Is it the future or is it the past ?



C'est  un paradoxe étonnant : on a jamais autant parlé de dubstep alors que le concept tel qu'il a été envisagé au départ est caduque depuis un moment. Car des sorties actuelles que l'on affilie à cette mouvance, il n'y en a pas vraiment qui ait la moindre influence dub (hormis Kode9 et son fils spirituel LV), et les rythmiques « 2step » ne sont pas non plus forcément au rendez-vous. Le jeu étymologique est ici facile et pointe clairement du doigt que bon sang, il y a un truc qui cloche.

Si le terme de dubstep est devenu une simple étiquette vide de contenu, c'est qu'il y a eu un foisonnement créatif tel que la terminologie n'a pas  pu suivre. Pas encore, et ce retard n'est prêt d'être comblé, car cette prolifération est multiforme et il faut bien le dire difficilement lisible On trace des tendances, on constate des récurrences, des affinités entre producteurs, mais rien de suffisamment clair pour qu'on puisse opérer des catégorisations pertinentes. Pas de didactisme péremptoire, donc, on va juste essayer de pointer du doigt quelques idées trop vite reçues et de dégager quelques orientations nouvelles.

La première chose qui m'interroge depuis plusieurs années déjà, c'est que, sans doute par méconnaissance, on amalgame sans cesse le dubstep avec des genres qui lui sont connexes. Le dubstep a peu prou disparu, je disais, à part dans des franges mainstream vulgarisées (Skrillex etc.), et la grande majorité des disques que nous écoutons se rattacheraient plutôt à des genres comme le Future Garage ou le Purple Sound.

Le Futur Garage, d'abord, qui est une relecture modernisée de ce qu'on appelait dans les années 90 le UK Garage. Pas de wobble bass (ces fameuses basses longues manipulées rythmiquement), pas de descendance jamaïcaine affichée, pas non plus la noirceur habituelle du dubstep, les rythmiques 2step sont ici plus véloces que molosses, et les samples sont puisés prioritairement dans la culture soulful. Un bon exemple du Future Garage ? Burial bien sûr, pour qui se cristallise la confusion –  Untrue n'ayant en effet jamais été une seconde un album de dubstep. Cette année, pas mal de disques garage ont eu un affichage inattendu : la relecture de Gil Scott-Heron par Jamie XX ou le deuxième album de Zomby, expatrié bizarrement chez 4AD. Un peu moins en vue et  bien plus brillants pourtant, les albums de Sepalcure ou FaltyDL, merveilles rythmiques pleines d'atmosphères cotonneuses qu'on ne se lasse pas de revisiter.

Le Purple Sound est quant à lui d'influence moins anglo-anglaises, puisque c'est la fusion du proto-dubstep et avec différentes scènes américaines contemporaines. On donne la même définition de la Wonky Music, qui en est le pendant américain (et avec qui on peut s'amuser à savoir qui de l'œuf ou de la poule etc.) L'idée de ces deux entités : on garde les wobble bass et l'effet d'écrasement rythmique du dubstep, et l'on y adjoint la culture west coast du funk et du glitch-hop (Flying Lotus, Nosaj Thing...). Cela donne un son puissant, emphatique, avec des rythmes syncopées (« wonky » se traduit par bancal), qui ouvre des portes vers le chant r'n'b, l'autotune, les collaborations d'MCs etc. Alors là, c'est le bal des horreurs : entre Rustie qui nous fait du Calvin Harris boiteux et The Vision de Joker qui a du mal à s'écouter plus de cinq minutes, 2011 aura été une catastrophe. Au rayon bonne surprise, quand même, le formidable et méconnu Complex Housing de Salva. Les albums de Hyetal et Boxcutter sont également fréquentables, sans plus.

Ces glissements sémantiques ne sont néanmoins qu'une petite partie du phénomène. L'implosion du dubstep ne peut absolument pas se réduire à ces nouveaux équilibres – Purple Sound et Future Garage – qui dominent le marché. Il y a des d'autres forces transversales qui jouent et qui rendent l'ensemble bien nébuleux.





1 - Il y a d'un côté la tentation techno de manitous comme Scuba (aka SCB), Martyn, 2562 (aka A Made Up Sound), qui semblent déplacer le centre de gravité du dubstep adulte vers les friches industrielles allemandes, qui en retour se nourrissent plus que jamais du dubstep (cf Hymen Records). Cela est encore difficilement perceptible, mais le risque de scission générationnelle est bien réel – comment peut-on relier en effet la violence old-school du dernier Martyn ou le perfectionnisme édifiant de Pinch & Shackleton avec les petits cons de la scène Purple Sound ? La fracture culturelle est déjà là.

2 - Il y a à l'inverse un trident pop / r'n'b / electronica qui, de concert, amène nombre de jeunes producteurs à se repositionner sur l'échiquier musical, en privilégiant les voix, les chansons et les textures colorées par rapport aux ambiances enfumées des clubs exigeants. Vous devinez de qui on parle : James Blake et son insupportable romantisme. Un peu plus respectables : Jamie Woon qui est au moins un vrai lover et SBTRKT, qui malgré beaucoup de défauts, est aussi un producteur assez malin.

3 - Troisième point de bascule du dubstep actuel, l'exportation soudaine du footwork par l'entremise de Planet Mu. Les étranges rythmiques juke de Chicago ont inondé certaines des meilleures sorties de cette année : Kuedo (pourtant emblème du dubstep avec Vex'd), Africa Hitech ou Machinedrum. Ce n'est sans doute qu'un début, et cela devrait donner le ton d'une bonne partie de 2012.

Où tout cela va nous mener ? Bon sang j'en sais rien. Mais au lieu de trop méditer là-dessus, on va plutôt s'écouter une petite sélection de très bon titres qui sont sortis cette année en LP.

Oneohtrix Point Never | Replica


Entre le souvenir individuel consacré par Proust et la mémoire collective comme narration institutionnelle, il existe tout un panel d’états intermédiaires qu’on attrape difficilement, en ce sens qu’ils se manifestent moins par récits que par traces, par artéfacts, par pur surgissements. Ces éléments, déliés, astructurés, forment ce liseré incertain que nous partageons tous sans pouvoir néanmoins le penser, et qui cimente ce que l’on appelle « notre culture ».

La chanson, classiquement, s’attache aux romans personnels, par définition bâtis dans la parole et l’écriture. On s’y parle d’homme à homme, et donc de plain pied dans le langage. Il est quelque chose d’au contraire beaucoup plus rare que de voir la musique se travailler elle-même, questionner son propre engendrement dans une recherche autre que celle du simple plaisir sensoriel. Certains le font, et c’est une démarche à la fois immense et périlleuse. Il s’agit de se positionner moins dans une stricte visée utilitariste – produire du beau – qu’interrogatrice. La culture musicale, qu’est-ce que c’est et qu’est-ce que ça porte (au-delà des aménagements de tout un chacun) ?

Cette année, nous avons eu la chance de pouvoir confirmer que les travaux de Leyland Kirby étaient inestimables. Après la condamnation guerrière de la pop culture dans le projet V/VM et la déformation monstrueuse de la musique romantique dans ses sorties éponymes, il a mis un point d’orgues aux précédents essais de The Caretaker à travers un disque somptueux, An Empty bliss beyond this world, qui évoque l’écrasement du vinyle sous ses propres grésillements et les derniers soupçons de jazz qui tiennent le sillon.

Une autre bonne nouvelle est que Daniel Lopatin suit maintenant une trajectoire elle aussi très intéressante. Plus habitué avec Oneohtrix Point Never à de « simples » disques de revival Kosmiche, certes excellents mais sans grande puissance théorique, le New-Yorkais combine désormais la beauté de ses arrangements avec une démarche conceptuelle fraîche et stimulante. Le programme est simple : partir de musiques de pubs de sa jeunesse, les séquencer et recomposer à partir de ces échantillons des édifices nouveaux, modernes voire futuristes. Le matériau de départ passionne. Ces programmes de pub, en effet, sont le plus souvent des abominations musicales. Elles portent un message publicitaire, grossièrement, et ne vise qu’à l’efficacité marketing. Mais elles fonctionnent, et elles signent une époque. Qu’on les refuse ou non, elles font partie d’un bain collectif qui immerge les populations. On est ni dans l’histoire individuel, ni dans l’histoire prescrite, on est en deçà, dans le terreau indistinct qui ne peut pas ne pas nous influencer.

C’est pourquoi Replica a une valeur si forte. Nous faire écouter une compilation de musiques de pubs n’aurait aucun intérêt. Par contre isoler ces sonorités, les souligner et les réagencer  nous pousse à un changement de perspective évident. Les chiens ne font pas des chats, sauf ici. Ainsi, d’un amas d’ambiances forcées et désuètes, Fred Lopatin fabrique un ensemble atmosphérique sublime, à la fois très rythmique et parfaitement aérien, qui nous amène à une dérive mentale incontrôlable, tantôt psychédélique et percussive, tantôt parfaitement évanescente.

Album court, condensé, Replica donne en plus des allures concises à ces fluides qui semblent pourtant pouvoir déborder de partout. Nous ne sommes en ce sens pas très éloignés d’un état d’esprit pop qu’on retrouve chez The Books ou Cornelius. Bien que leurs démarches soient singulièrement différentes, on y trouve le même attrait décomplexé pour le « jeu » musical, pour la manipulation constructive et récréative d’objets variés. Pour toutes ces raisons, son audace très accessible et sa virtuosité d’exécution, ce nouvel album d’Oneohtrix Point Never apparaît comme immanquable, et l’on ne manquera pas justement de l’épuiser jusqu’à ce qu’un autre album vienne nous titiller autant – ce qui n’est pas forcément pour tout de suite puisqu'ici miracle il y a : l'abstraction rejoint l'intime dans un drôle de rapport charnel à la culture, et cette prouesse est inestimable.


BNJMN | Black Square


Deuxième album pour BNJMN, mais surtout deuxième album dans la même année pour ce jeune anglais, Ben Thomas, qui n’aura pas eu besoin de plus de dix mois pour passer du statut de pur inconnu à celui de fer de lance de l’avant-garde électronique. Une raison simple : un univers aussi accueillant qu’intriguant, qui provoque un confort d’écoute immédiat tout en faisant preuve d’une originalité formelle assez éclatante.

Black Square, sorti ces jours-ci, répond à Plastic World, paru fin février – comme l’annonce ce morceau d’ouverture, « enterlude », à la fois introduction et transition bien sentie entre deux courts albums qui se complètement à merveille. BNJMN continue dans la même veine en offrant une déclinaison infime ; Black Square est plus limpide, plus abordable et mélodique qu’un Plastic World qui se voulait plus conceptuel et obscur. Maintenant nous comprenons bien où BNJMN veut aller : à la rencontre la plus fluide possible entre d’une part la beauté des premières sorties IDM, flirtant aussi avec le krautrock et le disco le plus planant, et d’autre part un appareil rythmique et formel très contemporain et urbain. Ce qui se traduit plus concrètement par des mélodies chaleureuses et organiques combiné au caractère ascétique de la techno expérimentale et à la prosodie déviante des UK Bass Music.

Avec Black Square, BNJMN avance un peu plus clairement dans sa quête, renonçant à un cocktail parfois déroutant entre morceaux style DFA records et bizarreries vraiment hermétiques, pour se recentrer sur une série de tracks plus homogène, où la mélodie prend toujours les devants. En résulte un disque magnifiquement limpide, où s’alternent tout en douceur petites comptines oniriques et cadences house, dans une sorte d’indécision très audacieuse, puisque dans cette belle continuité atmosphérique on retrouve aussi bien la mélancolie futuriste de Kuedo que les explorations hallucinantes d’Andy Stott ou le groove irresistible de Tensnake. Par petites touches impressionnistes, donc, BNJMN accompagne les plus belles aventures électroniques d’aujourd’hui, et c’est d’autant plus estimable que cela se déroule sans souscrire au moindre modus operandi, sans se rattacher au moindre mouvement, mais en s’enfonçant au contraire dans une voie absolument singulière et irréductible.

La mutation lyrique de Flaubert (par Quentin Leclerc)




 « Je suis né avec le désir de mourir. »

Envisager la compréhension globale d’une oeuvre passe par la lecture de tout ce qu’a pu fournir l’auteur étudié : des journaux personnels jusqu’aux notes gribouillées sur différents carnets, aux lettres envoyées. Les ouvrages annexes sont souvent considérés comme les plus révélateurs et les plus utiles afin d’apercevoir les problématiques et les évolutions d’un écrivain aussi bien dans sa perception du monde, que dans son cheminement d’homme ou ses choix littéraires ; voir par exemple le Journal de Gide, les Cahiers de Kafka, la Correspondance de Flaubert, etc.

Relire les Mémoires d’un fou ainsi que novembre, écrits de jeunesse - respectivement à 17 et 21 ans -, deux ouvrages qui sont, dans leurs stéréotypes classiques des romans adolescents (déclamations amoureuses platoniques, sensitifs, par le biais de comparaisons à des saisons mélancoliques, à des amours perdus ou impossibles ; avec le talent en plus), des témoins importants pour envisager une problématique de progression de sa mentalité très peu perceptible en ne prenant en compte que les grands romans - c’est-à-dire tous - de Flaubert. L’évolution lyrique d’un adolescent en proie aux idées sublimes phénoménales, castré dans ses élans romantiques par un entourage beaucoup trop terre-à-terre, et étant à l’origine de toute une oeuvre à l’attention détournée ; « Il me prit contre la vie, contre les hommes, contre tout, une rage sans nom. J'avais dans le cœur des trésors de tendresse, et je devins plus féroce que les tigres ; j'aurais voulu anéantir la création et m'endormir avec elle dans l'infini du néant ; que ne me réveillais-je à la lueur des villes incendiées ! »

« A vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante ; dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge ; - et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d'une manière automatique. -- Un Coeur simple »

A l’instar de tout adolescent en fin de contrat, se préparant à attaquer la vie adulte rempli de sentiments louables et passionés, Gustave voit déjà son futur comme le présent regret d’une expression ratée de ses sentiments les plus nobles et, bien que dénigrés à l’époque justement parce que lyriques et obsolètes, sincères : « il est beau de vivre ainsi dans la beauté éternelle, de se draper avec les rois, d'avoir les passions à leur expression la plus haute, d'aimer les amours que le génie à rendus immortels. ».

Décaler son obsession des envies chimériques et « supérieures », rapidement freinée d’ailleurs par un entourage peu réceptif à son envie d’ailleurs incontrôlables, qui est identique aux visions même dont est atteint Saint-Antoine dans son désert aux mirages (luxure, volupté, démons, et autres secrets de l’univers), pour focaliser son attention sur une forme s’approchant de la perfection, et qui réside dans cette tradition du ternaire musical (entre autres) représentant une globalité fictive mais revendiquée depuis l’Antiquité ; au détriment des histoires narrées d’ailleurs, ne servant plus dès lors que de support à ses essais perfectifs, les deux (discours et poésie) se distançant l’un de l’autre au fur et à mesure ; entre désintérêt et sublime.

« J'y travaille toujours [sur La Tentation de Saint-Antoine] et je développe le personnage principal de plus en plus. Il est certain que maintenant on voit un plan. Mais bien des choses y manquent. - Quant au style, tu étais bien bon d'appeler ça une foirade de perles. Foirade, c'est possible. Mais pour des perles, elles étaient rares. J'ai tout récrit, à part peut-être deux ou trois pages.
Quand en serai-je quitte ? je l'ignore. Je suis homme à passer dessus tout l'hiver. Je ne lâcherai la chose que lorsque je n'y verrai plus rien à faire. -- A Louis Bouilhet, 21 septembre 1856. »

Ainsi nageant perpétuellement dans ce paradoxe existentiel, tout comme Frédéric, Salammbô, Flaubert est ce même personnage fâné face aux désillusions et s’adaptant tant bien que mal à sa condition « maudite », mais devant se résigner par paresse et couardise (là où Flaubert se bat) tout aussi bien qu’il peut dire que « cette pute de Bovary va vivre et [que lui il va] mourir comme un chien » car elle restera cet objet infini de désir idéal, malgré sa mort fictive et son abandon relatif de la recherche d’une certaine perfection. Il l’aime et la hait le plus extrêment possible car elle est ces deux parts opposées de son être, ce tiraillement permanent.

Tous ses romans sont l’expression de l’amour contrarié comme il le concevait en étant jeune, dans des époques très différentes car le regret est éternel (« mais le cœur de l'homme est inépuisable pour la tristesse : un ou deux bonheurs le remplissent, toutes les misères de l'humanité peuvent s'y donner rendez-vous et vivre comme des hôtes. »). Bouvard et Pécuchet, quant à elle, est son oeuvre ultime et inachevée, sa revanche sur le monde, sur cette société qui l’a empêché - à raison, finalement ? - d’emprunter la voie de l’effusion romantique (qui découlera ensuite sur un cynisme aigü) qu’il souhaitait point d’orgue d’une ouverture intellectuelle plus forte. C’est un tacle aussi bien des autodidactes déconnectés de la réalité - c’est-à-dire les scientifiques dont finalement il fait partie - tout autant qu’un aboutissement dans son travail stylistique qui se présente étincelant, sur le fond vide d’essais infructueux de deux hommes, de leurs apprentissages insensibles et vains. Bien loin donc des préoccupations des lecteurs qui, encore actuellement, ne prennent que rarement en considération l’appel stylistique d’une oeuvre, pour se concentrer uniquement sur son contenu ; si bien qu’ils sont à des années lumière de percevoir correctement l’ouverture immense d’une oeuvre comme Bouvard dans le travail personnel de l’auteur. « Sa chaîne de montre en cheveux / et la manière dont il battait la rémolade / décelaient le roquentin plein d'expérience ; / et il mangeait le coin de la serviette / dans l'aisselle, en débitant des choses / qui faisaient rire Pécuchet. » ; vous entendez comme ces banalités sonnent la poésie parfaite, comme tout cela brille d’une lueur plus douce encore que la plus belle des histoires d’amour, musicalement, avec timidité, « dans l’aisselle, en débitant des choses » ; ça tient du prodige.

« [...] Je crois que le public n'y comprendra pas grand chose. Ceux qui lisent un livre pour savoir si la baronne épousera le vicomte seront dupés, mais j'écris à l'intention de quelques raffinés. Peut-être sera-ce une lourde sottise ? A moins que ce ne soit quelque chose de très fort ? Je n'en sais rien ! et je suis rongé de doutes, accablé de fatigue. -- A Madame Tennant, 16 décembre 1879. »

Novembre paraitra à Flaubert en 1853 ainsi : « [...] tout nouveau, tant je l'avais oublié. Mais ce n'est pas bon. Il y a des monstruosités de mauvais goût, et en somme l'ensemble n'est pas satisfaisant. Je ne vois aucun moyen de le récrire, il faudrait tout refaire. - Par-ci, par-là une bonne phrase, une belle comparaison. Mais pas de tissu de style. » Il ne s’y retrouve plus car c’est le garçon qu’il a éjecté, sans obsession des mots, juste dans son épanchement désespéré de ses derniers sentiments sincères. C’est une bataille qui s’est faite durant toute sa vie entre le lyrisme de la forme et celui du fond, le lyrisme expressif et sous-entendu, celui d’un homme au talent sans borne mais trop mystérieux pour ses patients.

« C'est là ce que nous avons eu de meilleur ! dit Frederic.
- Oui, peut-être bien ? C'est là ce que nous avons eu de meilleur ! dit Deslauriers »




Quentin Leclerc / @Valtudinaire

[Mixtape] Julien Lafond-Laumond | Tours de Merles

Les Tours de Merle, un endroit beau et inquiétant de ma nouvelle patrie, la Xaintrie. C’est après des kilomètres et des kilomètres de désert, dans les vallons feuillus qui préfigurent le Massif Central, que s’élèvent les ruines de ce château médiéval. Pas le soupçon d’une habitation au loin, pas la moindre trace de civilisation, ici les vestiges sont comme dans leur nature initiale : ce n’est pas seulement la cité qui a été abandonnée, ce sont aussi toutes les collines alentour ; et cet espèce d’abandon, épais et puissant, provoque un sentiment profond, subtil, où se mêlent proximité imaginaire de batailles épiques et contemplation extatique du vide.

Ce serait vous mentir si je vous disais que ce lieu m’a inspiré ce mix, le rapport ne m’est en fait venu qu’après coup. J’ai voulu approcher un ressenti que j’avais plus ou moins éprouvé là-bas, par temps gris, seul dans ce paysage hostile, un quelque chose de faussement discret mais chargé, aussi proche du silence que du grondement des catastrophes. Dans cette optique, je ne pouvais trouver meilleure ouverture qu’un morceau de Michael Pisaro, fascinant compositeur contemporain aux structures invariantes – alternant systématiquement plages blanches et ressacs toujours plus puissants et solennels. L’occasion était aussi toute trouvée pour convoquer l’ambient belliqueux de Lustmord ou le jazz mortifère de Bohren & Der Club Of Gore. L’ambiance se veut sombre, martiale, et avant tout contemplative.

Mais Les Tours de Merle, c'est aussi un panorama où à force de maintenir son regard, la perspective change. L'obscurité perçue initialement se teinte de pensées plus diffuses, plus ésotériques et aériennes. Et ce présent mix suit peu ou prou le même mouvement, perdant sa noirceur à mesure qu'une atmosphère plus sereine se fait jour. Aussi importante que l'introduction de Michael Pisaro, cette sélection se clôture ainsi par Terre Thaemlitz (DJ Sprinkles), avec un morceau aussi immobile que béât, dix minutes où le temps s'arrête, se suspend, et laisse à l'abstraction la place entière pour s'épanouir et se répandre, à perte de sens.


PS : la faute d'orthographe, c'est notre signature. Mon dernier mix s'appelait Incidious à la place d'Insidious, cette fois c'est Tours de Merles à la place de Tours de Merle. Et on ne s'arrêtera pas de sitôt.

Artwork : KAMIONKA 

Tintin contre l'alcool

Le Tintin de Spielberg essuie quelques critiques étonnantes : celles qui visent le manque d'émotion et le vide  psychologique de ses personnages. Drôles de reproches, puisque c'est sur un de ces plans-là que Spielberg est le plus fidèle à Hergé. Tintin n'est en effet rien d'autre qu'une série de conventions et de prétextes. Conventions d'un nom, d'un âge, d'une houppette, d'une série de fausses amitiés qui arrangent bien la narration ; prétexte d'un métier – reporter, pas journaliste – bien utile pour légitimer les aventures les plus folles, prétexte en somme à donner les pleins pouvoirs à Tintin avec le justificatif minimal de faire son boulot. En dehors de ces quelques marqueurs aussi minimaux que souvent arbitraires, Tintin n'est rien, et ne ne soucie de rien. Pas d'histoire à lui, aucune famille, aucun lien à l'autre sexe, pas de centres d'intérêt, pas de projet, une indifférence profonde pour les questions d'argent et les inégalités sociales, Tintin est un sujet vide et imperméable, qui n'est sensible qu'à une chose : des éléments du monde qui, tout à coup, l'aimantent et l'obsèdent. Tintin n'est animé que par cette curiosité élective, qui anéantit tout autour de lui, tout sauf ce qui est alors lié à une affaire qu'il va falloir résoudre, une aventure qu'il va falloir exploiter jusqu'au bout. La beauté du personnage d'Hergé est là : Tintin n'est qu'une pure mécanique d'action et de réflexion, sans prisme individuel, sans déformation de la réalité présente autour de lui. Chaque expédition efface la précédente, c'est pourquoi c'est toujours la surprise quand Rastapopoulos réapparaît, car avant de le démasquer nulle trace d'interprétation hâtive, d'attentes et de craintes trop personnalisées : Tintin est toujours vierge.

La virginité de Tintin, quelle affaire. Plutôt que de virginité, on pourrait parler de pureté. Il n'a pas été sali par les femmes, pas sali non plus par l'alcool. Tintin n'a pas de vice, pas de pensées noires, pas de jugements inappropriés. Tout est lié, car dans nos têtes c'est les femmes et la picole qui foutent le boxon.


S'il y a bien un point sur lequel Spielberg est exemplaire, c'est sur son traitement de cette pureté, en particulier vis-à-vis de l'alcool. Ce n'est pas un maigre sujet : Tintin, habituellement détaché de toute appréciation morale, procède à l'inverse avec l'alcool. Tintin ne boit pas, mais il l'interdit en plus aux autres. Concernant Haddock on le comprend, car il y a un lourd passif. Mais on retrouve  aussi, avec les autres personnages, des séquences beaucoup plus discutables et étranges. Je pense à une en particulier dans le Crabe aux pinces d'or : Tintin aperçoit Dupond et Dupond à la terrasse du Café des Sports. Ils se sont faits servir une pression et, en voyant leur jeune camarade arriver, demandent au serveur d'en apporter une autre. Les verres des deux inspecteurs paraissent entamés. Les coquins, ils ont déjà du boire une ou deux lampées. Tintin s'installe à leur table et marque sa surprise quand il voit une bière lui arriver sous le nez. Et chose irréelle, les verres des Dupondt sont à nouveau remplis, comme par magie, jusqu'à quasiment déborder ! Et alors qu'ils s'apprêtent à tremper à nouveau leur moustache dans le maudit breuvage, Tintin leur fait une blague en leur tapant dans le dos. Résultat : une explosion de mousse et pas une goutte dans le gosier. Si on résume, Tintin ne perçoit pas que les policiers ont déjà bu, puisque leur verre s'est miraculeusement re-rempli (une façon d'annuler les gorgées interdites), et, sous couvert de leur faire une bonne farce, il les empêche de boire. La suite de leur entrevue confirmera nos soupçons : la discussion embraye sur le boulot et la fuite en avant qu'est l'aventure reprend, pas le temps de siroter son demi, il faut payer et partir sans avoir touché à son verre.

Ce qui interroge particulièrement est la tension qui existe entre un Tintin qui veut éradiquer la boisson pour tous et un entourage qui, il faut bien le dire, a la tentation facile. On évitera encore de parler d'Haddock, pour qui la problématique est tellement évidente qu'elle peut rendre imperceptible une série de phénomènes beaucoup plus variés et généralisables. Comment ne pas parler en effet de ce brave Milou, qui n'en manque pas une pour « se tromper » et faire comme si c'était un accident de boire un peu de scotch. Le Milou il passe pas un album sans tituber, et tout indique que son rêve ultime serait d'avoir un os géant et une belle bouteille de spiritueux. Et Tintin, lui, ne remarque rien, ne comprend jamais ce qu'il se passe, il dénie tout, en bloc. Il ne préfère pas savoir qu'en fait, le monde entier est saoul et qu'il ne pourra rien y faire.


Spielberg a bien saisi qu'il y avait-là un thème majeur et complexe dans l'univers d'Hergé. C'est un des rares domaines où tout n'est pas clair, où l'ambiguïté est de mise. Dans le film, cela se traduit par la question du souvenir, du souvenir par Haddock du Secret de la Licorne. Et là tout est embrouillé, tâche aveugle dans l'océan de limpidité du reste des péripéties. Reprenons : Haddock s'est vu confier sur le lit de mort de son grand-père le secret de sa famille. S'en suit une cuite mémorable et l'oubli qu'il croit définitif de cette confession. Des années plus tard, toujours rien. Et il suffit d'une journée de sobriété et un delirium tremens pas piqué des hannetons pour que la mémoire ressurgisse. Partiellement puisque bientôt évanoui, Haddock ne pourra pas dévoiler toute la légende. S'en suit un nouveau vide, Haddock va mieux, est réhydraté mais ne se souvient plus. Et il faudra qu'il reprenne de l'alcool, juste un peu, pour que le fil du souvenir se retisse. Ainsi, le Secret de la Licorne aura émergé en deux temps : un premier dans le sevrage d'alcool et le délire hallucinatoire, le second dans une reprise modérée d'alcool qui ré-enclenche le processus. Et de ça, Tintin n'en dit rien, parce qu'il n'en comprend rien. Quand dans le désert, Haddock rejoue l'histoire familiale dans un puissant onirisme alcoolique, Tintin se réjouit que la sobriété prouve déjà sa vertu. Comme s'il avait quelque chose à prouver, confondant du même coup l'absence d'alcool et le manque d'alcool. Et quand la mémoire ressurgit plus tard grâce à une gorgée de n'importe quoi, Tintin s'embarque dans le récit du Capitaine – à nouveau la fuite en avant –, se gardant bien de faire remarquer que sans tord-boyaux, il n'y aurait pas eu de fin mot à l'histoire, et l'aventure aurait été écourtée.

Si Tintin fonctionne principalement dans une dynamique de pureté absolue : appauvrissement et infantilisation des relations humaines, affranchissement des contextes socio-économiques et culturels, absence de questionnements éthiques et politiques, en ce qui concerne l'alcool, le jeune reporter fait preuve d'un moralisme très inhabituel, qui répond à cette tendance éthylique plus qu'évidente de ses proches – y compris son chien ! Quand on commence à affiner cette question, on se rend compte qu'à l'opposé de la fluidité générale qui caractérise les aventures de Tintin, ici on s'embourbe, on ne s'en sort pas. Il existe un livre à ce sujet, Tintin et l'alcool, de Bertrand Boulin, mais celui-ci demeure introuvable et a d'ailleurs été interdit pour des questions de copyright. Dommage, car il y en a encore beaucoup à découvrir – et c'est franchement plus intéressant que de chercher à savoir si Tintin a touché ou pas le kiki de Tchang.


Roman Flügel | Fatty Folders


Passionnante est la quête de Roman Flügel, artiste transversal qui, depuis le tout début des années 90, ne cesse de multiplier les interprétations contraires de la modernité électronique. Impossible de démêler avec lucidité tous les entrelacs de sa carrière. Partie prenante d’innombrables projets lors des premiers balbutiements de la techno en Europe, il a su digérer et réinterpréter des courants aussi différents que l’acid house, la trance, le techno de Detroit ou les dance music tribales sous des pseudos aussi fleuris qu'Acid Jesus, Warp 69, Pure Tribal ou Holy Garage. Quand il a su enfin se poser dans une formation pérenne, Alter Ego, c’est celle-ci même qui a perpétuellement muté au fil du temps – quel rapport en effet entre le down-tempo et futuriste Decoding The Hacker Myth (1996) et l'hymne electro-rock "Rocker" (2004) ? Alter Ego a comme seul fil conducteur son nom. La ligne artistique n’existe pas.

Changeant parce qu’instable, insatiable jeune loup, c’est l’impression qu’on pourrait avoir de Roman Flügel. Or la réalité est plus complexe. Nous pouvons en tout cas dire que sa carrière est depuis quelques années d’une telle cohérence, elle trace une ligne si pure qu’il est impensable qu’elle soit le fruit d’une maturité tout juste trouvée. Il est inimaginable que tout ce foisonnement passé s’éclaire d’un coup, se condamne à l’oubli à jamais pour recommencer à l’exact inverse, dans un déploiement de carrière entièrement programmé, structuré et pensé a priori.

On imagine plutôt que c’est le dévoilement de Roman Flügel sous son nom civil, en solo, qui change la donne. S’exerce désormais sur son nom d’artiste la même exigence que dans la vie privée de tout un chacun : l’exigence d’identité, et si possible avec clarté. Dans le flot de pseudos qu’il a utilisé au cours de ces vingt années, parfois dans le cadre de groupes aux rôles incertains, il n’a pas eu à se poser de questions ; on mettait des masques, on se réinventait chaque fois, on se projetait toujours ailleurs – mais toujours dans un espace virtuel. Ce n’est que quand il fût enfin tout seul, dans la nudité de son patronyme, que Roman Flügel devint tout à coup limpide.

Fatty Folders s’entend ainsi comme un accomplissement, dont on entendait les premiers schéma directeurs dans son projet solo le plus electronica, Eight Miles High. Dans un grand geste d'épure, Flügel a depuis quelques années élagué sa musique de pas mal de ses tentations passées. Plus de réinventions constantes, de gimmicks plaqués en provenance de genres contradictoires, plus de cache-cache incessant avec le public ; le Flügel solitaire est plus méthodique et plus didactique. Il a un style.

Cette signature qui s'affine depuis une demi-douzaine d'années a le mérite d'être clair : approche répétitive, perfectionnisme du son, distance émotionnelle, grande influence de l'électronique 80's et des premières inspirations IDM. En guise de morceau clé, on peut noter "Brian Le Bon", sorti en mai 2010, un morceau simplement gigantesque et déjà historique. Qu'on ne retrouve pas sur Fatty Folders, pas plus que ces innombrables remixes où Flügel s'est fait la main encore et encore (une dizaine sont sortis rien qu'en 2011). Fatty Folders n'est pas une compilation de ses meilleurs tracks, c'est juste un essai stylistique.

Ainsi on ne verra pas ici une sortie ultime, ni même indispensable – il n'y a guère là de morceaux extraordinaires –, Fatty Folders est certes un accomplissement, mais d'ordre strictement formel. Car malgré la grande disparité de genres cités, tous se rangent derrière une même rigueur, une même vision artistique extrêmement singulière. Quand Roman Flügel amène une basse disco ("Deo"), une rythmique africaine ("Bahia Blues Bootcamp") ou un beau motif de piano ("How To Spread Lies", "Song With Blue"), le traitement est toujours identique, il y a systématiquement le même refus de dramaturgie, d'emballement, d'interprétation. Les éléments sonores sont pris pour ce qu'ils sont réellement, des phénomènes acoustiques qui, par eux-mêmes, n'évoquent rien. On est à l'opposée des joueurs d'ambiances comme Robag Wruhme, Roman Flügel est un constructeur, strict sensu.

On ne sera pas surpris de trouver dans Fatty Folders les signes de la modernité la plus éclatante (brisures UK Funky, traces éparses de ghetto music etc.) : en tant que bon architecte, Flügel fait avec les matériaux de son temps. Il agence et assemble du vieux, du neuf, du violent et du doux selon les mêmes principes, pour construire les mêmes squelettes. C'est rigide, oui, mais tellement adroit et pointu que cela en devient fascinant.

Il ne s'agit pas de dire que Fatty Folders laisse de marbre – au contraire les digressions electronica y sont bouleversantes, de même que les plages les plus technoïdes provoquent un malaise intrigant et jouissif. Il faut simplement constater que, contrairement à beaucoup, Roman Flügel ne cherche pas à faire passer a priori le moindre sentiment, la moindre émotion. Il est un formaliste, qui travaille le son jusqu'à n'en plus pouvoir. Son approche est à l'image de l'illustration de son album, abstrait, théorique et loin de la communauté des hommes. Mais il n'empêche qu'une fois les morceaux terminés, une fois l'album laissé en pâture aux auditeurs, la musique agit.


Class of 81' | Enter the endless summer

T'es resté bloqué sur la house doucereuse de Crydamoure, tu kiffes la grosse chillwave de Washed Out -> tu vas aimer le son tout frais de notre poto Class of 81'.

The Endless Summer (demo) by class of 81'

Wilco | The Whole Love

De Wilco on ne retient généralement que Yankee Hotel Foxtrot, duquel même on extirpe parfois une vision partielle, périphérique et marginale : celle d’un disque qui pousse la pop à ses plus hauts degrés d’expérimentations. S’il est vrai que Yankee Hotel Foxtrot est un véritable laboratoire technologique, aux trésors de production inépuisables, il est un peu moins évident qu’il s’agit de la moelle épinière du disque. Sa signature irréductible est certes dans l’étrange lumière onirique qui le nimbe, dans les textures fantastiques de Jim O’Rourke, mais les entrailles de l’album sont autres, et elles sont au fond les mêmes que pour n’importe quel autre album des Chicagoans.

Il est étonnant en vérité que deux épisodes comme A.M. et Wilco : The Album soient à ce point minimisés dans la carrière du groupe. Disques simples, conventionnels, on a eu tôt fait de les ranger au rang de disques mineurs. Or se manifestaient en eux de la manière la plus éclatante le vrai songwriting de Jeff Tweedy, son vague à l’âme permanent, sa subtile ambivalence entre résignation et énergie, entre country-folk larvé et pop-rock plus conquérant. Dépouillé : c’est le terme qui correspond en fait le mieux à ces deux disques, car dépouillés des gestes fous de rats de studios qui viennent dans les autres efforts du groupes succéder à la composition proprement dite.

On se souvient de Summerteeth, construit d’abord comme un tranquille album de studio. Jeff Tweedy s’occupe des lignes de force, le reste du groupe accompagne et brode autour. Mais surprise au moment du mixage, quand tout semble ok, prêt à empaqueter, Tweedy et Jay Bennett reprennent le travail, sans le consentement des autres, ils coupent, taillent, évincent, surchargent, renchérissent ; d’un album de pop bien cadré ils érigent un album-poème où préoccupations de la forme et du fond se confondent.
Pour Yankee Foxtrot Hotel le procédé est similaire : l’expérimentation succède au classicisme, l’orgie d’arrangements extatiques se rajoute à des chansons de facture plutôt traditionnelle.

On en retient comme idée que chez Wilco, les ambitions exploratoires sont secondaires, elles viennent dans l’après-coup ou ne viennent pas du tout (comme dans ce discret album éponyme qui recèle pourtant l’écriture la plus subtile). Il n’est pas étonnant, dès lors, que le seul disque vraiment contesté du groupe soit A Ghost Is Born, par moments sublime, mais dont les innombrables embranchements peinent à retrouver leurs racines. Wilco, au fond et avant tout, est un groupe plutôt simple. Qui touche premièrement par son style – par la voix sobrement expressive de Jeff Tweedy, par ses textes immersifs, par ses mélodies si évidentes et en même temps si délicates, grâce aussi au talent irréprochable de musiciens qui jouent comme il se doit, en souplesse, en maîtrise et avec beaucoup d’engagement. Qu’après ce style-là soit déconstruit, reconstruit, déplacé dans des structures plus ambitieuses n’est qu’une source de plaisir augmentée – pas transfigurée, pas bouleversée, seulement augmentée. C’est pourquoi Yankee Hotel Foxtrot et Summerteeth sont si adulés : ils offrent quelque chose de plus, ils disposent d’un argument supplémentaire par rapport à la formule de base d'une formation d'alt-country qu'ils restent néanmoins.

Cette introduction est importante car c’est une des clés de compréhension possibles de The Whole Love, un nouvel album beaucoup plus compliqué à appréhender qu’il n’y paraît, un disque trompeur, qui peut se définir simultanément comme l’album le plus osé et le plus pauvre du groupe depuis des lustres. Il faut en effet retenir de ce préambule une chose très simple : il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, d'autant plus chez Wilco, où les originalités formelles doivent toujours être tractées par des bonnes chansons toutes simples.


Venons-en à notre première impression : The Whole Love décoiffe. Après le très intimiste et linéaire disque éponyme, après également un Sky Blue Sky parfois très anguleux et austère, ce nouveau venu apporte une fraîcheur extrêmement agréable. Varié, tant sur les styles abordés que les structures utilisées, il est vivifiant et très dynamique. L'ouverture qu'est "Art of Almost" en atteste puissamment, avec sa construction inhabituelle, avec ses arrangements surréalistes et son final destructeur. Hell Yeah, ça défouraille et l'idée surgit bien vite qu'on tiendrait-là un des meilleurs albums de Wilco. Idée pas saugrenue, puisque l'énergie déployée, l'enthousiasme de chaque instant et la liberté revendiquée sont des critères forts, instantanément accessibles. The Whole Love séduit de suite par son côté fougueux et emporté, son alternance efficace entre pop songs tout en tonus et ballades pleines d'étoiles dans les yeux.

Très vite se confirme donc que le point fort de cet album est son entrain juvénile, porté par des sections instrumentales étonnamment musclées et abrasives ("Born Alone", "Standing O"). On le sait, les musiciens de Wilco sont férocement doués. Et il n'y a pas que Nels Cline qui est cette fois mis en valeur – au passage toujours un des meilleurs guitaristes en activité – : on retiendra aussi la performance exceptionnelle d'un bassiste John Stirratt généralement plus en retrait. Souvent ainsi, le back band aiguisé des précédents albums se mue en front band explosif et, c'est le revers de la médaille, quelque peu démonstratif. Rock'n'roll, oui, mais un peu bourrin, tout comme ce retour soudain à la pop 60's qu'on avait plus entendu aussi frontalement depuis Summerteeth en 1998. Cette influence n'est pas critiquable en soi, bien sûr, on s'étonne juste qu'elle réapparaisse sous des formes aussi simplifiées, en l'occurrence avec des claviers tapotés frénétiquement et un peu bêtement. En quelques écoutes ces aspects d'abord galvanisants commencent à interroger.

The Whole Love nourrit en fait plus d'une ressemblance avec les dernières moutures de Yo La Tengo. Outre les ressemblances intrinsèques aux deux formations – deux institutions indie-rock dont l'âge d'or est derrière eux –, tous ces disques respirent la décontraction retrouvée. The Whole Love, I'm Not Afraid of You and I Will Beat Your Ass et Popular Songs sont trois même disques : des synthèses guillerettes et enlevées qui gagnent en candeur et en immédiateté ce qu'elles perdent en finesse et en créativité. Car ne nous y trompons pas, si The Whole Love paraît plus recherché que ses prédécesseurs, ce n'est qu'apparence. Il ne faut ainsi pas voir dans cette espèce de folie reconquise de grande valeur qualitative : elle est plutôt signe d'une forme de relâchement. C'est quelque chose de positif, au fond, puisque Jeff Tweedy paraît plus heureux et détendu que jamais. Et musicalement, cela se traduit par un régime créatif plus démocratique, par des arrangements moins pointilleux et par une spontanéité optimiste qui, on le sait, n'est pas l'humeur la plus appropriée pour écrire des grands disques.

The Whole Love transpire bien du plaisir de jouer ensemble, et nul doute que cet album joué live sera un beau moment d'émotion. Il n'en reste pas moins que, pris pour tel, ce disque pêche un peu dans tous les domaines. Surtout si l'on reprend notre métaphore de la charrue et des boeufs – les bases classiques en premier et la modernité dans un deuxième temps. Pas évident, il est vrai, de trouver ici beaucoup d'excellentes chansons, qui seraient tout autant à l'aise au naturel, dépouillées de tout artifice. "Dawned on Me", "Black Moon", "Rising Red Lung", "Whole Love" et guère plus. Pour les autres, les mélodies tombent moins bien qu'habituellement, elles semblent moins justes, moins inspirées, trop dépendantes de leur interprétation et de leur production ("Sunloathe", "Open Mind" etc.). Des chansons moyennes, donc, qui sont sauvées parce que Jeff Tweedy reste lui-même, un grand chanteur et un sacré leader. Mais même ce deuxième temps, celui de l'habillage des chansons, de leur exécution, de leur aménagement dans l'espace, ne livre pas grand chose de très réjouissant. Les arrangements sont un peu approximatifs, pas super inventifs, ils sont efficaces seulement et n'apportent à aucun moment la plus-value exceptionnelle qui signe les grands albums de Wilco. Rien de clairement emballant, donc, si ce n'est sur le très carillonnant "Capitol City", ou sur "One Sunday Morning", forcément, une balade de clôture de douze minutes à la progression inattendue, évitant le piège de la montée et du crescendo émotionnel pour jouer uniquement sur la répétition et les frises instrumentales pleines de retenue.

On ne boude pas ce que Wilco nous offre ; The Whole Love est agréable et réjouissant, un bel ami d'arrière-saison, enlevé et tendrement mélancolique. Mais l'évolution est courte. Dans ses moments les plus intéressants, nous sommes dans un disque de continuité. Les autres tentatives sont plus hasardeuses, jamais détestables mais quelque peu oubliables. Et de ce bonheur nouveau, de cette libération fraîchement affichée, Jeff Tweedy n'en sort pas vraiment de titres majeurs, surtout pas un "Art of Almost" bien trop poudre aux yeux pour ça, à la limite pourrions-nous plutôt féliciter "Born Alone" et "Whole Love", deux titres qui résument le projet pas totalement concrétisé de cet album : redonner à Wilco une adolescence, naïve, audacieuse et exaltée.


CARTON ROUGE - TROISIEME MI-TEMPS


Le passé c'est du passé

Qu'il est agréable de changer de vie. TF1 l'a bien compris : plutôt que de faire gagner des sommes colossales d'argent brut, les producteurs préfèrent dorénavant orienter les récompenses. Pas question de garder le même boulot, de s'acheter une belle voiture, de faire des travaux à la maison et d'épargner pour ses enfants, il faut tout laisser derrière. Ça en dit long sur l'impression d'impasse qui s'insinue dans le projet de vie de chaque Français. Masterchef en est un parangon : vous êtes directeur commercial, avocat, chef d'entreprise, étudiant de médecine en fin de cursus, mais tout ça ne vaut rien, car le seul rêve qu'on vous propose, c'est de vider et larder des pigeonneaux tous les soirs. La seule voie possible, c'est de gagner, être premier, un seul y parviendra – et les autres retourneront tous, le cœur brisé, à leurs vies minables de travailleurs aisés.



Faut avouer que ce qui rend possible ce genre d'inepties, c'est une forme nouvelle d'idéal, l'idéal de la discontinuité. Question de phénoménologie : l'existence n'apparaît plus dans sa permanence, dans son déroulement fluide et logique mais comme une suite de séquences non liées, d'évènements qui font coupure, qui jalonnent la vie et en marquent brutalement les changements de direction.

Une fois acquis, le statut d'ange de la télé-réalité est par exemple perçu comme un dû, il est revendiqué au nom de rien d'autre que de ce soudain changement de vie, qui a valeur de preuve en soi – vous voyez-bien, je ne suis plus dans ma vie d'avant et il faut m'honorer depuis que ça a changé. Éric Besson est un autre figure intéressante, que j'oserais dire avant-gardiste. Alors que le flux d'information et la mémoire informatique devraient immobiliser les destins dans un procès permanent, on observe le contraire. Peu importent les dossiers que vous me ressortez, peu importe comment vous m'avez connu, puisque aujourd'hui est un autre jour et que seule compte la parole instantanée. Ma dernière illustration sera un peu plus classe, avec le History of Violence de Cronenberg qui est ici assez visionnaire. Deux blocs d'existence supposés disjoints et successifs tendent à se mêler – danger et horreur d'avoir à établir une cohérence entre les deux. Dans un final épique, Viggo Mortensen remettra chaque séquence à sa place. Comme si Besson devait rendre sa carte de l'UMP parce que « gaucho un jour, gaucho toujours ». Je vous laisse imaginer.


Toute cette introduction ne me sert que de prétexte pour vous parler de deux histoires récentes qui me plaisent bien, deux changements de vie annoncés qui, dans leur genre, sont bien chouettos.

La première concerne un certain Ron Artest, joueur NBA particulièrement croustillant que les aficionados connaissent bien. Un défenseur redoutable, sans conteste un des meilleurs de la ligue, mais aussi un personnage fascinant, fou et incontrôlable. Il a été immortalisé lors d'une baston homérique lorsqu'il jouait à Indiana. Échange de coups avec Ben Wallace, puis position couchée comme à la plage sur son banc de touche, et enfin beat them all dingo dans les tribunes avec des supporters. Vous pouvez voir la vidéo ici. Un fait de gloire qui marque bien l'instabilité du bonhomme, toujours à la limite du dérapage sportif ou médiatique – violence, moquerie,  aveu de dépression, propos délirants etc.  Eh bien figurez-vous que ce cher Ron Artest a lui aussi décidé de commencer une nouvelle existence. C'est officialisé par le juge depuis le 26 août dernier, il s'appelle désormais Metta World Peace, et c'est inscrit sur sa fiche d'état civil. 

« On pouvait encore m’appeler Ron Artest jusqu'au 26 août, et maintenant c’est fini. C’est terminé. Maintenant, je ne suis qu’amour et paix dans le monde. Tout le monde peut s’y retrouver quel que soit son pays, sa communauté ou son état. Le plus important, c’est la paix dans le monde. Vous savez ce que ça signifie ? Les enfants ont besoin de le savoir, et maintenant ils le savent »



La deuxième histoire nous ramène directement à la musique. Au début de cette année, je pleurais la fin de carrière de Jay Haze, monument de la house qui annonçait tout arrêter dans des termes nébuleux et  tout simplement nuls ("After spending years contemplating what love is, I have realized that the only way to evolve is through love"). Il s'est avéré en fait que Jay Haze voulait s'engager corps et âme dans l'humanitaire, précisément dans les conflits qui meurtrissent depuis des années la République démocratique du Congo. Changement de vie assez improbable et au final plutôt drôle. Fort heureusement, Jay haze est revenu partiellement sur sa décision, puisqu'il nous offre déjà un nouvel album gratuit. Pas avec de la house cotonneuse comme dans I'm Burning Inside ou dans son remix idéal de Yann Tiersen, mais avec de la bass music bien chanmé et très surprenante pour le bonhomme. Collaboration avec une jeune MC de 18 ans, Rayzaflo, No Time Like Now est une belle incongruité qui donne envie de faire des choses sales et vilaines. Tout ce qui vous plaît.

  Rayzaflo and Haze-No time like now by jayhaze

[Mixtape] Autres Directions | October 2011

On a découvert le blog Autres Directions il y a quelques semaines, par le biais de l'ami Alex Navarro. Y avait tout pour nous plaire. Hop, on leur demande un mix pour DCDL ; ce sera cette belle sélection automnale, réalisée par Sébastien Radiguet. Bonne écoute.    
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"- Vous êtes très sûr de vous. - Oh non non, pas du tout. Mais en revanche, je suis persuadé de la débilité de ce qui m'entoure."
Avec pareille entrée en matière, presque tout est dit.
Les Autres Directions ne sont pas ce qu'elles sont. Elles se contentent de figurer sur des panneaux dans lesquels on tombe. 

Sélection, texte & photographie réalisés par Sébastien Radiguet

BLACKOSTYL | Ma meuf a un gros cul

LA TIENNE AUSSI ?

Rencontre du troisième trip

Chez DCDL, on aime bien la musique, le ciné, la littérature, le porn et les petits hommes verts. On a pas mal parlé de tout ça au cours de ces dernières années (hé ouais, trois ans d'activité les mecs), beaucoup de chroniques musicales, quelques critiques ciné, des mashups littérature/zizique et puis des collaborations régulières avec le sulfureux Tag Parfait. Et dans tout ça, y a un parent pauvre, c'est les zinzins de l'espace. Y a pourtant un truc à creuser dans ce sens, tout le monde aime X-Files. Aujourd'hui, on corrige le tir en publiant un reportage de l'AARCUEG (Association des Amateurs de Récits Conspirationnistes, Ufologiques, Elfiques et Groupusculaires), dont le champ d'étude déborde la sphère ufologique pour s'étendre, comme vous pouvez le voir, à tous plein de trucs étranges hyper passionnants. Plongée dans l'univers dingo des punks à chiens convertis aux énergies naturelles et anciens du GRECE passés au néo catharisme.

***

L'Aarcueg bouge. Tel saint Thomas, l'Aarcueg veut voir de ses propres yeux. L'Aarcueg a donc dépêché deux enquêteurs, dont votre serviteur, vers Bugarach, petit village de l'Aude connu depuis des décennies par les érudits et, depuis quelques semaines, par le grand public, pour les mystères entourant sa montagne : celle-ci abriterait, selon les théories, une base ovni, un lac souterrain, une énorme machine et serait en tout cas un haut lieu magnétique, ufologique et mystique, qui sera épargné par la fin du monde prévue en 2012.

Pour être précis, c'est à Rennes-les-Bains, petite ville voisine réputée pour ses thermes depuis l'antiquité, et haut lieu de l'ésotérisme depuis presque aussi longtemps, que nous nous sommes arrêtés. Située à proximité  de Rennes-le-Château (et son fameux secret de l'Abbé Saunière), Rennes-les-Bains abrite plusieurs secrets, notamment celui de Marie Madeleine, qui y aurait suivie son amie Claudia Procula, femme de Ponce Pilate et sainte dans certaines traditions chrétiennes. Chrétiens gnostiques, néo cathares et autres mediums ésotériques sont ainsi persuadés que Marie Madeleine a emporté le corps du Christ avec elle et l'a enterré quelque part autour de Rennes-les-Bains, en tout cas dans sa région (et cela pourrait évidemment être le fameux secret de l'Abbé Saunière). Mais Marie Madeleine n'est pas seule à Rennes-les-Bains. Les Elohims ("Ceux qui viennent des cieux") sont évidemment de la partie, puisque le Pech de Bugarach serait connu depuis longtemps pour abriter une base secrète en son sein. Ainsi, une fresque peinte sur la route entre Bugarach et Rennes-les-Bains donne le ton.

Américains copieurs, Américains voleurs

Notons certains détails : il s'agit bien du maire qui rencontre un géant venu du ciel. Nous n'avons malheureusement pas pu lui poser la question sur la véracité de l'événement, mais l'Aarcueg promet d'enquêter. Ensuite, notez bien "l'Anarchy vaincra" qui laisse deviner que des Ufologues anarchistes seraient présents a Rennes les Bains, certainement des dissidents des Ufologues Marxistes Posadistes.

NO PASARAN

A noter que nous avons cru reconnaître le style de ce graffiti sur l'une des voitures garées en ville : il y était écrit : "Pilule rouge ou pilule bleue ? La matrice est réelle !" ainsi qu'une signature : "Pirates de Babylone". Il faut dire que la simple observation du parking municipal doit mettre la puce à l'oreille du retraité qui vient sur place soigner ses rhumatismes. A coté de la voiture des "Pirates de Babylone" stationnent quelques vans arc-en-ciel, d'autres aménagés et bardées de tentures indiennes et autres portraits de Shiva, ainsi qu'une magnifique camionnette décorée de 2 ovni sur fond de ciel étoilé. Sur la place du village, c’est la queue devant la boutique de cristaux et de pierres magiques. Il semble que la propriétaire  - également thérapeute - soit en pleine séance de communication directe avec Marie Madeleine : la porte reste close (on se consolera avec son site, ici).
La place du village et son principal bar permettent de faire un état des lieux des individus installés dans le coin, dont beaucoup attendent l'ouverture de la fameuse boutique : des punks à chiens convertis aux énergies naturelles discutent à coté d’un marabout africain en tenue traditionnelle, un homme au visage tatoué sculpte un château féérique dans du bois,  un homme, la quarantaine, habillé de vert avec un chapeau de lutin, tenant par la main sa petite fille au nez étrangement retroussé discute avec le patron du bar, qui porte une énorme dent de phacochère autour du cou. Et enfin, la preuve que nous sommes au bon endroit : une jeune maman appelle son fils de 5 ans : "Elohim ! Elohim, reviens par ici mon chéri !" Finalement, nous sympathisons avec un couple d'anglais de passage. Il se trouve qu'eux-mêmes ont vu un ovni dans le ciel de Manchester l'année dernière."It changed our views on things", nous disent-ils. Ce n'est pas à l'Aarcueg que nous allons les contredire! En déambulant ensuite dans Rennes-les-Bains nous tombons sur la librairie Atelier Empreinte qui, comme vous pouvez le voir, brasse tous les sujets en vogue à Rennes les bains, du chamanisme au christianisme mystique, en passant par les origines de la franc maçonnerie, le catharisme etc… Nous y avons acheté cette incroyable carte postale qui nous ramène donc à la première raison de notre passage vers Bugarach. Je vous laisse admirer : 

"Nous étions parmi eux. Bise, Damien"

Juste en face, une petite boutique de DVD, celle de Debowska Production tenue par un charmant couple de polonais, producteurs de documentaires "spécialisés" sur les chamanes locaux, légendes amérindiennes en Terre Cathare, témoignages de morts imminentes,  rencontre avec les esprits de la nature (avec notamment un DVD du formateur geobiologiste de Rock'N'Troll),  secrets des crânes de cristal, néo gnostiques et autres secrets de Rennes-le-Château.  La production est impressionnante, des dizaines de DVD nous narguent derrière la vitrine, et nous ne saurions que trop vous conseiller des jeter un œil aux extraits disponibles sur le site ou sur leur compte Youtube. Et là, c'est la déception : nous venons de manquer la diffusion d'un film intitulé : "2012, Bugarach : un nouveau monde en marche". Heureusement le soir même une autre séance est prévue, avec 2 autres films : "Marie Madeleine et son message", qui dénonce le mensonge catholique et célèbre les évangiles apocryphes ainsi que le néo-catharisme de Deodat Roché, suivit d'un petit film intitulé "Fenêtre sur Bugarach". Décevant au premier abord - il s'agit essentiellement d'une balade sur les sentiers du Pech de Bugarach, la toute fin nous aura réjouit : la caméra est plantée de nuit vers le Pech pendant une heure et filme des lumières aux formes allongées passant au dessus du pic, une dizaine au total. Un petit "Qu'en pensez vous ?" apparaît en guise de légende. Il faut l'avouer, c'est troublant et plutôt beau.
A la fin de la séance, un homme se lève dans la salle et prévient que le lien supposé entre la fin du monde en 2012 et Bugarch n'est que baliverne, orchestrée pas un groupe/association/secte cherchant simplement à créer un buzz (malgré nos recherches, nous ne trouvons pas le nom de cette association, mais l'Aarcueg y travaille). 2012 sera d'après lui un renouveau plutôt qu'une fin, et il incite d'ailleurs les personnes intéressées à lire la brochure qu'il vend, ou à venir le consulter en séance privée afin de retrouver leur "signature cosmique". Il conseille aussi de faire appel à des anges pour qu'ils nous viennent en aide - un ange à qui on ne demande rien, il s'ennuie ! nous assure-t-il. Rassurés, nous quittons la salle, puis Rennes-les-Bains, et traversons une dernière fois le village de Bugarach de nuit. Il pleut. Le Pech,  qui dit-on a inspiré la montagne de "Rencontre du 3ème type", a disparu sous les nuages, et nous rentrons via les mythiques Gorges de Galamus, des entités stellaires pleins les yeux.

Damien 

Retrouvez l'AARCUEG (Association des Amateurs de Récits Conspirationnistes, Ufologiques, Elfiques et Groupusculaires) sur Facebook

Et donc, RDV à Bugarach le 22 décembre 2012, pour l'Apéro des Survivants

Gonzo | Sticky Fingers

Que reste-t-il de nos ébats une fois que l’on a franchi le mur du son ? Des flashs, des instants, des souvenirs qui disparaissent à mesure que le temps reprend son infatigable course en avant. Les images s’évaporent, cependant plane dans l’air une odeur persistante, à portée de nez, juste là. Sa source ? Les doigts. Les sticky fingers, l’appel incessant aux souvenirs, le rétroviseur olfactif qu’on scrute nerveusement.
Oh que j’aime ces doigts qui sentent, mes délicieux marqueurs du temps, vous êtes mes cartes postales que je regarde par le nez, ma caméra sans objectif que je rembobine au ralenti à chaque inhalation. Je vous dédie cette mixtape, j’espère qu’elle vous plaira, j’ai sélectionné ces petits morceaux qui me font penser à vous, donc à elles. Une manière de passer le relais entre les sens, de se rappeler les bons moments passés et penser à l’avenir proche. De la frustration naît mon excitation, je recule pour prendre mon élan et je plonge dans les abysses chasser le temps perdu.

Retrouvez Gonzo sur Le Tag Parfait


Lien de téléchargement ici.

Et on en profite pour vous signaler qu'on participera au FAP CLUB, avec la toute l'équipe du Tag, le 8/10, au Carmen (Paris, 9°).

Internet - Johnny Laporte


Internet - Johnny Laporte par Johnny-Laporte

[MIXTAPE] CLAPPING MUSIC SOUND SYSTEM | CLAP IN BLACK

On a pas monté ce blog pour parler de musique. On voulait juste se faire des potes, des zicos cool et branchés qui nous ouvriraient leur FTP. On est pas mécontents, on s'en est mis quelques uns dans la poche. Faut dire, ils sont naïfs les artistes, ils planent, ils nous ont pas vus venir les poètes. Mais comme on aime bien partager, ensuite on fait tourner. 
Allez, kiss. Et mille mercis au Clapping Music Sound System pour cette mixtape de furieux.