Roman Flügel | Fatty Folders


Passionnante est la quête de Roman Flügel, artiste transversal qui, depuis le tout début des années 90, ne cesse de multiplier les interprétations contraires de la modernité électronique. Impossible de démêler avec lucidité tous les entrelacs de sa carrière. Partie prenante d’innombrables projets lors des premiers balbutiements de la techno en Europe, il a su digérer et réinterpréter des courants aussi différents que l’acid house, la trance, le techno de Detroit ou les dance music tribales sous des pseudos aussi fleuris qu'Acid Jesus, Warp 69, Pure Tribal ou Holy Garage. Quand il a su enfin se poser dans une formation pérenne, Alter Ego, c’est celle-ci même qui a perpétuellement muté au fil du temps – quel rapport en effet entre le down-tempo et futuriste Decoding The Hacker Myth (1996) et l'hymne electro-rock "Rocker" (2004) ? Alter Ego a comme seul fil conducteur son nom. La ligne artistique n’existe pas.

Changeant parce qu’instable, insatiable jeune loup, c’est l’impression qu’on pourrait avoir de Roman Flügel. Or la réalité est plus complexe. Nous pouvons en tout cas dire que sa carrière est depuis quelques années d’une telle cohérence, elle trace une ligne si pure qu’il est impensable qu’elle soit le fruit d’une maturité tout juste trouvée. Il est inimaginable que tout ce foisonnement passé s’éclaire d’un coup, se condamne à l’oubli à jamais pour recommencer à l’exact inverse, dans un déploiement de carrière entièrement programmé, structuré et pensé a priori.

On imagine plutôt que c’est le dévoilement de Roman Flügel sous son nom civil, en solo, qui change la donne. S’exerce désormais sur son nom d’artiste la même exigence que dans la vie privée de tout un chacun : l’exigence d’identité, et si possible avec clarté. Dans le flot de pseudos qu’il a utilisé au cours de ces vingt années, parfois dans le cadre de groupes aux rôles incertains, il n’a pas eu à se poser de questions ; on mettait des masques, on se réinventait chaque fois, on se projetait toujours ailleurs – mais toujours dans un espace virtuel. Ce n’est que quand il fût enfin tout seul, dans la nudité de son patronyme, que Roman Flügel devint tout à coup limpide.

Fatty Folders s’entend ainsi comme un accomplissement, dont on entendait les premiers schéma directeurs dans son projet solo le plus electronica, Eight Miles High. Dans un grand geste d'épure, Flügel a depuis quelques années élagué sa musique de pas mal de ses tentations passées. Plus de réinventions constantes, de gimmicks plaqués en provenance de genres contradictoires, plus de cache-cache incessant avec le public ; le Flügel solitaire est plus méthodique et plus didactique. Il a un style.

Cette signature qui s'affine depuis une demi-douzaine d'années a le mérite d'être clair : approche répétitive, perfectionnisme du son, distance émotionnelle, grande influence de l'électronique 80's et des premières inspirations IDM. En guise de morceau clé, on peut noter "Brian Le Bon", sorti en mai 2010, un morceau simplement gigantesque et déjà historique. Qu'on ne retrouve pas sur Fatty Folders, pas plus que ces innombrables remixes où Flügel s'est fait la main encore et encore (une dizaine sont sortis rien qu'en 2011). Fatty Folders n'est pas une compilation de ses meilleurs tracks, c'est juste un essai stylistique.

Ainsi on ne verra pas ici une sortie ultime, ni même indispensable – il n'y a guère là de morceaux extraordinaires –, Fatty Folders est certes un accomplissement, mais d'ordre strictement formel. Car malgré la grande disparité de genres cités, tous se rangent derrière une même rigueur, une même vision artistique extrêmement singulière. Quand Roman Flügel amène une basse disco ("Deo"), une rythmique africaine ("Bahia Blues Bootcamp") ou un beau motif de piano ("How To Spread Lies", "Song With Blue"), le traitement est toujours identique, il y a systématiquement le même refus de dramaturgie, d'emballement, d'interprétation. Les éléments sonores sont pris pour ce qu'ils sont réellement, des phénomènes acoustiques qui, par eux-mêmes, n'évoquent rien. On est à l'opposée des joueurs d'ambiances comme Robag Wruhme, Roman Flügel est un constructeur, strict sensu.

On ne sera pas surpris de trouver dans Fatty Folders les signes de la modernité la plus éclatante (brisures UK Funky, traces éparses de ghetto music etc.) : en tant que bon architecte, Flügel fait avec les matériaux de son temps. Il agence et assemble du vieux, du neuf, du violent et du doux selon les mêmes principes, pour construire les mêmes squelettes. C'est rigide, oui, mais tellement adroit et pointu que cela en devient fascinant.

Il ne s'agit pas de dire que Fatty Folders laisse de marbre – au contraire les digressions electronica y sont bouleversantes, de même que les plages les plus technoïdes provoquent un malaise intrigant et jouissif. Il faut simplement constater que, contrairement à beaucoup, Roman Flügel ne cherche pas à faire passer a priori le moindre sentiment, la moindre émotion. Il est un formaliste, qui travaille le son jusqu'à n'en plus pouvoir. Son approche est à l'image de l'illustration de son album, abstrait, théorique et loin de la communauté des hommes. Mais il n'empêche qu'une fois les morceaux terminés, une fois l'album laissé en pâture aux auditeurs, la musique agit.


Class of 81' | Enter the endless summer

T'es resté bloqué sur la house doucereuse de Crydamoure, tu kiffes la grosse chillwave de Washed Out -> tu vas aimer le son tout frais de notre poto Class of 81'.

The Endless Summer (demo) by class of 81'

Wilco | The Whole Love

De Wilco on ne retient généralement que Yankee Hotel Foxtrot, duquel même on extirpe parfois une vision partielle, périphérique et marginale : celle d’un disque qui pousse la pop à ses plus hauts degrés d’expérimentations. S’il est vrai que Yankee Hotel Foxtrot est un véritable laboratoire technologique, aux trésors de production inépuisables, il est un peu moins évident qu’il s’agit de la moelle épinière du disque. Sa signature irréductible est certes dans l’étrange lumière onirique qui le nimbe, dans les textures fantastiques de Jim O’Rourke, mais les entrailles de l’album sont autres, et elles sont au fond les mêmes que pour n’importe quel autre album des Chicagoans.

Il est étonnant en vérité que deux épisodes comme A.M. et Wilco : The Album soient à ce point minimisés dans la carrière du groupe. Disques simples, conventionnels, on a eu tôt fait de les ranger au rang de disques mineurs. Or se manifestaient en eux de la manière la plus éclatante le vrai songwriting de Jeff Tweedy, son vague à l’âme permanent, sa subtile ambivalence entre résignation et énergie, entre country-folk larvé et pop-rock plus conquérant. Dépouillé : c’est le terme qui correspond en fait le mieux à ces deux disques, car dépouillés des gestes fous de rats de studios qui viennent dans les autres efforts du groupes succéder à la composition proprement dite.

On se souvient de Summerteeth, construit d’abord comme un tranquille album de studio. Jeff Tweedy s’occupe des lignes de force, le reste du groupe accompagne et brode autour. Mais surprise au moment du mixage, quand tout semble ok, prêt à empaqueter, Tweedy et Jay Bennett reprennent le travail, sans le consentement des autres, ils coupent, taillent, évincent, surchargent, renchérissent ; d’un album de pop bien cadré ils érigent un album-poème où préoccupations de la forme et du fond se confondent.
Pour Yankee Foxtrot Hotel le procédé est similaire : l’expérimentation succède au classicisme, l’orgie d’arrangements extatiques se rajoute à des chansons de facture plutôt traditionnelle.

On en retient comme idée que chez Wilco, les ambitions exploratoires sont secondaires, elles viennent dans l’après-coup ou ne viennent pas du tout (comme dans ce discret album éponyme qui recèle pourtant l’écriture la plus subtile). Il n’est pas étonnant, dès lors, que le seul disque vraiment contesté du groupe soit A Ghost Is Born, par moments sublime, mais dont les innombrables embranchements peinent à retrouver leurs racines. Wilco, au fond et avant tout, est un groupe plutôt simple. Qui touche premièrement par son style – par la voix sobrement expressive de Jeff Tweedy, par ses textes immersifs, par ses mélodies si évidentes et en même temps si délicates, grâce aussi au talent irréprochable de musiciens qui jouent comme il se doit, en souplesse, en maîtrise et avec beaucoup d’engagement. Qu’après ce style-là soit déconstruit, reconstruit, déplacé dans des structures plus ambitieuses n’est qu’une source de plaisir augmentée – pas transfigurée, pas bouleversée, seulement augmentée. C’est pourquoi Yankee Hotel Foxtrot et Summerteeth sont si adulés : ils offrent quelque chose de plus, ils disposent d’un argument supplémentaire par rapport à la formule de base d'une formation d'alt-country qu'ils restent néanmoins.

Cette introduction est importante car c’est une des clés de compréhension possibles de The Whole Love, un nouvel album beaucoup plus compliqué à appréhender qu’il n’y paraît, un disque trompeur, qui peut se définir simultanément comme l’album le plus osé et le plus pauvre du groupe depuis des lustres. Il faut en effet retenir de ce préambule une chose très simple : il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, d'autant plus chez Wilco, où les originalités formelles doivent toujours être tractées par des bonnes chansons toutes simples.


Venons-en à notre première impression : The Whole Love décoiffe. Après le très intimiste et linéaire disque éponyme, après également un Sky Blue Sky parfois très anguleux et austère, ce nouveau venu apporte une fraîcheur extrêmement agréable. Varié, tant sur les styles abordés que les structures utilisées, il est vivifiant et très dynamique. L'ouverture qu'est "Art of Almost" en atteste puissamment, avec sa construction inhabituelle, avec ses arrangements surréalistes et son final destructeur. Hell Yeah, ça défouraille et l'idée surgit bien vite qu'on tiendrait-là un des meilleurs albums de Wilco. Idée pas saugrenue, puisque l'énergie déployée, l'enthousiasme de chaque instant et la liberté revendiquée sont des critères forts, instantanément accessibles. The Whole Love séduit de suite par son côté fougueux et emporté, son alternance efficace entre pop songs tout en tonus et ballades pleines d'étoiles dans les yeux.

Très vite se confirme donc que le point fort de cet album est son entrain juvénile, porté par des sections instrumentales étonnamment musclées et abrasives ("Born Alone", "Standing O"). On le sait, les musiciens de Wilco sont férocement doués. Et il n'y a pas que Nels Cline qui est cette fois mis en valeur – au passage toujours un des meilleurs guitaristes en activité – : on retiendra aussi la performance exceptionnelle d'un bassiste John Stirratt généralement plus en retrait. Souvent ainsi, le back band aiguisé des précédents albums se mue en front band explosif et, c'est le revers de la médaille, quelque peu démonstratif. Rock'n'roll, oui, mais un peu bourrin, tout comme ce retour soudain à la pop 60's qu'on avait plus entendu aussi frontalement depuis Summerteeth en 1998. Cette influence n'est pas critiquable en soi, bien sûr, on s'étonne juste qu'elle réapparaisse sous des formes aussi simplifiées, en l'occurrence avec des claviers tapotés frénétiquement et un peu bêtement. En quelques écoutes ces aspects d'abord galvanisants commencent à interroger.

The Whole Love nourrit en fait plus d'une ressemblance avec les dernières moutures de Yo La Tengo. Outre les ressemblances intrinsèques aux deux formations – deux institutions indie-rock dont l'âge d'or est derrière eux –, tous ces disques respirent la décontraction retrouvée. The Whole Love, I'm Not Afraid of You and I Will Beat Your Ass et Popular Songs sont trois même disques : des synthèses guillerettes et enlevées qui gagnent en candeur et en immédiateté ce qu'elles perdent en finesse et en créativité. Car ne nous y trompons pas, si The Whole Love paraît plus recherché que ses prédécesseurs, ce n'est qu'apparence. Il ne faut ainsi pas voir dans cette espèce de folie reconquise de grande valeur qualitative : elle est plutôt signe d'une forme de relâchement. C'est quelque chose de positif, au fond, puisque Jeff Tweedy paraît plus heureux et détendu que jamais. Et musicalement, cela se traduit par un régime créatif plus démocratique, par des arrangements moins pointilleux et par une spontanéité optimiste qui, on le sait, n'est pas l'humeur la plus appropriée pour écrire des grands disques.

The Whole Love transpire bien du plaisir de jouer ensemble, et nul doute que cet album joué live sera un beau moment d'émotion. Il n'en reste pas moins que, pris pour tel, ce disque pêche un peu dans tous les domaines. Surtout si l'on reprend notre métaphore de la charrue et des boeufs – les bases classiques en premier et la modernité dans un deuxième temps. Pas évident, il est vrai, de trouver ici beaucoup d'excellentes chansons, qui seraient tout autant à l'aise au naturel, dépouillées de tout artifice. "Dawned on Me", "Black Moon", "Rising Red Lung", "Whole Love" et guère plus. Pour les autres, les mélodies tombent moins bien qu'habituellement, elles semblent moins justes, moins inspirées, trop dépendantes de leur interprétation et de leur production ("Sunloathe", "Open Mind" etc.). Des chansons moyennes, donc, qui sont sauvées parce que Jeff Tweedy reste lui-même, un grand chanteur et un sacré leader. Mais même ce deuxième temps, celui de l'habillage des chansons, de leur exécution, de leur aménagement dans l'espace, ne livre pas grand chose de très réjouissant. Les arrangements sont un peu approximatifs, pas super inventifs, ils sont efficaces seulement et n'apportent à aucun moment la plus-value exceptionnelle qui signe les grands albums de Wilco. Rien de clairement emballant, donc, si ce n'est sur le très carillonnant "Capitol City", ou sur "One Sunday Morning", forcément, une balade de clôture de douze minutes à la progression inattendue, évitant le piège de la montée et du crescendo émotionnel pour jouer uniquement sur la répétition et les frises instrumentales pleines de retenue.

On ne boude pas ce que Wilco nous offre ; The Whole Love est agréable et réjouissant, un bel ami d'arrière-saison, enlevé et tendrement mélancolique. Mais l'évolution est courte. Dans ses moments les plus intéressants, nous sommes dans un disque de continuité. Les autres tentatives sont plus hasardeuses, jamais détestables mais quelque peu oubliables. Et de ce bonheur nouveau, de cette libération fraîchement affichée, Jeff Tweedy n'en sort pas vraiment de titres majeurs, surtout pas un "Art of Almost" bien trop poudre aux yeux pour ça, à la limite pourrions-nous plutôt féliciter "Born Alone" et "Whole Love", deux titres qui résument le projet pas totalement concrétisé de cet album : redonner à Wilco une adolescence, naïve, audacieuse et exaltée.


CARTON ROUGE - TROISIEME MI-TEMPS


Le passé c'est du passé

Qu'il est agréable de changer de vie. TF1 l'a bien compris : plutôt que de faire gagner des sommes colossales d'argent brut, les producteurs préfèrent dorénavant orienter les récompenses. Pas question de garder le même boulot, de s'acheter une belle voiture, de faire des travaux à la maison et d'épargner pour ses enfants, il faut tout laisser derrière. Ça en dit long sur l'impression d'impasse qui s'insinue dans le projet de vie de chaque Français. Masterchef en est un parangon : vous êtes directeur commercial, avocat, chef d'entreprise, étudiant de médecine en fin de cursus, mais tout ça ne vaut rien, car le seul rêve qu'on vous propose, c'est de vider et larder des pigeonneaux tous les soirs. La seule voie possible, c'est de gagner, être premier, un seul y parviendra – et les autres retourneront tous, le cœur brisé, à leurs vies minables de travailleurs aisés.



Faut avouer que ce qui rend possible ce genre d'inepties, c'est une forme nouvelle d'idéal, l'idéal de la discontinuité. Question de phénoménologie : l'existence n'apparaît plus dans sa permanence, dans son déroulement fluide et logique mais comme une suite de séquences non liées, d'évènements qui font coupure, qui jalonnent la vie et en marquent brutalement les changements de direction.

Une fois acquis, le statut d'ange de la télé-réalité est par exemple perçu comme un dû, il est revendiqué au nom de rien d'autre que de ce soudain changement de vie, qui a valeur de preuve en soi – vous voyez-bien, je ne suis plus dans ma vie d'avant et il faut m'honorer depuis que ça a changé. Éric Besson est un autre figure intéressante, que j'oserais dire avant-gardiste. Alors que le flux d'information et la mémoire informatique devraient immobiliser les destins dans un procès permanent, on observe le contraire. Peu importent les dossiers que vous me ressortez, peu importe comment vous m'avez connu, puisque aujourd'hui est un autre jour et que seule compte la parole instantanée. Ma dernière illustration sera un peu plus classe, avec le History of Violence de Cronenberg qui est ici assez visionnaire. Deux blocs d'existence supposés disjoints et successifs tendent à se mêler – danger et horreur d'avoir à établir une cohérence entre les deux. Dans un final épique, Viggo Mortensen remettra chaque séquence à sa place. Comme si Besson devait rendre sa carte de l'UMP parce que « gaucho un jour, gaucho toujours ». Je vous laisse imaginer.


Toute cette introduction ne me sert que de prétexte pour vous parler de deux histoires récentes qui me plaisent bien, deux changements de vie annoncés qui, dans leur genre, sont bien chouettos.

La première concerne un certain Ron Artest, joueur NBA particulièrement croustillant que les aficionados connaissent bien. Un défenseur redoutable, sans conteste un des meilleurs de la ligue, mais aussi un personnage fascinant, fou et incontrôlable. Il a été immortalisé lors d'une baston homérique lorsqu'il jouait à Indiana. Échange de coups avec Ben Wallace, puis position couchée comme à la plage sur son banc de touche, et enfin beat them all dingo dans les tribunes avec des supporters. Vous pouvez voir la vidéo ici. Un fait de gloire qui marque bien l'instabilité du bonhomme, toujours à la limite du dérapage sportif ou médiatique – violence, moquerie,  aveu de dépression, propos délirants etc.  Eh bien figurez-vous que ce cher Ron Artest a lui aussi décidé de commencer une nouvelle existence. C'est officialisé par le juge depuis le 26 août dernier, il s'appelle désormais Metta World Peace, et c'est inscrit sur sa fiche d'état civil. 

« On pouvait encore m’appeler Ron Artest jusqu'au 26 août, et maintenant c’est fini. C’est terminé. Maintenant, je ne suis qu’amour et paix dans le monde. Tout le monde peut s’y retrouver quel que soit son pays, sa communauté ou son état. Le plus important, c’est la paix dans le monde. Vous savez ce que ça signifie ? Les enfants ont besoin de le savoir, et maintenant ils le savent »



La deuxième histoire nous ramène directement à la musique. Au début de cette année, je pleurais la fin de carrière de Jay Haze, monument de la house qui annonçait tout arrêter dans des termes nébuleux et  tout simplement nuls ("After spending years contemplating what love is, I have realized that the only way to evolve is through love"). Il s'est avéré en fait que Jay Haze voulait s'engager corps et âme dans l'humanitaire, précisément dans les conflits qui meurtrissent depuis des années la République démocratique du Congo. Changement de vie assez improbable et au final plutôt drôle. Fort heureusement, Jay haze est revenu partiellement sur sa décision, puisqu'il nous offre déjà un nouvel album gratuit. Pas avec de la house cotonneuse comme dans I'm Burning Inside ou dans son remix idéal de Yann Tiersen, mais avec de la bass music bien chanmé et très surprenante pour le bonhomme. Collaboration avec une jeune MC de 18 ans, Rayzaflo, No Time Like Now est une belle incongruité qui donne envie de faire des choses sales et vilaines. Tout ce qui vous plaît.

  Rayzaflo and Haze-No time like now by jayhaze

[Mixtape] Autres Directions | October 2011

On a découvert le blog Autres Directions il y a quelques semaines, par le biais de l'ami Alex Navarro. Y avait tout pour nous plaire. Hop, on leur demande un mix pour DCDL ; ce sera cette belle sélection automnale, réalisée par Sébastien Radiguet. Bonne écoute.    
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"- Vous êtes très sûr de vous. - Oh non non, pas du tout. Mais en revanche, je suis persuadé de la débilité de ce qui m'entoure."
Avec pareille entrée en matière, presque tout est dit.
Les Autres Directions ne sont pas ce qu'elles sont. Elles se contentent de figurer sur des panneaux dans lesquels on tombe. 

Sélection, texte & photographie réalisés par Sébastien Radiguet

BLACKOSTYL | Ma meuf a un gros cul

LA TIENNE AUSSI ?

Rencontre du troisième trip

Chez DCDL, on aime bien la musique, le ciné, la littérature, le porn et les petits hommes verts. On a pas mal parlé de tout ça au cours de ces dernières années (hé ouais, trois ans d'activité les mecs), beaucoup de chroniques musicales, quelques critiques ciné, des mashups littérature/zizique et puis des collaborations régulières avec le sulfureux Tag Parfait. Et dans tout ça, y a un parent pauvre, c'est les zinzins de l'espace. Y a pourtant un truc à creuser dans ce sens, tout le monde aime X-Files. Aujourd'hui, on corrige le tir en publiant un reportage de l'AARCUEG (Association des Amateurs de Récits Conspirationnistes, Ufologiques, Elfiques et Groupusculaires), dont le champ d'étude déborde la sphère ufologique pour s'étendre, comme vous pouvez le voir, à tous plein de trucs étranges hyper passionnants. Plongée dans l'univers dingo des punks à chiens convertis aux énergies naturelles et anciens du GRECE passés au néo catharisme.

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L'Aarcueg bouge. Tel saint Thomas, l'Aarcueg veut voir de ses propres yeux. L'Aarcueg a donc dépêché deux enquêteurs, dont votre serviteur, vers Bugarach, petit village de l'Aude connu depuis des décennies par les érudits et, depuis quelques semaines, par le grand public, pour les mystères entourant sa montagne : celle-ci abriterait, selon les théories, une base ovni, un lac souterrain, une énorme machine et serait en tout cas un haut lieu magnétique, ufologique et mystique, qui sera épargné par la fin du monde prévue en 2012.

Pour être précis, c'est à Rennes-les-Bains, petite ville voisine réputée pour ses thermes depuis l'antiquité, et haut lieu de l'ésotérisme depuis presque aussi longtemps, que nous nous sommes arrêtés. Située à proximité  de Rennes-le-Château (et son fameux secret de l'Abbé Saunière), Rennes-les-Bains abrite plusieurs secrets, notamment celui de Marie Madeleine, qui y aurait suivie son amie Claudia Procula, femme de Ponce Pilate et sainte dans certaines traditions chrétiennes. Chrétiens gnostiques, néo cathares et autres mediums ésotériques sont ainsi persuadés que Marie Madeleine a emporté le corps du Christ avec elle et l'a enterré quelque part autour de Rennes-les-Bains, en tout cas dans sa région (et cela pourrait évidemment être le fameux secret de l'Abbé Saunière). Mais Marie Madeleine n'est pas seule à Rennes-les-Bains. Les Elohims ("Ceux qui viennent des cieux") sont évidemment de la partie, puisque le Pech de Bugarach serait connu depuis longtemps pour abriter une base secrète en son sein. Ainsi, une fresque peinte sur la route entre Bugarach et Rennes-les-Bains donne le ton.

Américains copieurs, Américains voleurs

Notons certains détails : il s'agit bien du maire qui rencontre un géant venu du ciel. Nous n'avons malheureusement pas pu lui poser la question sur la véracité de l'événement, mais l'Aarcueg promet d'enquêter. Ensuite, notez bien "l'Anarchy vaincra" qui laisse deviner que des Ufologues anarchistes seraient présents a Rennes les Bains, certainement des dissidents des Ufologues Marxistes Posadistes.

NO PASARAN

A noter que nous avons cru reconnaître le style de ce graffiti sur l'une des voitures garées en ville : il y était écrit : "Pilule rouge ou pilule bleue ? La matrice est réelle !" ainsi qu'une signature : "Pirates de Babylone". Il faut dire que la simple observation du parking municipal doit mettre la puce à l'oreille du retraité qui vient sur place soigner ses rhumatismes. A coté de la voiture des "Pirates de Babylone" stationnent quelques vans arc-en-ciel, d'autres aménagés et bardées de tentures indiennes et autres portraits de Shiva, ainsi qu'une magnifique camionnette décorée de 2 ovni sur fond de ciel étoilé. Sur la place du village, c’est la queue devant la boutique de cristaux et de pierres magiques. Il semble que la propriétaire  - également thérapeute - soit en pleine séance de communication directe avec Marie Madeleine : la porte reste close (on se consolera avec son site, ici).
La place du village et son principal bar permettent de faire un état des lieux des individus installés dans le coin, dont beaucoup attendent l'ouverture de la fameuse boutique : des punks à chiens convertis aux énergies naturelles discutent à coté d’un marabout africain en tenue traditionnelle, un homme au visage tatoué sculpte un château féérique dans du bois,  un homme, la quarantaine, habillé de vert avec un chapeau de lutin, tenant par la main sa petite fille au nez étrangement retroussé discute avec le patron du bar, qui porte une énorme dent de phacochère autour du cou. Et enfin, la preuve que nous sommes au bon endroit : une jeune maman appelle son fils de 5 ans : "Elohim ! Elohim, reviens par ici mon chéri !" Finalement, nous sympathisons avec un couple d'anglais de passage. Il se trouve qu'eux-mêmes ont vu un ovni dans le ciel de Manchester l'année dernière."It changed our views on things", nous disent-ils. Ce n'est pas à l'Aarcueg que nous allons les contredire! En déambulant ensuite dans Rennes-les-Bains nous tombons sur la librairie Atelier Empreinte qui, comme vous pouvez le voir, brasse tous les sujets en vogue à Rennes les bains, du chamanisme au christianisme mystique, en passant par les origines de la franc maçonnerie, le catharisme etc… Nous y avons acheté cette incroyable carte postale qui nous ramène donc à la première raison de notre passage vers Bugarach. Je vous laisse admirer : 

"Nous étions parmi eux. Bise, Damien"

Juste en face, une petite boutique de DVD, celle de Debowska Production tenue par un charmant couple de polonais, producteurs de documentaires "spécialisés" sur les chamanes locaux, légendes amérindiennes en Terre Cathare, témoignages de morts imminentes,  rencontre avec les esprits de la nature (avec notamment un DVD du formateur geobiologiste de Rock'N'Troll),  secrets des crânes de cristal, néo gnostiques et autres secrets de Rennes-le-Château.  La production est impressionnante, des dizaines de DVD nous narguent derrière la vitrine, et nous ne saurions que trop vous conseiller des jeter un œil aux extraits disponibles sur le site ou sur leur compte Youtube. Et là, c'est la déception : nous venons de manquer la diffusion d'un film intitulé : "2012, Bugarach : un nouveau monde en marche". Heureusement le soir même une autre séance est prévue, avec 2 autres films : "Marie Madeleine et son message", qui dénonce le mensonge catholique et célèbre les évangiles apocryphes ainsi que le néo-catharisme de Deodat Roché, suivit d'un petit film intitulé "Fenêtre sur Bugarach". Décevant au premier abord - il s'agit essentiellement d'une balade sur les sentiers du Pech de Bugarach, la toute fin nous aura réjouit : la caméra est plantée de nuit vers le Pech pendant une heure et filme des lumières aux formes allongées passant au dessus du pic, une dizaine au total. Un petit "Qu'en pensez vous ?" apparaît en guise de légende. Il faut l'avouer, c'est troublant et plutôt beau.
A la fin de la séance, un homme se lève dans la salle et prévient que le lien supposé entre la fin du monde en 2012 et Bugarch n'est que baliverne, orchestrée pas un groupe/association/secte cherchant simplement à créer un buzz (malgré nos recherches, nous ne trouvons pas le nom de cette association, mais l'Aarcueg y travaille). 2012 sera d'après lui un renouveau plutôt qu'une fin, et il incite d'ailleurs les personnes intéressées à lire la brochure qu'il vend, ou à venir le consulter en séance privée afin de retrouver leur "signature cosmique". Il conseille aussi de faire appel à des anges pour qu'ils nous viennent en aide - un ange à qui on ne demande rien, il s'ennuie ! nous assure-t-il. Rassurés, nous quittons la salle, puis Rennes-les-Bains, et traversons une dernière fois le village de Bugarach de nuit. Il pleut. Le Pech,  qui dit-on a inspiré la montagne de "Rencontre du 3ème type", a disparu sous les nuages, et nous rentrons via les mythiques Gorges de Galamus, des entités stellaires pleins les yeux.

Damien 

Retrouvez l'AARCUEG (Association des Amateurs de Récits Conspirationnistes, Ufologiques, Elfiques et Groupusculaires) sur Facebook

Et donc, RDV à Bugarach le 22 décembre 2012, pour l'Apéro des Survivants