Rencontre avec Gaëtan Roussel, quelques mots sur Ginger


On pourrait énoncer, à l'extrême, que tout texte critique parle d'une rencontre – de la rencontre d'un objet dans un contexte donné, dans une trame de vie et de goûts plus ou moins intelligible. Mais il y a à vrai dire des situations où évoquer la rencontre paraît beaucoup moins rhétorique. Faire connaissance avec Gaëtan Roussel était une chose inattendue et quelque peu déconcertante. Cela se passait dans un petit bistrot de quartier, en compagnie notamment des amis blogueurs de Playlist Society et Good Karma. Nous étions assis autour d'une large table en bois, charcuterie et vins naturels servis en continu, jusqu'à satiété. La parole passait de bouche en bouche, spontanément, pas strictement orientée vers Gaëtan, plutôt virevoltante, sur les sujets qui nous concernaient tous – bouffe, boulot et musique. Aux contours de ces discussions, j'ai tout de même appris beaucoup de choses sur Gaëtan Roussel. Mis en confiance par sa gentillesse, sa douceur et son intérêt, je n'ai pas eu de mal à lui dire que je n'avais jamais aimé Louise Attaque. Je n'ai pas grandi avec, ça arrive. Son travail pour Bleu pétrole de Bashung m'avait par contre beaucoup interloqué puis finalement séduit. Et puis je ne savais ensuite plus quoi penser ; les deux mythologies Louise Attaque et Bashung s'étaient annulées, « tu remets le barycentre à zéro » m'a-t-il résumé. Il était alors temps de découvrir Gaëtan Roussel pour lui-même : quoi de plus belle occasion pour ça qu'un album solo, Ginger, son premier ?
Ce disque, je ne l'avais parcouru que quelques fois avant cette rencontre. J'avais tiré quelques grimaces et m'étais surpris à quelques sourires. Il faut savoir qu'il se situe tout de même dans une sphère musicale – chanson française à influence anglo-saxonne – pour laquelle je suis généralement sans pitié. Mais il y avait à entendre quelqu'un sur ce disque, son auteur, et cette idée modifiait intimement mon rapport à son écoute : je l'appréhendais avec plus de bienveillance, peut-être, en étant surtout plus attentif que jamais à ce qui se manifestait d'une identité artistique globale.
Gaëtan n'a pas cherché une seule seconde à défendre son Ginger, à s'en faire l'avocat, il voulait simplement en parler et entendre parler dessus. On était dans l'anti-interview, dans des mouvements inverses de la mécanicité promotionnelle. Pourtant, le contenu était tout aussi passionnant. En résumé, que faire un disque solo, c'était pour lui la plus belle opportunité de faire un disque à plusieurs. Que sa passion pour les musiques anglo-saxonnes ou autres (nous avons  mentionné entre autres les Sex Pistols, Mulatu Astatke ou encore Cass McCombs) était forte mais sans délire. Et effectivement, Ginger est un disque complètement réussi dans sa façon de s'ouvrir au monde – collaborations multiples, matières dansantes, cœurs anglais – tout en restant très ancré dans sa culture française. Remarque très juste : tous les tours de chant de Gaëtan Roussel sont en français, dans une diction très classique. Coexistence, donc, entre d'une part une continuité identitaire, un romantisme tendre que l'on connaît déjà, et d'autre part un dépaysement des influences convoquées et des formes instrumentales.
Si, au demeurant, cet album ne reste par malheur pas dans mes mémoires, ce sera bien par rapport à mes aspirations et goûts propres, que je dois dire un peu imprévisibles. Car je suis désormais sensible à la beauté de Ginger, à son humilité et sa sincérité. Pour ça, il m'aura fallu rencontrer l'homme, boire quelques coups, échanger sur tout. Et si le dialecte musical n'est pas celui que j'ai trop coutume d'apprécier, il est en revanche évident que le discours retranscrit me plaît. J'espère donc que vous serez plus habile que moi, et que ce charme vous sera plus facile à déceler.

Écoutez Ginger sur Deezer.

1 commentaires:

J'ai flâné pour vous a dit…

Tiens on te vois aussi sur http://flanepourvous.blogspot.com/2010/12/musique-gaetan-roussel-inside-outside.html