[Mixtape] Julien Lafond-Laumond | Tours de Merles

Les Tours de Merle, un endroit beau et inquiétant de ma nouvelle patrie, la Xaintrie. C’est après des kilomètres et des kilomètres de désert, dans les vallons feuillus qui préfigurent le Massif Central, que s’élèvent les ruines de ce château médiéval. Pas le soupçon d’une habitation au loin, pas la moindre trace de civilisation, ici les vestiges sont comme dans leur nature initiale : ce n’est pas seulement la cité qui a été abandonnée, ce sont aussi toutes les collines alentour ; et cet espèce d’abandon, épais et puissant, provoque un sentiment profond, subtil, où se mêlent proximité imaginaire de batailles épiques et contemplation extatique du vide.

Ce serait vous mentir si je vous disais que ce lieu m’a inspiré ce mix, le rapport ne m’est en fait venu qu’après coup. J’ai voulu approcher un ressenti que j’avais plus ou moins éprouvé là-bas, par temps gris, seul dans ce paysage hostile, un quelque chose de faussement discret mais chargé, aussi proche du silence que du grondement des catastrophes. Dans cette optique, je ne pouvais trouver meilleure ouverture qu’un morceau de Michael Pisaro, fascinant compositeur contemporain aux structures invariantes – alternant systématiquement plages blanches et ressacs toujours plus puissants et solennels. L’occasion était aussi toute trouvée pour convoquer l’ambient belliqueux de Lustmord ou le jazz mortifère de Bohren & Der Club Of Gore. L’ambiance se veut sombre, martiale, et avant tout contemplative.

Mais Les Tours de Merle, c'est aussi un panorama où à force de maintenir son regard, la perspective change. L'obscurité perçue initialement se teinte de pensées plus diffuses, plus ésotériques et aériennes. Et ce présent mix suit peu ou prou le même mouvement, perdant sa noirceur à mesure qu'une atmosphère plus sereine se fait jour. Aussi importante que l'introduction de Michael Pisaro, cette sélection se clôture ainsi par Terre Thaemlitz (DJ Sprinkles), avec un morceau aussi immobile que béât, dix minutes où le temps s'arrête, se suspend, et laisse à l'abstraction la place entière pour s'épanouir et se répandre, à perte de sens.


PS : la faute d'orthographe, c'est notre signature. Mon dernier mix s'appelait Incidious à la place d'Insidious, cette fois c'est Tours de Merles à la place de Tours de Merle. Et on ne s'arrêtera pas de sitôt.

Artwork : KAMIONKA 

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