Cold Sweat | Gonzo

La frustration est le t-1 de l’orgasme, le moment où tu te retiens, la phase qui précède celle de non retour. Certains l’expédient, d’autres en profitent. La vie n’a pas doté tout le monde de la même force. Quand tu vas courir tête baissée, d’autres vont ralentir et tourner autour du pot pour mieux l’observer.

Au royaume des timides, la frustration est reine. Quand on n’ose pas, on patiente. On attend le moment opportun, le plus loin possible avant de sauter. Trop d’angoisse en nous pour foncer dans le tas. Soit tu subis cet état soit tu jubiles. Personnellement, ayant compris depuis des années que je n’arriverai jamais à avoir une totale confiance en tout, j’ai décidé de me laisser glisser dans cette délicieuse torture. On ne s’y sent pas forcément à l’aise, un peu comme quand la dope monte. Ça gigote dans le dos, ça grignote le bide, t’es pas au top mais tu fais avec. La frustration c’est comme un énorme élastique que tu tires jusqu’à ce qu’il craque, et t’es vicieux, t’aimes bien quand ça claque fort, donc tu tires, encore et encore jusqu’au grand tremblement qui t’emmènera finalement le plus loin possible de cette frustration. La délivrance bien méritée.

Cold Sweat | Gonzo
Ouais, c’est le bordel dans nos têtes, on est des foutus nazis je crois. Tu vois, quand une meuf vient là sur mon canap, tu crois quoi ? Que je vais lui sauter dessus au premier regard ? Ah non. Déjà j’y arrive pas, et je me persuade aussi que c’est bien trop facile. Je préfère faire monter la pression jusqu’au moment où tout doit péter. Nuance, contraste, dynamisme !
Sommes-nous des animaux ? Après oui, avant non. On peut se délecter de la tension montante, c’est comme dans un repas de famille où un ange passe, certains rêvent de le buter au plus vite, d’autres s’excitent devant le malaise. Moi, je dis rien, j’attends, compte pas sur moi pour prendre la parole, si le silence doit durer à l’infini je deviendrai immortel. Mais ça n’arrive jamais, y’a toujours un con pour casser la sale ambiance.

Alors j’ai fait un petit mix là-dessus, des morceaux qui sentent bon la frustration, celle dont tu te parfumes quand tu vois une fille. Tu veux tellement plus, t’es jamais content, et alors ? On pointe vers un idéal, on veut le maximum, on n’est jamais satisfait, on est frustré mais au moins on sent bon.
Tu remarqueras un morceau que j’aime beaucoup, Cold Sweat de James Brown. Monsieur dynamite dans le slip raconte ça :

When you kiss me

When you mess me

Hold my hand

Make me understand 



I break out - in a cold sweat

En gros, quand la fille lui fait comprendre qu’on va passer aux choses sérieuses, la seule réponse qu’il lui apporte, c’est une goutte de sueur froide dans le dos. Il profite le salaud, il veut son lap dance cérébral, il veut se faire du mal car il sait qu’après l’animal sortira. Reculer pour mieux sauter, jeu de mots compris. Voilà de quoi on parle dans cette sélection, de cette tension qu’on ne laisse pas éclater, par pure malice.

Gonzo//@desgonzo



1.I can't be satisfied - Muddy Waters
2.Do I move you - Nina Simone
3.Cold sweat - James Brow
4.Just a little bit - Them feat. Van Morrison
5.Satisfaction (I can't get no) - Otis Redding
6.Feelin frisky - Syl Johnson
7.Thankful n' thoughful - Sly & The Family Stone
8.Flash forward - Serge Gainsbourg
9.Nick the stripper - The Birthday Party
10.Frustration - Soft Cell
11.Etrange été - Alain Bashung
12.Never tell - Violent Femmes
13.Irresistable bitch (LP version) - Prince
14.Bad boy - Frankie Knuckles
15.Sometimes I do '02 - Cajmere feat. Walter Phillips
16.No pussy blues - Grinderman

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My Beautiful Dark Twisted Fantasy


Je ne vais pas vous le cacher, si je me décide à écrire quelques lignes sur le dernier Kanye West, c'est aussi pour faire des visites. Impulsion sans doute cohérente avec le personnage traité. J'ai en fait assez peu écouté My Beautiful Dark Twisted Fantasy, je ne me suis même pas bien renseigné dessus. Pas d'offense, je fais donc juste un message de petit con. De petit con déçu. Pas vraiment déçu par Pitchfork et consorts, à la limite on pouvait assez facilement venir voir la chose. Non, déçu parce que là où Kanye West exerçait encore sur moi une fascination puissante sur 808's Heartbreak, là il m'indiffère de manière relativement homogène. J'aime son côté mégalo au cœur tendre, son côté amoureux bizarre de sa maman ; il y a vraiment quelque chose de très beau, au fond, dans cette espèce d'exposition maximale percée en son centre par un pic d'intimité inquiétante. Seulement il faut qu'il y ait correspondance entre l'homme et les objets qu'il produit, et un personnage trouble requiert des disques troubles, difficiles, contradictoires. De fait, le déluge de 10/10 de la presse m'inquiète. Parce que le dix, c'est la note pleine, ronde, sans ambiguïté. Pas grand chose ne lui est opposé, rien  n'est véritablement mis en balance. Tout ce qu'on lit, saisit et entend est plutôt pauvre, simple. Pas de tension manifeste, rien qui puisse déchirer un public. On se retrouve ainsi face à un disque-slogan : « je suis génial » – repris en écho par tous : « il est génial ». Et je ne vais même pas rentrer dans un débat là-dessus (ou alors de manière lapidaire, Kanye West étant pour moi un excellent producteur mais pas un prodige), parce que mon envie de parler se dirige ailleurs : vers la question de  savoir si oui ou non ce nouvel album est incarné. Et à cette question je réponds subjectivement non.
Beaucoup de featuring, de dragues de publics, de samples clin d'œil avec des digressions mesurées, des expérimentations toisées... My Beautiful Dark Twisted Fantasy souffle des vents centrifuges et respire le populisme haut-de-gamme.  C'est la façon qu'à Kanye de compenser ses lacunes face à son ambition : devenir la plus grande star de la pop, après Michael Jackson, sans savoir danser ni chanter. Les méthodes de suppléance sont intelligentes, rigoureusement bien menées, mais l'analyse de succès est insuffisante, car là où Michael Jackson avait pour de bon réussi à susciter une mythologique unique, c'est dans l'acceptation générale du monstre qu'il était. Or, s'il y a du monstre en Kanye West, c'est dans l'espèce d'insaisissable mainstreamo-romantique égocentré et assez répulsif qu'il possède, et cette substance n'est que trop peu invoquée dans son dernier album – dans "Runaway" et "Blame Game" tout au plus. Pour cette raison, 808's Heartbreak reste à mon sens un disque plus précieux : celui-ci possède de nombreuses horreurs, les pires commises par son auteur, et à celles-ci se frottent ses morceaux les plus avant-gardistes et le plus émouvants – "Say You Will" en tête. Cette confrontation du meilleur et du pire dans un disque malade, voilà quelle était la dernière révélation de Kanye West, qu'il devenait lui aussi un monstre comme son idole (Ce que Graduation annonçait d'ailleurs déjà). Mais la mutation a raté, puisque malgré le concert de louanges qui entoure My Beautiful Dark Twisted Fantasy, nous n'avons plus affaire qu'à un – grand – disque de producteur gentiment désaxé, un disque qui programme l'unamité au lieu de la voir germer dans sa folie singulière. C'est en somme l'histoire d'un chef d'œuvre tout de même hors-sujet.

PS : Lu à l'envers, ce billet pourrait aussi être une défense (très inattendue) du dernier Sufjan Stevens. Je m'en surprends moi-même.

Musiques Sacrées | La Kustom!

Voici à peu près tout ce qui me procure au moins une demi-érection dans ce monde de merde - mention spéciale pour le Skyforger et les 2 Mala.
La Kustom!


Musiques Sacrées | La Kustom!
1.Alien Sex Fiend: New Christian Music
2.Skyforger: Gatavs Biju Karavirs
3.Nicki Minaj: Roman's Revenge (feat. Eminem)
4.Digitalism: Blitz (Harvard Bass remix)
5.Sam Paganini: Strobe
6.Camel: Cohiba (Nat Self remix)
7.Teki Latex: Dinosaurs With Guns (Canblaster remix)
8.Cubic Zirconia/Bok Bok: Reclash (Give It To Me)
9.Warrior One: Lord Of Bashy
10.Mala: Tu M'Regardes
11.Serge Gainsbourg: Pas Long Feu
12.Alizée: Eden Eden
13.Breach: Fatherless
14.Act Yo Age: Bung Bung (Mikix The Cat remix)
15.Sven KIrchhof: Limit Is The Sky (Lazy Flow remix)
16.Julius Beat/D.E.R.: Our Feeling
17.Lil' Wayne/Dj Medi Med: Inkredible (feat.
Mala) (remix)
18.Gojira: Indians



La Kustom! sur MySpace


Je suis à l'intérieur de l'oeil : le puits
où, depuis le commencement, tombe un enfant,
le puits où je compte et raconte
le temps que je mets à tomber depuis le commencement,
le puits du compte de mon conte
par où l'eau monte et par où descend
mon ombre.



Illustration : chien géant trouvé sur google.
Texte : extrait de Mise au net, par Octavio Paz
Musique : "Fly and Collusion of Comas Sola", par Tangerine Dream, extrait d'Alpha Centauri (1971)

Dissection & Christopher Rau

Drôle de proximité, depuis deux jours deux disques recueillent particulièrement mes suffrages. Je les écoute en suivant. Le premier fini, j'ai besoin du contre-point de l'autre, et vice versa. Pourtant ces deux disques n'ont rien à faire ensemble, pas du tout la même date de parution, pas du tout le même univers musical, pas du tout les mêmes vecteurs émotionnels. Donc, si j'en parle dans un même billet, ce n'est qu'en vertu d'une logique mystérieuse que j'aurais ainsi bien du mal à déchiffrer moi-même.

Ma première fixette, c'est ma redécouverte de Dissection, combo suédois que je fréquentais jusqu'à alors avec beaucoup trop de légèreté. On écoute pas Dissection sur une pulsion, une envie soudaine de gros riffs qui tapent. Dans Storm Of The Light's Bane, il faut s'immerger, quelque part se livrer. Dans ce disque sorti en 95, Dissection formule un parfait hybride entre black metal et death mélodique. Du black il y a le versant haineux, le côté bouillon de sorcière, du death le côté hyper technique et les structures labyrinthiques. L'équilibre est ténu mais maintenu, ou comment le salace peut survivre à l'hyper-complexité.
On a beaucoup tendance à dénigrer les Suédois, en ce qui concerne le black metal, on les évince littéralement de la mythologie du genre. Pourtant avec Dissection il y a de quoi faire. Deux albums cultes au début des années 90 et surtout un leader au trajet phénoménal. Emprisonné 8 ans pour complicité de meurtre sur un homosexuel d'origine maghrébine (combo), chef de fil du MLO (le Misanthropic Luciferian Order), retrouvé mort suicidé en 2006 (entouré de bougies avec aux côtés de sa dépouille un grimoire satanique), Jon Nödtveidt a quand même tous les éléments biographiques pour être un peu plus qu'un "bâtard suédois". Mais passons. On va dire que ce qui compte c'est la musique. Et en l'occurrence, là il n'y a pas débat. Je vous mets en écoute "Thorns Of Crimson Death", parfaite synthèse du miracle Dissection : intro à pleurer, death mélodique raffiné et blasts ravageurs.


Mon autre monomanie du moment, comme je le disais en intro, n'a rien en commun avec Dissection. Rien du tout. Il s'agit du premier album de Christopher Rau, dj deep house hébergé par les géniaux Smallville. Tout le monde ces temps-ci semble omnubilé par l'album de John Roberts, chez Dial Records, que je trouve, à l'instar de Pantha du Prince, beaucoup trop précieux. Ces deux-là sont très doués, trop doués peut-être, d'où l'impression qu'ils se regardent composer, qu'ils cherchent tellement à poser leur supériorité qu'ils se coupent de toute spontanéité, de tout l'esprit originel de la house. Sorti au même moment que le Glass Eights de John Roberts, Asper Clouds me fait lui l'effet inverse. Pas mal de références sautent aux oreilles mais ce ne sont pas les pires : Move D, Dj Sprinkles, Moodymann. Surtout, Christopher Rau a bien compris que tout travail de précision sur les textures, toute profusion de détails ne pouvait prendre pleinement sens que si au départ il y avait une cadence satisfaisante, c'est à dire un groove. Et si Asper Clouds est lui aussi un disque riche, jazzy, mélancolique et tout ce que vous voulez, c'est avant tout un disque rythmique, fait de kicks véloces et de basses puissantes. La deep house, je ne le répèterai jamais assez, n'est pas une musique de laborantins, voilà pourquoi Pantha du Prince et John Roberts m'agacent, voilà pourquoi Christopher Rau, au contraire, m'enchante.

   Capri by Sandy 666

Spectrals | Extended Play


Il m'est compliqué de comprendre ce qui se passe quand j'écoute Spectrals. Pas aisé d'en dire simplement quelque chose. Combien en tout cas je comprends ceux qui passeront à côté des chansons de Louis Jones. Ça ne tient à rien. C'est du fantasme, que du fantasme. Celui d'une chanson parfaite – une chanson de juke-box, ballade d'amoureux fatigués, un peu ivres dans un bar loin dans la nuit. Spectrals traque cette chanson perdue, tente de lui donner forme en ne se souvenant que des contours. Il y a du doo-wop à plein tube, un romantisme à la Roy Orbison, un peu de delay sur les guitares ; c'est du tragique décontracté. Et si Girls possédait quelques grammes de cette imagerie, Louis Jones n'opère lui que par ce prisme. D'où l'impression d'entêtement, de quête monomaniaque, ce qui n'est ici pas une limite mais la beauté d'une conviction très prégnante. Aussi pas de butinage aventurier, pas de défilé crâneur, Spectrals est la musique d'une obsession unique, d'une scène triste et sensuelle dans un monde où personne n'a encore marché sur la Lune. Pas de plus beau carburant que celui-ci – j'exagère peut-être, mais je ne peux pas dire autre chose à l'écoute émue de cet EP. 5/5.

Peppermint sur Youtube
Spectrals sur Myspace

Soldat ! Repos ! | Gonzo

GONZO
Quand on m’a demandé d’envoyer du son sur des chibres, on attendait sûrement de moi que les enceintes suintent de désirs et de fantasmes inassouvis. Pourquoi pas, j’ai tendance à être fétichiste alors j’ai pris le contre pied.

C’est un dimanche comme un autre, à trainer son ennui entre la chambre et le salon, à peine la force de se faire un café. Le salon est un champ de bataille où se plante seul l’étendard de la semaine terminée. C’est le moment de sonner trompette et de rappeler les troupes aux souvenirs. Au garde à vous, messieurs. Présentez instants volés.
On compte les points, on ramasse les cartouches, on met à jour les cartes avec l’état major. Les conseillers s’affairent à prendre les bonnes décisions, on les écoute sans vraiment y croire, seul le chef dirige les opérations de la semaine à venir. Parfois, un soldat se permet une bonne blague pour détendre l’atmosphère, c’est le moment d’augmenter le son de la chaine et de sauter partout. L’armée c’est pas tous les jours la joie, alors de temps en temps, on se détend. Mais, une jeune recrue arrive pour gâcher ce qu’on était en train de guincher. C’est Auguste, il apporte une mauvaise nouvelle, il dit que tout est illusoire et que le spleen vaincra. On l’écoute, on pleure, on s’en remet et on reprend le boulot.
Des années qu’on mène le front, on peut ne pas baisser les bras, si il continue à nous emmerder, on lui refait la bite au cirage au petit bleu. Et ainsi continue à se dérouler la journée. On descend les cadavres à la fosse du rez de chaussée, on astique les armes, on repasse les chemises et les écussons. Faut que ça brille, demain on repart au combat. Demain, reprendra le flux et reflux des défaites et victoires. Demain, sera le rollercoaster de nos émotions, jouer à se faire peur alors qu’on est bien accroché, l’illusion de croire en une vie formidable. J’ai aplati de la main ces montagnes russes, on dirait maintenant le Transsibérien. Il file tout droit, sans se presser vers un but bien précis, c’est classe à l’intérieur mais on s’ennui sec. Alors, je marche au plafond pour me mettre la tête en bas, puis je me rassois vite car tout de même c’est plus confortable.

Un mix à écouter entre les lignes, des instantanés au pola, forcement la lumière est un peu cramé, ça donne du style de forcer.

Gonzo // @desgonzo

   
1 Duke Ellington - Prelude to a Kiss
2 Franck Sinatra - That Old Black Magic
3 Serge Gainsbourg - Intoxicated Man
4 The Byrds - Everybody's Been Burned
5 The West Coast Pop Art Experimental Band - Will You Walk With Me
6 Donavan - The Entertaining of a Shy Girl
7 Nina Simone - Go To Hell
8 Stevie Wonder - I Was Made to Love Her
9 Curtis Mayfield - Now You're Gone
10 The Strange Boys - For Lack of a Better Face
11 The Electric Prunes - Hideaway
12 The Black Angels - True Believers
13 Tame Impala - Why Won't You Make Up Your Mind
14 The Oh Sees - Maria Stacks
15 The Pretty Things - Cry to Me
16 The Remains - When I Want to Know
17 The Litter - Codine
18 Katerine - Américaine
19 John Coltrane - A Love Supreme Part II – Resolution

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La playlist idéale de Romain | Young Michelin

Marrant comment il y a pas quelques mois, je découvrais les Young Michelin avec l'impression de posséder désormais un secret, une sorte de trésor dissimulé derrière des apparats inoffensifs, un EP qu'on se refilait entre amis, au cours de soirées informelles et intimistes où l'on osait avec quelque appréhension parler de nos plaisirs potentiellement coupables. Depuis les Young Michelin ont gagné le concours CQFD. On sait ce que ça veut dire, gros boom d'exposition, session de studio à l'étranger et tout le tintouin. Et curieusement, je ne me sens pas dépossédé, je n'ai rien de ce sentiment de perte que l'on peut ressentir quand on est pas plus passeur mais simple auditeur – comme les autres. La raison est simple. Le charme initial reste présent, évident ; ce romantisme à l'ancienne, on ne le troque pas contre le moindre coup de cœur. Ces quatre premières chansons des Young Michelin, plus l'instrumentale roubaisienne "Les Copains", je les écoute encore avec un émerveillement de nouveau né. Ça me parle de Sarah Records et ça ne s'imagine pas anglais pour autant. Le rêve.



Quand Romain – le leader des Young Michelin – a accepté mon invitation de playlist, je savais peu ou prou à quoi m'attendre. Mais la prévisibilité de la chose est relative : je voyais très bien le concept de base, érudition post-punk, indie-pop avec quelques touches françaises et deux trois surprises. Le résultat ne m'a pas moins enchanté, beaucoup de chansons B ou méconnues, versions rares ou inattendues de canons bien assimilés. Ces chansons, il va en parler lui-même, avec la légèreté et l'énorme connaissance qui le caractérise.

PS: Pour une écoute plus agréable, j'ai pris soin de mixer cette dizaine de morceaux. Bon voyage.




ELECTRELANE: windmills

Elles ont splitté il y'a deux ans. Dans YM, on les aime tous. Un des rares groupes des années 90/2000 dont j'ai tout les albums et que j'écoute régulièrement. J'aime les groupes de rock de filles, attention ici on est pas chez les Plastipiscine hein! Y'a une sacrée atmosphère chez Electrelane, un son assez lourd, des voix de vierges folles égarées dans les highlands. De la pluie, des éclaircies, du vent, des ciels bas, ça caille Electrelane.

SHOP ASSISTANTS: All day long

Un de mes groupes "indé" préféré de tout les temps avec Talulah Gosh. Des écossais, les meilleurs! Grosse influence buzzcocks ici quand même (tant mieux!). Ca tire tout droit, ça n'y va pas par quatre chemins, c'est ultra léger, c'est court et tendu et c'est beau à pleurer.

THE CURE: Grinding halt// Peel session

Sacré bon groupe nom d'une pipe! Les deux premiers albums de Cure sont des chefs d'oeuvre (après je décroche un peu). Ca ne ressemblait à rien d'autre, et tout ça avec une guitare, une basse, une batterie, quatre accords, trois notes de synthé et la voix inimitable du jeune Robert. Ici la version Peel session de Grinding Halt, meilleur que la version studio, grosse énérgie, son parfait. Ca déchire comme disent les jeunes.

THE PASTELS: Million tears

Des millions de larmes pour un des premiers titres du groupe. Pffff !! Difficile de choisir un morceau plutôt qu'un autre, tout est bien chez les Pastels. Aujourdhui ce sera donc celui là. Les rois du DIY, des punks sensibles et un peu chochottes. Pour nous, le maitre étalon de ce qu'on allait appeler après la musique "Indie". Un mot qui ne veux absoluement plus rien dire aujourdhui.

THE FALL: C.R.E.E.P

Fan de the Fall, et j'ai plein de trucs mais en vrac...CREEP est un drôle de morceau, un des plus pop que je connaisse de cette vielle grenouille de Smith.

THE WAKE: O pamela

De "sous New Order" pour certains (les imbéciles), ils ont beaucoup souffert de la comparaison et ont quitté Factory Records ou ils étaient délaissés pour se réfugier chez Sarah Records au début des années 90. O Pamela, une de leur plus belle chanson, que je qualifierais de "bleu ciel". Ils ont écrit le morceau qu'on aurait tous rêvé de faire, Pale Spectre...

THE DOGS: Secret (version en Français)

Un des plus grand groupe de rock Français avec les Olivensteins et Téléphone (blague), ici un titre que je ne connaissais pas et que m'a fait découvrir un ami. Un de leur rares titres chanté en Français. Parfait.

VIOLETTE NOZIERE: Incendie

Un vieux groupe new wave/punk franco-suisse que j'ai découvert très recemment par un copain via myspace. Il pensait que c'était une grosse influence de Young Michelin! Effectivement il y'a quelque chose. Je n'en sais pas beaucoup plus sur eux, ils ont du sortir un EP ou deux et puis bye bye...

YVES SIMON: Je t'imagine.

Du Yves Simon, un peu de Souchon, du Joe Dassin et du Christophe (comme tout le monde) voila des chanteurs de variétoche qui mettent à peu près tout les YM d'accords. On pourrait rajouter Marie Laforet, Bobby Lapointe et pleins d'autres gugusses genre Antoine...

ANTOINE: Un éléphant me regarde

Le "yéyé" mainstream a eclipsé pas mal de bons trucs en France dans les années 60. C'est un scandale madame! Antoine était assimilé yéyé mais le niveau était quand même franchement au dessus. Il y'a tout une scène "french beat" (en référence au British beat anglais, r'&b, tout ça) qui mérite qu'on s'y attarde. Antoine, le plus connu, accompagné de ses Problèmes (les futur Charlots) fait partie de cette scène qui avec des références musicales ultra Anglo-Saxonne a réussit à faire un truc complètement à part, très franchouillard au fond. C'est la touche Française quoi, non? Il y'a toujours un moment en France ou sa part dans le comique, ça dérappe, ça fait n'importe quoi, ça fait des voix idiotes, ça gueule, ça prends des accents, très punk dans le fond... C'est la spécificité Française, ne pas trop prendre la musique pop au sérieux et rigoler de tout. Voila pourquoi ici, on touche rarement au sublime en ce qui concerne la pop (mais on se marre bien).

DEBUSSY: Arabesque 1

Son tube. Il n'a pas été très sport avec son copain Erik... Et pourtant il lui doit énormément ! Rien que pour ça j'ai hésité à le mettre dans cette playlist ce salaud! Mais bon, la lumière que j'entrevois de ma fenètre ce matin colle parfaitement avec ces arabesques number one.

ANNE LAPLANTINE: Pour

Tiré de son premier album Nordeheim sorti il doit y'avoir dix ans au moins. C'est l'électronique comme je l'aime, sensible et poétique et boiteuse. C'est fait sans soucis de production, le contraire de la musique house omnubilée par son beat... Un tendre bisou à la fraiche Anne Laplantine.


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