Mount Kimbie ǀ Crooks & Lovers _ Julian Lynch ǀ Mare













Chroniquer parallèlement deux disques qui n'ont a priori rien à voir, ça fait, je vous l'avoue, un peu branleur. Mais prenons le risque. Car aussi éloignés que puissent paraître au premier coup d'œil Mount Kimbie et Julian Lynch, leurs récents albums ont tous deux provoqué chez moi la même sensation. Cette sensation, je ne sais pas si vous l'avez partagé, ou si vous la partagerez, elle a trait au fait que tant Crooks & Lovers que Mare semblent inachevés, incomplets, en un mot déceptifs. S'il y a en effet certains artistes qui ne cessent de courir à découvert derrière d'hypothétiques chef d'œuvres, ceux-là préfèrent au contraire se cacher derrière des albums moins ampoulés, à l'ambition plus sourde et à la finition plus approximative. Les Mount Kimbie – pour ce qui est d'ouvrir le dubstep aux mélomanes les plus variés – ont au moins autant de talent que Burial. Julian Lynch possède lui les qualités pour être à la tête d'un groupe phare type Animal Collective ou Grizzly Bear. Pourtant les deux viennent de sortir des disques faussement mineurs, faits de vignettes et de morceaux essoufflés, qui cherchent moins à scotcher directement qu'à infuser lentement en nous. Le psychédélisme ralenti de Lynch et le dubstep volage et poppy de Mount Kimbie, formes contraires mais discours convergents : la beauté passera chez eux par la fébrilité, par des contours anodins renfermant en secret les sonorités les plus passionnantes de leurs genres respectifs. Crooks & Lovers et Mare n'ont de fait rien des machines de course, de bêtes de concours, ils sont inaboutis, inégaux, bosselés. Hors-circuits, libres comme l'air, avec ce qu'il y a de grisant à trouver du génie là où il n'est pas exhibé constamment comme un nombril trop mignon pour être couvert. 7/10.

Mount Kimbie - "Field" sur Youtube
Julian Lynch - "Ruth, My Sister" sur Youtube


8 commentaires:

Nathan a dit…

Le Mount Kimbie et le colossal "Mayor" est pour l'instant mon album de l'été. Facile, dansant, efficace.

Julien Lafond-Laumond a dit…

J'aime beaucoup aussi. Mais tu n'as pas l'impression que les deux Mount Kimbie passent leur temps à mitrailler leurs propres morceaux et à les rendre moins importants qu'ils auraient pu être ? Par exemple Fields, qui a une montée incroyable pour... rien, enfin une electro-pop à guitare vachement banale. Et quasiment tous les titres font comme ça je trouve. Quant à Mayor, c'est ma sonnerie de téléphone :)

Nathan a dit…

Ahah, Mayor est ma sonnerie aussi, elle a succédé au "I love Acid" de Luke Vibert.

Ouais peut-être qu'ils se sabotent un peu. Mais ça donne au tout un charme, une espèce d'humilité qui fait pas de mal. Ils auraient peut-être dû faire des morceaux de huit minutes, avec plus de détours. Mais l'album aurait été moins attachant.
On peut espérer que deuxième album changera le monde de la dubstep.

Julien Lafond-Laumond a dit…

J'approuve sur toute la ligne.

Dale Cooper a dit…

De mon côté, c'est justement cette imperfection que je trouve touchante et qui fait - pour moi - le prix de Crooks & Lovers. Pour ceux que ça intéresse, ici, une itw filmée du duo, enregistrée lors de leur passage aux Siestes Electroniques à Toulouse (première prestation en France ?) : http://highmaintenancetlse.blogspot.com/2010/07/english-lessons.html.

mmarsupilami a dit…

Je suis étonné de voir les deux albums regroupés et l'explication (même si exacte : les deux albums sont imparfaits!). Car, je trouve effectivement que l'imperfection du Mount Kimbie est le "plus" de l'album alors que l'imperfection de l'autre est simplement de... l'imperfection qui me dérange.
Je crois que je viens de faire le commentaire de la semaine, là! Bon, je me comprends, c'est toujours ça!!!
:-D

Julien Lafond-Laumond a dit…

Je suis un vif défenseur de Julian Lynch depuis un sacré bout de temps. J'avais déjà trouvé Orange You Glad sublime l'an dernier. Je m'attendais pour celui-là à ce qu'on franchisse un palier, que ce soit plus "audible" pour l'amateur de disques bien calibrés. Mais c'est le contraire, Mare donne encore plus l'impression d'être des "soundscapes" folk, ce qui le confine pour de bon à l'underground. Et ce geste me plaît beaucoup, en définitive !

arbobo a dit…

je crois que c'est ta chronique (ajoutée au précédentes) qui m'a convaincu d'écouter le mount kimbie,
et je ne le regrette pas :-)