Deux parenthèses

J'ai pris du retard sur mes tops – quel travail –, tout ne sera pas fini avant 2011. Mais on s'en fout. Pour patienter, deux bouts de textes qu'en ce lendemain de Noël, j'apprécie vigoureusement. Ils sont accompagnés de musiques plus ou moins adaptées.


« Déplorable, Les 12 Coups de midi !

Je m'interroge sur le but du jeu animé par Jean-Luc Reichmann. Les questions sont stupides, et on a l'impression d'un mix entre plusieurs jeux, ce qui le rend totalement banal. Par ailleurs, quel est l'intérêt de faire gagner à un même candidat deux, voire trois voitures ?

Sara (TV Grandes chaînes du 25 décembre au 7 janvier) »



« Un homme paisible

Étendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur. «Tiens, pensa-t-il, les fourmis l'auront mangé... » et il se rendormit.
Peu après, sa femme l'attrapa et le secoua :
« Regarde, dit-elle, fainéant ! Pendant que tu étais occupé à dormir, on nous a volé notre maison. » En effet, un ciel intact s'étendait de tous côtés. « Bah, la chose est faite », pensa-t-il.
Peu après, un bruit se fit entendre. C'était un train qui arrivait sur eux à toute allure. « De l'air pressé qu'il a, pensa-t-il, il arrivera sûrement avant nous » et il se rendormit.
Ensuite, le froid le réveilla. Il était tout trempé de sang. Quelques morceaux de sa femme gisaient près de lui. «Avec le sang, pensa-t-il, surgissent toujours quantité de désagréments ; si ce train pouvait n'être pas passé, j'en serais fort heureux. Mais puisqu'il est déjà passé... » et il se rendormit.
- Voyons, disait le juge, comment expliquez-vous que votre femme se soit blessée au point qu'on l'ait trouvée partagée en huit morceaux, sans que vous, qui étiez à côté, ayez pu faire un geste pour l'en empêcher, sans même vous en être aperçu. Voilà le mystère. Toute l'affaire est là-dedans.
- Sur ce chemin, je ne peux pas l'aider, pensa Plume, et il se rendormit.
- L'exécution aura lieu demain. Accusé, avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Excusez-moi, dit-il, je n'ai pas suivi l'affaire. Et il se rendormit.

Henri Michaux, extrait d'Un certain Plume (1930) »

Anti-Christmas Superstar | Gonzo

Affalé à la table du repas de Noël, tu observes la dinde avec dégoût. Ton regard vitreux d’où perlent quelques larmes de foie gras en dit long sur l’ennui qui te traverse. Maman parle, mamie râle, papa est pété, tu penses qu’à te tirer ou siffler la bouteille de Calva. Ce tableau dans lequel tu es la nature morte, correspond trop à l’esprit de Noël, à la bienveillance, aux bons sentiments et aux sourires forcés. Lève-toi, va sur Des Chibres & Des Lettres et envoie la purée, coco. Mais ouais, allez mamie fais péter ta MD, montre-nous comment tu dansais sur les tombes des allemands à la libération. Écoute maman, si tu as envie de te mettre nue, qui va t’en retenir, je suis calé au fond de ma chaise et j’observe la scène. La cam HD qu’on t’a offerte va peut-être servir à quelque chose. Rec, pano sur la table. Papa sort le cigare, il se prend pour un pimp ou je sais pas qui, à trop regarder de séries, son cerveau est parti en vrille. Il imagine des meufs, la lollipop au coin des lèvres, à remuer leur pompom short pendant qu’il leur fait péter le dompé sur le bouli. T’es à la bien le daron, profite, le tableau prend vie. Et les autres, la famille, faites autre chose que de vous regarder avec autant de vie que ces marrons trop cuits. Remuez-vous, sortez le jackda de contrebande, qu’on se mette bien, pour une fois tous ensemble réunis dans la murge violente et agressive. On jouera à la roulette russe avec Papi, en espérant qu’il gagne pour pécho son fric.
C’est moche ? Mais c’est pas grave. C’est l’anti-Noël tsé. C’est comme le jour de l’an inversé, toute cette mascarade de la meilleure teuf possible mais en famille. Sans déconner, mamie en a de la bonne, je cours autour de la table comme un chapon fou à qui on a décapité la tête d’un coup sec et net. Je hurle que Dieu est mort en montrant mon zgeg sans vie, en envoyant voler une partie du repas, je m’en badigeonne le torse et saute sur la table, qui est le patron maintenant ? Qui est le putain de mauvais garçon ? Le mix fait effet, les petites putains lollipop du padré sont bien réelles, je pars m’en payer une bonne avec elles quand retentit This Love de Pantera. Ok pas de problème, je suis là, je vais vous en donner de la souffrance, le vrai amour celui qui gèle à coeur fendre. Ce soir les boules du sapin seront le sujet du prochain anal acrobats, ça va cogner sec comme un canadien sur une bûche trop dure. Ça va cogner plus lourdement que les veines de mes tempes. Pause.

 

Faut respirer un peu, parfois ça sert. Vision floue de la situation, les chiens du voisin ont pris place, je ne sais pas qui les a invités à part l’odeur du sang. Ils vont jouer avec le petit dernier, je suis sûr qu’ils ont des super histoires à se raconter. Pendant ce temps-là, Santa Claus l’enfoiré qui s’est encore gouré de cheminée, passe ivre mort vomir sur le dessert. L’esprit mabé est de retour, va falloir jouer du colt Santa si tu comptes serrer ce soir. Les petites du daron, c’est pour bibi si tu vois ce que je veux dire, viens pas commencer à ramener ton haleine de porc près de mes oreilles ou je te mets en joue. T’es trop défait pour piger le jeu de mots, oublie.
Me baladant à poil, j’admire le décor, un village d’idiots qui en aurait trop pris. Ça me plaît, sauf que je sens bien qu’un truc cloche. On me secoue les épaules, c’est plutôt suspect vu que je suis le dernier debout puis tout se brouille. J’sais pas trop vers où on décolle mais il y a effectivement un mouvement du bas vers le haut, de type ascension à la Jésus. Le voyage a été court, dommage. Le daron m’a réveillé, je me suis endormi comme une grosse merde en train de cuver mon calva. Plus qu’une semaine avant le réveillon, j’ai ma hotte pleine d’idées, press play.

Gonzo//@desgonzo



1. Captain Beefheart and The Magic Band - There Ain'T No Santa Claus On The Evenin' Stage
2. Dany Elfman - Oogie Boogie's Song (The Nightmare Before Christmas)  
3. Snoop Dogg, Jay-Z, Nate Dogg - Lollipop (explicit version)
4. The Rolling Stone - Jiving Sister Fanny
5. Black Sabbath - Snow Blind
6. Nessbeal - After
7. Parliament - Funky Woman
8. Necro - WNYU 89.1 X-Mas Freestyle (12/23/1999)
9. Run DMC - Christmas In Hollis
10. N.E.R.D, Pusha T, Kelis - Truth Or Dare
11. Scissor Sisters - Whole New Way
12. Jim Carrey & Busta Rhymes - Grinch 2000
13. Pantera - This Love
14. Electrocute, The Lady Tigra - Tiger Toy
15. AC/DC - Problem Child
16. Monster Magnet - Powertrip
17. Clutch - Power Player
18. The Eighties Matchbox B-line Disaster - Celebrate Your Mother
19. The Sonics - The Village Idiot

Retrouvez Gonzo sur Le Tag Parfait  
Pour plus d'infos sur Whore Church, les copains tarés de Boston, voir l'article d'Andréa sur Ecrans.fr

Flop 20 des albums de 2010

Un flop, qu'est-ce que c'est, au fond ? Difficile d'y répondre. Comment ça se mesure ? Il y a par contre une méthode de calcul, que j'ai utilisé pour ce classement. C'est l'écart qu'il y a entre l'attente que j'avais pour un disque et la déception qui s'en est suivie, ou alors la différence que j'ai pu percevoir entre l'accueil d'un disque autour de moi (proches, collègues, presses et publics) et le sentiment que j'en ai moi-même eu. Il n'y a de flop qu'en valeurs relatives, donc. Voilà pourquoi vous ne trouverez par exemple pas dans ce classement les albums de M.I.A et de Lil' Wayne : tout le monde les reconnaît comme nuls, aucune polémique à leur encontre, pas même la moindre désillusion – ils ne sont rien et il n'y avait aucune utilité à ressasser leur inexistence. C'est donc à une liste très personnelle que je vous convie, qu'il faut prendre comme telle, avec sa petite dose de provoc'. N'hésitez à parler de vos flops à vous dans les commentaires. N'hésitez pas non plus à m'expliquer pourquoi je n'ai rien compris à tous ces disques.


20 The Third Eye FoundationThe Dark

Matt Elliott aura en 15 ans tracé un parcours fascinant. D'abord en tant que The Third Eye Foundation, entité électronique nourrie de drum'n'bass, de noise et de culture industrielle, puis sous son identité civile, en basculant comme chanteur-guitariste d'albums folk sombres comme la Guinness et tristes comme la décuve. Mais des friches machiniques de Bristol aux voyages alcooliques en terres européennes, Matt Elliott a toujours gardé la même mélancolie-carotte, un vague à l'âme qui le faisait toujours avancer vers des nouveaux styles et de nouvelles parures. Malheureusement, The Dark sonne comme une escale déjà visitée. Première sortie de The Third Eye Foundation depuis dix ans, ce disque ne propose rien d'autre qu'un ressurgissement de vieux démons, avec les mêmes outils et les mêmes histoires qu'à l'époque. On a du mal à percevoir l'avancée ; la boucle est bouclée, certes, mais est-ce vraiment une bonne chose ?


19 The NationalHigh Violet

Grand groupe moderne, The National ? J'ai voulu le croire. Après être globalement passé à côté de leurs premiers albums et en particulier du très acclamé Alligator, The Boxer m'avait en 2007 beaucoup excité. Ce que je percevais de la mélancolie de Matt Berlinger était enfin servie par une instrumentation un peu rêche, légèrement froide et mécanique, un quelque chose de martial – de post-punk – qui relevait la tête de son chanteur. Seulement stratégie de production plus que changement de fond, The National a repris dès le disque suivant le chemin des cordes traînantes et des rythmes poreux. En résulte un disque un brin gênant, pas forcément mal inspiré mais empreint d'un pathos massif et dérangeant. L'antithèse de Boxer en somme.


18 Actress - Splazsh

Le disque sorti cette année sur lequel je me suis cassé le plus de dents. Après chaque écoute non concluante, je reprépare le terrain pour la prochaine tentative : je me laisse infiltrer des avis les plus dithyrambiques, je flâne en fantasmant le croisement idéal entre dubstep, garage, IDM, house et techno – je me laisse en fait l'opportunité de désirer à nouveau Slazsh comme au premier jour. Mais rien à faire, aussi génial que ce disque paraisse, aussi classe soit-il, objectivement, je n'arrive pas du tout à le faire mien. Production trop poisseuse, peut-être. Ou alors s'agit-il de cette démarche trop hybride – ne pas savoir sur quel beat danser, à quel saint se vouer. C'est dommage, je sais que ce disque et moi nous nous ratons de peu, mais je crois de moins en moins en notre réunion future.


17 Far At Night We Live

Quel triste cadeau que m'a offert Jonah Matranga. Moi qui, contre vents et marrées, crie à qui veut l'entendre que je me suis un jour senti emo et que ce n'est pas tout à fait une honte. Moi qui cherche à trouver de bons arguments pour faire valoir ma position – il y avait Cursive l'an dernier –,  la sortie d'un nouvel album de Far, douze ans après Water & Solutions, était une aubaine. Partie prenante de cette belle vague emo faisant le lien entre culture hardcore et naïveté college rock (avec entre autres Samiam, Texas Is The Reason, At the Drive-In et pourquoi pas Weezer), Far était intouchable... Jusqu'à ce At Night We Live, odieuse suite de mauvaises chansons rock qu'auraient même reniées les Chemical Romance. Tout est dit, album à oublier pour ne pas souiller un peu plus un genre qui n'en avait décidément pas besoin.


16 Kayo Dot - Coyote

Pas grand monde n'a écouté Kayo Dot dans sa vie, la présence de ce groupe dans cette liste n'émouvra que peu de lecteurs. Pourtant, quelle tristesse, que de passer en quelques années du groupe d'avant-garde le plus excitant de sa génération à ce qu'il est devenu aujourd'hui, à savoir un groupe inintéressant et abscons. Flashback sur deux albums sortis respectivement en 2003 et 2006, Choirs of the Eye et Dowsing Anemone With Copper Tongue, deux immenses disques théoriques croisant metal extrème, musique contemporaine et jazz-rock Wyattien, deux Everest aussi osés formellement que doux et tendres dans leurs développements. Puis après plus rien, un Blue Lambency Downward très décevant en 2008 et ce Coyote, imbitable, monolithique et informe. Kayo Dot était un groupe de voyage, c'est aujourd'hui un groupe statique et claustrophile. À ne conseiller à personne, même aux plus curieux.


15 Gold PandaLucky Shiner

J'ai toujours aimé cette théorie selon laquelle on possèderait tous un double quelque part. Ce serait  mieux encore s'il pouvait s'agir d'un double maléfique, comme le sont Lucky Shiner et There Is Love in You de Four Tet. Des jumeaux discordants. Ils ont deux projets artistiques strictement identiques : faire télescoper en un même espace folk, IDM et house music. Mais quand l'un brille par sa justesse et sa modernité, l'autre s'écroule dans la sensiblerie mal placée et la nostalgie terroriste. Avec des samples très basiques et limites exhibitionnistes, des basses aussi ostensibles que les violons d'un tire-larmes sur la faim dans le monde,  Gold Panda va très loin dans l'indécence romantique. Quand il pense IDM, il fait du Apparat première période, quand il veut faire danser, il recopie Gui Boratto en pire. Bref, ça pleure à tous les étages, ça se donne un petit côté bio, c'est évidemment très joli, tellement que ça en devient vomitif.


14 Daft PunkTron Legacy

Que peut-on dire, au fond, de cette BO kilométrique comme on en trouve des centaines chaque année ? Au suivant.











13 Flying Lotus - Cosmogramma

En valeur absolue, Cosmogramma reste de toute évidence un disque de qualité. Et c'est bien parce que j'ai une très haute estime de Flying Lotus que je ne peux me contenter de hocher poliment la tête. Où est ainsi passée la subtile cohérence de Los Angeles ? Le fond de hip-hop mutant qui restait le fil rouge de sa discographie ? En allant chercher plus loin, en s'éloigner un peu plus de ses bases, Steven Ellison a pris le risque de se perdre... ce qui s'est en partie passé. Fait de saynètes plus ou moins bien agencées, Cosmogramma peine à trouver un axe fort. Inquiétantes, en effet, ces digressions à la Squarepusher pas très maîtrisées, ces tentatives de future jazz moyennement executées ; pas forcément très justifiées, surtout, quand on constate que lorsqu'il est plus ramassé sur son propos, moins dispersé, Flying Lotus reste toujours le producteur le plus fascinant que l'abstract hip-hop ait enfanté depuis dix ans. Attendons la suite et espérons qu'il ne s'agisse que d'un léger renflement temporaire – pas d'une tumeur irréversible.


12 Demdike StareVoices of Dust

Peut-être n'est-ce pas si inédit, mais il est vrai que l'imagerie véhiculée par Demdike Stare est bien rare dans les musiques électroniques. Ce côté sorcier, un peu satanique, cette noirceur qui ne suffit pas à elle-même et renvoie à une vraie culture sombre... je comprends que ce soit attirant. Seulement cela n'a en soi rien de très original, il s'agit surtout d'une mise en contexte nouvelle. Car cet ambient démoniaque, on le trouvera en plus appuyé, plus composé et plus authentique dans des dizaines de purs labels dark-ambient comme les inévitables Cold Meat Industry. Pour l'ornement plus spécialement électronique, Demdike Stare travaille aussi quelques plages plus dub-techno et dubstep, mais là encore je peine à y voir autre chose que du sous Shackleton et du sous Echospace. Du coup, l'ennui est terrible et les éloges paraissent incompréhensibles. À part si l'on prend en compte que Demdike Stare est hébergé par la sublime structure Modern Love (Andy Stott, Claro Intelecto, Move D)...


11 Caribou - Swim

Quel paradoxe, Caribou enfin au niveau de reconnaissance que je désirais, pour son seul album que je n'aime pas ! Comme je regrette la pop douçâtre d'Andorra, comme je regrette aussi les longs épanchements psychédéliques de Manitoba, parfois très ennuyeux, mais au moins fidèles à une certaine esthétique enfumée qui m'était chère. Cette identité que Daniel Victor Snaith a porté toutes ces années, Swim l'écorche pour la première fois. Je ne suis pas fondamentalement opposé au changement, sur "Sun" et "Hannibal" cela fonctionne très bien, mais le reste de l'album est au mieux bien troussé, au pire soporifique, avec cette fois l'agacement de retrouver des synthés vulgaires ("Kaili") et des tentative de transe interdites ailleurs que chez les Chemical Brothers. Un disque qui m'est désagréable, donc, vraiment rugueux à l'oreille, et qui en cherchant à gagner de l'énergie perd beaucoup en grâce.


10 Zola JesusStriduluum II

Après l'intérêt très vif que j'avais eu pour ses split ep expérimentaux avec LA Vampires et Burial Hex, le premier album de Zola Jesus m'a consterné. Dénué de toute distance, de toute ironie et toute modestie, Striduluum II se veut déjà un disque phare de la musique ethereal – Liz Frazer, Jarboe, Siouxsie et Zola Jesus dès à présent dans le même sac. Étonnant, donc, comme un disque si minimaliste peut dégager autant de prétention et de confiance en soi mal placée. Or ce disque est fade, jeune, pas enchanté pour un sous. Et c'est paradoxalement quand il sonne le plus pop que Striduluum II s'en sort le mieux. Pop, oui, pas autre chose. Alors on bascule du côté d'une Bat For Lashes sans légèreté. Mais, entre nous, c'est déjà mieux que lorsque Nika Roza Danilova s'imagine nouvelle prêtresse darkwave.


9 Sleigh Bells - Treats

Quel programme, Sleigh Bells, quel mixage de taré. Pas de doute, il y avait là de quoi faire mon été, de quoi euphoriser toutes mes soirées alcoolisées. Eh finalement non, à bien y chercher, je n'arrive pas à trouver une seule bonne chanson à ce Treats. Un vrai disque-formule en somme ; car avec ses décharges indus surpuissantes, ses riffs heavy méga-cheap, un ancrage hip hop – r'n'b très rigolo et des vocaux de cheerleaders, la formule était pour le moins explosive, mais elle manque à s'incarner dans des titres vraiment fédérateurs et singuliers. Dommage : du disque irrésistible qu'il aurait pu être, Treats en devient pour moi une machine surgonflée et pas très digeste.



8 Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy
 
Le plus difficile avec Kanye West est d'arriver à tenir une position intermédiaire, non hystérisée, ni dans l'adulation totale, ni dans le reniement brut. Je sais bien qu'on ne pourra équilibrer aucune balance, mais je tiens bon par éthique personnelle. Je ne comprends pas bien comment après l'odieuse chasse aux sorcières de 808s and Heartbreak, My Beautiful Dark Twisted Fantasy peut connaitre un tel engouement. Kanye West n'a pourtant pas progressé, il n'apporte rien de neuf, il délaisse juste l'expérimentation pleine, le coup de poing au public pour retourner dans une musique offerte, une musique de rassemblement. Disque de synthèse oui, mais aussi disque prescrit : il était prévu à l'avance qu'il serait un chef d'œuvre, il a été construit pour le devenir. Même s'il reste exubérant dans ses structures, gentiment taré dans ses arrangements, My Beautiful Dark Twisted Fantasy est trop pensé, trop programmatique pour m'attendrir comme ses prédécesseurs. Et un Kanye West sans cette fragilité interne, ça devient plus difficile de l'aimer.


7 Salem King Night

Witch house sucks. Apologie d'un je-m'en-foutisme élevé en concept marketing, cette mouvance m'énerve par sa débauche de forme et son vide artistique. Faire travailler ensemble culture dark et hip-hop contemporain, très bien, j'approuve, mais pas comme ça, pas dans cette décontraction gouailleuse dont la plupart des groupes témoigne. Salem, c'est la grosse entreprise du mouvement, la première entité à se démarquer médiatiquement des autres. Donc ça sonne plus produit, plus pro. Mais au fond, c'est toujours le néant. Je ne sais pas si ce sont ces lignes de flow sous valium ou ces réminiscence shoegaze clownesques qui sont le plus consternantes, mais rien ne sauve King Night du M83 version Contes de la Crypte. Heureusement que des mecs comme oOoOO arrive un peu à crédibiliser cette scène...


6 Arcade Fire The Suburbs

Les dés étaient jetés à l'avance : on retrouverait le nouveau disque d'Arcade Fire dans la plupart des tops de fin d'année. Seulement une chose a changé depuis le « « chef d'œuvre total » » qu'était Funeral et le « « déjà disque de la maturité » » Neon Bible, avec The Suburbs il a fallu un peu plus s'expliquer et construire une défense. Finie l'impunité, Arcade Fire reste sur son trône mais a du batailler. Ce « il est super parce que » n'est rien d'autre qu'un aveu, aveu que même pour l'habitué, voire le fan, ce disque est un peu embarrassant. On ne retrouve plus en effet cet équilibre mainstreamo-indépendant qui a fait le succès des deux précédents, cette espèce de perfection de genre qui empêchait les détracteurs de sonner crédibles. Au contraire, The Suburbs est un disque rempli de failles, un disque jeté plus qu'accouché, brouillon mal ficelé où s'additionnent les instantanés adolescents les plus régressifs. On trouvera pour être gentils deux ou trois zests de tubes auxquels les plus acharnés s'accrocheront, mais pour le reste, The Suburbs est une purge en panoramique – aussi large que grossière.


5 Booba - Lunatic

Passons sur le le fond, sur le fond des textes de Booba. Je les déteste et je hais Booba pour des raisons politiques. Mais ce qui m'importe, là, c'est surtout que son album est dégueulasse, je veux dire, à l'oreille. Les instrus ne sont pour Booba qu'un décor, qu'un ring sur lequel décharger son flow masturbatoire. Rien qui décentre de l'égo-trip du MC, rien vienne faire contre-point et encore moins concurrence à l'omniprésence du rappeur. Dans de telles circonstances, dans un tel mépris de son outil, comment peut-on sérieusement défendre Booba ? Fais des stand-up, mec.




4 Pantha du PrinceBlack Noise

Le nouvel album de Pantha du Prince aura fait plus que me laisser de marbre, il aura sonné mon divorce d'avec toute une branche des musiques électroniques, cette scène issue de la house et dont l'ambition formelle est contre-nature – ambition de nuancer ses albums comme des grands peintres romantiques. Je mets John Roberts et son très réputé Glass Eights dans la même démarche. Ambition contre-nature, pourquoi ? Parce qu'en composant leurs morceaux à la loupe, dans un soucis excessif du détail et de la classe à haute précision, ceux-ci perdent toute vision d'ensemble. Pour le dire de manière abrupte, Black Noise m'emmerde et m'emmerdera toujours car c'est un disque sans cadence et sans atmosphère. À trop vouloir s'émanciper de son giron d'origine, Pantha du Prince s'est simplement geekiser. Personne n'est plus chiant que lui en live, depuis toujours, et dorénavant sa musique elle-même est contaminée par ce manque de feu. Fourmillement permanent sans objectif, Black Noise est non-sens house absolu. Et même si l'on veut le considérer comme un simple disque electronica, il ne tient pas le la concurrence face à ses nouveaux acolytes.


3 Sufjan StevensThe Age of Adz

The Age of Adz a ses défenseurs et je peux le comprendre. Je n'aime pas Sufjan Stevens, son œuvre, son personnage ; en revanche impossible de ne pas reconnaître la singularité du bonhomme et son étonnant son jeu de boulémie-anorexie artistique. En ce sens-là, The Age of Adz est un accomplissement fou, un geste dégénéré. Par contre, prière de ne pas raconter n'importe quoi. Prière de ne pas soutenir avec aplomb la « modernité électronique » de cet album et l'originalité de sa construction. Que The Age of Adz soit barré, c'est un fait, mais de quelle manière ? En trifouillant son folk grandiloquent dans des structures electronica et drill'n'bass des années 97-98 – pour la nouveauté on repassera. Ce disque aurait pu sortir il y a dix ans et encore les boîtes à rythmes auraient déjà sonné cheap. Quant à l'emphase symphonique des arrangements ? Je n'ai pas entendu grand chose de plus disgracieux cette année. Encore une fois, j'aime le geste, mais aucun cahier des charges de 2010 n'est plus naïf et excessif. À part chez le grand vainqueur de notre flop 20...


2 Trentemøller - Into the Great Wide Yonder

Trentemøller a été parrainé par Steve Bug, rendez-vous compte, il a été chaperonné par Poker Flat Recordings. Ainsi, même si l'on sentait des envies d'ailleurs dans The Last Resort, cet album de 2006 restait au contact de la deep-house et du dub-techno les plus sérieux et académiques. L'équilibre était idéal : culture plurielle et crédibilité de spécialiste. Cela a fait de The Last Resort un des plus grands succès électroniques de la décennie passée, et accessoirement l'un des jalons les plus importants de mon parcours musical. Mais l'harmonie était plus que précaire, et mon Dieu, comme elle s'est désagrégée dans Into the Great Wide Yonder, un disque infect rappelant les pires heures de la musique moderne – trip-hop, post-rock et toutes les horreurs d'il y a quelques années. Passéiste, mal foutu, et juste nul, il décroche la palme du disque le plus insignifiant de 2010.


1 These New Puritans - Hidden

Jack Barnett dans Les Inrocks : « Depuis que je suis gamin, je suis littéralement assailli, hanté même par des idées de musique, des trucs étranges qui viennent de je ne sais où. La plupart d’entre elles viennent de mes rêves, éveillés ou non. Je ne peux pas laisser mourir ces idées ». DOMMAGE POUR NOUS.
Non seulement Hidden n'est pas le plus grand album de l'année, comme l'affirme le NME, mais c'est même le pire, le disque le plus immonde et puant de 2010. Pour résumer, il s'agit d'une bande d'incompétents à l'égo démesuré qui se charge d'inventer la musique du troisième millénaire. Ils veulent faire de la pop, parce qu'il n'y a pour eux que ça qui vaille le coup d'être fait, mais avec d'un côté un orchestre symphonique et des noms rutilants envoyés en pâture (Steve Reich, Benjamin Britten), de l'autre une vraie culture MTV du r'n'b Timbalandien. Bon, et puis ha ha – j'écoute le disque en ce moment même –, on peut dire que c'est n'importe quoi. Qu'il n'y a rien de moins musical et qu'on ne peut même pas dire que ce soit expérimental. C'est simplement délirant et enfantin. Rythmiquement, des enfants de 8 ans font mieux. Les arrangements symphoniques sont en mode aléatoire. Pas une vraie idée de composition, pas une seule bonne intuition. C'est navrant du début à la fin. Alors on peut soit se lamenter en voyant le succès terrible de ce disque, soit juste rigoler en écoutant cette folie nanardesque. J'ai choisi la seconde solution. Et pour les vrais disques expérimentaux, on se donne rendez-vous pour notre top 50 albums, qui va arriver très prochainement.

Notre flop de l'année en écoute sur Deezer.

Top albums des blogueurs 2010


15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d'un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d'en découvrir de nouveaux...

The Radio Dept - Clinging To A SchemeThe Radio Dept - Clinging To A Scheme

Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d'une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d'un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d'un album qui a un goût d'insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone

En écoute sur Spotify

Syd Matters - BrotheroceanSyd Matters - Brotherocean

La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l'on rencontre comme ça au hasard d'une soirée et auxquelles on n'attache d'abord pas vraiment d'importance. Pas qu'elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu ...chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c'est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s'il n'y avait rien eu avant. Et tant pis, s'il n'y a rien après... "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog

En écoute sur Deezer

Deerhunter - Halcyon DigestDeerhunter - Halcyon Digest

Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu'il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l'écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda

En écoute sur Spotify

Pantha du Prince - Black NoisePantha du Prince - Black Noise

Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l'aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Joanna Newsom - Have One On MeJoanna Newsom - Have One On Me

Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s'impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l'oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n'a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s'échappe par tous les détours, dans cette forêt qu'elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d'être patient, de la laisser s'approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d'un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel

Mount Kimbie - Crooks & LoversMount Kimbie - Crooks & Lovers

Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c'est surtout mini-jupes et
arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please

Cougar - PatriotMGMT - Congratulations

Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d'un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l'antithèse : pas de morceau direct (hormis l'imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c'est ça l'avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb

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Zola Jesus - StridulumZola Jesus - Stridulum

Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s'est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l'atmosphère angoissante entre rythmiques 80's, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d'espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d'Avance !

Gil Scott Heron - I'm New HereGil Scott Heron - I'm New Here

Arbobo : Une histoire d'ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d'or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c'est vivant. C'est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie

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LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem - This is Happening

I Left Without My Hat : James Murphy a beau s'en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that's not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n'auront pas franchement changé leur fusil d'épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n'est rien de moins qu'une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d'or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa

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Sufjan Stevens - The Age of Adz Sufjan Stevens - The Age of Adz

Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d'un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d'un genre nouveau; à l'ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l'essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus - Cosmogramma

So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s'affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d'un genre que l'on définissait comme l'abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d'orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu'électroniques, laissant parler son héritage et s'exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir

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Caribou - SwimCaribou - Swim

Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L'expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog

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Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett - Heartland

C'est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l'étendard de son patronyme civil comme le symbole d'une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d'arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d'oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda

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Janelle Monae - The ArchAndroidJanelle Monae - The ArchAndroid

Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n'oublie pas d'être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge

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The Black Keys - BrothersThe Black Keys - Brothers

Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C'est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d'Akron s'autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n'a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C'est vrai, mais ce qu'ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n'a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c'est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online

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Beach House - Teen Dream.Beach House - Teen Dream

Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d'accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l'éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l'on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d'une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie

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Four Tet - There is Love in YouFour Tet - There is Love in You

Good Karma : Obsédant : c'est le moins que l'on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l'Anglais a choisi la musique électronique pour s'exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l'electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu'introspectives, à l'inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat

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Swans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The SkySwans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

Where Is My Song : A l'heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l'on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb

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Gonjasufi - A Sufi and a KillerGonjasufi - A Sufi and a Killer

Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l'ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu'actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d'un genre nouveau. Il y a tant d'inventivité et d'imagination dans cet album qu'il est impossible d'en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis

Les participants au Top des Blogueurs 2010 :

Alain de Soul Kitchen, Anakin de Attica Webzine, Arbobo de Arbobo, Benjamin F de Playlist Society et de Ricard SA Live Music, Benjamin L de Le Transistor, Benoit de Pop Revue Express et de Hop, Catnatt de Heaven can wait, Cedric de So Why One More Music Blog, Daniel de Listen See Feel, Dat' de Chroniques Automatiques, Dr Franknfurter de The Rocky Horror Critic Show, Dragibus de Les insectes sont nos amis, Eddie de Le Choix de Mlle Eddie, Edouard de Ears of Panda, Ed Loxapaq de Chroniques Electroniques, Elliott de Weirdbrowser, Neska de Adiktblog, Fabien de Kdbuzz, GT de Music Lodge, Gui Gui de Les Bons Skeudis et du Mellotron, Guic'The Old de Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ?, Jimmy de Nuage Noir, Joanny de Discobloguons, Joe Gonzalez de C'est entendu, Joris de Tasca Potosina, JS de Good Karma, Ju de Des Oreilles Dans Babylone, Julien LL de Des Chibres et Des Lettres, Junko de Unsung, Laure de Not For Tourists, Laurent de Rocktrotteur, Leroy Brown de I'll give her mélodies, Marc de Esprits Critiques, Martin de Branche Ton Sonotone, Matador de Between The Lines Of Age, Michael de Crystal Frontier, Mmarsup de Little Reviews, Myriam de Ma mère était hipster, Nathan de Brainfeeders & Mindfuckers, Nicolas de Soul Brotha Music, Olivier de Feu à Volonté, Olivier R de Where Is My Song, Paco de De La Lune On Entend Tout, Paul de Pomme de Pin, Pauline de E-Pop, Pierre de Musik Please, Rod de Le Hiboo, Romink de My(Good)Zik, Sabine de With Music In My Mind, Sfar de Toujours un coup d'avance !, Ska de 7 and 7 is, Sunalee de Bruxelles Bangkok Brasilia, Sylphe de Five-Minutes, Systool de Le Gueusif Online, Thibault de La Quenelle Culturelle, Thomas de Le Golb, Twist de I Left Without My Ha, Vincent de La musique à Papa, Violette de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes, Xavier de Blinking Lights

Chef de projet : Benjamin F / Identité visuelle et design : Laurent / Communication : Romink, Sylvie et les Waaa / Porte-paroles : Arbobo et JS

Plus de tops : le classement de GT sur Music Lodge

Rencontre avec Gaëtan Roussel, quelques mots sur Ginger


On pourrait énoncer, à l'extrême, que tout texte critique parle d'une rencontre – de la rencontre d'un objet dans un contexte donné, dans une trame de vie et de goûts plus ou moins intelligible. Mais il y a à vrai dire des situations où évoquer la rencontre paraît beaucoup moins rhétorique. Faire connaissance avec Gaëtan Roussel était une chose inattendue et quelque peu déconcertante. Cela se passait dans un petit bistrot de quartier, en compagnie notamment des amis blogueurs de Playlist Society et Good Karma. Nous étions assis autour d'une large table en bois, charcuterie et vins naturels servis en continu, jusqu'à satiété. La parole passait de bouche en bouche, spontanément, pas strictement orientée vers Gaëtan, plutôt virevoltante, sur les sujets qui nous concernaient tous – bouffe, boulot et musique. Aux contours de ces discussions, j'ai tout de même appris beaucoup de choses sur Gaëtan Roussel. Mis en confiance par sa gentillesse, sa douceur et son intérêt, je n'ai pas eu de mal à lui dire que je n'avais jamais aimé Louise Attaque. Je n'ai pas grandi avec, ça arrive. Son travail pour Bleu pétrole de Bashung m'avait par contre beaucoup interloqué puis finalement séduit. Et puis je ne savais ensuite plus quoi penser ; les deux mythologies Louise Attaque et Bashung s'étaient annulées, « tu remets le barycentre à zéro » m'a-t-il résumé. Il était alors temps de découvrir Gaëtan Roussel pour lui-même : quoi de plus belle occasion pour ça qu'un album solo, Ginger, son premier ?
Ce disque, je ne l'avais parcouru que quelques fois avant cette rencontre. J'avais tiré quelques grimaces et m'étais surpris à quelques sourires. Il faut savoir qu'il se situe tout de même dans une sphère musicale – chanson française à influence anglo-saxonne – pour laquelle je suis généralement sans pitié. Mais il y avait à entendre quelqu'un sur ce disque, son auteur, et cette idée modifiait intimement mon rapport à son écoute : je l'appréhendais avec plus de bienveillance, peut-être, en étant surtout plus attentif que jamais à ce qui se manifestait d'une identité artistique globale.
Gaëtan n'a pas cherché une seule seconde à défendre son Ginger, à s'en faire l'avocat, il voulait simplement en parler et entendre parler dessus. On était dans l'anti-interview, dans des mouvements inverses de la mécanicité promotionnelle. Pourtant, le contenu était tout aussi passionnant. En résumé, que faire un disque solo, c'était pour lui la plus belle opportunité de faire un disque à plusieurs. Que sa passion pour les musiques anglo-saxonnes ou autres (nous avons  mentionné entre autres les Sex Pistols, Mulatu Astatke ou encore Cass McCombs) était forte mais sans délire. Et effectivement, Ginger est un disque complètement réussi dans sa façon de s'ouvrir au monde – collaborations multiples, matières dansantes, cœurs anglais – tout en restant très ancré dans sa culture française. Remarque très juste : tous les tours de chant de Gaëtan Roussel sont en français, dans une diction très classique. Coexistence, donc, entre d'une part une continuité identitaire, un romantisme tendre que l'on connaît déjà, et d'autre part un dépaysement des influences convoquées et des formes instrumentales.
Si, au demeurant, cet album ne reste par malheur pas dans mes mémoires, ce sera bien par rapport à mes aspirations et goûts propres, que je dois dire un peu imprévisibles. Car je suis désormais sensible à la beauté de Ginger, à son humilité et sa sincérité. Pour ça, il m'aura fallu rencontrer l'homme, boire quelques coups, échanger sur tout. Et si le dialecte musical n'est pas celui que j'ai trop coutume d'apprécier, il est en revanche évident que le discours retranscrit me plaît. J'espère donc que vous serez plus habile que moi, et que ce charme vous sera plus facile à déceler.

Écoutez Ginger sur Deezer.

Édito sur les classements de fin d'année à venir

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Je ne sais pas de quoi parler, impossible de dépasser le bégaiement de quelques louanges. Heureusement nous sommes en décembre. Je peux donc me lancer dans les bilans annuels. Ne plus rien faire d'autre que du derushage, du tri et de la mise en forme de classements en tous genres. Plusieurs réflexions à ce sujet.

1) Je suis incapable de produire un discours global sur l'année écoulée. C'est à dire un texte qui tient ensemble les enjeux majeurs et les inclinations particulières de 2010. Je suis incapable de le faire et je persiste à dire qu'il ne faut pas essayer. On est dans un impossible qui est tout à la fois un symptôme, au sens de quelque chose de parlant. Autrement dit, se confirme la tendance de plus en plus évidente selon laquelle l'hyper-modernité, c'est la multiplication infinie des chemins, un jeu d'éclosions tellement décuplé qu'il en perd toute lisibilité. Ça rejoint à ce titre ma lecture du moment, "Le Réel : Traité de l’idiotie" de Clément Rosset. L'offre musicale est devenu un Réel – vide par nature – qui n'arrive même plus à se parer des significations imaginaires de son temps. Trop plein de possibles = règne de l'aléatoire = assèchement du sens. On pourrait ainsi tout aussi bien tenir une parole, la justifier, et produire la même parole contraire tout en gardant sa légitimité ; le panel de disque sortis cette année est prétexte à toutes les hypothèses mais ne converge vers aucune nécessité, tout au plus quelques remarques anecdotiques dont on pourra bien se passer. Il ne nous reste ainsi que le triste choix de l'énumération. Revenir aux éléments premiers, c'est à dire des disques, qui ne communiquent pas entre eux, ne se nourrissent pas les uns les autres, des disques qui font leur vie et s'y débrouille bien (d'autres moins). La seule chose que je m'impose, c'est une politique de quotas. Parce qu'effectivement, si je ne peux rien dire de sérieux sur rien, si je suis condamné à rester dans un relativisme quasi absolu, autant y aller jusqu'au bout, en essayant de faire apparaître dans mes listes autant de genres musicaux que possible, avec l'effort de ne pas préférer l'un sur l'autre – puisque de toute façon je n'aurais pas de raison spéciale de le faire. Et pour chaque disque cité, je renverrai également sur d'autres disques qui auraient pu être à la même place, que ça n'aurait pas changé grand chose. Comme quoi.

2) En plus d'un top 50 albums, je vais faire un flop 20. Et je sens déjà les grincements de dents en commentaires. Honnêtement, ce n'est pas de la provoc' que de dire du mal de disques adulés un peu partout. En fait, ce qui me questionne beaucoup ces temps-ci, c'est le statut de la critique négative sur Internet. Pour le dire vite : on peut tout dire, n'importe comment, sur n'importe quoi, du moment que ce soit du côté du compliment. À l'inverse, émettre des réserves, parler de son désamour, c'est très mal perçu. Alors on dit : « Tant que c'est bien argumenté, tout peut se dire ». Mais c'est globalement très faux. Parce qu'il y a aucune symétrie qui s'effectue entre les différentes tonalités de critiques. Concrètement, personne ne viendra vous dire qu'il aime aussi ce disque mais que votre argumentation est frauduleuse, ou qu'il n'aime pas ce disque et que votre gentillesse n'a aucun sens. Or, ce que cela entraîne, c'est une poussée de la critique / chronique vers l'outil promotionnel bénévole. Peu importe le contenu – là il y a une tolérance effrayante –, seule compte l'exposition, et au final, la note – si celle-ci est bonne. On pourra bien sûr trouver des contre-exemples, avec les sites qui font autorité comme Pitchfork, mais il me semble que le cœur de la blogosphère s'affaiblit par trop de courtoisie. À mon sens, bien aimer un disque n'est pas plus précieux que de ne pas en aimer un autre. Ça n'a pas plus de valeur, ça n'est pas plus respectable et surtout, ce n'est pas plus personnel ou intime. Ces deux choses se valent, fonctionnent en miroir, et à ce titre devraient être considérées avec la même décontraction. Enfin, taire le négatif et ne parler que du positif, c'est se priver d'un effet de contraste, du vertige de l'amplitude, et c'est le risque, paradoxalement, que l'éloge ne soit plus perçu que comme une politesse. Je dis ça parce souvent, je ne sais plus qui aime quoi, je n'arrive pas à savoir ce qui saisit vraiment tel ou tel blogueur, ce qui importe plus pour lui qu'un simple regard sympathique. Alors, simplifiez-moi la tâche, mettez des mauvaises notes et faites vous aussi des flops !

P.S : mes classements seront égrainés, petit à petit, de la semaine prochaine jusqu'à fin décembre.