Arcade Fire ǀ The Suburbs


Mettons nous en situation, comme disaient les deux autres, en situation d'avoir un jour aimé Arcade Fire. Ce groupe et moi nous sommes toujours ratés, dans les grandes largeurs. Je n'ai jamais éprouvé de plaisir en écoutant Funeral et Neon Bible, pas en tout cas de plaisir rond, plein, total. Mais ce n'est après tout qu'une histoire de réception défectueuse, l'antenne mal placée sur ma tête, car ces deux disques restent brillants et Arcade Fire a de toute évidence la carrure d'un groupe majeur. Portant le drapeau de toute une nation indie – de leurs voisins Broken Social Scene, Wolf Parade, Stars au background expérimental de Constellation –, le collectif montréalais a su parfaitement concilier le style indépendant avec une emphase populaire digne de U2, Bowie ou Queen (sic). Funeral a dans ce sens été leur diamant brut – le nombre d'or appliqué à la pop – et Neon Bible son écho le plus réflexif et le plus centrifuge. Il faut que je sois vraiment poussé dans mes retranchements pour dire une telle chose, mais Arcade Fire a jusque là été un groupe irréprochable. Jusque là. Parce que leur troisième album, The Suburbs, est un disque raté, complètement raté, ce qui le rend au choix attachant ou consternant. Il s'agit d'un disque en roue libre, sans une once de maîtrise, sans un doigt de maturité, trop long et qui explose en plein vol passé sa première moitié – après ça vire power-pop affligeante, auto-reprises et parodie de Coldplay ("We Used To Wait"). On a l'impression que le groupe n'a plus confiance, qu'il n'y a plus de cohésion, plus d'envie. C'est un disque étrange, comme un typique album de major, les singles sont au début et ensuite advienne que pourra. Arcade Fire tente des choses sans conviction, sans effort ni ambition, parce qu'il faut bien remplir le cahier des charges. On aurait presque du mal à taper sur The Suburbs tellement il semble révéler une chose triste, une fin, une incapacité à aller plus loin. Arcade Fire bégaye son passé et désapprend les gestes les plus simples. Comme un baroud d'honneur, le morceau-titre inaugural laisse planer le doute – et si The Suburbs était un bon disque ? Très vite pourtant on déchante et l'on apprend l'accident : Arcade Fire a presque tout perdu et revient à ses premiers balbutiements, seules restent désormais quelques vieilles habitudes, appliquées méticuleusement de peur de les voir disparaître elles aussi. 2/10.


Autres avis : Playlist Society, Voluume

7 commentaires:

philou a dit…

je pensais avopir mal vu ais oui il s'agit bien d'un 2 et non d'un 8
N'importe quoi.

Benjamin F a dit…

Bon, bien que le texte m'ait bien fait marrer, je le trouve un peu fallacieux (oui normal hein puisque je l'aime bien moi cet album^^).

Dans l'idée je suis d'accord avec tous les reproches que tu fais au groupe. Oui certains titres lorgnent vers les stades de Coldplay, oui il y a un peu d'auto-reprises... mais (et ta critique ne le laisse à aucun moment supposer) il y a bien d'autres choses dans The Suburbs : de grands titres (certes plus rares que par le passé), une honnêteté qui se substitue à la grandiloquence, des textes très justes et un concept intelligemment utilisée. Il y a justement beaucoup d'envie ici (voir malheureusement un peu trop).

Je vois bien où tu veux en venir mais je trouve qu'il s'agit vraiment d'une version trop centrées sur les lacunes alors que justement The Suburbs est un disque dont les qualités se nourrissent des défauts et inversement.

Anonyme a dit…

Bon je résume, tu n'as pas aimé les 2 autres albums et tu critiques ouvertement The Suburbs. Il serait peut-être temps que tu passes â autre chose, car tu ne sembles malheureusement pas en mesure d'apprécier toutes les nuances dans la mélodie d'Arcade Fire.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Philou > Je te renvois sur l'Edito que j'avais écrit il y a quelques messages. Le 2 que je mets n'est pas une note définitive, je ne dis pas que ce disque ne vaut rien. C'est une note d'intérêt global, par rapport aux précédents disques du groupe, par rapport au calendrier musical actuel et par rapport à l'attente que le disque suscitait. En gros le 2 ici correspond à un 5-6 sur la plupart des webzines.

Je mets 2 et ce disque et pourtant je le trouve plutôt attachant.

Benjamin > J'aurais pu faire exactement le même commentaire sur ton texte à toi :)
Je me retrouve complètement sur ce que tu dis, dans le fond, sauf que toi tu le prends sur le versant hyper positif. Verre à moitié vide, à moitié plein !

Anonyme > Ton commentaire m'a fait rire !

Benjamin F a dit…

@Julien Lafond-Laumond : Ah tu trouves ? J'avais l'impression de l'avoir pas mal attaqué pourtant et d'avoir plus écrit la critique d'un 5/10. C'est un album qui a beaucoup de défauts et je pense pas les avoir passé sous silence... :)

Julien Lafond-Laumond a dit…

Tu les as pas passé sous silence, justement. Nous avons un constat à peu près similaire, sauf que toi tu t'appuies dessus pour dire que c'est finalement pas mal du tout alors que moi c'est le contraire !

Loryniel a dit…

Merde, t'as raison. J'arrive pas à finir cet album et même eu du mal à le commencer.
Je suis en train d'écouter Neon Bible pour vérifier, et vraiment, c'était bien ha - vant, Arcade Fire.