DCDL XXXIII, sisi la famille

DCDL XXXIII | La Kustom!





DCDL XXXIII - Le clan, le clan, la cagoule | La Kustom!

1.Green Velvet: Harmageddon
2.Ixxel: Drop That Beat
3.Digital Lab: Venga (Sandro Silva remix)
4.Flavio Diaz & Rino Cerrone: Extraordinary Wiring
5.Audion: That's That
6.Kaptain Cadillac: Show Me Luv (Robert Armani remix)
7.L-Vis 1990: Do You Remember
8.Machine Drum: Carry The Weight (Bok Bok remix)
9.C.R.S.T.: Jam For You
10.Rx: Bumble (Nate Day remix)
11.Udachi & Jubilee: Smoke Rings (Luna-c remix)
12.Noah-D: Seeerious
13.Mount Kimbie: Carbonated


PS: Nous ne sommes pas peu fiers de vous annoncer la nouvelle : notre petit chouchou La Kustom! est arrivé 11° du concours de remixes de "Dinosaurs with guns", organisé par le Père Latex et Orgasmic. Quand on connaît les conditions de travail du type - fruity loop 4 installé sur le windows 98 de maman, branché en mono - on dit : bravo petit. 

Dinosaurs With Guns (La Kustom! remix) by LaKustom! tracks

Mon billet d'humeur


A la même période l'an dernier, on était à New York. Et c'était mieux.


On aura leur peau


L'autre jour je regardais Tellement Vrai sur NRJ 12, vous avez ce WTF télévisuel qui enfonce à plate couture les habituelles histoires de jalousie de Confessions Intimes. Le thème était « je fais tout pour être connu », avec une galerie de fous – au sens strict – prêts à n'importe quoi pour réussir. Évidemment, c'était hilarant et pathétique, puisqu'on naviguait en permanence aux confins du surréaliste. Seulement, le réalisateur, en fin d'émission, est intervenu pour une défense émouvante de ses personnages. Fous, oui, insoumis à toute réalité, aussi, mais pas plus cons que la moyenne, pas anomalies coupées du monde, plutôt symptômes exacerbés, tumeurs monstrueuses d'une société que nous habitons. Cette hypothèse du réalisateur – celle que l'on ne croit plus à l'ascenseur social mais uniquement au téléporteur social –, bien qu'elle ne soit ni très neuve ni très fouillée, a pourtant rencontré un vif écho en moi. Des semaines et de mois en effet que je pestais dans mon coin, que je rugissais d'énervement à l'écoute de tous les disques folk, folk-rock, indie-pop qui me passaient aux oreilles. Mes premières grimaces remontent à bien plus longtemps, mais ces derniers temps j'ai été plus que jamais excédé par cette sensation que, dans le petit monde de la musique indépendante, la soif de succès est aussi présente que dans n'importe quelle vulgaire real tv. L'ambition est plus noble, soit, sortir un chef d'œuvre est moins scandaleux que devenir un people, mais le processus est le même, à peine un groupe formé qu'il se prend déjà au sérieux – le marketing avant la composition, le plan de carrière avant les remous de la création. Si en terme de résultat on avait notre compte, je dirais que peu importe, le bankable peut tout à fait être génial, seulement là la musique en pâtit, et ce de manière dramatique.

Je me suis pas mal étonné à réhabiliter massivement les derniers disques de Wilco, il y a quelque temps, malgré leur paresse et leur aspect très conventionnel. J'ai compris un peu plus tard la raison : il y a tout simplement dans Wilco de bons musiciens. Des types qui ont fait leurs gammes. Comme Nels Cline, qui vient de sortir un album de jazz-rock tout à fait intéressant. Il y a pas de secret, quand un groupe a des possibilités internes, je veux dire des potentialités techniques, eh bien il a beaucoup plus de chance d'éviter la mort. Alphabet augmenté, vocabulaire supérieur, voilà les principales clés pour bien s'exprimer en musique. Et aujourd'hui tout cela est bafoué. Culte de l'autodidacte, zéro apprentissage, on méprise l'instrument, on méprise la voix parce que l'on hait les outils. Les guitares sont des putes, juste bonnes à faire des belles chansons. L'instrument est à peine effleuré qu'on pense déjà à ce qu'on pourra en faire, à comment il pourra porter notre ambition. Le but, dans tout ça, ce sont les belles mélodies, les mélodies intemporelles qui pourront nous incarner. Je crois sincèrement que les belles mélodies vont tuer la musique. Ils la nivellent vers le bas, vers des grilles d'accord toujours plus simples, vers un plaisir toujours plus strictement limité. Le folk aujourd'hui est par exemple fait de ça : on sort des albums comme si on meublait son myspace, avec une mise en page aléatoire, sans connaissance du HTML, tout ça pour un débordement d'égo mal assumé, arty au diable, bourré de pathos et avec surtout la prétention de faire autre chose que du SMS de skyblog.

Le problème dont je parle est ici très mal exposé, ça vient comme ça, en vrac, parce que j'ai pas le courage de faire autrement, il n'empêche que je suis très grave sur ce sujet. L'appauvrissement de l'offre musicale, c'est un thème classique depuis des années. On y vient souvent par la question du téléchargement illégal, là je situe le danger bien ailleurs, du côté des artistes eux-mêmes. Elle est bien loin en effet la culture du jazz où un artiste naissait sur une interprétation, sur une façon inédite d'appréhender une mélodie et de tourner autour. Dans la pop-folk contemporaine, tout le monde se prétend compositeur, songwriter, tout le monde à égalité, musique plate, sans ressorts autre que l'émotion première, toujours les mêmes notes délavées, les mêmes malaises évoqués, une armée de nombrils qui derrière leur timidité cachent un narcissisme dévorant. Quand ils se seront bien branlés sur leurs trois accords, on pourra passer à autre chose, j'espère, on remettra un peu d'élégance dans ce genre flétri par l'arrogance de sous-doués. Pourquoi pas, après tout, puisque plein d'autres genres y arrivent.

Bim.

Sun Kil Moon ǀ Admiral Fell Promises


Du folk nous avons fait n'importe quoi. Revival suicidaire, le retour au folk de la fin des années 90 n'aura fait que dissoudre l'essence du genre. Indie-folk, voilà où nous en sommes, marasme où se mélangent éléments acoustiques traditionnels, production informatisée, grilles d'accord pop, le tout dans une forme d'indifférenciation vraiment embêtante. C'est bien simple, le folk est devenu un slogan, pareil au bio, un masque d'intégrité qui oublie sa stricte valeur d'artifice et de pause. Alors, forcément, militantisme oblige, dès qu'un artiste repositionne le folk sur ses vrais terres, je le défends fermement. Je n'ai jamais été grand fan de Mark Kozelek, les Red House Painters me passent un peu au-dessus de la tête et les précédents disques de Sun Kil Moon m'ennuient. Admiral Fell Promises ne déroge pas vraiment à cette règle : son dernier tiers perd mon attention – compositions longues, trop longues –, néanmoins j'aime ce disque, la proximité qui s'y instaure entre un songwriter, son seul intrument, une guitare, et l'auditeur qui se sent capter un moment pur et authentique. Sorte de Pink Moon en plus morose (et radotant), Admiral Fell Promises possède une grâce rare, raffinée, une voix discrète mais habitée, un jeu riche, légèrement teinté d'Espagne ; et tout cela signe une mélancolie en apesanteur, sans rumination, une confession sans fioriture, avec la simplicité et la délicatesse de ceux qui savent humblement s'exprimer. 6/10.


The Books | The Way Out


S'il y en a bien un qui sait à quel point il est difficile et dangereux de ne pas pencher d'un côté ou de l'autre, c'est bien François Bayrou. Ni de droite ni de gauche, c'est le danger du zéro et de l'effacement : l'évidement par le centre. Dans une discipline sensiblement différente, The Books connaît une expérience pourtant analogue. Ni groupe de folk, ni projet électronique, Nick Zammuto et Paul de Jong œuvrent sur un terrain compliqué où il est bien ardu de les définir. Il n'est pas vraiment possible de parler de songwriting, malgré la présence récurrente de voix, d'une guitare et d'un cello, pas vraiment évident de parler d'electronica non plus, la faute à une attitude trop rock'n'roll et au trop peu de recherche numérique de leur musique. The Books serait en fait plus à un groupe à situer selon une méthode que des sonorités : le collage, le patchwork. Lieu de collision de mille voix, de mille samples, collection de débris après le casse, The Way Out est un dépotoir pour produits indésirables. Le travail est alors alors d'anoblir cette matière sans valeur, de la poétiser dans un discours folk ou de la réhabiliter dans une forme de "méta big beat" aussi fun que déplacé. Dans cette entreprise, les deux New-yorkais de The Books atteignent ici leur quintessence. Passionnant tour de force théorique, The Way Out est aussi leur album le plus dansant et le plus touchant. Espérons que cela suffise à éviter la tragédie du centre : plaire à tout le monde mais ne rallier personne. Dans cet espace musical insaisissable, il y a en effet toujours le risque de ne trouver aucune branche où s'accrocher durablement. Pour moi ce ne fut pas un problème. 8/10.

Shad | TSOL


Rappelant par instants les intrus extatiques de Kanye West période College Dropout / Late Registration, évoquant aussi régulièrement le flow de Jay-Z et la classe mainstream d'un Common, on se demande d'abord ce que fout Shadrach Kabango dans la catégorie underground. En tout cas, musicalement, il est bien question d'un hip-hop luxuriant, coloré et radio-friendly. Pas de connotation péjorative ici : TSOL est un vrai disque ambitieux mais accessible, du genre de ceux qui peuvent réconcilier le tout-venant avec le rap. C'est en fait quand on essaie de s'intéresser un peu plus au personnage de Shad que l'on comprend mieux son positionnement alternatif. Léger, malin, sensible et peu enclin à la crise d'égo, il n'a effectivement pas les épaules d'une star. Ce serait plutôt le copain attachant, le mec doué mais qui a du mal susciter les étoiles dans nos yeux. On résume-là les qualités et les limites d'un tel positionnement : peu de critiques à fournir à l'endroit de TSOL – seulement quelques productions trop bruyantes et brouillonnes – mais également peu de raisons de nous enthousiasmer outre mesure. Activiste sympathique, parfois touchant, le rappeur canadien confirme dans ce troisième album son talent sans pour autant nous bousculer profondément. Profitons néanmoins de son excellent single, Rose Garden, qui lui pourrait bien nous illuminer quelques jours durant. 5/10.


Autres avis : Le49 et Voir Montreal en français muté, plus fouillé en anglais sur Beatnik, Word Is Bond et les excellents Reviler.

Dessiner l'écoulement du temps


« ... Au lieu d'une vision à l'exclusion des autres, j'eusse voulu dessiner les moments qui bout à bout font la vie, donner à voir la phrase intérieure, la phrase sans mot, corde qui indéfiniment se déroule sinueuse, et, dans l'intime, accompagne tout ce qui présente du dehors comme du dedans.
Je voulais dessiner la conscience d'exister et l'écoulement du temps. Comme on se tâte le pouls. Ou encore, en plus restreint, ce qui apparaît lorsque, le soir venu, repasse (en plus court et en sourdine) le film impressionné qui a subi le jour.
Dessin cinématique.
Je tenais au mien, certes. Mais combien j'aurais eu plaisir à un tracé fait par d'autres que moi, à le parcourir comme une merveilleuse ficelle à nœuds et à secrets, où j'aurais eu leur vie à lire et tenu en mains leur parcours.
Mon film à moi n'était guère plus qu'une ligne ou deux ou trois, faisant par-ci par-là rencontre de quelques autres, faisant buisson ici, enlacement là, plus loin livrant bataille, se roulant en pelote ou – sentiments et monument mêlés naturellement – se dressant, fierté, orgueil, ou château ou tour... qu'on pouvait voir, qu'il me semblait qu'on aurait dû voir, mais qu'à vrai dire personne ne voyait. »


Illustration : extraite de Goodbye South, Goodbye (Hou Hsiao-hsien, 1996)
Texte : extrait de Passages (Henri Michaux, 1950)
Musique : extraite de Shedding The Past (Shed, 2008)

Kuniyuki Takahashi | Walking In The Naked City


Musicien délicieux, pourvu d'un sens aigu du dancefloor, Kuniyuki Takahashi est un maître. Bien qu'il ne possède aucune assise publique et que l'intérêt du journaliste soit à son égard très fluctuant, on ne peut pas le considérer autrement que comme souverain en son domaine. Quel marqueur est en effet plus significatif que la reconnaissance de ses pairs ? Être adoubé par Theo Parrish , François K, Henrik Schwarz ou Larry Heard, dans le microcosme de la house, voilà qui fixe un homme. Et il ne s'agit pas pour eux de remarquer un jeune poulain, de faire sortir de l'ombre un artiste prometteur, Kuniyuki exerce chez eux un pouvoir de fascination comme s'il faisait depuis toujours partie des meubles. Pour son nouvel album, Walking In The Naked City, le producteur nippon poursuit la fresque qu'il a entreprise dans le début des années 2000, la peinture d'une house extrêmement chaleureuse et toujours plus proche de l'esprit cool jazz. La construction de ce disque est à ce titre admirable : débutant par trois titres nu-jazz du plus bel effet, laissant totale expression au pianiste Fumio Itabashi, Kuniyuki n'investit qu'avec mesure le champ de la dance music. Les kicks apparaissent sur le tard, s'accélèrent imperceptiblement et les synthétiseurs prononcent à chaque fois un peu plus l'ambiance deep et smooth des mélodies ; Walking In The Naked City prend son temps, part d'une musique strictement jazz, l'irrigue petit à petit de sa house profonde et finit par échouer sur de sublimes terrains vocaux, le "Deliverance" final qui rappelle le meilleur du meilleur de Sade. Cousin de formule du scandinave Bugge Wesseltoft – en plus club –, Kuniyuki Takahashi démontre ici, une nouvelle fois, que jazz et house peuvent ensemble faire des miracles. Si l'on est parfois à la lisière de l'easy listening et d'une typologie lounge, peu importe, le risque est assumé, et le talent œuvre y compris dans ces mouvements légèrement naïfs. 7/10.


 
Autre avis : World and Sound, quasiment seul au monde.

Giant Bear > Kobayashi > Chestnut

Dans la rencontre des plus gros mangeurs, le Japonais maîtrise son sujet. C'est le succès de la concentration nippone sur la vulgarité de son concurrent. Kabayashi c'est l'empereur de la bouffe, avaler comme un porc est pour lui un exercice de quasi-méditation. Mais rien à voir encore avec le naturel du gros ours, tranquille, à l'aise, flânant entre les saucisses comme on regarde par la fenêtre pendant un examen. La hiérarchie est établie, on est heureux de le savoir.




Pour rendre hommage à cette supériorité animale, mettons une petite vidéo d'un groupe pas forcément insensible à la question ursidée. Il ne s'agira pas de Panda Bear, Grizzly Bear ou autres Minus The Bear, mais de Polar Bear, un groupe de post-rock bien jazzy et ma foi fort attachant. Le morceau est extrait de Peepers, sorti cette année sur l'excellent label Leaf.

Windsor For The Derby | Against Love


Condamnés à rester confidentiels, voilà le destin des Windsor For The Derby. On pourrait pleurer sur ce cap qu'ils ne franchissent pas, mais on préfèrera cette-fois dire qu'ils l'ont bien cherché. Depuis maintenant quinze ans, les Texans soufflent le chaud et le froid, entre mélancolie fleurie et idées noires, mais aussi entre disques géniaux et galettes soporifiques. Après le tube de leur carrière en 2004 – "Melody Of A Fallen Tree", présente sur la BO de Marie-Antoinette – et deux excellents albums en 2005 et 2007 (Giving Up The Ghost et How We Lost), ils nous reviennent aujourd'hui avec un de leurs disques les plus faiblards, Against Love, resucée claudicante de leurs précédents essais réussissant l'exploit de passer quasi-inaperçu dans le catalogue pourtant très exposé de Secretly Canadians (Yeasayer, jj, Damien Jurado). On y trouve tout ce qui fait le charme habituel de Windsor For The Derby, l'écriture et l'orchestration Sarah Records ou Factory, quelques incursions plus cold-wave, pourtant sur Against Love la sauce ne prend pas : les mélodies s'oublient vite, le disque s'égare trop, l'album s'efface à mesure qu'il avance. Il reste là-dedans pas mal de beaux moments, pas loin de se qu'ont pu procurer récemment les XX, mais au regard de leur carrière c'est trop peu pour convaincre. Windsor For The Derby cale net en terme d'inspiration, soit, mais se prend surtout les pieds dans le pathos. "Our Love's A Calamity", "Tropical Depression", "Cursed Ages", "Dull Knives" : les titres parlent d'eux-mêmes. Plus de tragédie légère, Windsor For The Derby va mal, c'est net, et ça ne magnifie pas leur musique ; au contraire elle s'en trouve affaiblie et rabougrie. Mettez-vous au sport les gars, on aimerait vous voir en meilleure mine. 4/10.

Autres avis : Les Inrocks (JD Beauvallet pas déçu pour un sous), Magic apprécie les interludes ambient que je trouves nulles, plus d'accord pour le coup avec les réserves des Passions de Fab.

Downliners Sekt | Hello Lonely, Hold The Nation EP


Dans leurs premiers travaux et notamment l'album The Saltire Wave (à télécharger ici), les Downliners Sekt avaient exploré les conjonctions possibles entre post-rock et musique électronique. L'effort était intéressant, pointu, mais arrivé un peu trop tard, à l'heure où le post-rock avait déjà signé son épitaphe. Dommage car derrière des guitares un peu trop ostensibles du collectif, on décelait un foisonnement d'idées et de références bien plus érudites que pas mal de leurs voisins de promo. Aujourd'hui heureusement, ce sont ces influences de second plan qui donnent le cap. Effacé le sillage Constellation, Downliners Sekt est désormais un projet purement électronique. Pas de l'électronique pour néophyte, non, de l'électronique d'avant-garde, expérimentale mais très au fait de ce qui anime la modernité. Hello Lonely, Hold The Nation est en fait un quatre titres qui se réfère à la culture dubstep mais qui s'en détache constamment par un goût de la déconstruction et de la fresque évolutive. Pas de structure préétablie, donc, des rythmes fluctuants, des morceaux qui changent de direction en cours de route mais dans une proximité continue avec la poésie de Burial et surtout King Midas Sound. À placer aux côtés des excellentes dernières sorties de T++, Hello Lonely, Hold The Nation renouvelle entièrement Downliners Sekt à travers un nouvel exercice de rencontres, cette-fois entre le dubstep de la culture club UK et l'IDM sans concession d'un Autechre. 3/5.



EP disponible gratuitement sur http://www.downliners-sekt.com/
Autres avis : Resident Advisor, Boomkat

Edito


Sur DCDL nous faisons quelques critiques de disques, plutôt rares, et qui sont faites en partenariat avec le webzine Goûte Mes Disques. La formule va évoluer, petit à petit, et nous allons être un peu plus actifs et exhaustifs sur le terrain critique. Cet été sera le laboratoire de ce changement : je vais "tester" ce que j'ai en tête avant de le valider (ou non) dans le DCDL 2.0 qui nous pend au nez. L'idée est de garder des articles fouillés pour les disques clés et de les orner d'articles moins poussés, plus expéditifs, moins rigoureux, mais plus nombreux et plus variés, histoire de se positionner un peu mieux dans le champ de l'actualité et de faire découvrir des sons de manière un peu plus structurée qu'habituellement.

Il y aura dorénavant des notes. Sur 10 pour les LP, sur 5 pour les EP, mixes et compilations. Pas de demi point ou de dixième de point. La notation sera un peu différente de ce qu'on peut voir habituellement : elle paraîtra très sévère. J'ai en fait remarqué que, tous webzines et blogs confondus, les notes tendaient presque toujours vers 7-8 et que l'écrasante majorité des jugements se faisaient dans cette zone-là. Si je me permets  de faire une traduction de ce constat, je dis qu'un disque banal, c'est quand même un bon voire très bon disque. Et c'est ça qui me gène. On a affaire à de la musique, à un art qui se veut du partage et du plaisir, donc que l'on y trouve la plupart du temps au moins un peu notre compte, c'est la moindre des choses : c'est le but premier. Or dans la critique musicale, quand on met un 5/10, les gens pensent qu'on descend un disque – comme si on affirmait par là que ce n'était qu'à moitié de la musique. Pourtant mettre 5/10, ça peut aussi n'avoir été que moyennement intéressé par le disque, ou tout simplement qu'il n'ait plu qu'à moitié. Si je me force à ne mettre que des notes entières, c'est parce que j'ai le sentiment qu'une échelle a 10 possibilités est amplement suffisante et qu'il s'agit simplement d'en utiliser toute l'amplitude. Voilà pourquoi ma notation paraîtra difficile, car le 7 habituel sera ici un 5. Que vous soyez prévenus.

Et tout ça, ben ça devrait commencer dès aujourd'hui.

Synthèse premier semestre 2010


Moi les tops, j'adore. La musique aussi. Alors faire des tops de musique, vous imaginez bien, je me régale. Il m'aura fallu 5 jours pour concocter celui-ci. Et c'est du sérieux, j'ai fait les choses en grand : un top 50 albums du premier semestre 2010. J'ai quasiment réécouté 70 disques pour l'occasion (à partir d'une pré-selection de disques importants répertoriés et classés au fur et à mesure de l'année). Au final, ce top résume assez bien mon année musicale et ce bien sûr de manière tout à fait personnelle – j'anticipe les « pas très objectif tout ça ». Il le résume dans le contenu, évidemment, avec les disques qui me plaisent, mais aussi sur la forme, qui témoigne plus largement du rapport que j'entretiens avec la musique. Beaucoup d'éclectisme d'abord mais aussi beaucoup d'exigence. Ne vous étonnez pas de ne pas retrouver des cadors comme Flying Lotus, The National, Beach House, Caribou, LCD Soundsystem ou Pantha du Prince : je les aime tous mais je ne supporte pas d'être déçu. Au contraire je défends corps et âme des disques malaimés, du moins contestés, d'artistes que j'ai moi-même pu précédemment détester auparavant ; Ariel Pink, Midlake, Extra Life, Reboot ou MGMT sont de ceux-là. J'ai une préférence pour les beaux disques de genre, pour les tentatives inachevées et les décalages en tous genres par rapport aux grosses machines bien huilées. J'espère que cela se sent dans ce classement. Et bien entendu, ceci n'est qu'un début, car à la fin de l'année vous aurez un top beaucoup plus imposant, à rebours, des 100 disques de l'année commentés par mes soins. Bonne chance.

1 Ariel Pink's Haunted Graffiti : Before Today (collage pop / encyclopédie grotesque)
2 Janelle Monáe : The ArchAndroid (space r'n'b)
3 Extra Life : Made Flesh (no-wave médiéval)
4 Mark E : Works 2005-2009 (disco edits / slow house)
5 Roc Marciano : Marcberg (true hip-hop)
6 Owen Pallett : Heartland (pop symphonique)
7 Nest : Retold (néo-classique / ambient)
8 Gil Scott Heron : I'm New Here (spoken world / musique urbaine)
9 Arnaud Fleurent-Didier : La reproduction (chanson française)
10 Scuba : Triangulation (dubstep /deepstep)
11 Midlake : The Courage of Others (folk morose et forestier)
12 Yellow Swans : Going Places (drone / noise)
13 Dondolo : Une vie de plaisir dans un monde nouveau (twee-pop / post-punk)
14 Chicago Underground Duo : Boca Negra (future jazz / free-jazz)
15 Wareika : Formation (minimal house / deep house)
16 Onra : Long Distance (abstract funk / hip-hop)
17 Julian Lynch : Mare (pop lo-fi / eclectic folk)
18 Emeralds : Does It Look Like I'm Here (ambient / kosmiche musik)
19 The Depreciation Guild : Spirit Youth (shoegaze opalescent)
20 Mike Patton : Mondo Cane (variété italienne)
21 Gonjasufi : A Sufi And A Killer (bordel garage hip-hop chamanique)
22 Joanna Newsom : Have One On Me (folk cristallin)
23 Damu The Fudgemunk : How It Should Sound Volume 1 & 2 (hip-hop 90's / beatmaking)
24 The Roots : How I Got Over (soulful hip-hop)
25 Reboot : Shunyata (minimal house)
26 Triptykon : Eparistera Daimones (doom-death / rouleau-compresseur)
27 Avi Buffalo : Avi Buffalo (folk-rock / arc-en-ciel)
28 Roll The Dice : Roll The Dice (ambient / John Carpenter's revival)
29 Guido : Anidea (italo dubstep / dubstep r'n'bisant)
30 Broken Bells : Broken Bells (indie-pop)
31 DeepChord presents Echospace : Liumin (dub-techno / balade à Tokyo)
32 Daughters : Daughters (hardcore / noise)
33 Applescal : A Mishmash Of Changing Moods (kosmiche techno)
34 Motorpsycho : Heavy Metal Fruit (stoner / rock progressif)
35 Toro Y Moi : Causer Of This (chillwave / chillstep)
36 The Black Dog : Music For Real Airports (ambient)
37 Wild Nothing : Gemini (twee-pop)
38 Natural Snow Buildings : The Centauri Agent (landscapes / neo-folk)
39 Four Tet : There Is Love In You (IDM tendre et moderne)
40 The Alps : Le Voyage (slow prog / rêverie floydienne)
41 Peter Van Hoesen : Entropic City (techno)
42 Ketil Bjørnstad : Remambrance (jazz / néo-classique)
43 Shining : Blackjazz (jazz-metal guerrier)
44 Another Electronic Musician : States Of Space (IDM / dub-techno)
45 Gayngs : Relayted (soft-rock / expérimentations kitsch)
46 Nadja : Autopergamene (ambient-doom)
47 The Sight Below : It All Falls Apart (ambient-techno slowdivien)
48 The Wounded Kings : The Shadow Over Atlantis (heavy/doom psychédélique)
49 MGMT : Congratulations (pop psychédélique déceptive)
50 Burzum : Belus (black metal / réinsertion post-carcérale)

Trentemøller | Into The Great Wide Yonder


La carrière de Trentemøller ressemble de plus en plus à une fuite. Il ne faut pas oublier par où il a débuté, cela n'a rien d'une anecdote: la deep-house pour établissements lounge et les immondes tubes big room ("Rykketid", "Physical Fraction", "Polar Shift"). Trentemøller a eu beaucoup de succès à cette époque-là, la première moitié des années 2000, et The Last Resort ne s'est pas posé comme une fleur : Steve Bug avait bien senti chez lui un artiste sensible et mal à l'aise dans son costume. Mal à l'aise, car cela sautait aux yeux que le Danois n'avait rien d'une star de clubs généralistes, et qu'il était un noctambule plus mélancolique qu'hyper-enthousiaste. The Last Resort, sorti en 2006, a été le dévoilement soudain de cette vraie nature. Album majeur des années 2000 par sa richesse, son hypnotisme et son accessibilité, celui-ci a convaincu tout son monde : jamais le dub-techno n'avait été aussi populaire, jamais des préoccupations minimales n'avaient sonné aussi faciles à digérer. La raison à cela : un amour total de la transmission par la mélodie et une culture plurielle qui étoffait sans polluer. The Last Resort, titre annonciateur, devait être la dernière étape d'un mouvement d'ouverture, cela devait être la révélation d'une identité enfin exprimée. Seulement Trentemøller ne s'en est pas arrêté là, et quatre ans plus tard il est encore en train de se chercher.

Depuis 2006, Trentemøller ne cesse en effet d'affirmer en interview, dans ses mixes et maintenant dans son nouvel album qu'il aime autre chose que la musique électronique, que son vrai terrain serait plutôt du côté de la pop ou du rock. Homme de goût, il a su appâter par des références aguicheuses : Mazzy Star, Portishead, Suicide ou Radiohead. Mais au final, en écoutant Into The Great Wide Yonder, et malgré des qualités de production incroyables, nous sommes obligés de rester perplexes. Qu'est-ce qu'il nous dit en effet que Trentemøller est plus à sa place dans ce nouveau registre que dans ses vieux hits electro-house ? Pour être très honnêtes, on ne voit pas très bien où il veut en venir aujourd'hui : il mélange tout, n'importe quoi et surtout n'importe comment. Au lieu de se nourrir les unes les autres, ses influences ne cessent de s'annuler. Rythmes technoïdes brisés par des cassures pop, saturations post-rock invalidées par des explorations IDM, guitares western improbables, chant trip-hop ayant dix ans de retard, Into The Great Wide Yonder est un disque bazardeux où aucun cap n'est tenu et aucune ligne affirmée. Moins onirique qu'un vrai disque dream pop, moins, aussi, qu'un pur disque électronique, sans le courage d'être radicalement expérimental, cet album ennuie et agace, agace parce que c'est trop de talent gâché, agace également qu'il y a de la naïveté et de la suffisance à croire qu'on peut faire un bel album comme une soupe de restes. Summum du raté, "Silver Surfer Ghost Rider Go", pathétique évocation de Pulp Fiction qu'on préfère vite oublier pour ne pas en rire.
Il est en fait difficile pour nous de conclure sur Into The Great Wide Yonder sans être trop désobligeant. Traversé par de très beaux moments et fait de sonorités passionnantes, il reste en revanche une déception maximale où Trentemøller fait surtout l'effet d'un petit malin juvénile, paumé et prétentieux. C'est franchement triste.

Critique également disponible sur Goûte Mes Disques

DCDL XXXII, sous une chaleur accablante

Nous avons quelque peu délaissé Des Chibres & Des Lettres ces jours-ci. C'est que la chaleur estivale nous accable, veuillez nous en excuser.
Nous avions décidé de suspendre la publication hebdomadaire des mixs estampillés DCDL durant l'été. Il est toutefois des plaisirs que l'on se saurait raisonnablement se refuser. Cette nouvelle mixtape de l'ami Gohan en fait partie. Voici donc le DCDL XXXII - Kilima Njaro, petite merveille d'érudition à l'orientalisme délicieux.

DCDL XXXII - Kilima Njaro | Gohan (©Marz)
© Marz




DCDL XXXII - Kilima Njaro | Gohan

1. Sun Ra - New Day  
2. Luca Bacchetti - Rolling Brooklyn (Lee Von Dowski's Mix)  
3. Charles Amirkhanian - Mushrooms (for John Cage) (fragments)  
4. Edgard Varèse - Density 21.5 (performed by Pierre-Yves Artaud) (fragments)  
5. Gavin Herlihy - Underneath The Wind Machine  
6. Bird Show - Mbira, Harp And Voice  
7. Blagger - Strange Behaviour (Dj Koze aka Swahimi Remix)  
8. Robert Wyatt - Anachronist (fragments)  
9. Robag Wruhme - 48° 52' N, 2° 21' O  
10. The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble - Adaptation Of The Koto Song 
11. Nicolas Jaar - Love Teacher  
12. Tinariwen - Matadjem Yinmixan (Goohaan Edit)  
13. Kadebostan - Les Indes Galantes  
14. Italoboyz - Downtown  
15. Robert Wyatt - Pastafari  
16. Santé - Dambalaa  
17. Intrusion - Angel Version (feat. Paul St-Hilaire)  
18. Oudaden - Track 02 (from "Bostane Music" album)  
19. H. P. Lovecraft - Electrallentado

Gohan sur MySpace

Beat Me Up


J'ai maintenant quasiment tout vu d'X-Files, alors je peux me permettre de le dire comme ça : First Person Shooter est l'épisode le plus dingue de la série – saison 7, épisode 13. Sérieusement, le pitch de départ est juste cinglé : une société de jeu vidéo propose à ses clients une expérience unique de réalité virtuelle où les joueurs, à l'aide de capteurs et d'armes électroniques, tuent du méchant comme si cela était réel. Problèmes, les graphismes sont à chier (ce qui rend l'épisode drôle), et surtout il y a un ennemi, dans le jeu, qui tue les clients pour de vrai. On assiste ainsi à la partie d'un hardcore gamer, Darryl Musashi, qui se fait simplement décapiter par une sorte de Xéna virtuelle sortie d'on ne sait où. Plus tard, on apprendra que ce personnage est en fait un fantasme de geek modélisé pour un autre jeu et qui de manière incompréhensible saute de programmes en programmes – comme si tout à coup une partie de Fifa était pollué par l'apparition de Sonic. Le plus fun, c'est évidemment quand Mulder s'en mêle et qu'il se retrouve bloqué dans le jeu. Impression écran à l'appui, on bascule vraiment dans le surréaliste.

Côté musique, voici la dernière sortie de l'indispensable label Permanent Vacation avec les Midnight Magic, un tout nouveau groupe disco qui va bien faire remuer nos popotins. Beat Me Up, leur premier single, a déjà tout d'un classique. Summer Groove.

   Beam Me Up by hujo

The Truest Faith

Je suis content et voilà comment ça peut se traduire.


ONE MINUTE FOR THE SUN, le cadeau ensoleillé

1er juillet, canicule en France : 27 artistes célèbrent le soleil sur la compilation ONE MINUTE FOR THE SUN - une production SEM label / IOD 010. On retrouve Alexandre Navarro, dont nous vous avions déjà parlé ici, entouré de toute une clique de bidouilleurs des quatre coins du monde - tendance douce. C'est très beau, dans un style tout différent du Belus de Burzum.



Ps: c'est en téléchargement libre, ici!