Belle and Sebastian | Write About Love


Il est parfois intéressant, pour un album, d'étudier son packaging, en particulier sa pochette, forme de reflet visuel du contenu audio, image et son connectés afin de faciliter l'éclosion des métaphores. Dans cette optique-là, l'illustration de Write About Love ne nous dit pas grand chose des nouvelles chansons de Stuart Murdoch. Ou alors des niaiseries. Par contre, si l'on prend un peu de recul, les significations apparaissent.
Ce qui nous importe, c'est que cette pochette est un portrait, un portrait pris avec un filtre coloré. Et que c'est une jeune personne qu'on y voit. Comme dans absolument tous les disques de Belle and Sebastian. C'est le signe d'une cohérence esthétique, certes, mais aussi d'un vecteur commun auquel les Écossais ne dérogent pas. Le filtre est violet cette fois-ci, c'est une jeune femme qui est photographiée, à l'époque de The Boy With The Arab Strap c'était un jeune homme avec un filtre vert – différence minime, simple jeu de déclinaison d'une même forme de base. Et pour défendre ce Write About Love qui ne crée guère l'unanimité, on peut utiliser cet argument, qu'au fond ce qui importe n'est pas tant le jeu des variations que ce qui reste en place, immuable : le squelette de base du projet Belle & Sebastian qui ne fait que prendre de nouvelles formulations au fil des ans.
Il est vrai qu'aujourd'hui, les compositions de Stuart Murdoch sont moins légères et plus mordantes que sur par exemple If You're Feeling Sinister. Mais c'est discret, presque de l'ordre du détail dans la mesure où le positionnement du groupe reste encore strictement le même: celui d'un groupe poli, gentil, dont la niaiserie potentielle est toujours désamorcée par une qualité d'écriture et d'arrangement prodigieuse. Les fans de longue date se lassent, ne trouvent plus la magie d'antan ? C'est possible et même très compréhensible. C'est en partie une question de génération, de parcours de vie – on ne peut pas faire durant cent ans l'apologie de son adolescence. Pourtant d'autres jeunes poussent derrière, grandissent, et eux aussi méritent de découvrir les Belle and Sebastian, ceux d'aujourd'hui, plus tout à fait les mêmes que dans le temps mais avec encore d'intacte leur capacité à parler aux jeunes gens en fleur. 7/10.

Critique également disponible sur Goûte Mes Disques.

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Ça se passe samedi soir, sous l'égide d'un semi-roux. On accueille en fanfare Juju, fraîchement débarqué à Paris. Bertrand, du Sous-Marin, se mêle à la partie. Sélection pointue dans un bar à saucisses.

Event Facebook

DCDL XXXV, décors paranormaux de Rachels Evans


DCDL XXXV | MSOTT

How infinite, the variety of sounds... how beautiful, the simplest repeated loop... how magical, the shimmer of electricity... how sublime, the distant or near female, showered in reverb, whisper, coo... how soothing, the calm of a rippling, soft, drone... how spine-tingling, the pulse of a building beat... how crisp, the cut of a patterned segment in time... how lush, when layers of ears are in perfect-sync...

Looking into eyes in a black-lit room, glowing stars become a galaxy on the ceiling fan, paint-splattered carpet becomes fluorescent, dripping...
The sun is shining through the trees, but the rain is still softly tapping...
Like watching the earth open up like a flower, or following a down-trodden path through a forest... this is where the water shines.

Rachel Evans



60-Minute Mix of Influences for Motion Sickness of Time Travel, compiled by Rachel Evans for "Des Chibres & Des Lettres" blog.

DCDL XXXV - Paranormal Bodies | Rachel Evans MSOTT

1. The Descending Moonshine Dervishes - Terry Riley
2. Fire - Valet
3. Na Ernel - Cluster
4. Acid We - L.A. Vampires
5. Be Good to Them Always - The Books
6. Mushroom - Can
7. My Eyes Were Full of Dirt - Nova Scotian Arms
8. House on the Hill - Beach House
9. 92982.3 - William Basinski
10. Gollum - Harmonia
11. Hot on the Heels of Love - Throbbing Gristle
12. Another - Xeno & Oaklander
13. Free - November Novelet
14. Halwa - Cluster
15. L'Orchestre Thermo-Dynamique - Pierre Bastien
16. Vacuum - Fennez
17. Gymnopedie 1 - Erik Satie
18. Middle - White Rainbow
19. Young Lungs - Stereolab
20. Black Swan - Thom Yorke
21. Little Fluffy Clouds (Orbital Dance Mix) - The Orb
22. Sun Lips - Black Moth Super Rainbow
23. Black Color Hair (Berio Remix) - Mitchell Turner
24. Palm - Pocahaunted (with Bob Bruno and Cameron Stallones)

MSOTT sur MySpace
Le blog de MSOTT

La chronique de Seeping Through The Veil Of The Inconscious par Julien

Je suis vivant, mais je lol

Le billet d'aujourd'hui n'aura pas beaucoup de liant. Le seul point commun ? C'est du WTF XXL. La photo se passe de commentaire, ce Bigfoot est vraiment crétin. La musique est aussi hallucinante et elle mérite par contre deux trois précisions. Elle est extraite d'une récente réédition de Je suis vivant, mais j'ai peur, collaboration entre le psychédélique Jacky Chalard et l'écrivain de SF Gilbert Deflez. Le disque dans son ensemble est cool et intéressant mais là c'est juste nawak.

L'interrogatoire by user3699281

Mar de Grises | Streams Inwards


Les toubles affectifs saisonniers ou S.A.D (Seasonal Affective Disorder) renverraient à des dérèglements hormonaux dus aux variabilités d'exposition au soleil. L'automne arrive, les jours se raccourcissent, et sensibles à cette baisse de luminosité dans nos quotidiens, nous serions tentés de produire plus de mélatonine, communément appelée hormone du sommeil. Pour le dire autrement, déprimer à l'entrée des mauvais jours serait un mécanisme physio-biologique naturel, qui dans ses formes les plus aiguës pourrait être régulé par des cures de luminothérapie et des prises régulières de vitamine D. Voilà pour la théorie.
Car dans les faits, les gens se débrouillent comme ils peuvent sans voir leur médecin, et pour la plupart ils arrivent à passer l'hiver. Comment font-ils ? Ils s'adaptent, voyons. C'est un deuil à faire : finies les jupettes qui s'envolent au premier coup de vent, finis les cocktails en terrasse et l'innocence des tubes estivaux, il y a une esthétique qu'il faut réapprendre à aimer, celle des bonnets de laine, des chocolats chauds et des musiques enveloppantes. Choix commercial ou pas, dans cette optique, le troisième album de Mar de Grises arrive à point nommé. Le premier contact en est même douloureux : est-ce donc ça, la morne saison ? Ce léger détachement triste qui nous attrape aux premiers froids, ce discret repli sur nous-mêmes que nous opérons quand la nuit se fait plus pressante ? Streams Inwards se branche à nous comme un ampli et vient témoigner en grande pompe de ce déplacement d'humeur.
En grande pompe – avec des manières bien marquées, catégoriques, avec la connotation funèbre que l'expression possède à son origine. Mar de Grises n'est en effet pas un groupe qui voile ses choix et ses influences, c'est un groupe de genre, au sens cinématographique, et ce genre c'est le doom metal, le doom-death plus précisément. Si vous n'êtes pas coutumier de ces scènes-là, sachez d'abord que par doom, on entend un metal plombé, lourd, dont le principal trait identitaire est qu'il est extrêmement lent. Le doom-death intègre plus spécifiquement des éléments issus du death metal comme les voix growlées et la double-pédale rythmique. Mais si Mar de Grises se classe ainsi, c'est moins par sa proximité avec le death metal que par sa filiation évidente avec les groupes précurseurs du genre, les trois inséparables Anathema, Paradise Lost et My Dying Bride, trois groupes qui prirent par la suite un virage plus gothique et progressif.
Si ces références très pointues vous effraient, vous avez en partie raison mais en partie seulement, car dans le spectre du doom metal, Mar de Grises occupe sans doute la position la plus centrale et la plus accessible. Premièrement parce que doom-death oblige, la lenteur n'y est pas accablante. Deuxièmement parce que les compositions du groupe chilien sont extrêmement claires et qu'il est très facile d'en suivre le fil mélodique – notamment grâce à une lead guitar très présente. Troisièmement, parce que le groupe fait appel à des influences gothiques, romantiques, folkloriques ou mythologiques sans tomber dans l'extrémisme du funeral doom ou le cheap de l'univers heroic-fantasy. Mar de Grises, quelque part, rappelle ces groupes qui ont su transcender leur cercle d'appartenance pour plaire à des auditeurs moins spécialisés, je pense notamment à Isis ou Cult Of Luna dans le genre pas si différent du sludge metal.
Créer de la familiarité, n'est-ce pas ça aussi faire preuve de talent ? On ne va pas vous le cacher, Streams Inwards n'est pas le disque le plus passionnant de la scène doom, et ce n'est même pas le plus intéressant de la discographie de Mar de Grises. Pourtant, il s'impose dans nos colonnes, parce qu'il possède cette immédiateté, cette concision et cette justesse qui lui confère un mouvement centrifuge : il balaie plus loin que les limites de son genre et crée de l'émotion ailleurs que dans les oreilles les plus averties. Grande œuvre tout public ? N'allons pas si loin, ce serait une folie. Disons simplement que si certaines musiques colorent effectivement mieux certaines heures du jour et de la nuit, si certains disques évoquent plus naturellement certains inflexions psycho-climatiques, alors  Streams Inwards a le profil idéal du compagnon de ces jours-ci. Disque de saison, et pourquoi pas plus. 7/10.

Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques.
Écoutez Streams Inwards sur Deezer.

Motion Sickness of Time Travel

80 copies, pas une de plus. Et seulement en K7. Aucun doute, il s'agit bien de musique underground. Heureusement, on peut télécharger cet album légalement et gratuitement, via le lien au bas de cet article. Et ce serait une bonne idée de le faire. Parce que Seeping Through The Veil Of The Inconscious est simplement un des plus beaux disques que j'ai entendu ces derniers mois. À mi-chemin entre le krautrock électronique des 80's et l'ambient-folk de Grouper, cet enregistrement home-made est aussi captivant qu'une sortie Type Records, Mille Plateaux ou Editions Mego. Le côté artisanal en plus. L'ensemble est bien ésotérique, limite new-age, sorte de concept-album autour de la toile de fond psychique et des méthodes pour y parvenir – "Clairvoyance", "Telepathy", "Auto Suggestion". C'est évidemment très étiré dans la longueur, très hypnotique, mais ce qui surprend positivement, c'est l'évidence mélodique des six morceaux présentés. Aucune abstraction, pas de grandes uniformités trop austères, Motion Sickness of Time Travel nous travaille dans le sens du poil, avec une sorte de douceur typiquement féminine. Eh oui, car derrière cet étrange pseudonyme se cache Rachel Evans, une jeune femme à lunettes qui adore les chats – et la musique. Et qui compose beaucoup, beaucoup, neuf K7 depuis l'an dernier sans compter tous ses projets annexes. Je n'ai pas encore pu écouter grand chose, mais nul doute que je vous en reparlerai très bientôt. 9/10.

Téléchargez Seeping Through The Veil Of The Inconscious sur Hollow Press.
Visitez le blog de Motion Sickness of Time Travel.

News en vrac


1 Vous savez sans doute que je fais aussi des choses avec l'excellent webzine Goûte Mes Disques. Eh bien je vous annonce que nous avons relifté le site. Nous l'avons encore plus épuré. Et franchement je trouve ça pas mal. Allez voir par vous-même ici. Par ailleurs, à l'occasion de la mise en ligne de ce GMD 2.0, je me suis chargé de concocter un dossier sur les 20 ans de Ninja Tune. J'y ai passé beaucoup de temps. Alors allez y jeter un œil, vous serez sympas, ça se passe ici.

2 On a été cette année partenaires du concours CQFD. Bonne initiative, parce que les vainqueurs 2010 étaient nos chouchoux, les Young Michelin, dont vous retrouverez une playlist exclusive ici même d'ici quelques jours. Belle expérience de partenariat pour notre part, à renouveler. Et CQFD, c'est les Inrocks. Et si vous avez pas entendu parler de leur festival Black Xs, c'est le moment ou jamais. Belle programmation et pas que pour les Parisiens. Allez voir tout ça sur leur mini-site.

3 Je me suis fait poker par Jay Haze. Le grand Jay Haze. Bizarre hein. Mais je crois que c'était pour me faire savoir de la plus étrange des manières qu'il venait de sortir un nouveau single. I Wait For You est donc un titre de deep-house dans la plus pure lignée de ses travaux habituels sous son nom civil, très proche de la nu-soul avec une coloration vraiment afro. Je vous dirai pas que c'est son meilleur titre, loin de là, mais la tyrannie du poke, on y peut rien.

DCDL XXXIV, le troublant témoignage de Paul Martin

Cela faisait quelques mois que je n'enregistrais plus de mixes. Manque d'inspiration et pas assez de morceaux vraiment intéressants. Bien sûr, j'ai continué à mixer à l'extérieur (ma résidence Baramine sur Toulouse et ailleurs) mais chez moi, j'étais perdu. C'est juste après m'être confessé sur Twitter que je me suis remis au travail sérieusement. Quelques jours à retourner mon disque dur et mon compte soundcloud plus tard, j'ai réussi à élaborer une sélection, qui n'a cessé de bouger jusqu'à ce midi. Ce Paul Martin représente tout ce que j'aime entendre et surtout jouer. Des dub disco à la vague "tropicale" en passant par la house music la plus traditionnelle, ce mix est une vision de la fête au sens le plus noble.

Bisous,

La Mate






Edit Olympics Unlimited Editions - A1
John Gibbs - Trinidad (Bone Disco dub)
Steve Rachmad - Mr. Ed
Catz 'N Dogz - To Be Cool
Rene Bourgeois - Best Friends
Tete De Tigre - Pelican Bay
Eric Volta - Machete
DJ T - Bateria (Special Dub mix)
Kresy - Many Men
Aphex Twin - Windowlicker (Renaissance Man Bootcut)
Scissor Sisters - Any Which Way (Tensnake remix)
Ian Pooley & Spencer Parker - Kinderteller
Homework - Behind The Fence
KZA - Le Troublant Acid


Baramine Club sur Facebook
La Mate sur Twitter

Playlist Hannah


J'avais le sentiment que dans le Sud, musicalement, il ne se passait pas mille choses. Comme pour me faire mentir, mes derniers mois là-bas, j'aurai découvert deux groupes locaux vraiment très prometteurs. Le premier est Hannah, pour le second il sera question un peu plus tard de Young Michelin, les récents vainqueurs du concours CQFD. J'ai fait la connaissance d'Hannah suite à un mail d'Emmanuel qui espérait que je puisse parler de son EP sur Goûte Mes Disques. Avec plaisir. J'ai eu immédiatement de la sympathie et de l'intérêt pour lui, ses mails riches et sa musique simple mais érudite. J'ai notamment un un réel coup de coeur pour Hero Fisher, folk-song comme j'en ai pas entendu cette année ailleurs que chez Sun Kil Moon. La classe. Tenez, écoutez tout de suite :


Suite à ces premiers échanges, j'ai eu envie d'aller un peu plus loin. Pas d'Interview, les interviews m'ennuient. J'ai plutôt proposé à Emmanuel l'exercice de la playlist libre : "tu choisis une dizaine de chansons et tu te débrouilles". Pas de consignes précises, pas de mise en page attendue. Le résultat ne peut être qu'ultra-personnel. Et Emmanuel ne m'a pas fait mentir, il s'est prêté au jeu avec la même sensibilité et le même soucis de cohérence avec lesquels il travaille sa musique. Relation en miroir : sa playlist dit quelque chose ses chansons (et inversement). Sauf que nous avons une vision diffractée, par le prisme de la chanson de cinéma. Mais n'en disons pas plus et laissons Emmanuel s'expliquer lui-même. Bonne écoute et bonne lecture.

"Quand j'ai commencé à penser à cette playlist, deux ou trois chansons, beaucoup écoutées ou réécoutées ces derniers mois, se sont imposées. J'ai alors réalisé qu'elles avaient toutes un point commun : le cinéma. Je tenais là le fil rouge qui me permettrait de composer une sélection plus élaborée qu'un simple florilège de références évidentes, un exercice de style fait de grandes chansons, de petits films (et vice versa) ou de morceaux n'entretenant de rapport avec le 7e art que par leurs paroles ou leurs interprètes.

PLaylist Hannah by user3699281

1 Roy Orbison - In Dreams
C'est elle qui a tout déclenché. Je n'ai pourtant pas revu Blue Velvet récemment. Cette chanson est complètement dingue, dans sa structure et dans la voix d'Orbison qui couvre je ne sais combien d'octaves, comme ça, sans la ramener, l'air de rien. C'est à peu près inchantable, pour la reprise, on repassera…

2 Q Lazarus - Goodbye Horses
C'est Laurent, l'autre moitié d'Hannah, qui m'a contaminé. Ce genre d'atmosphère 80's un peu cold sur les bords, ça le rend fou ! Et puis cette voix à la Antony (sauf qu'ici c'est une fille qui chante), c'est vrai que c'est imparable. Ah oui, c'est le moment où le tueur danse à moitié à poil devant son miroir à la fin du Silence des agneaux.

3 Tortoise & Bonnie "Prince" Billy - Pancho
Tiré de l'album de reprises des lascars (écoutez leur version de Thunder road de Springsteen, un monument). Une chanson de copains inspirée par de vieux westerns mettant en scène le Cisco Kid et son mexican buddy Pancho. C'est simplissime, complètement cucul et, évidemment, magique.

4 Adriano Celentano - 24000 Baci
Un truc rock'n'roll 60's frénétique, en Italien ! Des amis m'ont fait découvrir ça, en vidéo sur youtube et depuis ce morceau me rend complètement hystérique. La vidéo (géniale !) en question sort d'un film du début des années 60 assez difficilement identifiable (ça s'appellerait aussi 24000 Baci), mais le morceau traîne aussi dans Le Mépris de Godard.

5 Bruce Springsteen - Nebraska
Avec Springsteen, j'avais le choix. C'était soit Badlands, premier titre héroïque de l'album Darkness on the edge of town, soit celui-ci qui ouvre l'album du même nom. Ces deux chansons s'inspirent d'un fait divers sanglant servant également d'argument au premier film de Terrence Malick (un de mes réalisateurs préférés de tous les temps !), Badlands, film qui aurait marqué tonton Bruce.

6 Antony and the Johnsons - Mysteries of Love
Je n'ai toujours pas revu Blue velvet depuis le début de cette sélection, mais il faut croire que Lynch est définitivement très fort pour le choix des chansons dans ses films (ah, Bowie dans Lost Highway…). Et Antony, lui, est assez génial quand il s'agit de reprendre les autres (ne ratez pas sa version de Crazy in love de Beyoncé).

7 Mina May - A Scanner Darkly
Probablement l'un des meilleurs groupes français en activité. Et on ne dit pas ça parce que ce sont des amis, Laurent et moi étions fans avant de les connaître. A Scanner darkly est le titre d'un bouquin de Philip K. Dick, mais comme celui-ci a été adapté au cinéma, on tient le prétexte idéal pour placer ce morceau grandiose dans cette sélection.

8 The Velvet Underground - New Age
Le Velvet agonisant du dernier album qui signe pourtant encore je ne sais combien de chefs d'œuvres. Je ne sais pas ce que Kim Novak a fait à Lou Reed (même si c'est Doug Yule qui chante) pour mériter ça, mais a priori, elle serait la "fat blonde actress" de la chanson.

9 Vincent Gallo - So Sad
Il y a quelques années, dans la lignée de son premier et unique album When, Gallo sortait cette chanson en single. Un cd 1 titre qui fait probablement de ce morceau la chanson la plus chère du monde ! Tous comme ses films, sa musique est simple, pétrie de classe et bouleversante.

10 The Divine Comedy - When The Lights Go Out All Over Europe
Malgré sa récente baisse de régime, Neil Hannon reste pour moi l'un des songwriters les plus géniaux de ces vingt dernières années, bien au-delà de l'image de dandy-rigolo-kitsch dans laquelle certains voudraient l'enfermer. Une chanson qui rend un bel hommage à la Nouvelle Vague et qui peut faire pleurer.

11 Serge Gainsbourg & Michel Simon - L'herbe tendre
A capella improbable tiré d'un film que je n'ai pas vu, Ce sacré grand-père. A chanter à tue-tête, avec un ami, en fin de soirée, c'est le bonheur (fonctionne aussi sans alcool).

Voilà, on n'a ni parlé de James Gray, ni de Dominique A, mais parfois la vie est moche comme une salle de montage, il faut faire des coupes.

Pour le reste, ce fut un plaisir."

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Photographie :
Pascal Amoyel.

Boom Bap

Jeudi hip-hop, avec un extrait de la dernière collaboration entre El Da Sensei (ex Artifacts) et les Polonais de The Returners. On est en plein revival 90's, l'ensemble de l'album Global Takeover 2 : Nu World est très bien foutu, un poil consensuel, et je retiens en particulier le morceau titre qui clairement déchire grave la saucisse.

Aucun rapport mais j'en profite pour déclarer mon amour à Anthony Mason, ci-contre, qui a illuminé mes années 90, moi petit geek-bouseux pris d'une passion éperdue pour la NBA et pour les Hornets en particulier. Lieutenant musculeux, style videur, Mason était un vrai chef dans la raquette. Avec un pur style en plus. Aujourd'hui il est gros, a les yeux injectés, mais au moins il croit toujours en Dieu.






Sufjan Stevens | The Age of Adz

À propos de l'expression "génie incompris", on sous-entend généralement incompris par d'autres, un petit problème de réception chez un public pas assez attentif et pas assez ouvert. Il est en revanche bien rare qu'on évoque l'artiste lui-même. Pourtant, pas de monopole qui tienne, lui aussi peut se retrouver en position de ne rien entendre, d'être incapable de déchiffrer les signaux qui lui sont adressés. Sufjan Stevens est sans doute dans ce type de situation. Grisé par un succès qui le poursuit depuis Michigan, il se sent pleinement légitime en tout chemin emprunté. Et il semble puiser cette légitimité dans une forme de prophétie publico-médiatique fomentée en 2005 à la sortie d'Illinoise. Grand album, Illinoise ? Pourquoi pas, mais pas pour n'importe quel motif. Ce qui en ressort, c'est une voix angélique et extraordinaire, un talent d'écriture et une qualité de mélodiste hors-pair. C'est la grâce immédiate dont sont touchés des morceaux comme "John Wayne Gacy, Jr" ou "Casimir Pulaski Day". Et ces qualités sont éclatantes, irradient l'album et tempèrent les réserves de tous. Car même la plupart des amoureux de Sufjan Stevens trouvent ses disques trop longs, trop redondants, ses arrangements trop pompiers et approximatifs. Et ici se trouve précisément le malentendu : ce qu'on lui pardonne volontiers est dans son interprétation la centre de sa réussite, quiproquo malheureux qui explose au grand jour avec The Age of Adz.
Le raté est visible dès le titre introductif, "Futile Devices", très belle folk song minimaliste qui s'annonce comme une mise en bouche, une légèreté avant de passer aux choses sérieuses alors que non, il ne faudrait justement pas passer à autre chose. Si on se permet de jouer les moralisateurs, c'est parce que les dernières interviews à propos de cet album disent des choses étonnantes : que c'est un disque sur la modernité, que ça pourrait être une parodie mais qu'il faut rappeler que derrière tout ça il y a de l'humanité (?). En vérité, ce disque est perdu, complètement à la dérive. De brillant songwriter, Sufjan Stevens a essayé de devenir à la fois Aphex Twin et Burt Bacharach. Mais en utilisant une orchestration Mattel, de l'électronique Play-Doh et des coeurs Fisher-Price, dans le moule grandissime des structures progressives.
Cela a toujours été le problème criant des albums de Stevens : les arrangements manquent de liant, les sonorités manquent de finesse et tout est trop baveux et bavard. Le point de non-retour est ici atteint avec un album proprement indigeste, dont l'ambition s'apparente à celle d'un enfant rêvant encore de tous les possibles, enfermé dans sa chambre, jamais confronté aux limites convenables de la réalité. The Age of Adz occupe ainsi un territoire où personne ne s'était auparavant aventuré, malheureusement pour de bonnes raisons : pour éviter le supplice sonore que sont par exemple la boîte à rythme de "Too Much" et l'auto-tune utilisé au milieu d'"Impossible Soul". On en trouvera encore pour dire que Sufjan Stevens est un artiste incompris, mais cette fois-ci soyons fermes: il s'agit surtout d'un artiste qui n'a rien compris. 2/10.

Critique également disponible sur Goûte Mes Disques.

Effet de cohérence


Les pistes de danse sont parfois dangereuses.

Alors j'écoute de la musique qui ne pourra jamais faire danser personne.

Jusqu'à présent, je n'ai pas dit un seul mot du dernier album des Swans, My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky. C'est comme si ce dernier arrivait seulement deux ans après Soundtracks for the Blind et que je ne me sentais pas encore obligé de redire la même chose. Ce doit être une histoire de concentration du temps, quatorze années vidées comme un poisson, un espace de 1996 et 2010 littéralement aspiré par les bords. Mon silence, je crois, est dû à un effet de cohérence. Les Swans ne sont pas nés une seconde fois, on aurait plutôt l'impression que leur split a été gommé, effacé, que ce fut une grande respiration, très longue, et qu'au final pas grand chose n'a changé – exceptée la présence de Jarboe. C'est drôle mais My Father Will Guide Me Up... ne m'a pas beaucoup intéressé. Il est pourtant excellent pour lui-même, c'est incontestable, mais il me parle plus des Swans que de nouveauté – et c'est très bien comme ça. C'est un disque qui réactualise toute la carrière du groupe et tous les disques passés mais sans nostalgie ni passéisme. Et pour provoquer ce geste d'embrassement beaucoup plus large, il faut de la cohérence, donc, et de l'intégrité. Ne parlons pas d'une reformation miracle, d'un geste unique brillant, reparlons plutôt des Swans en général, en large et en travers – ce sera la fin mot de mon histoire.

   Love Will Save You by user3699281

Love Will Save You est extrait de White Light from the Mouth of Infinity (1991)

Je sais bien mais quand même

Hommage aux morts, cela continue. Six mois après, le décès de Mark Linkous sonne toujours aussi bizarre. On en reste hébété. Solomon Burke provoquait hier de la solennité et un désir spontanée de commémoration, avec Mark Linkous c'est tout le contraire. Comme Elliott Smith, il est parti trop tôt, et comme pour Elliott Smith on a du mal à se faire à l'idée que c'est fini. Ce qui est troublant, c'est qu'on ne sait pas très bien de quoi il s'agit. Peut-être simplement n'arrivons-nous pas à mettre à distance une musique aussi brûlante d'actualité. Mais peut-être aussi opérons-nous une continuité un peu irrationnelle : la mort de Mark Linkous, nous la respirons depuis les premières mesures de Vivadixiesubmarinetransmissionplot – elle rôde à chaque recoin de l'histoire de Sparklehorse –, et il nous est difficile de changer de bord à cause d'une mort aussi annoncée, aussi artistiquement préméditée.

Cet été j'ai beaucoup écouté Mark Linkous, et beaucoup écouté la compilation I Wish I Had a Horse's Head (disponible gratuitement ici). Pas mal d'artistes ou groupes que j'apprécie ont participé à ce projet, Centenaire, B R OAD WAY, Angil ou Cyrod. J'avais l'impression, en écoutant toutes ces reprises, qu'il y avait un cap impossible à atteindre, celui de la liberté de s'affranchir du patrimoine de Linkous. Tout avait semblé enregistré dans la stupéfaction, avant le travail du deuil et de l'enterrement. Et enterrer une musique, c'est savoir l'enfermer sous terre, la mettre hors de vue et hors d'oreilles pour pouvoir la réimaginer autrement. I Wish I Had a Horse's Head ne ressemblait en rien à des funérailles, il s'agissait plutôt d'un déni assumé : je sais bien mais quand même, faisons vivre Sparklehorse un peu plus longtemps même par l'artifice.

Je me souviens d'un mot d'Angil sur son profil Facebook, cela disait quelque chose comme "il n'existe pas de reprise de Sparklehorse". Ou bien on fait la même chose, on imite, ou alors cela n'a plus rien à voir.
Je m'étais habitué depuis des années à la mort de Mark Linkous. Auourd'hui je me demande si quelque chose a vraiment changé.




Téléchargez directement I Wish I Had a Horse's Head en cliquant ici.

King of Rock n' Soul

Quelle tristesse, Solomon Burke est mort et on ne sait pas encore de quoi. Il laisse derrière lui 21 enfants, 90 petits-enfants et des milliers, des milliers d'héritiers de sa voix fabuleuse. Malgré son style impensable – il chantait assis sur un trône – et un tube planétaire – Everybody Need Somebody To Love qu'on lui a littéralement piqué –, il n'aura jamais eu de vraie reconnaissance mondiale. Un éternel outsider, mais qui encore en début d'année nous sortait Nothing's Impossible, un disque old school émotionnellement renversant. La nouvelle de son décès me désole et j'espère qu'en partageant ces quelques chansons, vous comprendrez pourquoi.











Jérôme Kerviel : 4,9 milliards de dommages et intérêts

Galaxie Hadopi

Galaxie Hadopi

Aidez-nous à décrypter ce nouvel univers.

Dungen | Skit I Allt


Paradoxalement, quand sociologues, anthropologues et autres intellectuels s'accordent sur le constat d'une société de plus en plus individualiste, le mélomane averti ou le journaliste culturel soutient assez aisément que la musique n'a jamais été autant affaire de collectifs, de mouvements pluriels et de forces abstraites. Ce n'était pas autant le cas avant : évoquer un groupe provoque aujourd'hui de manière quasi irrépressible un appel d'air violent, un appel au name dropping, à la fuite horizontale vers des groupes voisins, cousins, tous supposés traversés par une identité commune, rarement bien assise mais martelée comme s'il s'agissait d'une institution millénaire. Il y a paradoxe mais pas contradiction, car l'individualisme se situe en ce sens qu'en musique, tout le monde a maintenant sa chance, que la concurrence est donc accrue, et que face au risque évident de ne pas exister, la carte musicale se distribue dorénavant en flottilles, en micro-communautés qui prennent le pas sur les destins individuels et les histoires personnelles.
Depuis sa Suède natale, avec l'espèce de classicisme qui le caractérise, à mille lieux de ses compatriotes poppeux anglophiles jusqu'au mimétisme, Gustav Ejstes est loin de tout ce que nous avons décrit. Il en est même l'exact contre-exemple. Son projet solo devenu officiellement groupe, Dungen, ne se rattache à aucun courant contemporain, n'évoque aucune esthétique actuelle et trace sa voie en solitaire, imperméable à toute autre influence que celles des humeurs et poésies internes. Skit I All, sixième album de Dungen, marque déjà dans son titre toute sa différence. "Fuck It All" en suédois. D'une part, la langue utilisée, marginale, empêche de croire à un cri de guerre punk, un « eh regardez-moi je vous emmerde ». D'autre part Gustav Ejstes explique très précisément que ce "Skit I All" n'est ni politique, ni existentiel mais purement affectif, que c'est un éloge aux gestes et sentiments purs, décharnés, débarrassés de toute complication et de tout détour.
À l'image de la musique de Dungen ? Pas vraiment, puisque ce nous sommes en présence d'une pop-folk excessivement complexe et travaillée, qui n'est pourtant ni péteuse, ni surchargée, juste complètement infusée de toute part par le psychédélisme 60's et le prog 70's. La recette n'a pas beaucoup changée depuis le premier album éponyme de 2001, mais elle s'affine encore, perd en potentiel commercial ce qu'elle gagne en cohérence et en solidité. Nous sommes concrètement face à certains des meilleurs musiciens à s'être collés récemment à la folk music. Reine Fiske, guitariste génial d'Anekdoten, Paatos ou Morte Macabre, propose par exemple une démonstration sensationnelle de son outil de travail : entre Hendrix et Robert Fripp, sans s'éloigner drastiquement des standards pop, il illumine Skit I All de sa technique et de sa sensibilité, mais à l'image des deux autres purs musiciens de Dungen, avec le soucis de coller à un projet de groupe et de ne faire qu'embellir les mélodies initiales de Gustav Ejstes.
Si pour l'amateur de Dungen ce disque ne sera qu'une énième confirmation, qu'une évolution infime du schmilblick, pensons au profane, qui ici découvrira un groupe hors du temps et intransigeant, capable d'un folk champêtre absolument délicieux comme de jam sessions délirantes et survoltées. Si l'on devait être très pédagogue, on dirait que c'est la rencontre de Midlake et des Mars Volta. Mais ce ne serait pas faire honneur à Dungen, dont la singularité précède de loin ces groupes-là, et dont les assises sont assurées comme celles d'une maison, faite pour être transmise des grands-parents aux petits-enfants comme un don du temps. 8/10.

Critique également disponible sur Goûte Mes Disques.

Samedi 2 octobre au matin.

On peut dire que ça fait un petit moment qu'on a pas clubbé, ici. Pourtant je suis toujours un fan effréné de house. Petit éventail des dernières travailles qui me font bouger le popotin et/ou regarder au plafond. Pas de commentaire, j'ai la flemme.