Guerre Froide | Abrutir les masses


Initialement formé à l'orée des années 80, en plein cold-boom, Guerre Froide était supposé rester un groupe pour collectionneurs, une chair à compilations type Minimal Wave Tapes. Miroir d'une époque profondément angoissée, les Nordistes multipliaient alors les langues et les doutes dans un post-punk rachitique, sec, aride, dont les aficionados retiendront le prophétique "Demain Berlin". Puis plus rien, la fin d'une époque. Le long silence jusqu'à une reformation en 2006 et un album encourageant, Angoisses et divertissement. Rien ne laissait pourtant présager Abrutir les masses, trois ans plus tard, véritable geste de grâce dans le morose paysage francophone. Tout en réaffirmant franchement son identité de toujours – textes poétiques et politiques, production à dominante synthétique –, Guerre Froide se révolutionne par l'intérieur, en affinant et diversifiant d'une part son héritage cold wave, et en s'ouvrant d'autre part à des horizons nettement plus pop. Plus douce avec le temps, la voix d'Yves Royer rappelle selon les humeurs Dieu Ian Curtis et – plus surprenant – la suavité romantique d'un Daho. À la barre du groupe, elle dicte dix chansons magnifiques, pleines de violence contenue et d'amertume transparente, dix chansons qui à l'attaque frontale préfèrent le détour onirique, comme sur les bouleversantes "Canal Historique" et "Des Illusions". Concis et précis, parfaitement ancré dans sa culture underground, Abrutir les masses possède le fond et la forme d'un grand disque de cœur. Révélation hyper-tardive, mais révélation tout de même. 9/10.

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Autre avis : Guts of Darkness

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