Salem | King Night


Vous croyez quoi, qu'il me suffit d'un mot, d'une expression, pour que je bave et perde totalement raison ? Vous me parlez de "Witch House" et je devrais faire dans mon pantalon ? C'est trop facile. Ce serait comme retrouver Zooey Deschanel nue dans mon lit : la chose serait tellement pré-mâchée que je n'y croirais pas et que je la foutrais dehors. Dans ce zapping incessant de nouveaux courants musicaux, on invente donc encore un truc irrationnel qui devrait logiquement me mettre en transe : la « drag » music, principalement appelée "Witch House" ou "Haunted House". Et malgré ma passion dévorante pour les fantômes, les farfadets, les histoires de possession, de réincarnation et d'esprits malins, je trouve que c'est nul. Pourquoi premièrement faire appel à ces données ésotériques ? Les types ne sont en connexion avec aucun au-delà, et gare à eux si pour se donner un genre ils s'essaient au spiritisme : les esprits de quelques illustres musiciens se défouleraient avec vigueur sur leurs fausses pauses mystérieuses.
Concrètement, on ne comprend  déjà pas très bien d'où sort cette imagerie. Le son de ce nouveau mouvement n'est ni particulièrement sombre, ni particulièrement angoissant, en tout cas pas plus que mille genres déjà parvenus à nos oreilles. Et quel intérêt autre que marketing – même un marketing inconscient – que de s'inventer si vite, avec si peu de matière un mouvement culturel. Car personne ne l'a fait pour eux : ils se sont auto-proclamés chefs de fil ou affiliés à cette Witch House fais-moi peur et ils surfent sur cette marque comme si Pitchfork les avait adoubés – alors qu'ils ne font que l'effort journaliste de transmettre l'information. On attendra pour condamner chaque groupe de cette mouvance, car par exemple les créateurs du concept, oOoOO, font pour l'instant une musique extrêmement belle et attirante. Par contre Salem, on peut leur en mettre plein la poire.
4,5/5 sur Resident Advisor, la note d'un disque de l'année, c'est quoi ce délire ? King Night n'est pas une purge mais c'est un disque creux et mal exécuté qui ne tient qu'à une fausse bonne idée de départ : faire un bébé monstrueux entre hip-hop new school et shoegaze. Le produit de la rencontre est effectivement moche, mais pas du genre à exciter les gamins sur Rotten, non, c'est juste pas terrible et assez plat. Du mauvais rap qui plagie Rick Ross et Lil' Wayne et essaie de tirer sa progéniture vers My Bloody Valentine avec des synthés moches, des voix féminines inutiles et des effets de production clownesques – effet canard sur les lignes flow et saturation grossière des beats. En fait on dirait un split album entre Gucci Mane et M83, du genre bâclé en quelques jours en s'envoyant des fichiers par mail. J'y ai cru un instant, le temps d'un premier morceau éponyme qui pouvait faire son effet, mais après c'est la catastrophe. Il ne savent pas rapper, ne savent pas utiliser leurs synthés et en conclusion, on peut dire que le seul savoir-faire qu'ils possèdent, c'est un savoir-faire en com'. 2/10.


King Night sur Viméo.

7 commentaires:

Nikki Sonic a dit…

A la première écoute , King Night sonne pompeux et très lourdingue...

Nikki Sonic a dit…

Le footwork à la dj nate me semble plus intéressant (même si inégal) car moins prétentieux que ce truc.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Pas écouté mais je vais suivre tes conseils. C'est rare qu'un disque m'agace autant.

La Denrée a dit…

bien dit. 99% approved (Zooey Deschanel je la virerais pas).

Anonyme a dit…

il ne faut pas dire que des groupes sont nuls, il ne faut pas en parler c'est tout :-)

(déjà 5 commentaires pour un truc sans intérêt!!)

alex

UnisoN a dit…

PAS D'ACCORD.
Il est mortel cet album.
Et y a plein de trucs mortels dans ce courant qui a toutes les raisons de s'autoproclamer sans attendre les baltringues de journaleux pour le faire.
Je sens que les français vont kiffer faire les haters avec ce mouvement... Vont bien se défouler...

Julien Lafond-Laumond a dit…

Alex > Tu poses une bonne question. Un disque confidentiel, inconnu, en parler pour le défoncer, c'est effectivement de l'acharnement, ça ne sert à rien. Là, pour Salem, c'est un peu différent vu que ce groupe a des appuis dans à peu près tous les gros médias indés. Il s'agit alors plus de faire entendre une voix un peu différente. Rien que dans les coms, ici, pas mal se retrouvent dans mon rejet. Or si l'on fait une revue de presse, on a l'impression qu'on parle d'un disque qui fait positivement l'unanimité.

Julien > Comme je te l'ai fait un peu comprendre sur facebook, on peut difficilement me qualifier de hater, j'adore le premier ep oOoOO et quelques morceaux d'Gr†LLGR†LL et d'†‡†. C'est juste que d'une, je trouve Salem hyper grossier par rapport à leurs voisins de mouvement, et de deux je m'interroge sur la construction express d'une imagerie si marquée, d'une marque pour faire vendre etc. Je trouve que ça va un peu vite et que c'est légèrement présomptueux. J'aurais préféré que tous se rangent d'abord avec un peu plus de modestie dans les 30 de musique dark que l'on vient de connaître.