Fatal Kevin
ETHIQUE ET TICS
Bien conscients des difficultés économiques que rencontre l'industrie musicale, les rédacteurs de DCDL encouragent leurs lecteurs à acheter les albums ou titres ici présentés. FUCK OFF LA MORALINE, FAITES VOUS PLAISIR SUR LES INTERNETS
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Fatal Kevin
L'héritage Border Community
Les meilleurs Stéphane du Web, catégorie sports et loisirs
Guerre Froide | Abrutir les masses
Wolf + Lamb ǀ Love Someone
Autres avis anglophones : Drowned in Sound, Resident Advisor, EarPIPE, New Times
Best Coast ǀ Crazy For You
Un chat mal découpé, des palmiers tout pixelisés et un demi-cercle en guise de soleil, il ne manquerait plus qu'un poney roux trottant sur l'herbe pour faire de la pochette de Crazy For You une représentation immanquable de l'esthétique 2.0. Ce graphisme cheapos en dit long sur Best Coast et sa chanteuse Bethany Cosentino : elle surfe, surfe sur l'air du temps comme elle surfe pour de bon sur les rouleaux californiens. Apologie du soleil et des histoires de boyfriends, Crazy For You est un disque qui se déhanche serviette sur l'épaule, peau luisante de graisse à traire et bouquin de Fante à la main. Bethany Cosentino n'est pas neuneu mais elle rêverait de l'être, et son premier disque transpire cette envie de glande et de superficialité. Depuis l'été dernier, on la connaît, cette fille, et on l'aime pour les singles incroyables qu'elle nous a lancés comme on lance un freesbee – "The Sun Was High (So Was I)" et "So Gone" plus particulièrement. Mais pour son premier grand disque, attendu comme le meilleur ami estival, la sanction tombe : pas assez de travail, passé trop de temps à la plage. Un seul titre vraiment excellent, "Our Deal", et un autre en bonus mais que l'on connaissait déjà, "When I'm With You". Le reste est assez anodin, du surf rock appliqué aux guitares emballées et aux mélodies toutes rondes mais pas transcendantes. Du Camera Obscura version garage, quoi. Rien de scandaleux, certes, mais notre opinion déçue est aussi simple que la musique de Best Coast : juste pas assez de bonnes chansons. 5/10.
Équipe de house des - de 19 ans, les minots du groove
Mount Kimbie ǀ Crooks & Lovers _ Julian Lynch ǀ Mare

Muslimgauze
Roc Marciano ǀ Marcberg
Pareils à des soirées VIP où seule la liste d'invités importe, beaucoup trop de disques de hip-hop se reposent aujourd'hui sur un cortège de personnalités pour garantir leur succès. On multiplie les producteurs dans le coup, on aligne les featuring publicitaires et l'on explore tous les subdivisions du hip-hop pour plaire à tout le monde – ¼ old school, ¼ r'n'b ½ new school. Cela donne des bolides commerciaux et des disques fleuves, éclatés, quasi-collectifs. Dans le genre, on arrive à faire des chef d'œuvres, type Tha Carter III, mais ça n'empêche pas d'avoir des envies d'ailleurs, d'autre chose. Ça ouvre aussi les portes de la nostalgie, de ce hip-hop croissant que nous avons bien connu dans les 90's. Dans cette saturation actuelle du disque composite, une sortie comme Marcberg nous est donc salvatrice. Pourtant proche des plus grands – on annonce déjà un Marcberg Reloaded avec Q-Tip, Madlib, Pete Rock ou encore Large Professor –, Roc Marciano a ici travaillé seul. Crédité à toutes les instrus, responsable de presque tous les flows, il a préféré l'isolement introspectif à l'éparpillement contemporain. En résulte un album d'une cohérence totale, d'une continuité précieuse et à la qualité pour ainsi dire époustouflante. C'est bien simple, on a l'impression que Marcberg sort tout droit de l'âge d'or new-yorkais des 90's. Extrêmement minimaliste, replaçant le sample au cœur de la composition, il rappelle d'ailleurs à plus d'un titre le 36 Chambers du Wu-Tang Clan – excusez du peu. Et si Marciano est un vrai producteur vieille école, pas forcément génialement doué mais à la force de conviction totale, derrière le micro, en revanche, il est prodigieux. Le timbre est classique mais quel flow. Plutôt attiré par l'obscurité des ghettos que par les artifices de la célébrité, il donne à ses lyrics une crédibilité totale par la cohésion de son projet. Indépendant jusqu'à l'os, old school jusqu'au bout des doigts, son Marcberg transpire la sincérité des déclassés et le groove des marginaux. Ça suffit pour en faire le plus bel album hip-hop de l'année à mes yeux. 8/10.
Arcade Fire ǀ The Suburbs
Mettons nous en situation, comme disaient les deux autres, en situation d'avoir un jour aimé Arcade Fire. Ce groupe et moi nous sommes toujours ratés, dans les grandes largeurs. Je n'ai jamais éprouvé de plaisir en écoutant Funeral et Neon Bible, pas en tout cas de plaisir rond, plein, total. Mais ce n'est après tout qu'une histoire de réception défectueuse, l'antenne mal placée sur ma tête, car ces deux disques restent brillants et Arcade Fire a de toute évidence la carrure d'un groupe majeur. Portant le drapeau de toute une nation indie – de leurs voisins Broken Social Scene, Wolf Parade, Stars au background expérimental de Constellation –, le collectif montréalais a su parfaitement concilier le style indépendant avec une emphase populaire digne de U2, Bowie ou Queen (sic). Funeral a dans ce sens été leur diamant brut – le nombre d'or appliqué à la pop – et Neon Bible son écho le plus réflexif et le plus centrifuge. Il faut que je sois vraiment poussé dans mes retranchements pour dire une telle chose, mais Arcade Fire a jusque là été un groupe irréprochable. Jusque là. Parce que leur troisième album, The Suburbs, est un disque raté, complètement raté, ce qui le rend au choix attachant ou consternant. Il s'agit d'un disque en roue libre, sans une once de maîtrise, sans un doigt de maturité, trop long et qui explose en plein vol passé sa première moitié – après ça vire power-pop affligeante, auto-reprises et parodie de Coldplay ("We Used To Wait"). On a l'impression que le groupe n'a plus confiance, qu'il n'y a plus de cohésion, plus d'envie. C'est un disque étrange, comme un typique album de major, les singles sont au début et ensuite advienne que pourra. Arcade Fire tente des choses sans conviction, sans effort ni ambition, parce qu'il faut bien remplir le cahier des charges. On aurait presque du mal à taper sur The Suburbs tellement il semble révéler une chose triste, une fin, une incapacité à aller plus loin. Arcade Fire bégaye son passé et désapprend les gestes les plus simples. Comme un baroud d'honneur, le morceau-titre inaugural laisse planer le doute – et si The Suburbs était un bon disque ? Très vite pourtant on déchante et l'on apprend l'accident : Arcade Fire a presque tout perdu et revient à ses premiers balbutiements, seules restent désormais quelques vieilles habitudes, appliquées méticuleusement de peur de les voir disparaître elles aussi. 2/10.
Autres avis : Playlist Society, Voluume






















