Muslimgauze


Trouvez moi un seul musicien qui soit plus facilement reconnaissable que Bryn Jones. Muslimgauze était pour lui autre chose qu'un simple projet artistique, c'était son ADN social : son passe-temps dévorant (il composait parfois plusieurs albums par mois), son combat politique, son miroir intime tourné vers le monde. Je vous avoue être incapable de différencier ses différents albums et les morceaux qui les composent. Plus de cent sorties en long-format, et ce tout ce que j'ai pu écouter se ressemblait à la goutte près. Tout Muslimgauze symptôme d'une obsession unique, omnipotente, l'Islam et sa défense dans le conflit israélo-palestinien. L'engagement étonne par son intensité, sa radicalité, mais aussi par sa bizarrerie : ni Bryn Jones, ni aucun de ses ancêtres n'a un jour posé pied au Moyen-Orient. Rat de bibliothèque, aux capacités de projection insensées, Bryn Jones s'est fait arabe, à distance, et son œuvre témoigne d'une chose étrange, l'islamisme acquis. Néanmoins, pas vraiment de dérapage à signaler, aucune dérive raciale, je n'ai entendu parler d'aucune polémique profonde autour de lui. Muslimgauze, c'est donc une histoire artistique à la ligne politique très claire, et musicalement c'est du même acabit : la formule surprend, déroute, mais elle est tellement répétée, codifiée et épurée qu'elle en devient évidente. On reconnaît obligatoirement un morceau de Muslimgauze en moins de 16 mesures. L'ossature rythmique est un dub extrêmement synthétique et fuyant, aux expérimentations et collages proches de Pan Sonic, très bruitistes, et parsemées partout de références orientales en tous genres, samples, cithares, percussions, voix etc. La basse sonne toujours pareil – saturée avec parfois un souffle en arrière-plan – et les structures des morceaux se valent toutes. Tous ces ingrédients sont simplement dosés à différents degrés. Fascinant, c'est le mot qui me vient à l'esprit pour qualifier cette potion ethnique, délirante et systématique. Muslimgauze, projet encore vivant alors que son auteur est mort, foudroyé d'un mystérieux virus ; on ne sait pas combien de disques posthumes vont encore sortir, mais plusieurs choses sont acquises : ils seront expérimentaux de corps et arabes de cœur. 


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