House of Balloons
Frank Ocean : Nostalgia, ULTRA.
Jamie Woon : Mirrorwriting

Personne n'a pu passer à côté du renouveau r'n'b. Et pour une fois pas grand chose à redire : on a vraiment l'impression d'être passé dans une nouvelle ère, à l'indépendance esthétique inédite. Frank Ocean en est un symbole fort : proche du mastodonte Def Jam et songwriter mainstream pour Justin Bieber, Beyoncé ou John Legend, Frank Ocean mène aussi une carrière parallèle avec Odd Future. Nostalgia, ULTRA est une mixtape lo-fi sortie brusquement, à l'ambiance champêtre et au sampling décomplexé, où r'n'b et pop-rock s'entrelacent pertinemment et sereinement. The Weeknd frappe encore plus fort : jamais avant House of Balloons nous n'avions entendu r'n'b aussi aérien et désenchanté. Ses singles n'en témoignent pas assez, mais le jeune Canadien est un prophète, qui a su transformer le r'n'b en litanie extraordinaire. Je serais un peu moins dithyrambique sur Jamie Woon. Pourtant, il est bien le troisième larron qu'on ne peut pas ne pas citer, celui qui incarne la sophistication anglaise. Proche des milieux garage, Jamie Woon est aussi un vrai chanteur, et son Mirrorwriting est d'une précision et d'une finition inattaquables.


10 Machinedrum : Room(s)
Kuedo : Severant
Africa Hitech : 93 Millions Miles

La rumeur courrait depuis pas mal d'années qu'à Chicago, la ghetto-tech avait muté en un genre vraiment, mais alors vraiment bizarre : la juke, où les tempos étaient propulsés à 160 BPM et où la bêtise ghetto devenait une sorte d'abstraction post-moderne. La sauce a pris en dehors de la ville beaucoup plus récemment, et on peut dire un peu partout dans le monde à partir de 2010 et de la première compilation Bang & Works de Planet Mu. Et c'est sans surprise que, dès 2011, on a vu fleurir un tas de disques hybrides, infusés plus ou moins longtemps à cette drôle de juke. Pour Machinedrum, la nouveauté est double, puisque Travis Stewart officiait surtout dans le glitch-hop avant Room(s), sublime essai combinant le garage hanté de Burial et les rythmiques urgentes du footwork. Jamie Teasdale, l'autre moitié de Vex'd (voir Roly Porter en n°12), a pris le parti de ralentir la machine et d'immerger la juke dans une solution contenant new-age, krautrock et early IDM. En classement brut, Severant serait sans doute mon disque de l'année. Le duo Africa Hitech vient lui des musiques électroniques plus savantes, puisque dans ce duo on retrouve Mark Pritchard, figure emblématique de Warp dans les années 90. Gros melting pot de dancehall, de juke et de gimmicks IDM, 93 Millions Miles possède un groove assez destructeur. On fait le pari qu'en 2012, on retrouvera d'autres disques composites aussi passionnants que ces trois-là.


9 Kendrick Lamar : Section 80
Tyler, The Creator : Goblin
DJ Quik : The Book of David 

On parlait un peu plus bas d'une déterritorialisation du hip-hop. Oui mais pas pour tout le monde. Si effectivement on s'en fout de savoir que Lil B vient de Berkeley – ses maison restant surtout Facebook et Twitter –, pour Kendrick Lamar les choses sont nettement différentes. La chaleur, la lenteur et la moiteur de son Section 80 le ramènent irrémédiablement à la culture west-coast. Idem pour son flow sensuel et l'élégance de sa démarche. Section 80 est sans doute le meilleur album rap de 2011, avec une vision panoramique et une forme parfaite qui le rendent indispensable. Même pour Tyler, The Creator, dont on vante tant l'originalité, il y a quelque chose de West Coast dans son Goblin, la clarté du son (qui est sombre mais très propre), la douce apathie du tempo et l'usage des pianos-synthés. En dehors de ça, Goblin – disque si contesté –, demeure une œuvre passionnante, certes beaucoup trop longue et inégale, mais aussi suffisamment déstabilisante et bien foutue pour qu'on adhère au projet. Et qu'on fasse taire les ignares qui snobent Odd Future parce qu'il y a dix ans, il y avait Anticon : ça n'a franchement pas de rapport. À la limite on peut rapprocher Tyler, The Creator des vieux Cannibal Ox et Aesop Rock avec les prods d'El-P, et ça c'est juste un compliment. Pas de débat en revanche pour DJ Quik, légende assez méconnue par chez nous du son G-Funk, au boulot depuis plus de vingt ans faire valoir le son californien. The Book of David est une forme de renaissance, au programme si rétro qu'il en devient incroyablement moderne : ben oui, le DIY electro-funk, c'est dans l'air du temps avec des types sacrément doués comme Dam-Funk, James Pants ou Floating Points. Et Dj Quik leur donne « la leçon du papy », à travers un album d'une finesse et d'une audace assez démente. Ça pue les années 80 comme ça sent les années 2200, et ça fait sacrément plaisir.


8 Kangding Ray : Or

En 2011, un seul disque IDM, glitch, electronic qui rend caduque tous les autres. « Or », du Français exilé à Berlin Kangding Ray, est un monument électronique d'une violence contenue et d'une aridité assommante. Étriquées et répétitives, les compositions de Or ont quelque chose de martial, de directement branché sur la techno d'Osgut Ton et du Berghain. Mais il est aussi question de lenteur et de mélodies secrètes, de rêveries industrielles aussi glaçantes que fascinantes. Du coup, c'est la première fois de ce classement que je me permets de parler de chef d'œuvre. Tenez-en compte.



7 Arrington de Dionyso’s Malaikat Dan Singa : Suara Naga
Alvarius B : Baroque Primitiva

Dans ses relents ethnocentriques voire colonialistes, l'étiquette « world » m'a toujours fait doucement rigoler. Est par définition « world » un disque de « bon sauvage », qu'il vienne d'Asie, d'Afrique ou qu'il joue de la flûte dans la Cordillère des Andes. Et on a accès aux bacs « variétés internationales » uniquement lorsqu'on a pour de bon évolué vers la raison occidentale. Heureusement qu'il y a des types ingérables pour bouger ces conceptions. Arrington de Dionyso et Alvarius B – et surtout son groupe culte Sun City Girls – en font partie. Eux font véritablement de la world, des musiques qui ne sont ni d'un pays ni d'un autre, mais du monde entier. Arrington de Dionyso chante en indonesien, utilise des techniques vocales de rituels chamaniques, mais il fait plutôt du noise-rock et n'oublie pas de s'inspirer de l'ethio-jazz d'Astatke. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, ça donne quelque chose d'assez vif et facilement audible. Pour Alvarius B, je pousse un grand ouf de soulagement, après le split de Sun City Girls qui m'avait laissé un peu orphelin. Alvarius B sur ce disque solo est assez sage, pas d'improvisations soufistes de dix minutes ou de tentatives de pop malaisienne, mais une folk psychédélique simple et très attachante, qui n'hésite pas malgré tout à tenter une incursion bossa, à déployer des belles ambiances western et à concocter une reprise de God Only Knows avec violon oriental (!).

6 Tim Hecker : Ravedeath 1972

Vous l'aurez peut-être noté. Par rapport à l'amour que je porte pour ce genre, très peu de disques ambient ont trouvé leur place dans mon classement. Pourtant j'en ai écouté des brouettes, mais aucun ne valait d'être « rajouté » à ce seul Ravedeath 1972 qui est une sorte de firmament de la discipline. Expérimental et conceptuel et en même temps grandiose et solennel, Ravedeath 1972 est un disque ambient « concentré », qui réunit toutes les qualités possibles de cette musique en évitant toutes ses dérives – les transcendances faciles et les délires de longueurs de musiciens usurpateurs. Tim Hecker apparaît même avoir encore franchi encore un cap sur cet album, lui qui possède déjà un CV gigantesque. Ce Ravedeath 1972 est peut-être son disque le plus beau et cristallin, et ce n'est pas un mince exploit.


5 Dj Diamond : Flight Muzik 

La juke, nous en parlions un peu plus bas avec Machinedrum, Kuedo et Africa Hitech : il s'agissait alors de voir comment la juke avait infiltré des musiques qui il y a encore un an, n'avaient jamais entendu parler de cette scène. Mais nous ne pouvions pas faire l'impasse sur la vrai juke, l'authentique. Et Dj Diamond est notre élu. Son album sorti chez Planet Mu est un espèce de truc informe faisant passer la guetto music pour un vaste délire dadaïste. Hideux et poussif à certains moments, révolutionnaire et exaltant à d'autres, Flight Muzik est un objet bizarre et essentiel, sans foi ni loi, qui avance à l'aveugle sur des terrains que, franchement, je n'aurais jamais osé imaginer.



4 Andy Stott : Passed Me By
Andy Stott : We Stay Together

J'aurais pu à un moment donné de mon classement réunir plein de disques techno qui tous auraient tous relevé de cette pensée dominante industrielle, avec des penchants pour l'IDM plus présents que jamais. J'aurais cité Lucy, Tommy Four Seven, Black Dog, Surgeon, Xhin, Tobias, Planetary Assault Systems, Mike Dehnert, tous ayant sortis des LP convaincants mais s'éliminant les uns les autres par trop de proximités. J'aurais pu aussi citer l'album deep-techno de Sandwell District, qui lui aurait bouleversé pour de bon mon top 3, mais j'ai considéré qu'il s'agissait d'un disque de 2010 puisqu'il était sorti pour la première fois en vinyle cette année-là. J'aurais enfin pu classer Morphosis, le véritable OVNI techno de 2011, mais en fin de compte, sa techno expérimentale rongée au space-jazz ne me plaît pas beaucoup. On pourrait donc croire que je mets Andy Stott aussi haut par défaut. Mais même pas. En fait Andy Stott est une surprise de taille considérable. Lui qui a toujours été pour moi un outsider deep techno – appliqué et sérieux mais sans génie –, le voilà qui, après avoir récité ses gammes tant d'années, passe à l'attaque avec deux gros EP ou mini LP absolument démentiels. Le geste artistique est radical : ralentissement drastique du tempo, éventration du corpus dub-techno pour n'en garder que des résidus éparses, le tout en faisant surgir une espèce de bestialité nouvelle et terrifiante. De paisible ouvrier, Andy Stott est devenu un chef de file de la techno exploratoire.  Inattendu et excitant pour l'avenir

3 The Caretaker : An Empty Bliss Beyond This World
Oneohtrix Point Never : Replica

L'hantologie, en musique, c'est cette espèce de constellation d'artistes qui évoquent les spectres du passé pour exister au présent. Le concept est tiré de Derrida, ce qui le rend encore plus séduisant.  N'empêche, il y a encore du boulot à fournir pour donner du corps à cette notion transversale. Ce qui est sûr, c'est que James Kirby en est une figure tutélaire, et qu'Oneohtrix Point Never, d'habitude esthète superficiel, n'y est pas insensible. Pour James Kirby, la musique est intimement liée à la mémoire, à sa déformation (V/VM), son idéalisation (Leyland Kirby) et ses altérations (The Caretaker). An Empty Bliss Beyond This World met en scène la mémoire qui se perd, le passé récent qui n'existe plus et les quelques traces de lointain qui persistent. Oneohtrix Point Never reprend lui le bain publicitaire de nos jeunesses pour le faire métaboliser en quelque chose d'autre, d'assez sublime et chamanique. Dans un cas comme dans l'autre, la contrainte formelle n'a rien d'une blague oulipienne ; The Caretaker transforme des morceaux jazz enthousiastes en réelles lamentations, Daniel Lopatin fait muter des partitions marketing en liquide indescriptible et incertain : ça n'a rien d'une gymnastique immotivée ou amusante, raison pour laquelle je ne mets pas sur le même plan un James Ferraro tout aussi hantologique que fatigant.


2 Colin Stetson : New History Warfare Vol.2 : Judges
Matana Roberts : Coin Coin Chapter One : Gens de Couleur Libre

Pour la plupart d'entre nous, Constellation est le label immortel du post-rock au tournant des années 2000 – avec Godspeed You! Black Emperor, Do Make Say Think, Fly Pan Am etc. Depuis, les Montréalais se sont recentrés sans grande réussite sur un folk-rock extrêmement sombre, dont les meilleurs témoins furent Vic Chesnutt et les Tindersticks. Rien, donc, ne laissait présager qu'en 2011, Constellation allait devenir un nouvel étendard du free-jazz. On le sait : le free-jazz est un genre casse-gueule, dont les succès sont toujours acrobatiques. Raison de plus pour applaudir le coup de force de Constellation, car non seulement leurs deux disques sont somptueux, mais ils se permettent en plus d'être parfaitement différents et opposés en tous points. Judges est le disque d'un saxophoniste presque solitaire, qui refuse les effets, refuse les boucles, et n'autorise pour accompagner ses bourrasques de vents que quelques spoken words féminins. L'ensemble est impressionniste, profondément mystérieux et intime. C'est l'inverse pour Matana Roberts, dont le saxo et la voix libératrice rejouent l'émancipation d'une esclave afro-américaine il y a trois siècles. Son groupe s'éclate avec elle, Coin Coin Chapter One passe sans sourciller du free le plus furieux au ragtime le plus dansant. On reste déboussolés par tant d'énergie déployée et par une telle émotion mise au travail. J'en reviens pas, encore, que ces deux albums m'aient à ce point traumatisés, et avec des manières si antagonistes.

1 Michael Pisaro : Asleep, Street, Pipes, Tones
Michael Pisaro : Close Constellations And A Drum On The Ground
Michael Pisaro : Hearing Metal 2 & 3

On évite les roulements de tambours, puisque mon numéro 1 est sans doute le moins spectaculaire de toute la blogosphère. Michael Pisaro est un compositeur expérimenté de musique contemporaine, biberonné à John Cage et membre depuis 1993 du « Wandelweiser group », réunion d'artistes traitant de « l'évaluation et [de] l'intégration du silence » dans l'écriture musicale.
Jusqu'à il y a peu de temps, Michael Pisaro évoluait en vase clos, écumant les festivals spécialisés et ne trouvant comme nouveaux auditeurs que des doctorants en musicologie. Mais une nouvelle dynamique s'est installée en 2010 : Pisaro, dont les morceaux sortaient jusque là uniquement sur le très fermé label Wandelweiser Records, est allé voir ailleurs, et doublement, en multipliant les sorties sur d'autres labels et en créant sa propre structure, Gravity Wave. En conséquence, c'est pas moins de onze albums créditant Pisaro qui sont parus entre 2010 et 2011. Et ce brusque appel d'air a permis à de nombreuses personnes, dont moi, de faire connaissance avec un compositeur qui m'apparaît aujourd'hui comme essentiel.
La musique de Michael Pisaro est toujours sinusoïdale. Elle monte, atteint un pic, redescend, s'enfonce dans le silence, puis revient, et remonte, et redescend, redevient silence et ainsi de suite. Ces oscillations sont également évolutives, l'oscillation T est toujours différente de T+1, elle-même différente de T+2. Ce qui fait qu'au-delà de cette structure élémentaire sinusoïdale, il y a une superstructure, dont la forme se dessine tout au long de morceaux d'en moyenne 40 minutes. D'où cette équilibre ténu entre une musique qui semble au premier abord immobile et qui pourtant, se déplace. À la manière du mouvement des glaciers, les compositions de Pisaro bougent, et elles bougent en se chargeant d'une tension impressionnante, d'une puissance émotionnelle complètement inattendue.
Si le cœur des morceaux est électroacoustique, Pisaro fait aussi appel à des field recordings et à des séquences de musique sacrée. Ce qui crée des sortes de diffractions : musique morte couverte de sons naturels et musique technologique liturgique. Il est donc évident qu'aussi conceptuelle que paraisse cette musique, elle est également porteuse d'une vraie valeur sensorielle et affective. Et cette multiplicité d'intérêts a rendu claire cette première place, car en plus d'être stimulantes à l'infini, ces compositions de Pisaro ont aussi fait naître chez moi des émotions inédites et extraordinairement précieuses.


Mazel Tov Tel Aviv !

2012, on joue l'ouverture. Nouveaux contributeurs, nouveaux horizons musicaux. Cette fois-ci c'est Nathan Fournier (Brainfeeders & Mindfuckers / Playlist Society) qui s'y colle, avec une mixtape garantie kasher.   

Il y a un truc très bizarre, avec la musique juive. D'un côté, il y a une attache profonde à la tradition, une opposition aux changements et à la modernité. Les communautés juives parlent yiddish entre elles, et ne se mêlent jamais avec les autres, de peur que ces autres ne menacent leurs traditions et leurs croyances. De l'autre côté, quelques décennies plus tard, on se retrouve à Tel Aviv, la Beyrouth juive, avec ses soirées débridées et sa scène Trance-Goa. Comment en est-on arrivé là ? Comment la petite communauté entre elle se retrouve à faire Ibiza sur sa plage sur les sons psychédéliques de DJs israéliens ? Triturer son violon est devenu triturer sa 303, l'air de rien. 

Mais en réalité, ce n'est pas si illogique. On trouve déjà une bonne part de danse dans le klezmer, mais il est toujours accompagné d'une mélancolie et d'une tristesse plus ou moins feinte. La trance de Tel Aviv, elle, envoie sans nuance, toute basse dehors. Les sonorités sont opposées, mais l'idée est un peu la même : dansons pour oublier. Oublier sa condition, sa pauvreté, les enfants qui font n'importe quoi, et ainsi de suite.
Et le pire, dans l'histoire, c'est qu'on trouve même des versions hispanisantes des grands classiques du klezmer, que certains réactualisent la musique juive pour en faire du rap. Le métissage n'a donc aucune limite.

Pour la Trance israélienne, l'histoire est assez amusante. Les soldats israéliens, juste après leur service militaire, sont bien contents de fuir la terre promise quelques semaines. Ils se réfugient à Goa, en Inde, où quelques DJs britanniques animent nuit et jour les dancefloor d'une musique rapide, lourde et profondément psychédélique. Les heureux vacanciers ont des étoiles dans les yeux et de la poudre dans le nez, ils sont mus par cette irrésistible envie de danser. Puis ils rentrent. Mais ils n'ont pas oublié. Ce qu'ils veulent pour leurs soirées, c'est cette musique. Du coup, Tel Aviv est devenue une des capitales de la trance music. 

Alors je me suis dis qu'il fallait tout mélanger. De la trance crasseuse de Tel Aviv et des envolées de clarinettes de Varsovie. Advienne donc que pourra de ce mélange qui ferait frémir la barbe de ton rabbin.

Nathan Fournier - Mazel Tov Tel Aviv [mixtape] by clementd

1. Learn Yiddish, Unit 1 Course Description
2. Astrix - Poison (Artcore - Hom-Mega Productions)
3. Juan Calle & his Latin Lantzmen - Havah Nagilah (Mazel Tov Mis Amigos - Reboot Stereophonic)
4. Gucci Vump - Sha! Shtil! (Original mix) (Sha Shtil/The Boogie Man EP - Sound Pellegrino)
5. Robert Gitelman - Children Of The Sun (Children of the Sun - Vandit Records)
6. Socalled - Heart Attack Feeling (Ghettoblaster - JDUB Records)
7. Infected Mushroom - Unbalanced (B.P Empire - YoYo Records)
8. David Krakauer's Klezmer Madness - Bubbemeises (Bubbemeises Lies My Grandma Told Me - Label Bleu)

Top albums 2011 (partie 1/2)

Dès le début du mois de décembre, si ce n'est même avant, les tops de fin d'années étaient un peu partout bouclés, figés, voués à être la fiche signalétique inamovible d'une année trop dense pour être balayée d'un regard. Sur DCDL, on a fait les choses différemment : notre top n'est pas un abrégé de 2011 mais en est l'ultime exploration. D'où sa forme un peu tortueuse, voire monstrueuse, qui additionne les disques sur des critères parfois logiques mais parfois aussi totalement fumeux. Il ne faut ainsi pas être trop pointilleux en parcourant notre classement, nous n'avons jamais essayé de l'être. Ce classement se veut surtout être une dernière interrogation, ouverte, sur les centaines de disques que nous avons pu écouter l'année dernière. Et l'interrogation, je le pense, peut être plus stimulante qu'un listing trop scolaire.

Notez aussi que nous avons légèrement relifté le site pour cette nouvelle année. Discret et efficace. Et nous ne faisons pas de promesses qu'on ne tiendra pas : il n'est pas certain que nous publiions des articles très souvent. Par contre on vous assure de la qualité. Peu de publications, mais sans superflu. Vous verrez bien ce que ça donnera.


40 Neon Indian : Era Extraña
Junior Boys : It's All True
Korallreven : An Album by Korallreven

On commence notre top avec trois albums ensoleillés qui, bien que tout à fait imparfaits, ont réussi à donner de la couleur  à notre année. Neon Indian, d'abord, que je me surprends à retrouver ici : j'avais à l'époque suffisamment dézingué Pyschic Chiasms pour ne plus jamais faire attention à ce groupe. Or leur Era Extraña est tout à fait respectable. Mieux, il est même très efficace. On se rend compte que ça n'a plus grand chose de chillwave, d'ailleurs, puisqu'on est dans de la synthpop très classique avec quelques touches noisy. Et mélodiquement, c'est bien au-dessus de ses collègues Washed Out ou Toro Y Moi. Pour Junior Boys pas de surprise, les canadiens livrent encore un disque d'electro-pop magnifique, maintenant bien éloigné de leurs influences tech-house ou nu-disco des débuts. Mineur mais en tous points attachant. Korallreven est pour moi plus une confirmation – j'écoutais The Truest Faith depuis plus d'un an avec un plaisir monumental. Sur album, ce side-project de The Radio Dept ne s'interdit aucun « rendez-vous en terre inconnue », avec une exotica-pop très borderline mais ô combien maligne et réjouissante.


39 Maria Minerva : Cabaret Cixous 
Peaking Lights : 936

Deux disques de chez Not Not Fun auront cette année fait l'apogée du psychédélisme lo-fi.  Peaking Lights, avec 936, offre plein de jolies parties de guitare et de basses dubby. Plus insaisissable, Maria Minerva, influencée par dixit Stereolab et la house music, met le curseur sur la lenteur, la lenteur et les effets brumeux. On peut se fier à cette pochette surréaliste, la jeune Estonienne ne se refuse rien, zéro compromis et 100% bizarrerie.


38 Alessandro Striggio : Mass in 40 Parts

Il est très rare qu'on retrouve dans mes classements des disques à proprement parler « classiques ». D'abord parce que je n'y connais presque rien, ensuite parce qu'il y a quelque chose d'anachronique à citer comme contemporaines des compositions datant de parfois plusieurs siècles. L'interprétation,  me dira-t-on, mais qu'est-ce qui fait le plus date, l'interprétation ou l'écriture, sachant que d'interprétations, justement, il y en a le plus souvent des centaines? Voilà la raison pourquoi ici je fais exception : Striggio a beau être de la Renaissance italienne, une partie conséquente de ses partitions n'a été retrouvée qu'il y a quelques années, précédemment perdue dans les tréfonds de la BNF. Cette sortie a donc un statut d'inédit, et c'est l'ensemble vocal anglais I Fagiolini qui restitue cette colossale messe polyphonique pour la première fois. Toutes les pièces jouées y sont luxuriantes, immensément complexes et à la puissance liturgique indiscutable. Les néophytes y verront peut-être un hymne national sans le match de foot qui vient ensuite, mais enfin, ce qu'il se passe ici est tout de même extrêmement fort et poignant.


37 My Jazzy Child : The Drums
Orval Carlos Sibelius : Recovery Tapes
Alexandre Navarro : Loka

Nos copains, qui ne sont pas là que parce qu'ils sont sympas, mais surtout parce qu'ils sont bons. My Jazzy Child, qui n'avait pas sorti de disque solo depuis bien longtemps, nous est revenu en début d'année avec son album le plus musclé, The Drums, direct et chaleureux, subtil et gentiment déjanté. Orval Carlos Sibelius, toujours chez Clapping Music, s'est signalé par un court album de pop hautement toxique, rempli de phrasés africains et de déviances prog en tout genre. Quant à Alexandre Navarro, son nouvel LP est un petit miracle d'electro-ambient au son de guitare bouleversant. On trinque à leur avenir !






36 Bill Wells & Aidan Moffat : Everything's Getting Older 
King Creosote & Jon Hopkins : Diamond Mine
Amor De Dias : Street of the Love of Days

Ah, le charme éternel du spleen britannique... Trois exemples cette année et trois collaborations fructueuses. Aidan Moffat et King Creosote, chacun dans leur genre formidables chanteurs, ont trouvé avec Bills Wells et Jon Hopkins des partenaires modèles, injectant finesse d'arrangements et atmosphères délicieuses à des morceaux de vie franchement émouvants. Pour Amor de Dias, c'est le leader de The Clientele, Alasdair MacLean, qui s'acoquine avec la voix des Pipas. Avec des petites touches bossa et une ambiance « coucher de soleil », MacLean renouvelle merveilleusement une formule qui, avec The Clientele, commençait à s'essouffler.





35 Wilco : The Whole Love

The Whole Love est un succès critique et public comme Wilco n'en avait plus connu depuis Yankee Hotel Foxtrot. Pourquoi pas, c'est un disque juvénile et fiévreux, enflammé et décomplexé comme ne l'étaient plus ses prédécesseurs. Mais à mon avis ce disque est un peu surfait, car il gagne en immédiateté ce qu'il perd en subtilité et en beauté discrète. Au demeurant, cela reste un bon album de Wilco, et ça suffit à légitimer sa place dans notre classement.




34 Tom Waits : Bas as Me
PJ Harvey : Let England Shake
Kate Bush : 50 Words for Snow

Des vieux en excellente forme. Tom Waits est le moins aventureux du trio, mais son Bad as Me est d'une puissance implacable. PJ Harvey s'adoucit avec le temps, à peine : moins d'électricité et plus d'arrangements déroutants, ce qui rend Let England Shake beau et intrigant sans renoncer totalement à la verve de ses aînés. Pour Kate Bush, son souhait de rendre sa musique plus économique se poursuit et franchit encore un cap. Maintenant nous pouvons le dire : elle est devenue l'égale féminine de Mark Hollis.







33 Fen : Epoch
Wolves in the Throne Room : Celestial Lineage

Parmi les tendances lourdes du black metal, la nouvelle domination de groupes affiliés « atmospheric », « depressive » ou encore « blackgaze », soient trois étiquettes qui, toutes à leur manière, tendent à édulcorer le black metal, en le ralentissant, en le rendant plus mélodique, plus « actuel ». Des tonnes d'albums sont ainsi sorties cette année à proposer des expériences black émouvantes, à fleur de peau, planantes, tirant toutes vers un référentiel emo-black efficace mais peu engageant à long-terme. Deux exceptions : Fen, groupe anglais très orienté shoegaze sans céder aux sirènes de la vulgarisation, et Wolves in the Throne Room, qui, par l'ambition de ses compositions, se démarque très franchement du ramollissement général.


32 Nicolas Jaar : Space is Only Noise

Jeune prodige à l'instar de James Blake, Nicolas Jaar aura proposé une entrée en matière plus discrète et nettement plus prometteuse que son compère. Sorte de trip-hop futuriste, Space is Only Noise est un album convaincant, enivrant, qui déploie en son sein des gestes de producteurs assez stupéfiants. Il manque juste un peu de coffre à cet album pour espérer plus que de sincères encouragements. Space is Only Noise reste encore un peu court en bouche.




31 Theo Parrish : Uget
Tiger & Woods : Through The Green

Du groove disco en veux-tu en voilà. Réunion des « ugly edits » qu'a sorti Theo Parrish depuis 2002, Uget est une immense piste de danse où les boucles funk, soul et disco se répètent jusqu'à l'horreur et la folie. Plus concis et plus vitaminé, Through The Green est un autre indispensable de soirée, aux progressions disco-house irrésistibles. On aurait pu aussi citer Parallel Dance Ensemble ou Ilija Rudman qui ont aussi bien fait bouger mes fesses cette année.


30 Grouper : A | A (Alien Observer | Dream Loss)

Le projet de Liz Harris continue de nous emporter, trois ans après le génial Dragging A Dead Deer Up A Hill. Toujours à mi-chemin entre ambient aride et dream-pop, Grouper s'étale cette fois sur deux LP, laissant le mystère infuser encore plus longuement. Sobre et majestueux.







29 Maceo Plex : Life Index
Frivolous : Meteorology
Rick Wilhite : Analog Aquarium

2011 aura été pour la house une grande année de diversité. Outre la frange deep européenne qui continue son bout de chemin sans moi (Moomin, Cavalier), nous aurons connu quelques belles galettes aussi variées que séduisantes. Maceo Plex, par exemple, que l'on connaissait dans un registre plus technoïde en tant que Maetrik, a sorti avec Life Index l'album le plus brutalement dansant de l'année. Rythmiques pachydermes, basses disco particulièrement vicieuses, culture soulful maîtrisée jusqu'au bout des doigts, tout concorde pour rendre l'objet efficace de bout en bout. Meteorology, quant à lui, est un peu l'équivalent musical de Forgetting Sarah Marshall : déprime post-rupture sous un soleil tropical. Frivolous sort tout l'attirail de la tech-house ibizienne chaude et hédoniste pour produire un album d'une nostalgie infinie, sorte de micro-house rigolote et sautillante à la tristesse assez incongrue. Rick Wilhite porte pour sa part très fièrement les couleurs de la house américaine. Brouillonne et répétitive, sa house est aussi la plus possédée de toutes, avec un groove convulsif à rendre dingue n'importe quel danseur un tantinet sensible.


28 Cass McCombs : Wit's End
Cass McCombs : Humor Risk

Dur de dire où Cass McCombs en est : Wit's End est aussi beau et réfléchi qu'Humor Risk est efficace et crétin. On note quand même une volonté de rallonger les morceaux tout en les rendant plus minimalistes en arrangements. Pour le meilleur comme pour le pire, puisque ces deux disques contiennent les meilleurs morceaux du Californien comme ses plus mauvais. Une chose est sûre : Cass McCombs est en train de devenir un songwriter difforme, et ça interpelle forcément.


27 Liturgy : Aesthethica
Tombs : Path of Totality
Krallice : Diotima

Deuxième tendance forte du black metal, outre la généralisation de l'emo-black occidentalisé, l'urbanisation du black-metal. Plus besoin de vivre dans une cabane ou de s'inspirer de paysages naturels, le black est aussi devenu une musique des villes. Trois grands disques le prouvent cette année, et tous viennent de New-York. Liturgy, dont on aura parlé toute l'année. Oui leur leader est détestable, mais bon sang, quelle drôle de proposition musicale : du Swans version black. Et s'appeler Hunter Hunt Hendrix mérite dans tous les cas un applaudissement. Tombs n'est pas à proprement dit un groupe black, puisque plutôt issu du giron Neurosis. N'empêche, sur leur troisième album, le black rôde un peu partout, et à bon escient. Sludge coup de poing, accélérations dévastatrices, Path of Totality impressionne par sa maîtrise, et du coup son côté hybride ne choque personne. Pas de questions à se poser en revanche concernant Krallice : il s'agit bien de black, du pur et dur. Plus une confirmation qu'une révélation puisqu'on les connaît maintenant depuis deux chef d'œuvres, Krallice fait dans le virtuose – longues compositions à tiroir ultra cohérentes, technique monstrueuse, musicalité à toute épreuve. Tout ce qu'on peut aimer dans le black, donc, si l'on fait l'effort de se plonger dans ce bloc effrayant de 80 minutes.


26 BJNMN : Black Square
BNJMN : Plastic World
Milyoo : Archeology

« Abstract dance », une expression qui colle assez bien aux sorties de BNJMN et Milyoo, entre IDM, house et bass music. Parfois très limpide et à d'autres moments carrément surréalistes, la musique des deux jeunes producteurs est en tout cas rafraîchissante, et capable d'atteindre des sommets exceptionnels lorsqu'elle est bien lunée. Des objets assez fascinants, même si on ne sait pas bien  toujours quoi en foutre.








25 Kurt Vile : Smoke Ring For My Halo
Real Estate : Days
Atlas Sound : Parallax

Dans la constellation pop-folk lo-fi, encore des disques magnifiques cette année. Kurt Vile, plus  précis et évident que jamais dans ses ruminations de Neil Young et Dylan. Real Estate, qui malgré une voix franchement fadasse, continue de dérouler des tapis de guitare enchanteurs. Et Atlas Sound, qui délaisse les expérimentations électroniques pour mieux frapper en plein cœur – Parallax est aussi inégal que déchirant, et Bradford Cox plus ouvert et sensible que jamais.








24 Verneri Pohjola : Aurora
Matthew Halsall : On the Go
Peter Evans Quintet : Ghosts

Quelques disques jazz à avoir trusté mon iPod en 2011. Verneri Pohjola, d'abord, dont le premier album est le plus ample et le plus accessible que j'ai vu arriver de Scandinavie depuis la grande époque d'Esbjorn Svensson. Un miracle de jazz moderne et lumineux. L'univers de Matthew Halsall est très différent pour ce jeune trompettiste de 28 ans à jamais orphelin du Miles Davis d'Ascenseur pour l’Echafaud.  On The Go est un disque assez conservateur, mais au classicisme si bien exécuté que ça marche à 100%. Peter Evans, lui, est plus connu dans les sphères expérimentales du jazz. De manière étonnante, la dernière sortie de son quintet se présente comme  très abordable, du free qui ne se refuse même pas quelques balades langoureuses. Aventurier sans être vraiment subversif, Ghosts est un grand et beau disque à cheval entre improvisations galopantes et académisme précieux.


23 Tape : Revelationes
The Sea and Cake : The Moonlight Butterfly

Deux groupes qui, de près ou de loin, ont quelque chose à voir avec le post-rock. The Sea and Cake pour des raisons généalogiques, puisque le groupe vétéran de Thrill Jockey a des liens de sang avec Gastr Del Sol, Tortoise, et que ses influences ont plus généralement tout en commun avec le post-rock première vague. Éternels outsiders un peu trop tôt mis au placard, les Chicagoans m'ont avec The Moonlight Butterfly littéralement bluffés : leur indie-pop teinté de krautock est d'une fraîcheur et d'une sensibilité rare, qui ne fait en aucun cas regretter leurs inspirations jazz aujourd'hui mises de côté. Tape est pour sa part un groupe post-rock un peu plus authentique, développant de grandes fresques instrumentales planantes et minimalistes. Revelationes est leur énième disque, qui n'est pas réussi de bout en bout, mais possède tout de même quelques uns des morceaux les plus crève-coeur que j'ai entendu cette année.


22 Desolate : The Invisible Insurrection
Balam Acab : Wander / Wonder
Shlohmo : Bad Vibes

Dans les multiples fuites en avant du dubstep, en voici les exemples les plus mélancoliques. Desolate, nouveau projet du dj house et pianiste néo-classique Sven Weisemann, est un croisement de Burial et de Max Richter. Un disque parfait, même s'il ne change pas la face du monde. Balam Acab a connu une médiatisation vachement plus cajoleuse, grâce notamment à ses proximités avec les scènes « screw » et « witch house ». Un cocktail hype et pourtant indéniablement réussi. Shlohmo, lui, ressuscite le folktronica à la sauce dubstep. Un choix de carrière assez inattendu, loin d'être inintéressan, et mille fois plus réussi que les bêtises de Bibio.





21 Vektor : Outer Isolation
Ulcerate : The Destroyers of All

Parmi les qualificatifs qui permettent de définir les différents types de metal, l'adjectif « technical » est sans doute le plus fou. « Atmopheric », « melodic », « brutal », on comprend bien ; « progressive », c'est un choix esthétique qui est historiquement raisonné ; mais « technical », quel drôle d'appellation – comme si c'était un projet en soi que de faire une musique « technique ». En tout cas, deux groupes dits technical m'ont bien fait tripper cette année, issus en plus en deux disciplines dont on parle peu sur DCDL : le trash et le death. Le trash, c'est pour moi une épreuve, avec Vektor, ça devient très fun. La démesure technique au service d'un délire futuriste quasi loufoque. Outer Isolation est une sorte de série B musicale irréprochable sur tous les plans. Après, on adhère ou pas. Ulcerate est un peu différent en cela qu'il prend plus à parti, affectivement parlant. On est pas dans l'imagerie gratuite souvent à l'œuvre dans le death – gore facile et violence comme hygiène de vie. Ulcerate est un groupe aussi technique que tourmenté, qui fonctionne sur un faux rythme où s'enregistre toute la tristesse du groupe : d'un côté une batterie hyper rapide et violente, à la mécanique quasi industrielle, de l'autre un riffing majoritairement lent, plombé et résigné. Très dense, opaque et linéaire, The Destroyers of All est noir, exigeant et diablement prenant.