GV Sound, du son gratuit pour l'hiver

On vous recommande très vivement GV Sound, un net label spécialisé dans le Noise, Dark Ambient, Drone. Miam miam, tout est gratuit sur leur bandcamp.


Offthesky - Through the Lines



Through the Lines (edit) by Offthesky SEM label 2012

Original video "Shyscapes" created by Mischa Shyukin

♡✝✝VIKERNESCROZ✝✝Ω - $UCK MY $AD $WAG vol. 03



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A tous nos lecteurs

Mythologie du metal moderne


Autour du passage aux années 2000, des millions de chevelus se sont affrontés pour décider de l’avenir du metal. Les champs de bataille furent nombreux : scènes de festival, forums Internet, rencontres de passionnés. Armés de leur bouche en guise de sifflet, d’un clavier filaire ou plus rarement d’un poing américain, ils ont guerroyé sec pour ce qui fut une des crises les plus fondamentales du genre extrême.

Comme souvent en temps de crise, la Querelle des Anciens et des Modernes s’est rejouée. Innovation contre préservation. D’un côté il y avait les militants d’un metal en voie de libération, refusant enfin les limites aliénantes des catégories. De l’autre il y avait les conservateurs, pas prêts à troquer l’âme de leur musique contre les changements de vents de l’actualité. Le débat est classique, et certes à ce titre le metal n’a aucune originalité – parlez-en aux amateurs de hip-hop –, cependant, il s’est manifesté là avec une telle intensité qu’il mérite qu’on en parle. La raison est assez simple : dans les conséquences concrètes du débat, il ne s’agissait pas de remplacer les groupes du passé par des groupes incarnant le futur, mais bien de transformer ou non les groupes déjà existant, ou tout du moins de légitimer cette transformation. Affectivement, ça avait une tout autre valeur, parce que ce qui était en jeu pour les inconditionnels de tel ou tel groupe, c’était d’admettre ou non que leurs groupes puisse se réformer voire se révolutionner.

Ils furent innombrables ces groupes qui, il y a une grosse douzaine d’années, ont renoncé à leurs racines pour épouser de nouveaux référentiels esthétiques. Et dans chaque fanbase, il y a eu schisme – entre ceux qui applaudissaient un élan créatif puissant et positif et ceux qui ne dénonçaient rien de moins qu’un pacte avec le diable. Les fractures furent nettes et sans retour : ce fut la naissance d’un nouvel horizon métallique, immense terrain de jeu pour certains, véritable Mordor artistique pour les autres.

À chaque fois ou presque, les modalités du changement étaient les mêmes, selon un adoucissement et une complexification générale de la musique. Les riffs perdaient en saleté, avec un coup de compression et une bonne couche de vernis ; le mixage visait la clarté, la spatialisation, la juste séparation des instruments plutôt que le tourbillon sonique. La structure des morceaux s’étoffait, se ramifiait, les voix claires se faisaient systématiquement une place au chaud.

L’ensemble de l’offre metal a dès lors commencé à tendre vers un nouvel idéal contre-impulsif, un idéal cérébral et globalisant refusant toute musique trop courte en bouche ou trop uniforme. Pas question de se borner à des compositions droites et directes, et pas question non plus de se limiter à des références uniques, à des influences trop monotones. C’était la fin des frontières murées entre black, death, doom, heavy et progressif. On pouvait être dès lors tout ça à la fois, successivement ou simultanément. On pouvait commencer d’une façon et finir d’une autre, changer au milieu comme bon nous semblait. On pouvait exprimer sa haine et sur un titre et sa mélancolie sur un autre, alterner les humeurs, revendiquer, s’emporter puis se retenir.

Mais très vite, la liberté mise en acte s’est étiolée. La défriche n’a quasiment pas existé. Et peut-être n’a-t-on même rien appris depuis la dualité électrique / acoustique d’Opeth, la schizophrénie de Devin Townsend, les premières explorations du black metal d’avant-garde (de Blut Aus Nord à Arcturus en passant par Negură Bunget) ou les merveilles de synthèse de Mastodon ou Enslaved – sachant que tous ces groupes ont fait l’essentiel de leur apport entre le début et le milieu des années 2000. Depuis six à huit ans, c’est malheureusement souvent la même rengaine, la même saturation de l’offre commerciale par des brouettes de groupes insaisissables et pourtant pas vraiment surprenants.
Paradoxalement, depuis que le metal s’est pris cette bouffée d’oxygène, il a moins attiré d’auditeurs extérieurs que par le passé. En devenant moins fermé, moins communautarisé en apparence, il est aussi devenu moins séducteur. On le sait, des fans de tous bords ont pendant de longues années essayé de se frotter à des styles aussi extrêmes que le black norvégien des origines ou le metal industriel anglo-saxon. Il y avait une raison à ça : c’était que ces musiques étaient aussi réellement impressionnantes et menaçantes que facilement identifiables, c’est-à-dire bordées de toutes parts par des codes et de signes clairement perceptibles.

Aujourd’hui au contraire, le principe de base n’est pas la communauté fermée – et pratique à fantasmer –, mais l’identité clairsemée, le patchwork multiréférencé. Les simples fusions ou hybridations ont été remplacés par des miniaturisations en série, de sorte qu’écouter un bon disque actuel, c’est avoir une perspective sur l’ensemble des possibilités du metal, c’est retrouver en un disque les potentialité offertes par mille autres. 

Aucune des bonnes sorties récentes ne fait l’économie de structures à tiroirs, de breaks progressifs, de parties folk, d’accélérations death ou black, de chant clair mêlé aux hurlements, de solis bien sentis qui succèdent à des parties lourdes. Ce qui à l’échelle microscopique ressemble à une audace inouïe devient terriblement barbant en constatant que c’est aujourd’hui le lot d’à peu près tous les groupes dans l’air du temps. Il suffit de prendre l’exemple de disques largement acclamés cette année : Borknagar, Enslaved, Between The Buried and Me, Ihsahn. On pourrait quasiment mettre un signe égal entre tous ceux-là. Ils sont chacun très maîtrisés et sont en même temps des pots-pourris invraisemblables, qui tiennent en un même lieu tout ce qu’on peut aimer ou détester dans le metal.

J’ai aujourd’hui la plus grande difficulté à aimer un groupe pour de bon, à saluer un album dans son entièreté. J’aime certaines séquences et d’autres me font grimacer. C’est toujours la même chose : je suis initialement conquis puis déçu quelques plans plus loin. Ou l’inverse. Pas de continuité dans mon écoute, je perçois des groupes pour qui l’ambition démesurée est devenue une norme, un préalable pantouflard. Ça change tout : l’effort de tisser des liens entre des sons historiquement contradictoires n’existe plus, c’est le règne du coq à l’âne.

Le mythe moderne du metal est celui du rassemblement et de l’évolution. On se sent obligé de s’écrier : « tel groupe évolue sans cesse », « tel autre cherche toujours à aller plus loin », « et celui-là, il est encore plus progressif qu’avant ». C’est ce qu’on ne cesse de lire à propos des derniers Enslaved ou Devin Townsend Band. Mais ce sont des foutaises. Avec un peu de recul, on voit bien que ces immenses groupes sont immobiles depuis 10 ans, que Townsend avait déjà tout dit sur Infinity ou Terria, qu’Enslaved avait fait de même sur Below The Lights ou Isa. On délire sur le futur et la nouveauté alors que le marché du metal est comme celui de l’automobile : désespérément statique malgré l’effort général pour dire le contraire.

Cela donne des envies d’être réactionnaires. Pas dans le sens où c’était mieux avant, mais dans l’objectif que ce soit mieux plus tard. Ces groupes modernes ont fait le tour des conjonctions possibles. Il est temps de passer à un stade ultérieur, qui ne serait pas de dégoter encore une association improbable, mais de détailler une nouvelle rythmique, d’imaginer un nouveau type de riffs, d’utiliser un clavier de manière inédite. C’est bien le chemin qu’a longtemps pris le metal, dont les grandes orientations se sont dessinées à l’occasion de disques monomaniaques, par des innovations brutes poussées jusque dans leurs retranchements. L’avenir doit se passer dans la simplicité, pour retrouver cette créativité première, qui soit réelle et évidente, et qu’on se dégage pour de bon de l’érudition anti-productive qui sévit aujourd’hui.

En attendant, on peut aussi se la couler douce. Car derrière le libéralisme conformiste de l’avant-garde, on voit aussi des retours communautaires, des petites niches bien spécialisées qui procurent un plaisir humble et puissant. On peut par exemple s’étonner du retour en force du trash-metal ou de l’immense qualité des sorties doom et stoner. Qui sait, ce sont peut-être dans ses branches marginales que l’on peut nourrir le plus d’espoirs. Et dans tous les cas, on sait au moins face à ces disques comment se positionner : on aime ou on aime pas. Une clarté qui en ce moment a le mérite de faire du bien.

[Mixtape] Kelton Prima - Le compte est bon

Avec son petit style nu-disco-fresh-house, cette mixtape était prévue pour l'été, ambiance beach volley et BBQ. Raté, ce sera la BO de la rentrée et des premières soirées raclette.

Derrière les platines, l'ami Kelton Prima. On vous la fait courte, vous avez toutes les infos sur sa fiche Resident Advisor. On retiendra quand-même qu'avec une vingtaine d'années de son dans les pattes, une solide collaboration avec Pilooski, un passage par le webzine de référence feu Soundicate, le bonhomme n'est pas un novice. 
Côté actu, un maxi 2 titres + remix chez Pizzico Records (Italie) et un remix de Blue Azure sur Disco Soul (Ukraine), à venir courant octobre. En projet, un maxi pour Mathematics (USA), un remix pour :MARR (White Gloves) et un rework pour un titre du prochain LP de Plastique de Rêve (DFA/Gigolo). 

Gardez la pêche. 


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Hakuna Matata Lil B !




La mascarade orchestrée par Lil B est terriblement maligne. En faisant de lui un gentil escroc en même temps qu’un « meme » particulièrement viral, il est aux portes de l’impensable : devenir un géant du hip-hop sans avoir sorti un seul disque marquant. Pas de « masterpiece » traîné à la cheville, pas le moindre tube fédérateur, son œuvre est une succession intensive de mixtapes inégales et de projets farfelus. Comment dire le contraire ? Lil B est une arnaque, mais une arnaque tellement déglinguée qu’elle attire la sympathie. 
Ses faits de gloire ? Des disques de new-age-hop d’une qualité grotesque, une auto-promotion ridiculement poussive, des lyrics répétitives et pauvres à en mourir. Et puis un projet sonore absolument illisible, un flow étonnamment moyen, une frénésie créatrice enfantine et indigeste. Tous les potards sont au max : Lil B est bien le dernier des débilos.

Le bonhomme fait pourtant preuve de génie. Et cela tient à la radicalité de sa démarche. Quand on le sent en train de patiner et que le public commence à être gavé, il ne fait pas marche arrière, au contraire, il en remet une couche, et une sévère.
Lil B vit dans une trépidante fuite en avant. Alors qu’on le pensait au départ simple manipulateur teigneux et community manager avisé, il s’est au fur et à mesure transformé en véritable tête chercheuse incontrôlable. Est maintenant loin derrière lui le temps du trublion de Myspace en quête de notoriété, le Based God est depuis devenu un aventurier de l’extrême, un explorateur du vide. Trop rapide, trop productif, il sature tellement le temps et l’espace qu’il s’est coupé de son public. Page Wikipedia obsolète, sites de fans qui tiennent pas la distance, sites officiels qui eux-mêmes prennent un train de retard ; Lil B est en peu de temps passé du statut de Prince de l’Internet à celui de personnage impénétrable dont la frénésie marketing est devenue pure abstraction.

On doit forcément détester Lil B si l’on se positionne comme amateur de hip-hop à l’ancienne, c'est-à-dire si l’on est attaché à la valeur formelle de son œuvre et à sa « street credibility ». Mais si on sort le bonhomme de la pesante histoire du rap et qu’on l’envisage sous l’angle de l’hypermodernité, Lil B fout les jetons. Tel un Kirby version petit black minable, il se gonfle de tous les symptômes de sa génération US pour s’envoler en solitaire dans les cieux les plus inexplorés. Lil B combine la démesure de Kanye West sans l’ambition créatrice et l’egotrip intimiste de Lil Wayne sans la qualité des textes. Et ces écarts avec les étalons du genre sont justement son fond de commerce, ce qui lui donne ce statut hybride de personnage pathétique mais fascinant.

Prenons l’exemple de sa couleur musicale. Bien qu’il se proclame à l’instar de Kanye West véritable conquistador du son, il ne cherche surtout pas à en faire la preuve. Des idées, il en a, mais l’envie d’en découdre pour bosser dessus, beaucoup moins. Ainsi, c'est presque fortuitement que Lil B est devenu un promoteur du cloud-rap (ce néo-genre rempli de beats new-school et de samples vaporeux), car rien chez lui ne témoigne d’un véritable activisme autre que celui du nombril. Ecouter une tape du Based God, c’est surtout comme faire des allers-retours dans un vide greniers : on croise beaucoup de merdes, on en voit de toutes les couleurs, et de temps en temps, on déniches quelques perles. Aucune unité stylistique car par définition c’est le foutoir, la succession anarchique (et parfois vivifiante) de séquences émotions et d’imitations gangster, de sonorités aventureuses et d'instrus baclées.

Et ce n'est pas côté textes qu'on retrouve plus de constance. Si Lil B a plusieurs fois étonné par sa poésie égotiste branchée aux hashtags en vogue, son imagination a des limites. Beaucoup de limites... On se retrouve même parfois gêné – le même type de sensations qu'on éprouve devant Confessions Intimes – : embarrassé par le néant qui parade devant nos yeux ou nos oreilles. Des titres entiers ne tiennent que sur la répétition de « Based God! », « Bitch! »  et « Swag! » couplé au nom de la mixtape. C'est navrant et en même temps presque inédit : chez Lil B l'amateurisme fait oeuvre, le bon cotoie le mauvais en dessinant des figures extraordinaires.

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait, je vous invite au moins à parcourir sa God's Father mixtape – sans doute sa meilleure sortie. En arpentant comme il se doit les deux heures de celle-ci, on arrive mieux à saisir toute l’ambiguïté du personnage. Tantôt précis et pertinent, tantôt délirant, Lil B y apparaît comme un dérangé affectueux, un visionnaire débile dont on ne sait jamais s'il est plus proche d'Amandine du 38 ou du théâtre de l'absurde de Beckett ou Ionesco. Une énigme, en somme, qui par sa volatilité et sa démesure n'est pas prête d'être résolue.

Télécharger la God's Father mixtape

Gohan | Peur // Peur Bleue Records PB001

C'est la toute première sortie de nos amis Peur Bleue Records et on cache pas notre joie ! On a souvent reçu Gohan chez nous, on connaît la richesse de ses mixtapes, ce goût que l'on partage avec lui pour les musiques étranges. Une nouvelle page se tourne avec la sortie de ce premier album, 'Peur', mais le ton reste le même :

"Peur has been conceived as an album with an emotional coherence. 
To be accurate, the feeling of fear (peur) is a primary human sensation caused by an actual or speculative danger. Musically, this proximity with a danger occurs through an ongoing tension – a tension expressible via a considerable variety of forms. To make this particular tension both tangible and familiar, it was necessary to incorporate external sound materials into the overall synthetic texture, especially fragments of human voices, whispers and hums. The most important was to settle the doubt. 
Then if the fear is not exclusively a human reaction, only humans seem to believe that they could potentially predict and reason it. This album is precisely built on this belief: fear in its whole complexity can be represented in introspective musical shapes."



Gohan's album "Peur" (Peur Bleue Records / PB001) from Peur Bleue on Vimeo.

On reconnaîtra dans ce teaser les plans somptueux de Valhalla Rising (Nicolas Winding Refn, 2009), avec ce type qui file les miquettes dans la dernière partie du film.

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L'album en écoute intégrale et téléchargement sur bandcamp
Peur Bleue sur FB
Peur Bleue sur Twitter

Franck Ocean, gay, Booba, mono couille ?


5Y - SEM LABEL

Une compilation gratuite pour fêter les 5 ans d'activité de nos amis  SEM label. Ça plaaaaaaaaaaane.


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Des Chibres & Des Lettres Mix by PATRWM.COM

"Patrwm.com is a monthly podcast created by Welsh music producer Iwan Morgan (Richard James, Euros Childs, Gruff Rhys, Cate Le Bon, H.Hawkline).
The idea for Patrwm came from conversations about music with the artists with which I worked and the motivation to increase dialogue about all kinds of music using the Welsh language. I hope to introduce music that doesn't get a lot of exposure and to explain what I like and what is interesting about the songs I play. Patrwm has an international outlook and I was very happy to be given the opportunity to prepare this mix.

I hope you will enjoy listening to it.

Iwan"

Hymne de la Confrérie de la Choucroute


Hymne de la confrérie de la choucroute par confreriedelachoucroute

Le site de la Confrérie de la Choucroute

DJ Rashad - Twitter (unofficial clip)

MDR



DJ Rashad / Teklife Vol 1: Welcome To The Chi sur nodata.tv

Polytechniques - 45 Tours [clip officiel]



Toute l'actu de nos BG de potes sur www.polytechniques.fr

Notre modeste contribution à la cause royaliste + Mixtape AF


Pour un tour d'horizon du mouvement (les vrais, les durs du début, pas ces tapettes de www.democratie-royale.com) en chansons, une chouette mixtape ici avec tous les plus grands tubes de l'Action Française et des bouts de discours de Maurras & cie.

Dolphins Into The Future


Dans certains travaux linguistiques contemporains – ceux de Sperber et Wilson –, l’ironie est définie comme écho, dans son discours propre, des paroles d’un autre, avec volonté, dans cette reprise, de faire saillir un contraste – sémantique, idéologique, culturel. L’ironie serait ce moment de rupture dans le flux discursive, ce décrochage où l’on fait sentir que ce n’est plus exactement soi qui parle.

La stratégie ironique, dans les normes esthétiques actuelles, est prioritaire. Avec l’évincement définitif de la notion de progrès et l’acceptation pleine de ce que les modes sont cycliques, le beau d’aujourd’hui correspond au laid d’hier, mais aussi à celui de demain. Dans cette instabilité du socialement valorisé, il est difficile de porter haut et fort sa voix propre sans risquer la déconvenue. C’est là que l’ironie devient utile, car c’est un mode de rapport aux objets qui, croit-on, nous protège et nous fait participer sans intimité. Quand on parle de la culture du gif et du smiley, de l’amour du nanar et des mèmes, c’est toujours la même origine, se mettre en scène soi-même dans le ridicule de l’autre. « Ce n’est clairement pas moi qui pourrait dire ceci ou faire cela ».

Mais à force de verser dans cette ironie, le risque est grand de prendre pour soi ce qu’on avait initialement et délibérément mentionné malgré soi. Il faut être extrêmement constant, presque rigide, pour arriver à maintenir coûte que coûte cette dissociation énonciatrice d’avec l’élément étranger. Ou alors la figure de style s’estompe pour devenir peu à peu proposition simple. Les photos d’animaux, les montages conspirationnistes , les récits elfiques ou les exclamations « coolos! » ou « chouettos !» sont par exemple devenus partie intégrante de ma personnalité. Ils ne me semblent plus incongrus, je les ai fait miens. L’évocation ironique s’est envolée mais pas le contenu de ce qui était énoncé.

Dolphins Into The Future, dans la globalité de son projet, m’interpelle sur cette question. Le belge Lieven Martens voue un culte à la chercheuse Joan Ocean, pour qui la rencontre avec les dauphins permet de prendre conscience assez finement des différentes mécaniques en jeu dans les voyages multidimensionnels, dans les téléportations et les communications extraterrestres. Lieven Martens reconnaît avoir un lien fondamental et intemporel avec le monde maritime, pas dans un plaisir concret ou dans des souvenirs de vie, mais dans une expérience qu’il juge transcendantale. L’océan et les climats tropicaux sont chez lui les leviers d’un pensée proche du panthéisme, dans une interprétation transhumaniste et exotique.



Tout chez Dolphins Into The Future respire le new age le plus raillé, de son nom à son imagerie, du discours autour de la musique à la musique elle-même. Il y a une cohérence absolue dans les différentes déclinaisons formelles du projet, tant et si bien que l’on ne voit que ça, cet horizon esthétique général d’un bleu azur, cette perspective de méditation aquatico-futuriste absolument délirante. Et quand on se positionne en tant que public par rapport à Dolphins Into The Future, ça ne peut être que par rapport à cette idée-concept qui donne sens à la musique.

Plusieurs possibilités s’offrent. On peut premièrement envisager cette œuvre en toute rationalité. Si l’on considère Lieven Martens comme sincère – je n’en doute pas –, on est alors obligé de reconnaître qu’il est profondément taré et qu’il n’a pas la lumière à tous les étages. Toutes ses paroles sont foireuses, surtout quand il estime que sa musique est celle qui était jouée il y a des siècles dans des lointaines îles micronésiennes. Quant à sa musique, elle démontre des lacunes techniques grotesques, une superficialité affligeante et un manque de construction flagrant. De l’avant-gardisme sans moyen, sans connaissance et sans génie évident. Mélange de field recordings pompiers (des bruits de vagues et des dauphins qui couinent), de krautrock joué sur calculette et de world music pour sections enfantines, ses compositions sont le plus souvent épuisantes de bêtise et de longueur.

Mais on peut tout aussi bien envisager l’ensemble de l’œuvre de Dolphins Into The Future au même titre que lorsqu’on surfe un peu trop loin dans les marges d’Internet, à visiter des espaces sémantiques et esthétiques qu’on aurait à peine pu imaginer. Il y a du plaisir à être spectateur de cette forme de folie pour le moins aventureuse, il y a comme un vertige à se confronter à un mauvais goût ou une bizarrerie aussi tuméfiés. Mais quelle valeur a ce ressenti ? J’ai d’abord été très intrigué par les premières cassettes que j’ai écoutées, Ke Mirning Pu’uwai, Plays Themes From Voyage, Voyage Shopibo Coast, Pacific City et …On Sea-Faring Isolation (tout de même ressorti chez Not Not Fun). C’était il y a deux-trois ans. Je trouvais ça rigolo et attachant, cette expédition mystique dans les lagons, même si assez insipide.

Aujourd’hui j’ai développé une forme de haine contre le dernier album de Martens, Canto Arquipélago, qui est pourtant peut-être le mieux branlé de tous. Pas une haine contre la musique elle-même – elle est nulle, c’est son droit –, mais contre le sentiment que j’ai pu éprouver et que bien d’autres éprouvent encore : une bienveillance pour le ridicule de ce projet, une espèce d’ironie mêlée de tendresse qui est à la fois une complaisance terrible et un réel refus de se mouiller.

Sperber et Wilson définissaient une ironie mordante, qui saisit une parole étrangère pour faire entendre sa différence. Le rapport que le public et les médias nourrissent à l’égard de Dolphins Into The Future est tout autre. Personne ne se passionne réellement pour la musique du Belge, et on est même pas sûr que quelqu’un l’aime pour de bon. N’empêche que son nom circule, amuse et même fascine, de la même façon que fascinent les excentricités de Strip-Tease, de la même façon que sont devenus cultes des films narcotiques comme Birdemic ou Jaguar Force, de la même façon enfin que de murs Facebook en timelines Twitter, on s’échange des gifs psychédéliques. Drôle de relativisme coulant.


Pour aller plus loin : http://www.joanocean.com/
Article également publié sur Playlist Society

Du fantomatique dans la musique : le cas Basinski (3/3)

J'ai pour cette série d'articles pensé à écouter quelques morceaux qui me semblaient significatifs. Le plus marquant est Disintegration Loops de William Basinski, qui est sans doute un des évènements esthétiques les plus décisifs de ces dernières décennies. Basinski, minimaliste new-yorkais tendance Steve Reich / Philip Glass, fouille dans ses tiroirs, découvre des vieux morceaux qu'il avait enregistré vingt ans plus tôt. En les écoutant, il est saisi : ce n'est plus la même musique, ce qu'il entend n'est plus ce qu'il avait enregistré au départ, c'est autre chose, une tentative échouée de justement retranscrire ce réel perdu. À toute vitesse, Basinski se décide à numériser les bandes de peur qu'elles se dématérialisent encore. [...]

La suite à lire chez nos chers amis Peur Bleue.

Julien LL.  

I:Cube - "M" Megamix (Album Video Teaser)

Du fantomatique dans la musique: manifeste pour une musique spirite (2/3)

Parmi les quelques livres de spiritisme que je possède, une description fait consensus. Les esprits, dans leur rapport à notre monde, vont et viennent dans un entre-deux qui n'est ni la présence, ni l'absence. Cet entre-deux fluctuant s'exprime par un double-processus de matérialisation-dématérialisation. Le spectral, c'est à la fois l'apparition imparfaite et la forme dégradée, c'est ce qui tend à être du réel mais n'y arrive jamais, bloqué dans une représentation altérée et/ou éphémère. [...] 

La suite à lire chez nos chers amis Peur Bleue.

Julien LL.  

Du fantomatique dans la musique: la terreur des musiques enregistrées (1/3)

L'histoire de la musique est à peu près aussi vieille que celle de l'humanité. Pendant la majeure partie de son évolution, elle s'est caractérisée par son absence de matérialité et sa dimension événementielle : pas de musique sans quelqu'un pour la jouer devant moi. La musique, c'est alors l'éphémère, l'art qui ne trouve à se loger que dans l'insaisissable présent – à peine attrapée que déjà envolée. Ce n'est que très récemment que son expression et sa diffusion ont été bouleversées. Avec la naissance de l'enregistrement, le rapport à la musique a changé de référentiel. Plus besoin qu'il y ait un autre réel pour qu'elle existe, un simple installation machinique suffisait. [...]

La suite à lire chez nos chers amis Peur Bleue.

Julien LL.

Mosca - Eva Mendes

CHICA CHICA CHIC

Un goût assumé pour les 90s, la VHS et les hot-dogs

Polytechniques, duo électro-vocal parisien fondé en 2011 par Nicol (chant) et Traip (production) avec un goût assumé pour les 90s, la VHS et les hot-dogs. Notre 1er single "45 tours" sortira le 30 avril en digital et vinyle, dont la face B est à découvrir dans ce mix.
Cette mixtape est un reflet non exhaustif de notre état de santé du moment.
www.polytechniques.fr



John Cooper-Clarke - Evidently Chickentown
Yacht - Paradise Engineering
N.I.N - The Hand That Feeds (DFA Remix)
Lizzy Mercier Descloux - Fire
Tom Tom Club - Wordy Rappinghood
Prince - My Name Is Prince
Rye Rye - Sunshine (feat. M.I.A)
Beastie Boys - Shadrach
Polytechniques - C'est Comme Ça
Malk De Koijn - Toback To The Fromtime
Tone-Loc - Funky Cold Medina
The Rapture - Sister Savior
Holy Ghost! - It's Not Over
Com Truise - Brokendate

Mégamix 1 | Monolake

On retient souvent de Monolake son exigence, son formalisme et sa passion des chiffres. C'est normal, l'histoire du projet a dès le début été liée à une réflexion théorique et logistique. Gerhard Behles et Robert Henke, tous deux ingénieurs du son, avaient cette conviction : créer, en musique électronique, c'est aussi créer les outils qui permettent d'en fabriquer. Et ainsi a été créée la société Ableton.

Un temps la question a pu se poser ; Ableton est-il le laboratoire de recherche née du projet artistique Monolake, ou à l'inverse, Monolake n'est-il que l'expérimentation de terrain des avancées de la compagnie ? La situation se clarifia en 2001, Monolake sortait cette année-là ses 3ème et 4ème album tandis qu'Ableton commercialisait sa première version de Live. Le pôle artistique fut occupé par Robert Henke, qui, dans Ableton, n'eut plus qu'un rôle de technicien de luxe, laissant la direction au seul Gerhard Behles.

Évidemment ce débat est un faux débat – car le temps de la création est toujours identique à lui-même, quelque soit ce qui entoure. N'empêche, pour l'auditeur, il y eut dissociation. Il fallait désormais prendre Monolake uniquement pour ce que c'était, une œuvre musicale et rien que ça – même si on s'en doute, Henke utilisait toujours pour composer la dernière version de Live. Cette dissociation a pour moi été importante à faire, même si dans les faits elle ne correspond à rien, parce que j'ai pu saisir que l'originalité d'Ableton, sa problématique, était bien différente de celle de Monolake. Ableton, à mon avis, a toujours été dans une démarche d'hybridation, entre le studio et le live, entre l'homme et la machine, quelque chose en somme de presque transhumain où l'homme pourrait devenir spontanément un créateur augmenté, ne plus travailler avec des outils mais faire un avec eux. Et il faut bien dire que cet idéal-là, je ne le retrouve pas du tout dans Monolake, où au contraire je perçois une tension, un affrontement entre des tendances contradictoires. Chez Monolake, le futurisme me paraît conservateur, il y a à la fois une propulsion vers l'avant, un désir d'évolution, et en même temps une forme de nostalgie, de lyrisme crépusculaire qui freine la marche.

Avec sa conscience d'avant-garde, Robert Henke fait progresser Monolake. La ligne tracée depuis Hongkong (1997) jusqu'à Ghosts (2012) est assez claire, c'est celle d'un assèchement croissant de l'arrangement. Le minimalisme reste, mais d'extatique et nuageux il devient aride et anxieux. Conscience d'avant-garde, donc, que de saisir le parfum du social et de le mettre en musique selon des formules compliquées. T++, membre intermittent du projet depuis 2004, en atteste ; il est la caution de cette quête, lui qui dans ses travaux solos semble déjà préfigurer le siècle prochain.

Mais on sent en même temps que chez Henke, quelque part, ça résiste, et que le futur, il était bien mieux auparavant. Ça m'évoque ce qu'on pourrait appeler les traumas du créateur. La plupart des grands innovateurs ont su un temps bousculer l'ordre établi, et ils donnaient en effet l'impression de n'avoir aucune limite. Puis leur carrière se déployant, le monde changeant à côté, on a commencé à percevoir qu'il y avait quelque chose en eux qui n'avançait pas, et qui tournoyait autour des même points. Ces traumas, on ne les efface pas, ou difficilement, et chez Henke, j'arrive à en repérer deux : le romantisme mécanique d'Autechre et la transcendance des premiers Basic Channel. J'ai l'impression que Monolake ne saura jamais dépasser ces lésions premières qui, du reste, font la beauté et la fragilité du projet.

Cette dualité entre avant-garde industrielle et souffle mélancolique, entre percées formelles et réactualisations incessantes des premiers traumas me semble assez bien mis en valeur dans mon mégamix. L'ordre des morceaux y est fait sans chronologie : j'en prends trois de chaque LP que je redistribue sans soucis de date. Entre les premiers et les derniers albums de Monolake, ça communique, et plus, même, ça se lie, ça s'entrelace, ça se nourrit, pour faire apparaître une forme d'unité, d'identité, d'union par les contraires. Je dirais pas que c'est un mix particulièrement réussi, mais en tout cas il donne le ton d'une œuvre immanquable, et c'était bien l'objectif de départ.

1 Afterglow (Ghosts, 2012)
2 Far Red (Silence, 2009)
3 Ice (Gravity, 2001)
4 Abundance (Interstate, 1999)
5 Reminiscence (Momentum, 2003)
6 Pumbicon (Polygon_Cities, 2005)
7 Cut (Cinemascope, 2001)
8 Internal Clock (Silence, 2009)
9 Macau (Hongkong, 1997)
10 Bicom (Cinemascope, 2001)
11 North (Polygon_Cities, 2005)
12 Perpetuum (Interstate, 1999)
13 Aviation (Gravity, 2001)
14 Tetris (Momentum, 2003)
15 Mass Transit Railway (Hongkong, 1997)
16 Terminal (Interstate, 1999)
17 Nucleus (Gravity, 2001)
18 Indigo (Cinemascope, 2001)
19 Credit (Momentum, 2003)
20 Void (Silence, 2009)
21 Unstable Matter (Ghosts, 2012)
22 Foreign Object (Ghosts, 2012)
23 Invisible (Polygon_Cities, 2005)
24 Occam (Hongkong, 1997)

Durée : 1h39 

Mégamix 0 | Comment appréhender une discographie abondante ?

Un mégamix, qu'est-ce que c'est ? Ou plutôt, à quoi ça sert ? Le mégamix tel que je l'entends, dans cette nouvelle série, aide à se forger une représentation juste d'un groupe ou artiste dont l’œuvre est vaste, si vaste qu'en général nous en avons une connaissance parcellaire et déséquilibrée.

Quand on veut se sensibiliser à une discographie abondante et qu'on veut réellement la découvrir, plusieurs angles d'attaque sont possibles. On peut chercher d'abord à en connaître les objets les plus proches de nous et de notre actualité, c'est à dire les plus récents. Ça se défend, et en même temps, en dehors de la contingence temporelle, c'est le règne de l'arbitraire : on étalonne un ensemble d'objets culturels sur quelques uns d'entre eux d'après un unique critère auto-centré – celui de la date de notre démarche. Ce procédé est tout à fait comparable à la visite d'une ville sans le moindre guide, en balayant alentour à partir de notre point de départ. On voit bien ce que cela donne : on risque fort de passer à côté de ce qui est le plus souvent reconnu comme important, signifiant, réussi voire immanquable et on met le curseur uniquement sur le vécu personnel.

On peut aussi chercher à l'inverse à connaître ce qui, d'un groupe ou artiste, doit être connu. On essaie alors de dégager un savoir intersubjectif envisagé comme consensus. C'est ce qu'on appelle le chef-d’œuvre, qu'on peut déchiffrer sur des sites comme Rate Your Music ou Sens Critique ou qu'on peut déceler dans les médias qu'on affectionne – la référence au chef-d’œuvre y est régulière dans n'importe quelle critique de l'artiste concerné. On fait alors du tourisme culturel : ce qui nous intéresse, ce n'est pas la connaissance pondérée d'une œuvre, encore moins la recherche d'un rapport personnalisé à elle, mais la maximisation du plaisir selon le plaisir éprouvé par d'autres. Et le risque est alors le même que celui qui suit d'un peu trop près son Guide Michelin, c'est le risque de la réduction biaisée et non représentative de l'ensemble qu'il prétend résumer. Un guide touristique de la Thaïlande est-il un juste condensé de la Thaïlande en général ? Je vous laisse imaginer la réponse, et elle est la même lorsqu'on remplace "guide touristique" par "Pet Sounds" et "Thaïlande" par "Beach Boys".

Pour les artistes et groupes les plus connus, il existe enfin la solution des compilations ou des best-of. Là encore la réduction est orientée. Ce qui est privilégié, c'est un certain type de morceaux défini à l'avance et qui par principe exclut les autres. On peut ainsi avoir des musiques extraites d'époques très différentes et d'albums très nombreux, toutes seront au moins liées par leur format, leur tonalité ou leur approche, avec donc le message sous-entendu que le reste est différent voire carrément moins bien.

Il n'y a pas de secret pour celui qui veut avoir la représentation la plus précise d'une discographie : il faut multiplier les méthodes, écouter d'un même bloc le chef d’œuvre attitré et le vilain petit canard, l'album le plus écouté et le plus méconnu, le plus récent et le plus ancien, en ajoutant pourquoi pas quelques compilations ou enregistrements live. Là, par approximation, on peut arriver à quelque chose de plus pertinent, à un panel un peu moins faussé. Mais un autre problème se présente alors, celui de l'investissement. En temps, en argent et en affect. Maîtriser 15 albums d'un même projet, c'est un effort colossal que seuls les plus passionnés ou les plus fous peuvent produire. Et on en arrive à une conclusion élitiste : seule une frange infime des auditeurs peut prétendre avoir cet connaissance juste, tout simplement parce qu'ils sont des forcenés.

Dans mon parcours de mélomane, je me suis heurté à tout un tas de fausses interprétations, j'ai construit une profusion de généralisations délirantes. J'ai été réducteur, de mauvaise foi, j'ai idéalisé sur du vent, détesté sur du rien. Et je ne le regrette pas, parce que ça bouge, ça vie, ça écrit des histoires. Mais je suis aujourd'hui emmerdé quand après tout ça, je veux faire connaître un groupe. Pas une chanson ou un album, un groupe, parce que mon lien affectif se noue à l'égard d'artistes et pas d'objets. Comment transmettre à quelqu'un la connaissance fiévreuse que je peux avoir d'un projet à l'étendue monstrueuse ? On repart sur les méthodes citées précédemment : on conseille un album ou un autre, en sachant que de toutes les manières, la transmission va rater. L'idée du mégamix est née du désir que justement ça rate un peu moins.


Le mégamix répond à plusieurs critères :

1 Il est un cocktail équilibré et proportionné entre les différentes sorties d'un groupe ou artiste. On ne fait pas l'impasse sur une période jugée mineure ou à l'inverse sur un album que tout le monde connaît.

2 On ne fait pas taire les diversités. Les différentes facettes d'un projet doivent être nécessairement intégrés. Pas de parti pris stylistique. Le mégamix doit sur ce point être exhaustif.

3 Le mégamix part d'un point de vue relativiste : ce n'est pas une collection de morceaux à mon goût ou de ceux que je considère comme les meilleurs. C'est une collection de morceaux choisis uniquement pour leur potentiel de représentativité.

4 Compte-tenu des critères précédents, la forme du mix est la plus adéquate. Elle est celle qui peut au mieux les contenir, c'est à dire les faire tenir ensemble. Avec la grande disparité des morceaux sélectionnés, seul un mix peut rendre l'ensemble écoutable et cohérent.

Le but, c'est qu'en écoutant un mégamix, on puisse avoir une idée à peu près raisonnable et pertinente – en évitant le maximum de biais méthodologiques – de ce qu'un artiste a pu faire. Le tout sans perdre des dizaines d'heures.

Ça commence demain avec Monolake.

Mr. Muthafuckin' eXquire - Freestyle

Jeudi c'est booty.

Korallreven - Sa Sa Samoa (Elite Gymnastics Remix)

On va pas se mentir, on est des ravers de salon.


わめく▷ ⎛VISUAL⎠ from ELITE GYMNASTICS on Vimeo.

Agent Provocateur - The Initiate

Pas malheureux le type.

[Mixtape] Crame | Faudrait pas que j'me laisse aller

On vous avait prévenus, 2012 c'est l'année de l'ouverture pour DCDL. Il y a les copains bavards, les belles plumes, les théoriciens ; il y a de la place aussi pour ceux qui préfèrent nous raconter une histoire en musique. Un grand merci à Crame (Brain, Tsugi, I'm A Cliché...) pour cette belle sélection hivernale.  

Parler du mix, je ne saurais pas trop quoi dire. Il y a une sorte d'histoire derrière, c'est comme la BO d'un film qui n'existe que dans ma tête et dont je garde le synopsis secret. -Crame



1.A Silver Mt. Zion - Movie (Never Made)
2.K.B. Frau - Avec/Pour - Poème-Partition J
3.Chromatics - Ice Hatchets
4.Mary Ocher - Advocate of Evil
5.Gang of Four - Paralysed
6.Tricky - Ghetto Youth
7.G.Rizo - Je me Mentis
8.Maryam Saleh & Zeid Hamdan - Esla7at
9.Bot'Ox - The Boat Trap
10.Principles of Geometry - Carbon Cowboy (Krikor edit)
11.interview of Nina Simone ("If I had my way, I'd have been a killer")
12.Mylo - Paris Four Hundred (Sebastian remix)
13.Zombie Nation - Mas de Todo (Rebolledo remix)
14.Booze - Side Effect
15.DJ Hell - Let No Man Jack
16.Yoko Ono - Don't Worry Kyoko
17.Sloy - Idolize
18.Expérience - Qu'est-ce qu'on attend ? (NTM cover)

Quel tube pour la crise ? (par Derrosaure)

Depuis trois ans, elle nous gonfle. Elle le fait à la télévision, dans la presse, aux repas de famille arrosés et même, diront certaines mauvaises langues indignées, dans notre vie de tous les jours. Seul le domaine musical semble étrangement épargné par la crise. Loin d’être gagnée par la morosité ambiante, la musique continue de nous faire bootyshaker dans l’insouciance. Fait étrange et, nous allons le voir, unique dans l’histoire, la crise actuelle n’a pas de tube. 




Pas question ici de jouer les érudits et de chercher dans la multiplication de l’offre musicale, l’atomisation du corps social ou que sais-je d’autre, les raisons de cette absence. Non, la crise réclame de l’action et, 2012 étant là, il est grand temps pour l’auteur de ces lignes de prendre ses responsabilités et de trouver à ce problème la solution que la France réclame à grands cris !

Pour ce faire, il apparait nécessaire de revenir sur les crises précédentes et de déterminer ce qui fait une bonne chanson de crise. On se limitera ici, pour des raisons de nationalisme évidentes, à l’étude de nos bonnes vieilles crises franchouillardes.

Commençons par la plus belle d’entre toutes, la révolution française. 1789, l’État est en faillite, les ébats du serrurier et de l’autrichienne n’amusent plus personne, les gabelous se font caillasser dans les villages et l’aristocratie se rebiffe contre l’absolutisme. Trois ans d’un joyeux bordel  et quelques exécutions plus tard, Claude Joseph Rouget de Lisle met au jour le premier tube de crise de l’histoire ; la Marseillaise est née. Elle restera pendant treize longues années en haut du hit-parade, avant d’être sournoisement détrônée à Waterloo par la coalition des amoureux du classique. Une bonne chanson de crise est guerrière et lyrique.

Les allemands, qui ont toujours su faire bon usage des inventions françaises, retiennent la leçon. En 1870, c’est au son de la Chevauchée des Walkyries que Wagner et ses compatriotes viennent égorger nos fils et nos compagnes, sans se douter qu’ils précipiteront par là l’avènement d’un nouveau genre musical de crise. La chute du second empire laisse en effet la place libre à la gabegie communarde. Écrasée par Adolphe Thiers, la commune nous lèguera pourtant, grâce à l’intervention du chansonnier Eugène Pottier, un hymne qui donnait encore il y a peu leur saveur aux meetings d’Arlette Laguiller,  L’Internationale. D’abord chantée sur l’air de La Marseillaise, il faudra tout de même attendre 1888 et le remix de Pierre Degeyter pour qu’elle connaisse le succès qu’on lui connait. À nouveau type de crise, nouveau son ; la bonne chanson de crise est sociale et idéologique.

Qualifiée de guerre civile mondiale de trente ans par certains historiens, la période 1914-1945, voit l’apogée de la chanson militaro-politique.  C’est un constat, les charniers de la Somme ou d’Oradour-sur-Glane, loin de coller le bourdon à tout le monde, dopent la créativité de nos pousse-chanson nationaux. Dans les cabarets, on nous explique, leçon à méditer, qu’une mitrailleuse vaut bien une femme  et la France découvre avec la TSF les joies de la guerre de fans. Les américano-russophiles écoutent à la BBC le Chant des Partisans pendant que les conservateurs à la francisque jurent fidélité au premier des vieux de France et à son tube Maréchal Nous Voilà. C’est l’équivalent dramatique d’une baston entre fans de Michael Jackson et de Johnny. On en retiendra tout de même une chose, une chanson de crise digne de ce nom doit être facile à retenir et pousser au clash.

Les années 50 et 60 signent l’avènement de la crise générationnelle. La jeunesse existe, elle a des idées bien à elle et elle le fait savoir aussi bien à coups de pavés qu’à grand renforts de chansonnettes. La jeunesse apprend même une grande leçon : si la musique ne changera pas le monde, elle peut y prétendre et, surtout, elle peut servir à emmerder ses parents. A défaut d’être reconnaissante, la jeunesse, à l’image du chanteur Antoine, est courageuse et militante ; elle refuse d’aller se faire couper les cheveux.  A partir de ce moment là chaque génération voudra sa crise existentielle et, pour l’accompagner, sa propre bande originale.  Punk, Grunge, Rap, Techno, la remise en cause de l’ordre parental sur fond de doute postmoderne devient le leitmotiv des jeunesses successives qui, après des années de sévices, ont définitivement perdu leur sang froid. La chanson de crise est jeune et identitaire.

Guerrière, lyrique, sociale, idéologique, facile à retenir, jeune et identitaire ; trouver un hymne contemporain dépositaire de tous ces attributs relève du défi. Difficile, il est vrai, de trouver une quelconque trace de lyrisme et d’esprit guerrier chez Mika ou Moussier Tombola. Inutile également de partir en quête d’idéologie du coté du Top 50, dont le représentant le plus engagé reste à ce jour Corneille. Je ne vois décidément qu’une chanson contemporaine susceptible de présenter tous ces attributs et de capturer l’essence de la crise qui nous occupe. Vindicative, emportée, emplie de la détresse sociale d’un homme, jeune et donc forcément un peu lol ; il s’agit, vous l’aviez surement deviné, du Restaurant de Francky Vincent. On était, au regard du panthéon musical des crises passées, en droit d’espérer mieux, c’est certain, mais inutile de s’en prendre à moi. On a les crises et les tubes qu’on mérite.





Derrosaure

♡✝✝Vikernescroz✝✝Ω - $uck My $ad $wag

On vous a déjà parlé de lui sur DCDL. Notre chouchou ♡✝✝Vikernescroz✝✝Ω  repointe son nez chez nous avec une grosse mixtape rap. A la bien, sirup et testostérone. SWAAAAAAAAAAAAAAAAAAG


A télécharger ici

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Top albums 2011 (partie 2/2)

Suite et fin de notre top annuel. Bonne lecture, et je vous avoue que je me sens libéré d'un poids énorme. 2012 peut enfin commencer.

20 LV & Joshua Idehen : Routes
Damu : Unity
Salva : Complex Housing
FaltyDL : You Stand Uncertain
Zomby : Dedication

On reprend notre classement avec une orgie d'albums estampillés future garage, uk funky ou encore purple sound, parfois trivialement rangés post-dubstep. Il y en a pour les goûts, du plus roots (LV) au plus sophistiqué (FaltyDL), du plus ensoleillé (Damu) au plus mélancolique (Zomby). Une petite pensée aussi pour Salva, dont plusieurs morceaux m'ont servi de réveil matin. Tous ces disques, au-là de leurs diversités, se rejoignent sur deux points : leur savoir-faire technique et leur fluidité mélodique, loin des disques boursouflés de Rustie, James Blake et Joker. On salue en tout cas l'effervescence de ces différentes scènes, dont l'énergie et la libido n'ont pas fini de nous travailler en 2012.


19 Robag Wruhme : Thora Vukk
Roman Flügel : Fatty Folders
Dominik Eulberg : Diorama

En terme de tech-house, là encore l'Allemagne conserve son AAA, puisque les trois meilleures sorties du genre en viennent directement. Comble de la classe, toutes portent fièrement les diverses singularités du son germanique et plus généralement européen – rigorisme et recherche chez Flügel, tendance micro-house et collages sonores chez Robag Wruhme, tradition minimale et progressive chez Domink Eulberg. Trois disques de culture blanche, qui puisent leur inspiration dans l'IDM et les musiques savantes bien plus que dans n'importe quel genre soulful.





18 Destroyer : Kaputt

Dan Bejar est un grand songwriter depuis longtemps, seulement ça se savait moins. Pour les plus au fait des précédents travaux de Destroyer, Kaputt n'est qu'un disque de plus, un autre brillant essai pop aux arrangements audacieux. Pour les autres, Kaputt fait sensation, c'est un merveilleux disque de soft-pop au décorum faussement kitsch et réellement bouleversant. J'irais pas crier au génie comme si je découvrais le bonhomme, mais je félicite en tout cas  sa régularité et me réjouis d'un affichage enfin à la mesure de son talent.



17 Paolo Fresu, A Filetta Corsican Voices, D. Di Bonaventura : Mistico Meditteraneao 
Nils Okland & Sigbjorn Apeland : Lysoen - Hommage a Ole Bull  
Dino Saluzzi : Navidad de los Andes

C'est sans doute que je m'y intéressais moins depuis des années. En tout cas, je gardais de ma période obsessionnelle pour ECM records le souvenir d'un label jazz et contemporain assez snob, développant de manière très redondante leur esthétique minimaliste et ethérée. Je retrouve toujours aujourd'hui le son ECM, propre et aérien, mais cette fois appliqué à des terroirs musicaux moins coutumier : les musiques folkloriques en tous genres – corses, scandinaves, orientales et sud-américaines. Au final j'ai écouté une dizaine de ces exemples, tous sortis dans l'année, et je retiens ces trois-là, les plus beaux d'un catalogue incroyablement dense. Pas besoin de rentrer dans les détails, les références sont parlantes.



16 Giles Corey : s/t

Certains se souviennent d'Have a Nice Life, groupe sorti de nulle part qui, en 2009, avait fait gronder l'underground rock avec Deathconsciousness, un double-album d'une noirceur et d'une ambition rarement vue. Dan Barret nous est revenu l'an dernier avec Giles Corey, un projet d'une intimité troublante, liant détresse biographique (une tentative de suicide ratée) et questionnement métaphysique (la chasse aux sorcières et la perspective de l'au-delà). Le disque est un disque folk, tourmenté et épique, tellement chargé émotionnellement qu'il en devient suffocant. Douloureux mais indispensable.


15 Lil B : I'm gay
Clams Casino : Instrumentals
ASAP Rocky : LiveLoveA$AP

Après la binarisation du hip-hop (West Coast / East Coast), il y a eu sa régionalisation, avec l'influence nouvelle d'un hip-hop délocalisé (le dirty south des états de bouseux, les hipsters de Chicago, les hippies du nord, le world-hop des quatre coins du monde). On amorce une autre évolution, encore, avec la déterritorialisation du genre. Pour Clams Casino et tous les nouveaux producteurs de son style, le hip-hop n'est pas un art de rue, pas un espace de revendication, à peine une culture, c'est une mécanique, une équation, une structure décharné qu'ils habitent avec leur substance propre, la substance INTERNET. En résulte un sampling kaléidoscopique (merci Soulseek), des non-sens industriels (Clams Casino herbergé par le très exigeant label Type) et des problématiques de vie bizarroïdes (Lil B). Je sais pas si le hip-hop en sort grandit, en tout cas il en sort rafraîchi.


14 Chris Watson : El Tren Fantasma

On aurait presque oublié que Chris Watson est un des membres fondateurs de Cabaret Voltaire. Compréhensible, cela dit, puisque sa carrière solo n'a rien à voir avec la cold-wave et que, il faut bien dire, elle est immense. Chris Watson n'est rien d'autre que le plus grand acteur actuel du field recordings. Après Weather Report, en 2003, qui est un sommet absolu en terme d'enregistrement naturel, son nouveau travail s'attaque plus directement à l'histoire des hommes. El Tren Fantasma retrace le dernier voyage d'une ligne mexicaine qui parcourt le pays d'Ouest en Est, de Los Mochis à Vera Cruz. Watson capte tous les sons de ce voyage : le bruissement de la nature, le bruissement des hommes et la mécanique ferroviaire. Un triangle parfaitement agencé qui donne à cette expérience un pouvoir évocatif assez stupéfiant.


13 John Maus : We Must Become The Pitiless Censors of Ourselves
Dumbo Gets Mad : Elephants at the Door

En 2010, nous avions placé Ariel Pink tout en haut de notre classement. Pas une surprise qu'au sommet de nos albums pop de 2011, nous trouvions des rejetons de cet empire californien. Je vais pas vous faire l'offense de vous présenter John Maus, son parcours et sa personnalité ont assez été disséqués par nombre de médias d'envergure. Son dernier album, outre son efficacité exceptionnelle, a aussi le mérite d'explorer une dimension cosmique que son maître et ami Ariel Pink a toujours un peu négligé. Pour Dumbo Gets Mad, Italiens tout nouvellement arrivés à Los Angeles, leur musique, assez méconnue, croise l'esthétique lo-fi de leur nouvel région avec une pop psychédélique héritée des Flaming Lips et de Mercury Rev. Là encore un disque hyper concis et précis, sans faute de goût, entraînant et entêtant.


12 Roly Porter : Aftertime
Pinch & Shackleton : s/t
Ricardo Villalobos & Max Loderbauer : Re: ECM

À cette douzième place, un trio de disques émancipés des influences dancefloor de leurs auteurs. Roly Porter, première moitié de Vex'd, délaisse la puissance rythmique du dubstep pour laisser parler les ambiances. Aftertime tient autant du disque noise que du modern classical. Il déploie une fresque effrayante, inspiré du cycle Dune et par ricochet de ses influences SF et orientales. Pinch et Shackleton n'ont eux pas vraiment mis au second plan leurs tentations percussives, mais leurs compositions sont si évolutives et labyrinthiques qu'elles deviennent injouables en club. Ce projet collaboratif est une espèce de greatest hits de dubstep mental, tribal et atmosphérique. Quant au pape de la techno minimale qu'est Villalobos et à son acolyte Max Loderbauer (vu chez NSI et Moritz Von Oswald Trio), le geste de rupture est énorme, puisque leur album est une copieuse série de relectures expérimentales du catalogue récent d'ECM Records, des relectures qui tiennent avant tout de la musique électroacoustique la plus difficile. Le projet est exigeant, abscons diront certains, mais en tout cas moi il m'enchante – sachant quand même qu'il m'aura fallu de longues heures d'appropriation avant de prendre du plaisir.


11 The Weeknd : House of Balloons
Frank Ocean : Nostalgia, ULTRA.
Jamie Woon : Mirrorwriting

Personne n'a pu passer à côté du renouveau r'n'b. Et pour une fois pas grand chose à redire : on a vraiment l'impression d'être passé dans une nouvelle ère, à l'indépendance esthétique inédite. Frank Ocean en est un symbole fort : proche du mastodonte Def Jam et songwriter mainstream pour Justin Bieber, Beyoncé ou John Legend, Frank Ocean mène aussi une carrière parallèle avec Odd Future. Nostalgia, ULTRA est une mixtape lo-fi sortie brusquement, à l'ambiance champêtre et au sampling décomplexé, où r'n'b et pop-rock s'entrelacent pertinemment et sereinement. The Weeknd frappe encore plus fort : jamais avant House of Balloons nous n'avions entendu r'n'b aussi aérien et désenchanté. Ses singles n'en témoignent pas assez, mais le jeune Canadien est un prophète, qui a su transformer le r'n'b en litanie extraordinaire. Je serais un peu moins dithyrambique sur Jamie Woon. Pourtant, il est bien le troisième larron qu'on ne peut pas ne pas citer, celui qui incarne la sophistication anglaise. Proche des milieux garage, Jamie Woon est aussi un vrai chanteur, et son Mirrorwriting est d'une précision et d'une finition inattaquables.


10 Machinedrum : Room(s)
Kuedo : Severant
Africa Hitech : 93 Millions Miles

La rumeur courrait depuis pas mal d'années qu'à Chicago, la ghetto-tech avait muté en un genre vraiment, mais alors vraiment bizarre : la juke, où les tempos étaient propulsés à 160 BPM et où la bêtise ghetto devenait une sorte d'abstraction post-moderne. La sauce a pris en dehors de la ville beaucoup plus récemment, et on peut dire un peu partout dans le monde à partir de 2010 et de la première compilation Bang & Works de Planet Mu. Et c'est sans surprise que, dès 2011, on a vu fleurir un tas de disques hybrides, infusés plus ou moins longtemps à cette drôle de juke. Pour Machinedrum, la nouveauté est double, puisque Travis Stewart officiait surtout dans le glitch-hop avant Room(s), sublime essai combinant le garage hanté de Burial et les rythmiques urgentes du footwork. Jamie Teasdale, l'autre moitié de Vex'd (voir Roly Porter en n°12), a pris le parti de ralentir la machine et d'immerger la juke dans une solution contenant new-age, krautrock et early IDM. En classement brut, Severant serait sans doute mon disque de l'année. Le duo Africa Hitech vient lui des musiques électroniques plus savantes, puisque dans ce duo on retrouve Mark Pritchard, figure emblématique de Warp dans les années 90. Gros melting pot de dancehall, de juke et de gimmicks IDM, 93 Millions Miles possède un groove assez destructeur. On fait le pari qu'en 2012, on retrouvera d'autres disques composites aussi passionnants que ces trois-là.


9 Kendrick Lamar : Section 80
Tyler, The Creator : Goblin
DJ Quik : The Book of David 

On parlait un peu plus bas d'une déterritorialisation du hip-hop. Oui mais pas pour tout le monde. Si effectivement on s'en fout de savoir que Lil B vient de Berkeley – ses maison restant surtout Facebook et Twitter –, pour Kendrick Lamar les choses sont nettement différentes. La chaleur, la lenteur et la moiteur de son Section 80 le ramènent irrémédiablement à la culture west-coast. Idem pour son flow sensuel et l'élégance de sa démarche. Section 80 est sans doute le meilleur album rap de 2011, avec une vision panoramique et une forme parfaite qui le rendent indispensable. Même pour Tyler, The Creator, dont on vante tant l'originalité, il y a quelque chose de West Coast dans son Goblin, la clarté du son (qui est sombre mais très propre), la douce apathie du tempo et l'usage des pianos-synthés. En dehors de ça, Goblin – disque si contesté –, demeure une œuvre passionnante, certes beaucoup trop longue et inégale, mais aussi suffisamment déstabilisante et bien foutue pour qu'on adhère au projet. Et qu'on fasse taire les ignares qui snobent Odd Future parce qu'il y a dix ans, il y avait Anticon : ça n'a franchement pas de rapport. À la limite on peut rapprocher Tyler, The Creator des vieux Cannibal Ox et Aesop Rock avec les prods d'El-P, et ça c'est juste un compliment. Pas de débat en revanche pour DJ Quik, légende assez méconnue par chez nous du son G-Funk, au boulot depuis plus de vingt ans faire valoir le son californien. The Book of David est une forme de renaissance, au programme si rétro qu'il en devient incroyablement moderne : ben oui, le DIY electro-funk, c'est dans l'air du temps avec des types sacrément doués comme Dam-Funk, James Pants ou Floating Points. Et Dj Quik leur donne « la leçon du papy », à travers un album d'une finesse et d'une audace assez démente. Ça pue les années 80 comme ça sent les années 2200, et ça fait sacrément plaisir.


8 Kangding Ray : Or

En 2011, un seul disque IDM, glitch, electronic qui rend caduque tous les autres. « Or », du Français exilé à Berlin Kangding Ray, est un monument électronique d'une violence contenue et d'une aridité assommante. Étriquées et répétitives, les compositions de Or ont quelque chose de martial, de directement branché sur la techno d'Osgut Ton et du Berghain. Mais il est aussi question de lenteur et de mélodies secrètes, de rêveries industrielles aussi glaçantes que fascinantes. Du coup, c'est la première fois de ce classement que je me permets de parler de chef d'œuvre. Tenez-en compte.



7 Arrington de Dionyso’s Malaikat Dan Singa : Suara Naga
Alvarius B : Baroque Primitiva

Dans ses relents ethnocentriques voire colonialistes, l'étiquette « world » m'a toujours fait doucement rigoler. Est par définition « world » un disque de « bon sauvage », qu'il vienne d'Asie, d'Afrique ou qu'il joue de la flûte dans la Cordillère des Andes. Et on a accès aux bacs « variétés internationales » uniquement lorsqu'on a pour de bon évolué vers la raison occidentale. Heureusement qu'il y a des types ingérables pour bouger ces conceptions. Arrington de Dionyso et Alvarius B – et surtout son groupe culte Sun City Girls – en font partie. Eux font véritablement de la world, des musiques qui ne sont ni d'un pays ni d'un autre, mais du monde entier. Arrington de Dionyso chante en indonesien, utilise des techniques vocales de rituels chamaniques, mais il fait plutôt du noise-rock et n'oublie pas de s'inspirer de l'ethio-jazz d'Astatke. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, ça donne quelque chose d'assez vif et facilement audible. Pour Alvarius B, je pousse un grand ouf de soulagement, après le split de Sun City Girls qui m'avait laissé un peu orphelin. Alvarius B sur ce disque solo est assez sage, pas d'improvisations soufistes de dix minutes ou de tentatives de pop malaisienne, mais une folk psychédélique simple et très attachante, qui n'hésite pas malgré tout à tenter une incursion bossa, à déployer des belles ambiances western et à concocter une reprise de God Only Knows avec violon oriental (!).

6 Tim Hecker : Ravedeath 1972

Vous l'aurez peut-être noté. Par rapport à l'amour que je porte pour ce genre, très peu de disques ambient ont trouvé leur place dans mon classement. Pourtant j'en ai écouté des brouettes, mais aucun ne valait d'être « rajouté » à ce seul Ravedeath 1972 qui est une sorte de firmament de la discipline. Expérimental et conceptuel et en même temps grandiose et solennel, Ravedeath 1972 est un disque ambient « concentré », qui réunit toutes les qualités possibles de cette musique en évitant toutes ses dérives – les transcendances faciles et les délires de longueurs de musiciens usurpateurs. Tim Hecker apparaît même avoir encore franchi encore un cap sur cet album, lui qui possède déjà un CV gigantesque. Ce Ravedeath 1972 est peut-être son disque le plus beau et cristallin, et ce n'est pas un mince exploit.


5 Dj Diamond : Flight Muzik 

La juke, nous en parlions un peu plus bas avec Machinedrum, Kuedo et Africa Hitech : il s'agissait alors de voir comment la juke avait infiltré des musiques qui il y a encore un an, n'avaient jamais entendu parler de cette scène. Mais nous ne pouvions pas faire l'impasse sur la vrai juke, l'authentique. Et Dj Diamond est notre élu. Son album sorti chez Planet Mu est un espèce de truc informe faisant passer la guetto music pour un vaste délire dadaïste. Hideux et poussif à certains moments, révolutionnaire et exaltant à d'autres, Flight Muzik est un objet bizarre et essentiel, sans foi ni loi, qui avance à l'aveugle sur des terrains que, franchement, je n'aurais jamais osé imaginer.



4 Andy Stott : Passed Me By
Andy Stott : We Stay Together

J'aurais pu à un moment donné de mon classement réunir plein de disques techno qui tous auraient tous relevé de cette pensée dominante industrielle, avec des penchants pour l'IDM plus présents que jamais. J'aurais cité Lucy, Tommy Four Seven, Black Dog, Surgeon, Xhin, Tobias, Planetary Assault Systems, Mike Dehnert, tous ayant sortis des LP convaincants mais s'éliminant les uns les autres par trop de proximités. J'aurais pu aussi citer l'album deep-techno de Sandwell District, qui lui aurait bouleversé pour de bon mon top 3, mais j'ai considéré qu'il s'agissait d'un disque de 2010 puisqu'il était sorti pour la première fois en vinyle cette année-là. J'aurais enfin pu classer Morphosis, le véritable OVNI techno de 2011, mais en fin de compte, sa techno expérimentale rongée au space-jazz ne me plaît pas beaucoup. On pourrait donc croire que je mets Andy Stott aussi haut par défaut. Mais même pas. En fait Andy Stott est une surprise de taille considérable. Lui qui a toujours été pour moi un outsider deep techno – appliqué et sérieux mais sans génie –, le voilà qui, après avoir récité ses gammes tant d'années, passe à l'attaque avec deux gros EP ou mini LP absolument démentiels. Le geste artistique est radical : ralentissement drastique du tempo, éventration du corpus dub-techno pour n'en garder que des résidus éparses, le tout en faisant surgir une espèce de bestialité nouvelle et terrifiante. De paisible ouvrier, Andy Stott est devenu un chef de file de la techno exploratoire.  Inattendu et excitant pour l'avenir

3 The Caretaker : An Empty Bliss Beyond This World
Oneohtrix Point Never : Replica

L'hantologie, en musique, c'est cette espèce de constellation d'artistes qui évoquent les spectres du passé pour exister au présent. Le concept est tiré de Derrida, ce qui le rend encore plus séduisant.  N'empêche, il y a encore du boulot à fournir pour donner du corps à cette notion transversale. Ce qui est sûr, c'est que James Kirby en est une figure tutélaire, et qu'Oneohtrix Point Never, d'habitude esthète superficiel, n'y est pas insensible. Pour James Kirby, la musique est intimement liée à la mémoire, à sa déformation (V/VM), son idéalisation (Leyland Kirby) et ses altérations (The Caretaker). An Empty Bliss Beyond This World met en scène la mémoire qui se perd, le passé récent qui n'existe plus et les quelques traces de lointain qui persistent. Oneohtrix Point Never reprend lui le bain publicitaire de nos jeunesses pour le faire métaboliser en quelque chose d'autre, d'assez sublime et chamanique. Dans un cas comme dans l'autre, la contrainte formelle n'a rien d'une blague oulipienne ; The Caretaker transforme des morceaux jazz enthousiastes en réelles lamentations, Daniel Lopatin fait muter des partitions marketing en liquide indescriptible et incertain : ça n'a rien d'une gymnastique immotivée ou amusante, raison pour laquelle je ne mets pas sur le même plan un James Ferraro tout aussi hantologique que fatigant.


2 Colin Stetson : New History Warfare Vol.2 : Judges
Matana Roberts : Coin Coin Chapter One : Gens de Couleur Libre

Pour la plupart d'entre nous, Constellation est le label immortel du post-rock au tournant des années 2000 – avec Godspeed You! Black Emperor, Do Make Say Think, Fly Pan Am etc. Depuis, les Montréalais se sont recentrés sans grande réussite sur un folk-rock extrêmement sombre, dont les meilleurs témoins furent Vic Chesnutt et les Tindersticks. Rien, donc, ne laissait présager qu'en 2011, Constellation allait devenir un nouvel étendard du free-jazz. On le sait : le free-jazz est un genre casse-gueule, dont les succès sont toujours acrobatiques. Raison de plus pour applaudir le coup de force de Constellation, car non seulement leurs deux disques sont somptueux, mais ils se permettent en plus d'être parfaitement différents et opposés en tous points. Judges est le disque d'un saxophoniste presque solitaire, qui refuse les effets, refuse les boucles, et n'autorise pour accompagner ses bourrasques de vents que quelques spoken words féminins. L'ensemble est impressionniste, profondément mystérieux et intime. C'est l'inverse pour Matana Roberts, dont le saxo et la voix libératrice rejouent l'émancipation d'une esclave afro-américaine il y a trois siècles. Son groupe s'éclate avec elle, Coin Coin Chapter One passe sans sourciller du free le plus furieux au ragtime le plus dansant. On reste déboussolés par tant d'énergie déployée et par une telle émotion mise au travail. J'en reviens pas, encore, que ces deux albums m'aient à ce point traumatisés, et avec des manières si antagonistes.

1 Michael Pisaro : Asleep, Street, Pipes, Tones
Michael Pisaro : Close Constellations And A Drum On The Ground
Michael Pisaro : Hearing Metal 2 & 3

On évite les roulements de tambours, puisque mon numéro 1 est sans doute le moins spectaculaire de toute la blogosphère. Michael Pisaro est un compositeur expérimenté de musique contemporaine, biberonné à John Cage et membre depuis 1993 du « Wandelweiser group », réunion d'artistes traitant de « l'évaluation et [de] l'intégration du silence » dans l'écriture musicale.
Jusqu'à il y a peu de temps, Michael Pisaro évoluait en vase clos, écumant les festivals spécialisés et ne trouvant comme nouveaux auditeurs que des doctorants en musicologie. Mais une nouvelle dynamique s'est installée en 2010 : Pisaro, dont les morceaux sortaient jusque là uniquement sur le très fermé label Wandelweiser Records, est allé voir ailleurs, et doublement, en multipliant les sorties sur d'autres labels et en créant sa propre structure, Gravity Wave. En conséquence, c'est pas moins de onze albums créditant Pisaro qui sont parus entre 2010 et 2011. Et ce brusque appel d'air a permis à de nombreuses personnes, dont moi, de faire connaissance avec un compositeur qui m'apparaît aujourd'hui comme essentiel.
La musique de Michael Pisaro est toujours sinusoïdale. Elle monte, atteint un pic, redescend, s'enfonce dans le silence, puis revient, et remonte, et redescend, redevient silence et ainsi de suite. Ces oscillations sont également évolutives, l'oscillation T est toujours différente de T+1, elle-même différente de T+2. Ce qui fait qu'au-delà de cette structure élémentaire sinusoïdale, il y a une superstructure, dont la forme se dessine tout au long de morceaux d'en moyenne 40 minutes. D'où cette équilibre ténu entre une musique qui semble au premier abord immobile et qui pourtant, se déplace. À la manière du mouvement des glaciers, les compositions de Pisaro bougent, et elles bougent en se chargeant d'une tension impressionnante, d'une puissance émotionnelle complètement inattendue.
Si le cœur des morceaux est électroacoustique, Pisaro fait aussi appel à des field recordings et à des séquences de musique sacrée. Ce qui crée des sortes de diffractions : musique morte couverte de sons naturels et musique technologique liturgique. Il est donc évident qu'aussi conceptuelle que paraisse cette musique, elle est également porteuse d'une vraie valeur sensorielle et affective. Et cette multiplicité d'intérêts a rendu claire cette première place, car en plus d'être stimulantes à l'infini, ces compositions de Pisaro ont aussi fait naître chez moi des émotions inédites et extraordinairement précieuses.