FAIL?


Ambiance spring break au Campus UMP


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Un peu de zoologie


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Fatal Kevin


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Pour la musique, ça se passe ici : Violens - Summer Mix Tape (réalisée pour nos confrères de Tsugi)

L'héritage Border Community

2006 et 2007 furent l'âge d'or de Border Community. Avec les premiers longs formats de James Holden, Nathan Fake et Fairmont, avec également les premières sorties de Ricardo Tobar et Extrawelt, le label londonien avait renversé les modes. À une époque où la domination minimale s'essoufflait, où la mélodie regagnait du terrain, Border Community avait enfoncé le clou en imposant au monde entier une kosmiche techno qu'on hésitait pas à dire "progressive" et même "trancey" – un renversement colossal après de longues années d'ascétismes. Mais après, la sauce est très vite retombée. Plus trop d'échos des dernières sorties du label, plus de nouvelles d'artistes du même champ comme Stephan Bodzin, la mer s'était retirée aussi vite qu'elle était arrivée. Et je vous avoue ma surprise en constatant qu'après deux années mortelles, cette niche techno a de nouveau repris du tonus en 2010. Les récentes sorties de Luke Abbott, Applescal, Panda Valium et Gohan sont excellentes et ont toutes réveillé une sensibilité que j'avais perdu, une sensibilité pour les mélodies épiques qui m'avait en partie initié aux plaisirs de la techno. Cocktail de ces derniers délices – vous trouverez en fin d'article des références discographiques plus précises.





 Luke Abbott -  Holkham Drones LP (Border Community / 2010), Riley Reinhold - Hollow Hills EP (My Best Friend /2010), Applescal - A Mishmash Of Changing Moods LP (Traum Schallplatten / 2010), Panda Valium - Bubo LP (Edelweiss / 2010)


Les meilleurs Stéphane du Web, catégorie sports et loisirs

Il ne faut surtout pas se tuer au travail, il faut parfois savoir s'échapper des rudesses du quotidien pour s'épanouir à côté, dans les sports et loisirs. Plus de temps libre mais moins d'argent pour partir loin, voilà l'effet RTT ! Et ça, le Stéphane, tout caméléon qu'il est, l'a bien compris. Génie de l'adaptation, à l'aise sur tous les terrains, le Stéphane se donne corps et âme pour enjoliver ses mornes semaines : pêche, football, country, sports de combats et même baby sitting, tout est bon pour passer un bon moment... avec ou sans transpiration !










Pour accompagner cette ode aux plaisirs simples, j'ai choisi un edit très respectueux de What's Going On de Marvin Gaye. Lulu Rouge n'est pas habituellement ma tasse de thé, déjà que Trentemoller me sort maintenant par les oreilles, alors les ersatz de Trentemoller... Pourtant cette relecture fait mouche, accentuant légèrement la dimension rythmique de l'originale sans en atrophier le génie brut. Une confidence, d'ailleurs, c'est ma nouvelle sonnerie pour me réveiller le matin.

Guerre Froide | Abrutir les masses


Initialement formé à l'orée des années 80, en plein cold-boom, Guerre Froide était supposé rester un groupe pour collectionneurs, une chair à compilations type Minimal Wave Tapes. Miroir d'une époque profondément angoissée, les Nordistes multipliaient alors les langues et les doutes dans un post-punk rachitique, sec, aride, dont les aficionados retiendront le prophétique "Demain Berlin". Puis plus rien, la fin d'une époque. Le long silence jusqu'à une reformation en 2006 et un album encourageant, Angoisses et divertissement. Rien ne laissait pourtant présager Abrutir les masses, trois ans plus tard, véritable geste de grâce dans le morose paysage francophone. Tout en réaffirmant franchement son identité de toujours – textes poétiques et politiques, production à dominante synthétique –, Guerre Froide se révolutionne par l'intérieur, en affinant et diversifiant d'une part son héritage cold wave, et en s'ouvrant d'autre part à des horizons nettement plus pop. Plus douce avec le temps, la voix d'Yves Royer rappelle selon les humeurs Dieu Ian Curtis et – plus surprenant – la suavité romantique d'un Daho. À la barre du groupe, elle dicte dix chansons magnifiques, pleines de violence contenue et d'amertume transparente, dix chansons qui à l'attaque frontale préfèrent le détour onirique, comme sur les bouleversantes "Canal Historique" et "Des Illusions". Concis et précis, parfaitement ancré dans sa culture underground, Abrutir les masses possède le fond et la forme d'un grand disque de cœur. Révélation hyper-tardive, mais révélation tout de même. 9/10.

Guerre Froide sur Myspace
Autre avis : Guts of Darkness

Wolf + Lamb ǀ Love Someone

 
Il n'y a pas grand chose à dire d'un bon disque de deep house. Dansant, forcément, hypnotique, c'est toujours le but. Alors quoi, on se borne à faire un peu de biographie succincte ? Là ce serait permis, car avec Wolf + Lamb il y a du matos. Les deux activistes de Brooklyn Gadi Mizrahi et Zev Eisenberg (aka Zev) mènent en effet tous deux des carrières solo très prometteuses et leur label éponyme Wolf + Lamb renferme quelques uns des producteurs les plus excitants du moment : Nicolas Jaar, Seth Troxler et Soul Clap. Mais maintenant que c'est dit, nous ne sommes guère plus avancés. Love Someone ne contient qu'un morceau déjà pressé, c'est donc plus qu'une compilation. Ce qui surprend tout de même, j'en suis à la quatrième écoute, c'est la saleté de cet album, son caractère impur, et qui pourtant s'apprivoise avec beaucoup de douceur. Il y a de l'approximation dans l'échantillonnage, quelques motifs qui sonnent faux – et c'est bizarre de la part de producteurs aussi rigoureux en solo, comme si leur association était entropique. Mais ces ratés semblent constitutifs d'une identité. La qualité que je trouve à ce Love Someone germe en fait d'une indécision, d'une forme de beauté borderline propre à la house music, avec des associations harmoniques parfois étranges et une impression tenace de fait à l'arrache. Pas de mathématicité allemande ou de virtuosité de musicien, tout est question ici de groove noctambule un peu surréaliste, dont l'imperfection est la structure et le moteur. Prenons un seul exemple avec "Must Be Brooklyn" : fluidité du rythme, du clavier rhodes, mais un synthé jazzy en freestyle à la tonalité pas académique du tout. L'effet déroute, d'abord, devient addictif, ensuite. Et c'est bien représentatif de l'effet de retour qui se produit avec Love Someone. A priori inconfortable, ce disque revient sur nous par la petite porte, la porte du rêve et du fantasme, avec le féroce attachement qu'on peut apporter à ces bouts de morceaux, supposés éparpillés, et qui par le miracle technologique se retrouvent ensemble pour nous faire danser. 7/10.

Autres avis anglophones :  Drowned in Sound, Resident Advisor, EarPIPE, New Times

Best Coast ǀ Crazy For You


Un chat mal découpé, des palmiers tout pixelisés et un demi-cercle en guise de soleil, il ne manquerait plus qu'un poney roux trottant sur l'herbe pour faire de la pochette de Crazy For You une représentation immanquable de l'esthétique 2.0. Ce graphisme cheapos en dit long sur Best Coast et sa chanteuse Bethany Cosentino : elle surfe, surfe sur l'air du temps comme elle surfe pour de bon sur les rouleaux californiens. Apologie du soleil et des histoires de boyfriends, Crazy For You est un disque qui se déhanche serviette sur l'épaule, peau luisante de graisse à traire et bouquin de Fante à la main. Bethany Cosentino n'est pas neuneu mais elle rêverait de l'être, et son premier disque transpire cette envie de glande et de superficialité. Depuis l'été dernier, on la connaît, cette fille, et on l'aime pour les singles incroyables qu'elle nous a lancés comme on lance un freesbee – "The Sun Was High (So Was I)" et "So Gone" plus particulièrement. Mais pour son premier grand disque, attendu comme le meilleur ami estival, la sanction tombe : pas assez de travail, passé trop de temps à la plage. Un seul titre vraiment excellent, "Our Deal", et un autre en bonus mais que l'on connaissait déjà, "When I'm With You". Le reste est assez anodin, du surf rock appliqué aux guitares emballées et aux mélodies toutes rondes mais pas transcendantes. Du Camera Obscura version garage, quoi. Rien de scandaleux, certes, mais notre opinion déçue est aussi simple que la musique de Best Coast : juste pas assez de bonnes chansons. 5/10.

When I'm With You sur Youtube

Équipe de house des - de 19 ans, les minots du groove

Que des jeunots fassent de l'excellente house de jeune, c'est toujours étonnant mais dans un sens, c'est l'ordre des choses. Louis la Roché, assez connu, sortait son Peach EP à 17 ans, Lucas Kamei, plus confidentiel, proposait Hot à 15 ans. Des chiffres extrêmes néanmoins en adéquation avec la musique produite : une french house hyper efficace, très funky et pas vraiment travaillée. En revanche, pour Kyle Hall et Surrealism, je me suis bien fait avoir. J'ai dansé comme un fêlé sur Ghosten et So Much sans imaginer une seule seconde que j'avais affaire à des types beaucoup plus jeunes que moi. Ces gars-là respirent la house comme s'ils traînaient leurs guêtres dans le milieu depuis les années 80. Alors que Kyle Hall est certes de Detroit mais vient de fêter seulement ses 19 ans ; quant à Surrealism, c'est plus tendu encore plus qu'il est en fait un jeune Bulgare de 17 ans. Faire de la musique deep avec un tel esprit ghetto, à ses âges, c'est plus qu'inattendu, c'est impensable, et ça ré-ouvre le débat sur l'hypothèse des vies antérieures.


Mount Kimbie ǀ Crooks & Lovers _ Julian Lynch ǀ Mare













Chroniquer parallèlement deux disques qui n'ont a priori rien à voir, ça fait, je vous l'avoue, un peu branleur. Mais prenons le risque. Car aussi éloignés que puissent paraître au premier coup d'œil Mount Kimbie et Julian Lynch, leurs récents albums ont tous deux provoqué chez moi la même sensation. Cette sensation, je ne sais pas si vous l'avez partagé, ou si vous la partagerez, elle a trait au fait que tant Crooks & Lovers que Mare semblent inachevés, incomplets, en un mot déceptifs. S'il y a en effet certains artistes qui ne cessent de courir à découvert derrière d'hypothétiques chef d'œuvres, ceux-là préfèrent au contraire se cacher derrière des albums moins ampoulés, à l'ambition plus sourde et à la finition plus approximative. Les Mount Kimbie – pour ce qui est d'ouvrir le dubstep aux mélomanes les plus variés – ont au moins autant de talent que Burial. Julian Lynch possède lui les qualités pour être à la tête d'un groupe phare type Animal Collective ou Grizzly Bear. Pourtant les deux viennent de sortir des disques faussement mineurs, faits de vignettes et de morceaux essoufflés, qui cherchent moins à scotcher directement qu'à infuser lentement en nous. Le psychédélisme ralenti de Lynch et le dubstep volage et poppy de Mount Kimbie, formes contraires mais discours convergents : la beauté passera chez eux par la fébrilité, par des contours anodins renfermant en secret les sonorités les plus passionnantes de leurs genres respectifs. Crooks & Lovers et Mare n'ont de fait rien des machines de course, de bêtes de concours, ils sont inaboutis, inégaux, bosselés. Hors-circuits, libres comme l'air, avec ce qu'il y a de grisant à trouver du génie là où il n'est pas exhibé constamment comme un nombril trop mignon pour être couvert. 7/10.

Mount Kimbie - "Field" sur Youtube
Julian Lynch - "Ruth, My Sister" sur Youtube


Muslimgauze


Trouvez moi un seul musicien qui soit plus facilement reconnaissable que Bryn Jones. Muslimgauze était pour lui autre chose qu'un simple projet artistique, c'était son ADN social : son passe-temps dévorant (il composait parfois plusieurs albums par mois), son combat politique, son miroir intime tourné vers le monde. Je vous avoue être incapable de différencier ses différents albums et les morceaux qui les composent. Plus de cent sorties en long-format, et ce tout ce que j'ai pu écouter se ressemblait à la goutte près. Tout Muslimgauze symptôme d'une obsession unique, omnipotente, l'Islam et sa défense dans le conflit israélo-palestinien. L'engagement étonne par son intensité, sa radicalité, mais aussi par sa bizarrerie : ni Bryn Jones, ni aucun de ses ancêtres n'a un jour posé pied au Moyen-Orient. Rat de bibliothèque, aux capacités de projection insensées, Bryn Jones s'est fait arabe, à distance, et son œuvre témoigne d'une chose étrange, l'islamisme acquis. Néanmoins, pas vraiment de dérapage à signaler, aucune dérive raciale, je n'ai entendu parler d'aucune polémique profonde autour de lui. Muslimgauze, c'est donc une histoire artistique à la ligne politique très claire, et musicalement c'est du même acabit : la formule surprend, déroute, mais elle est tellement répétée, codifiée et épurée qu'elle en devient évidente. On reconnaît obligatoirement un morceau de Muslimgauze en moins de 16 mesures. L'ossature rythmique est un dub extrêmement synthétique et fuyant, aux expérimentations et collages proches de Pan Sonic, très bruitistes, et parsemées partout de références orientales en tous genres, samples, cithares, percussions, voix etc. La basse sonne toujours pareil – saturée avec parfois un souffle en arrière-plan – et les structures des morceaux se valent toutes. Tous ces ingrédients sont simplement dosés à différents degrés. Fascinant, c'est le mot qui me vient à l'esprit pour qualifier cette potion ethnique, délirante et systématique. Muslimgauze, projet encore vivant alors que son auteur est mort, foudroyé d'un mystérieux virus ; on ne sait pas combien de disques posthumes vont encore sortir, mais plusieurs choses sont acquises : ils seront expérimentaux de corps et arabes de cœur. 


Muslimgauze sur Discogs

Roc Marciano ǀ Marcberg


Pareils à des soirées VIP où seule la liste d'invités importe, beaucoup trop de disques de hip-hop se reposent aujourd'hui sur un cortège de personnalités pour garantir leur succès. On multiplie les producteurs dans le coup, on aligne les featuring publicitaires et l'on explore tous les subdivisions du hip-hop pour plaire à tout le monde – ¼ old school, ¼ r'n'b ½ new school. Cela donne des bolides commerciaux et des disques fleuves, éclatés, quasi-collectifs. Dans le genre, on arrive à faire des chef d'œuvres, type Tha Carter III, mais ça n'empêche pas d'avoir des envies d'ailleurs, d'autre chose. Ça ouvre aussi les portes de la nostalgie, de ce hip-hop croissant que nous avons bien connu dans les 90's. Dans cette saturation actuelle du disque composite, une sortie comme Marcberg nous est donc salvatrice. Pourtant proche des plus grands – on annonce déjà un Marcberg Reloaded avec Q-Tip, Madlib, Pete Rock ou encore Large Professor –, Roc Marciano a ici travaillé seul. Crédité à toutes les instrus, responsable de presque tous les flows, il a préféré l'isolement introspectif à l'éparpillement contemporain. En résulte un album d'une cohérence totale, d'une continuité précieuse et à la qualité pour ainsi dire époustouflante. C'est bien simple, on a l'impression que Marcberg sort tout droit de l'âge d'or new-yorkais des 90's. Extrêmement minimaliste, replaçant le sample au cœur de la composition, il rappelle d'ailleurs à plus d'un titre le 36 Chambers du Wu-Tang Clan – excusez du peu. Et si Marciano est un vrai producteur vieille école, pas forcément génialement doué mais à la force de conviction totale, derrière le micro, en revanche, il est prodigieux. Le timbre est classique mais quel flow. Plutôt attiré par l'obscurité des ghettos que par les artifices de la célébrité, il donne à ses lyrics une crédibilité totale par la cohésion de son projet. Indépendant jusqu'à l'os, old school jusqu'au bout des doigts, son Marcberg transpire la sincérité des déclassés et le groove des marginaux. Ça suffit pour en faire le plus bel album hip-hop de l'année à mes yeux. 8/10.

Arcade Fire ǀ The Suburbs


Mettons nous en situation, comme disaient les deux autres, en situation d'avoir un jour aimé Arcade Fire. Ce groupe et moi nous sommes toujours ratés, dans les grandes largeurs. Je n'ai jamais éprouvé de plaisir en écoutant Funeral et Neon Bible, pas en tout cas de plaisir rond, plein, total. Mais ce n'est après tout qu'une histoire de réception défectueuse, l'antenne mal placée sur ma tête, car ces deux disques restent brillants et Arcade Fire a de toute évidence la carrure d'un groupe majeur. Portant le drapeau de toute une nation indie – de leurs voisins Broken Social Scene, Wolf Parade, Stars au background expérimental de Constellation –, le collectif montréalais a su parfaitement concilier le style indépendant avec une emphase populaire digne de U2, Bowie ou Queen (sic). Funeral a dans ce sens été leur diamant brut – le nombre d'or appliqué à la pop – et Neon Bible son écho le plus réflexif et le plus centrifuge. Il faut que je sois vraiment poussé dans mes retranchements pour dire une telle chose, mais Arcade Fire a jusque là été un groupe irréprochable. Jusque là. Parce que leur troisième album, The Suburbs, est un disque raté, complètement raté, ce qui le rend au choix attachant ou consternant. Il s'agit d'un disque en roue libre, sans une once de maîtrise, sans un doigt de maturité, trop long et qui explose en plein vol passé sa première moitié – après ça vire power-pop affligeante, auto-reprises et parodie de Coldplay ("We Used To Wait"). On a l'impression que le groupe n'a plus confiance, qu'il n'y a plus de cohésion, plus d'envie. C'est un disque étrange, comme un typique album de major, les singles sont au début et ensuite advienne que pourra. Arcade Fire tente des choses sans conviction, sans effort ni ambition, parce qu'il faut bien remplir le cahier des charges. On aurait presque du mal à taper sur The Suburbs tellement il semble révéler une chose triste, une fin, une incapacité à aller plus loin. Arcade Fire bégaye son passé et désapprend les gestes les plus simples. Comme un baroud d'honneur, le morceau-titre inaugural laisse planer le doute – et si The Suburbs était un bon disque ? Très vite pourtant on déchante et l'on apprend l'accident : Arcade Fire a presque tout perdu et revient à ses premiers balbutiements, seules restent désormais quelques vieilles habitudes, appliquées méticuleusement de peur de les voir disparaître elles aussi. 2/10.


Autres avis : Playlist Society, Voluume