Ariel Pink's Haunted Graffiti | Before Today


Paradoxe quasi ultime de la modernité, c'est par le processus viral d'Internet que la nostalgie s'est propagée, la nostalgie d'une époque où l'on enregistrait sur cassettes, sans moyen, dans un espèce de cri de vérité "DIY" de la pop culture. Si le mouvement lo-fi dans son acception la plus large traverse l'histoire du rock de part en part – depuis l'explosion garage des 60's jusqu'à l'émergence de l'indie-rock ou même du black metal –, il a ces dernières années pris une tournure radicalement différente, perdant tout aspect politique pour devenir uniquement esthétique. Le son lo-fi est en effet devenu autre chose qu'une fierté indépendante, qu'une urgence militante, c'est aujourd'hui un objet onirique et le seul moyen de rejoindre un paradis artificiel qui aurait existé entre 1980 et 1995. 

De cette espèce de connexion entre deux époques, de ce bond d'avant-hier à aujourd'hui, Ariel Pink  est en quelque sorte le gourou. Enregistrant d'abord des centaines de titres sur bandes magnétiques, puis sur des vinyles et cds remplis à ras bord, Ariel Pink s'est construit un mythe californien, un personnage lynchéen insaisissable, extravagant, et dont le spectacle est vite apparu comme mondial. Complètement excessif dans son entreprise, dont les disques tiennent autant du foutage de gueule que de la comédie romantique sous LSD, Pink a toujours au moins fait passer un message important : son œuvre n'est pas une copie, un décalque de l'émotion 80's avec clip en super 8. Son objet c'est du Tarantino musical, du collage pop. Le message est important car en même temps qu'il en est le gourou, Ariel Pink est quasiment le seul « lo-fiser » à viser autre chose que la beauté inconséquente d'une répétition. 

En signant pour la première fois sur un label de renom, 4AD, pour sa première sortie depuis deux ans – une éternité –, Ariel Pink avait l'occasion de montrer la voie autrement que par l'absurde. C'est chose faite. Before Today, album le plus accessible de Pink, est aussi le plus dense, le plus programmatique et le plus beau. Dans les multiples interviews entourant cette sortie, le mythe a été brisé, Ariel Pink a pris à contre-pied tout son monde : enregistrer en 8-pistes était un choix par défaut, paraître désordonné et déconstruit était une erreur. Lui voulait un groupe de gens sérieux, professionnels, son Haunted Graffiti. Pas de blague, pas de freestyle, mais du travail et un chef d'œuvre à élaborer. Before Today est ainsi un disque incroyablement abouti, débordant d'imagination et à la finition parfaite. Nous sommes passés à un autre stade que le surréalisme, ce n'est plus simplement comme chez Lautréamont "la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie", c'est désormais une métabolisation de ces éléments qu'Ariel Pink opère. 

Dans les douze morceaux de Before Today, on retrouve les fantômes de Robert Wyatt ("Hot Roby Rub"), Billy Joel ("Can't Hear My Eyes") ou Joy Division ("Revolution's a Lie"), non pas comme dans une visite au musée mais comme si l'on était face à une nouvelle forme, un monstre à mille têtes fait de bouts de pop mainstream, de rock progressif, de funk, de hard fm et de post-punk. Des années lumières devant la concurrence, Ariel Pink peaufine son écriture comme un musicien savant, articule et recompose sa matière comme un sculpteur de génie, avec cette apparat en plus, la fantaisie d'un mec qui n'a peur de rien et qui fait rire même dans sa mélancolie. Before Today, en gardant cette sublime légèreté, cette insouciance de chaque instant, est le plus grand disque théorique de l'année, loin, donc, de l'insupportable pose lo-fi de ses contemporains.

Ariel Pink's Haunted Graffiti - "Bright Lit Blue Skies" from gorillavsbear.net on Vimeo.

Également disponible sur Goûte Mes Disques

With Sloping Mast and Dipping Prow


Fête de la musique plutôt minimaliste sur DCDL, puisqu'un seul morceau honorera l'occasion. Le choix a été compliqué, il s'est porté sur un titre japonais, collaboration de deux artistes que j'aime énormément, Ametsub et Jimanica. Le premier est un électronicien orfèvre, un grand rêveur, tandis que le second est un batteur plus athlétique et plus enclin à la décharge expérimentale. Ensemble ils ont sorti Surge, un remarquable disque technique mais accessible, glitché mais étonnamment fluide. Mirage en est un bon exemple avec son beau tapis mélodique et les caresses rythmiques de Jimanica. À noter l'illustration empruntée au trop méconnu Albert Pinkham Ryder.

HBO Story


Pas de compte-rendu du match contre le Mexique. À quoi bon parler joueurs et tactique quand il ne s'agit finalement que d'un jeu de pouvoir ? Dès vendredi nous avions les signes de cette explosion à venir. Quel désespoir : Domenech qui ne fait pas ses trois changements, les français qui ne contestent pas le premier but – alors qu'il y a hors-jeu, quand est-ce que merde TF1 va apprendre que ce ne sont pas les pieds qui comptent, je ne sais pas d'où ils sortent cette règle –, et ensuite tout le monde qui, unanimement, à la fin du match, parle juste d'honneur à sauver alors que pareil, battre l'Afrique du Sud 3-0, c'est pas comme si on l'avait jamais fait.
Là, aujourd'hui, cette histoire de lose commence à prendre une dimension scénaristique tout à fait intéressante. Entre les doigts de Gallas, la terreur Ribéry, les insultes d'Anelka et la tentative de putsch de Zidane, on est passé du côté de la série HBO. Niveau foot, ça vaut plus un flouze, par contre la galerie de personnages est là et leurs interactions sont fascinantes. Quitte à nous couvrir de ridicule, allez les bleus, mettez le paquet, gavez-nous de saloperies – le coup de boule à Materazzi décliné à l'infini.

Pour accompagner ce billet d'humeur, un premier morceau de house. Vous savez maintenant comme ce genre me tient à cœur. Je ne cesserai jamais de le défendre. Et avec Fudge Fingas et tous les amis de Prime Numbers, j'ai de bonnes preuves entre les mains. It's About Time est un titre parfait : tempo lent, groove imparable, voix soul idéale, basse tardive complètement hypnotique. De la came comme ça j'en mangerais tous les jours.


Pour le second morceau, j'ai choisi de faire honneur à un groupe absolument culte du soleil levant. Ce sont les Rallizes Dénudés. Oui vous avez bien lu : LES RALLIZES DÉNUDÉS. Un groupe noise-psychédélique ayant enregistré beaucoup de choses live entre la fin des années 60 et la fin des 70's, mais qui ne se virent commercialisées que dans les années 90. Dansyo 2 est un très court morceau extrait de Mizutani, leur disque le plus acoustique. On est loin de leurs longues dérives bruitistes et pour commencer c'est pas plus mal.

   Dansyo 2 by hujo

I Love You But I've Chosen Disco


Le nombre de disques que j'ai écouté grâce à leur pochette, c'est incalculable. Maintenant je me mets écouter et aimer des morceaux uniquement sur la base de leur seul titre. Je sais pas jusqu'où ça va aller, mais sérieusement, je ne peux pas ne pas adorer un morceau dancefloor qui s'appelle "I Love You But I've Chosen Disco". Ce morceau est en lui-même pas indispensable, mais l'été c'est fait pour la house que je sache, même celle une peu quelconque, non ?

Slg ft Smoolny - i love you but ive chosen disco (original mix) by hujo

Si vous êtes d'humeur plus dark, j'ai aussi ce qu'il vous faut. Ah c'est un autre genre, Demdike Stare, du drone-ambient avec un zest de dub-techno. Mais le titre est aussi bien programmatique : "Forest Of Evil". Faites-sortir les mioches.

Forest Of Evil (Dusk) by hujo

Pour aller plus loin : Slg, Demdike Stare, Équipe de France de football

Des latinos et des bleus


Ils auraient pu garder ça pour eux et faire comme à leur habitude : refaire le monde du ballon rond entre plusieurs rasades de vin rouge, devant un écran scintillant de joueurs modélisés, devant des schémas de jeu inventifs et travaillés : devant FIFA 10 ; mais cette-fois, à l'occasion de la première envolée mondiale pour le continent africain, ils ont décidé de vous faire partager leurs discussions. Pour le meilleur et pour le pire.


J.L.L.  : Troisième fois consécutive que l'on attaque une grande compétition par un 0-0. Je ne sais pas si c'est que l'on attendait plus rien de l'Équipe de France, mais celui-là, match nul, il ne scandalise personne (à part peut-être moi), et il aurait même tendance à rassurer sur certains points.

Première raison à cela, notre structure défensive qui commence à prendre forme. Gallas est toujours un peu juste dans les duels mais a bien dirigé la défense (très bon alignement) et Abidal, lui, a été impeccable et n'a jamais paru aussi pertinent dans son placement. Les latéraux, du sérieux, belle application défensive pour Sagna, belle envie offensive pour Évra. Avec aussi Toulalan qui sur ce match m'a fait mentir avec une omniprésence salutaire aux quatre coins du terrain. Ce n'est pas encore la défense de 2006, mais il y a du mieux.


A.C.  : Je suis d'accord avec toi en ce qui concerne la défense, et surtout Abidal, que j'ai trouvé très rassurant. Gallas a globalement assuré le minimum, bien que pris de vitesse sur l'une des seules frappes cadrées de Forlan. J'ai aussi été étonné par la qualité de centre de Sagna, très appliqué. Il ne lui manque plus qu'un peu de solidité défensive et il sera, je pense, incontestable. Evra, comme d'habitude, me paraît inconstant, et sans quelques retours salutaires de Toulalan on se serait peut-être un peu plus aperçu de ses errements.

Sinon, contrairement à ce que tu pensais, Domenech a bien modifié son 11 type et son système. Tu penses quoi de ce remaniement ?


J.L.L.  : Les relations entre Malouda et Domenech sont insondables. Rappelle-toi jusqu'à 2008, Raymond maintenait Malouda coûte que coûte, même si la France entière réclamait son remplacement comme c'est le cas aujourd'hui pour Govou. Depuis ils ont eu des querelles incessantes, n'empêche que Malouda, malgré tout, reste à mon avis un des fantassins préférés de Domenech. Paradoxalement, le mettre sur le banc n'est pour moi pas un désaveu. L'intronisation de Diaby dans le 11 semblait évidente et si Malouda a été écarté, c'est à mon avis pour mieux revenir – en lieu et place de Gourcuff ou sur une aile.

Étrangement, même si c'est ce dont tout le monde parle le plus, je ne pense pas qu'il y ait un problème Malouda. Un problème Ribéry oui, un problème Gourcuff oui, un problème Anelka oui, mais pas de problème Malouda.


A.C.  : Je suis plutôt d'accord avec toi à ce sujet. Seulement, je pense que la mentalité de Malouda est exemplaire, et que si d'autres titulaires subissaient le même traitement ça pourrait occasionner bien plus de vagues et de dissensions internes. Qu'il n'y ait donc pas de problème Malouda je te l'accorde, mais le mérite revient avant tout au joueur, qui à mes yeux a été l'un des meilleurs sur le terrain lors des trois matchs de préparation. Cela dit, je pense comme toi qu'on le reverra titulaire et qu'il peut faire une grande coupe du monde.

Pour ce qui est de son remplacement j'ai trouvé Diaby énorme en première période, puis un peu plus effacé en seconde, comme tout le milieu de terrain. Il est surtout salutaire dans le sens où il colmate les brèches générées par les déplacements de Toulalan, dont on parlait dans le dernier échange. Et lorsque ce dernier était associé à Lassana Diarra, le manque de percussion de nos milieux défensifs était souvent ciblé, comme si l'absence de Vieira n'avait jamais été digérée. J'ai trouvé, sur ce match, que Diaby apportait un véritable plus à ce niveau-là et qu'il pouvait potentiellement changer le visage de l'équipe.


J.L.L.  : Jusque là nous sommes assez tendres avec cette équipe, mais c'est pour mieux les manger, mon enfant. On a passé en revu tout l'appareil défensif, c'est intéressant, c'est même sans doute une des défenses les plus solides qu'on ait vu jusqu'à aujourd'hui – plus que l'Argentine ou l'Angleterre, et l'Allemagne on ne peut pas encore en juger.

Par contre offensivement c'est la misère la plus totale et je ne sais par où commencer. Inutile de s'appesantir sur Govou dont la faillite est juste technique et physique. Des milliers d'équipes ont su bien jouer avec un joueur en dedans donc ce n'est pas le problème – surtout que Govou est le seul à montrer un peu de conviction dans ses appels. Non, cette Équipe de France a deux cancers en la personne de Ribéry et Anelka. Le premier s'est mis un costume de sauveur bien trop grand pour lui, qui serait limite même trop ample pour Messi, à savoir que Ribéry veut être l'alpha et l'oméga de cette Équipe de France alors qu'il n'a ni le potentiel technique, ni le leadership pour faire ça. En résulte un jeu offensif stéréotype que Ribéry aspire vers lui et qu'il ne recrache qu'en ballons perdus. Pour Anelka le problème est autre et sans même rentrer dans le débat sur le personnage, on peut prendre une statistique simple : aucune occasion de but depuis quatre matchs et aucun appel en profondeur. C'est simple et incontestable : dehors Anelka.

Troisième problématique qui se surajoute aux deux précédentes : l'état d'esprit de ces joueurs offensifs qui s'accaparent un royaume, font ce qu'ils veulent à l'intérieur et se permettent de mépriser dans le jeu un type comme Gourcuff. Et là ce que j'ai vu vendredi est proprement scandaleux : refuser de faire une passe à Gourcuff parce que c'est lui est inacceptable. Certes il n'est pas au mieux de sa forme, mais je prends le parti d'affirmer que son niveau moyen est avant tout du au fait qu'on ne veuille pas qu'il se fasse une place. Il est marginalisé sur le terrain et cette attitude est honteuse. Le mépris s'étend à d'autres joueurs, comme souvenez-vous Anelka hors-jeu qui stoppe une ouverture lumineuse de Diaby pour Govou. Placé comme il l'était, Anelka était obligé de voir Govou, ce qui ne l'a pas empêché de prendre le ballon au passage parce qu'il ne fait pas confiance à Govou ou que seul sa pomme compte.

Je suis outré par ces comportements, car si l'on a pas dans nos 23 Benzema, Nasri ou Ben Arfa, c'est pour des raisons de cohésion de groupe. Or cette cohésion n'a jamais été aussi absente qu'aujourd'hui. Quitte à avoir des joueurs qui se détestent, on aurait pu avoir les meilleurs.


A.C.  : Encore une fois, je suis en très grande partie d'accord avec toi. Un bémol cependant, en ce qui concerne Anelka : bien que son attitude m'exaspère totalement (je ne vais pas revenir sur son intervention contre le sens du jeu, qui nous empêche de voir ce qu'aurait pu donner la seule bonne occasion du match), je pense qu'il est utilisé à très mauvais escient. A Chelsea, ses meilleurs matchs étaient en soutien d'un pur 9 de type Drogba (ou Gignac), Anelka est bien trop faible en point de fixation pour être esseulé de cette manière. Du coup il décroche énormément, parce que son jeu est avant tout basé sur la mobilité et les accélérations, et non sur la finition ou un physique usant pour une défense.

Je ne dis pas qu'il est exempt de tout reproche, au contraire l'intelligence d'un joueur se juge aussi sur sa capacité à s'intégrer dans un collectif et à suivre des consignes, mais je trouve que certains jouent parfois à contre-emploi. Un exemple parmi d'autres, c'est Gignac, qui est rentré à droite alors que lui à l'inverse est un pur 9, capable de conserver le ballon pour faire remonter le bloc, et de porter le coup de grâce à une défense déjà fatiguée. Et je n'aurais jamais cru prôner cela, mais dans un match fermé comme celui contre l'Uruguay, j'aurais aimé voir Valbuena rentrer à la place de Govou. A quoi bon sélectionner un véritable ailier si c'est pour préférer un attaquant de pointe à son poste, et du même coup titulariser un 9 qui ne peut pas jouer seul dans la surface de vérité ? Comme je le disais précédemment, j'espère simplement que Domenech ne va pas s'entêter.

Et c'est certes un détail, mais ça m'importe : si Ben Arfa n'est pas dans le groupe c'est avant tout du fait de critères sportifs, et non relationnels.


J.L.L.  : Je vois pas mal de changements s'amorcer pour les deux prochains matchs, Ribéry déplacé, Gourcuff ou Govou sortis. Mais Anelka va à mon avis rester en place. C'est dommage, car je rêve de voir jouer Cissé et sa légendaire finesse face aux axiaux mexicains. Alors eux pour se représenter leur vitesse de pointe, il faut s'imaginer un Jean-Alain Boumsong sprintant avec Valbuena sur une épaule et Giuly sur l'autre. Mais malgré ça, nous sommes capables de ne pas marquer autrement que sur penalty, alors ne vendons pas les tacos avant de les avoir tués.


A.C.  : Je suis confiant, on va les manger. Et dans tous les cas on aura droit à l'un des matchs historiques de cette Coupe du Monde, le "coup du crapaud" de Cuauhtémoc Blanco croisant pour la première fois la route du crâne-poulpe de Bacary Sagna. S'il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est que jeudi soir il y aura de l'ambiance à Polokwane !


J Pop & Kosmiche Musik, rencontre au sommet

EXIT TUNES PRESENTS Vocalogenesis feat. Hatsune Miku, la dinguerie J Pop dans toute sa splendeur. Un album avec des voix 100% synthétiques, numéro 1 des ventes au Japon, devant Justin Bieber et Lady Gaga.



Sinon, côté musique, un groupe découvert à Villette Sonique, Blues Control. Pas grand chose de bluesy dans ce Paul's Winter Solstice (extrait de Snow Day)- non plus que dans la plupart de leurs tracks. Je pense à Zelda en l'écoutant. Je conseille leur dernier album, Local Flavor -joué tout entier lors de leur concert à Villette Sonique, sur fond de géode, verdure et ciel hollandais.

Paul's Winter Solstice


J'ai eu le plaisir de découvrir ce week end un nouveau disque de Tolkien Music, grâce à notre copain Sébastien Justum - qui écrit de temps à autre sur Peur Bleue: Le Souffle Noir, de Didier Paquette. Du bien synthétique, du bien 1980, du bien fait à la maison. Je goûte particulièrement le final de ce Dernier chant des Elfes.

Et puis, une dernière découverte, Le Vaisseau Blanc de Fondation. De la belle Kosmiche Musik comme on l'aime sur DCDL. Pour bien faire, il faut écouter l'album dans son intégralité. Je choisis ce morceau, Spirale, comme j'aurais pu en choisir un autre. Bonne écoute.

Spirale

Deniers commentaires avant l'Uruguay


Ils auraient pu garder ça pour eux et faire comme à leur habitude : refaire le monde du ballon rond entre plusieurs rasades de vin rouge, devant un écran scintillant de joueurs modélisés, devant des schémas de jeu inventifs et travaillés : devant FIFA 10 ; mais cette-fois, à l'occasion de la première envolée mondiale pour le continent africain, ils ont décidé de vous faire partager leurs discussions. Pour le meilleur et pour le pire.

J.L.L. : Voilà nous y sommes, aux portes de Cape Town, à attendre fébrilement l'Uruguay et leur duo offensif à presque 80 pions cette saison. Préparation bizarre, pas catastrophique – ce n'est pas l'Italie – mais évidemment pas rassurante. Par rapport à notre première discussion, il y a eu un évènement, et pas des moindres : les diarrhées de Diarra. Raymond a profité de cette opportunité pour passer au 4-3-3 réclamé par tous. T'en penses quoi, en définitive ?


A.C. : C'est sûr que le forfait de Diarra rend nos prospections et nos compos complètement caduques. Et de toute manière, il faut bien admettre qu'on s'est assez largement plantés : Govou titulaire, Henry sur le banc au profit d'Anelka, Ribéry à gauche et, surtout, comme tu le soulignes, l'abandon du 4-2-3-1 pour une sorte de 4-3-3 (changement dicté par le forfait de Diarra certes, mais qui aurait très bien pu être comblé par le rappel d'un milieu défensif).

Personnellement je ne suis absolument pas convaincu du fait que ce soit ce 11 type qui entame le tournoi vendredi, mais à la vue des trois matchs, je suis plutôt globalement enthousiaste. Certes la suppression d'un 6 expose encore davantage une charnière qui fait très peur (voir le premier quart d'heure contre la Tunisie, catastrophique à ce niveau-là), mais depuis quand n'avions-nous pas vu une relation aussi prometteuse au milieu ? Depuis des années (il suffit de remonter à 2006, en fait) les spectateurs réclament du mouvement, du jeu un peu moins stéréotypé, de la vitesse, des combinaisons ; moi, je dois dire que Gourcuff-Malouda-Ribéry, j'aime énormément, même si ça penche à gauche et que Govou fait davantage office de milieu défensif excentré que d'ailier.

Cela dit, j'occulte ici un certain nombre de lacunes et j'en suis bien conscient.

J.L.L. : Je suis persuadé que l'on commencera avec ce 11 type vendredi. S'il y a remaniement – Ribéry de retour à droite –, cela interviendra comme un électrochoc au sein de la compétition. Pas sûr que le faire avant le début du tournoi ait psychologiquement beaucoup d'effet.

Du reste, je vais un peu à l'inverse de l'ensemble des spécialistes, très excités après le Costa-Rica et très alarmiste après la Chine. Le score ici me semble ici faire une autorité un peu irrationnelle. Outre le côté droit, nous avons deux grosses incertitudes : la solidité de l'axe défensif et le poids offensif d'Anelka. Or ces deux chantiers ont semblés en construction contre la Chine, Gallas prouvant toute son envie, Abidal étant moins à la rue dans son placement et Anelka se montrant un peu plus disponible. Rien de fou, hein, mais mais inquiétant que dans les autres matchs.

Il y a un autre point qui pour moi peut faire problème. Et je vais être polémique, comme je l'ai beaucoup été auparavant avec Mandanda dans sa meilleure période – je lui reprochais de ne pas parler et de ne pas savoir diriger une défense. Ce que je vais pointer du doigt et qui peut être criant en Afrique du Sud, c'est l'éparpillement de Toulalan. Dans un système à deux défensifs, j'aimais son envie d'être partout, de compenser les lacunes de tous ses copains, défensives comme offensives. Mais avec ce nouveau système, le défensif n'a plus du tout le même rôle. Sa tâche est moins être celle d'un milieu omnipotent que d'un strict rempart fixe devant la défense. Or le Toulalan de cette préparation part à l'abordage, fait du pressing, impressionne par son envie mais questionne quant à son placement. Ce que je crains, c'est que nous adversaires jouent entre les lignes, entre nos quatre de derrière et nos milieux. Le Mexique surtout. Et pour contrer cela, il faut un 6 intraitable dans sa zone et qui ne s'éparpille pas. Je ne suis pour tout dire pas loin de penser qu'un Alou Diarra ferait mieux le boulot. C'est ici précisément la différence que l'on a vu à l'OM cette année, entre Édouard Cissé en 6 et un MBia très bon mais trop cavalier pour le poste.


A.C. : Je suis moins catégorique que toi en ce qui concerne le 11 type. Comme tu l'as souligné un peu plus tôt, Domenech malgré son apparat de sélectionneur opaque et peu conciliant, cède finalement fréquemment à la pression populaire et, surtout, n'hésite jamais à changer de système ou de joueur pour le premier match d'une compétition, même si ces derniers n'ont jamais été testés (se souvenir de 2006, on était passés d'un 4-3-1-2 à un 4-2-3-1 du fait de la blessure de Cissé). De toute manière je t'admets, et tu le sais, que je ne suis pas très intéressé par les systèmes en eux-mêmes, que je trouve peu significatifs, mais bien davantage par les attitudes des joueurs, leur discipline et la disponibilité qu'ils offrent.

En ce sens, je te suis totalement en ce qui concerne Toulalan. Contre la Tunisie et la Chine, on l'a vu successivement troisième défenseur central, appui de Gourcuff et même, parfois, pur meneur de jeu. Une telle mobilité, dans l'absolu, pourquoi pas, mais comme tu l'évoques c'est beaucoup plus risqué lorsqu'il n'y a pas de second milieu défensif (le bouledogue Lass était parfait dans ce rôle) et de surcroît une charnière à peine plus rapide que Sol Campbell (tu me dis qu'il y a eu du mieux contre la Chine, j'ai envie de te dire que c'est la moindre des choses et que je ne suis pas rassuré pour autant).

En définitive je suis plutôt optimiste certes, mais je me repose en grande partie sur les enseignements que les joueurs tireront de ces trois matchs de préparation (surtout pour Toulalan, qui a bien plus de qualités intrinsèques qu'A.Diarra, mais qui doit apprendre à se fixer), et sur la capacité d'adaptation de Domenech. C'est-à-dire que conserver ce 11 type déséquilibré, pourquoi pas, je crois toujours au réveil des grands joueurs à l'heure des grandes compétitions (Anelka et surtout Govou, tellement imprévisible), mais certainement pas jusqu'à l'entêtement.


J.L.L. : Pas jusqu'à l'entêtement, c'est ça.

Plus généralement, comment tu vois la France dans ce groupe A ? Et quelles premières tendances tu dégages de cette avant Coupe du Monde ?


A.C. : Lors du tirage des groupes j'étais déçu mais aussi un peu inquiet, du fait qu'on hérite de la poule supposée la plus facile. Le rôle d'épouvantail n'a jamais convenu aux Bleus, au moins dans leur histoire récente, et du coup j'imaginais déjà, de très loin, un remake des trois premiers matchs de 2006 avec, à la clé, une issue pas nécessairement heureuse lors du coup de sifflet final contre l'Afrique du Sud. Les équipes dites faibles regroupées à 10 dans leurs trente derniers mètres et qui jouent en contre, ça ne nous a jamais vraiment réussi, et j'aurais donc espéré au moins une équipe plus favorite que la notre dès les poules, histoire de se libérer d'un certain statut et de se débarrasser d'une pression inutile.
Mais depuis le scandale contre l'Irlande, qui répand l'idée selon laquelle on ne mérite pas notre place, et ces trois matchs de préparation, je suis paradoxalement un peu plus serein. On se retrouve maintenant dans une sorte de position intermédiaire, d'équipe qui a vécu mais ne parvient pas à se régénérer, inefficace en attaque et surtout très fébrile en défense. Que les Uruguayens abordent le match de vendredi avec cette idée en tête, selon laquelle nous serions largement prenables, ça me rassure énormément et me pousse à l'optimisme. Il s'agit certes plus d'un sentiment diffus que d'une analyse poussée mais j'aime notre position actuelle, j'aime notre discours calfeutré et la tranquillité de certains de nos joueurs. Et dès vendredi soir, je pense qu'on aura un début de réponse quant à ce que peut réaliser la France lors de cette compétition. Je ne les vois pas, comme en 2006, se révéler et se réaliser à partir des huitièmes. Ca commence immédiatement.

Plus largement, en ce qui concerne les autres équipes, je vois bien les Pays-Bas ou l'Angleterre aller au bout. Ces deux équipes me plaisent énormément, pour des raisons différentes, et ils peuvent évoluer en sous-marins du fait de la surexposition de l'Espagne, du Brésil ou de l'Argentine. Pour ce qui est des équipes qui ne partent pas favorites, je pense que le Cameroun a les moyens de faire une très grosse coupe du monde. D'une part ils sont très solides à toutes les lignes (Mbia-Song-Eto'o !), et d'autre part ils font partie d'un groupe très abordable. Ils ont ensuite de grandes chances d'affronter -au pire- l'Italie en 1/8e, équipe qui je trouve est très vulnérable en ce moment.

Maintenant je te propose de mettre un frein aux spéculations qui peinent à dissimuler mon impatience, de sortir de chez toi, et de passer par chez moi t'imbiber les lèvres de mauvais rouge devant une cérémonie d'ouverture qui, je l'espère, sera au moins aussi ridicule que celles des années précédentes. Je t'attends.

J.L.L. : Je vois plus l'Argentine aller au bout. Quant à notre groupe, je trouve qu'on l'on surévalue beaucoup l'Uruguay tout en sous-estimant le Mexique : les deux pour moi se valent et tu l'as dit, la défiance envers l'Équipe de France nous met dans une position de quasi outsider qui nous va bien. Mais nous verrons, les Dieux du foot sont parfois capricieux.


Captured Tracks

La label Captured Tracks pourrait bien sauver quelques vies.

Rares sont les structures indie-rock à qui je donne ma confiance comme ça, sans mesure, mais pour Captured Tracks ça me semble aller de soi, pour la cohérence de leur catalogue – du lo-fi fin 80's sous toutes ses coutures –, pour leur esthétique sans faille et enfin, bien sûr, pour la qualité de leurs sorties. On revient en vidéos sur quelques uns de leurs plus beaux épisodes – c'est impensable de dire ça à propos d'un label qui n'a même pas deux ans.











N'oubliez pas de visiter leur site web.

Kosmische Mood

Retour en grâce de la Kosmische Musik populaire avec Emeralds et leur nouvel album, Does It Look Like I'm Here. Si ce n'est pas nouveau que le Krautrock fascine, en revanche cela a souvent été via des objets obscurs, à travers des développements interminables et dans une "underground resistance" assez radicale. Avec Emeralds, au contraire, l'hommage se veut épuré et direct. Pas de superflu, on est spontanément happé par ce disque qui mêle Tangerine Dream et Brian Eno avec un savoir-faire presque pop. Regardez par exemple cette merveilleuse vidéo de Candy Shoppe qui, dans sa seconde moitié, possède l'évidence mélodique d'un M83.


Remembrance


Vous connaissez peut-être Ketil Bjørnstad comme écrivain, du moins vous avez sans doute croisé en librairie sa Société des jeunes pianistes, très prisée en Europe depuis quelques temps déjà. Je n'ai pas parcouru ses pages, je devrais sans doute, car comme musicien Bjørnstad me subjugue. Il est un pianiste délicieux. Remembrance, sorti cette année, est un disque ECM comme on les aime tant : planant, délicat et subtilement recherché. Dans cet enregistrement en trio avec Jon Christensen (batterie) et Tore Brunborg (saxophone), Bjørnstad fait ce qu'il a toujours fait avec un égal bonheur, un jazz très sobre, lent et épuré, fixant au premier plan des mélodies très tristes et très françaises – Chopin, Satie, Debussy. Remembrance III est ma pièce préférée du lot et je vous invite à l'écouter avec tout le recueillement nécessaire.

l'Objet perdu

Folie de rendu de mémoire peut-être, mais je trouve qu'une phrase de Lacan est la plus belle qu'on puisse lire.

« Je t'aime, mais, parce que j'aime en toi quelque chose de plus que toi – l'objet a, je te mutile »


Dans « elle m'oubliera », l'objet a changé de visage, le petit a s'est déposé ailleurs. Je pense que Romain Guerret préfèrerait à coup sûr se faire mutiler plutôt que de chanter si joyeusement sa propre perte. Et moi, je rage de ne pas avoir encore eu le temps ni d'évoquer l'EP des Young Michelin, ni le second album de Dondolo, deux sorties simultanées avec un même songwriter aux commandes et un même qualificatif à l'arrivée : splendide. Vous ne devez pas passer à côté, foi de gaulois.


Filmer la Musique, 4eme édition du festival à partir du 8 juin


"4ème édition pour le festival Filmer la Musique, du mardi 8 au samedi 13 juin 2010, au Point Éphémère et au Mk2 Quai de Seine. Pendant 5 jours, et 5 nuits, plus de 20 longs métrages et documentaires musicaux, rares ou inédits, 11 groupes en concert, et de nombreuses performances et vidéos en accès libre.

Cette année, Filmer la Musique invite Stuart Baker, fondateur érudit du label londonien Soul Jazz Records, pour une carte blanche cinéma, suivi d'une soirée en accès libre avec le Soul Jazz Soundsystem. Autre point fort de la programmation, la visite de Uli Schueppel, le réalisateur du Berlin libertaire et post-apocalyptique des années 80, qui viendra présenter trois de ses longs métrages. Et enfin la visite exceptionnelle de Adam Bhala Lough, réalisateur d'un fascinant et controversé documentaire sur le rappeur Lil' Wayne: The Carter.

Également au programme, 3 films du réalisateur danois Andreas Johnsen, tournés dans les ghettos de Kingston, les favelas de Rio et les faubourgs de Nairobi: au-delà des clichés et des cartes postales, une vision de la musique des ghettos 2.0, branchée sur les lignes à haute tension. Plusieurs films également dans la programmation Man/Machine: de Theremin à Harry Partch, de Bruce Haack au BBC Radiophonic Workshop... musiciens, inventeurs et savant fous se rejoignent et explorent une réalité musicale augmentée.

Côté musique, Ariel Pink's Haunted Graffiti, Os'sphaeratu, Xiu Xiu, Antilles, les Cavaliers, Jessie Evans, Mustang et une soirée de clôture gargantuesque avec Bot'Ox, Arnaud Rebotini et Zombie Zombie dans un live inédit autour de l'univers et des compositions de John Carpenter. Avant d'atteindre l'aube emmené par le DJ Jacques Renault, pointure de l'écurie DFA .

A noter : cette année le Mirror Ball Cinema dans l'espace d'exposition du Point Éphémère fait peau neuve, et devient le Stream Club, un night-club futuriste connecté sur la planète.

Rendez-vous dès mardi le long du canal."

Le site de Filmer la Musique

Discographie sélective du prog contemporain

Le rock progressif est un mouvement sacrément intéressant. Si à la toute fin des années 60 et pendant toute la décennie suivante, il a été le fleuron d'un rock toujours plus virtuose et novateur, il n'a cependant jamais su se renouveler formellement ; au milieu des années 70 s'est en effet déroulé un drôle de schisme : on a commencé à dissocier le caractère progressif d'une musique de son caractère progressiste. Si le progressisme est un processus de libération et de dépassement applicable en tout point du spectre musical, l'adjectif progressif, lui, a désormais été associé à une esthétique : les pochettes moches, l'excellence technique et le lyrisme d'un autre âge. Tout à coup, en très peu de temps, le prog est devenu une farce. Alors, bien sûr, les insiders de cette communauté  se sont depuis enfermés dans un progrocentrisme délirant : toute musique qui pervertit, qui dénoue les codes en vigueur serait à rattacher au progressif. Mais cette attitude n'a ni queue ni tête, le prog n'a pas le monopole de l'innovation et la tentative constante de redéfinition du mouvement est simplement un cache-misère, misère que de génialement avant-gardiste, le rock progressif est depuis trente ans passé au statut de niche nostalgique ultra-répétitive. Je peux sembler acerbe en écrivant ces mots, mais il n'en est rien, si le prog n'a plus rien à proposer depuis longtemps, je reste cependant admiratif de sa longévité auto-gérée, de son effort de maintenir coûte que coûte une ligne, par des réminiscences proustiennes sans cesse renouvelées. À l'heure où les genres musicaux naissent et meurent dans l'année, le prog fait figure de dinosaure immuable. Quelque part c'est très beau, cette vigueur à ne pas tout à fait mourir. Et même, parfois, un peu plus que pour la beauté du geste, cela donne des disques réussis. Je propose de revenir sur dix d'entre eux, tous sortis après l'an 2000. Comme d'habitude, ce ne sont ni les indispensables de la décennie, ni même les disques que je préfère, seulement une sélection-cocktail, éclectique et représentative de ce que le prog a été ces derniers temps.


Motorpsycho : Heavy Metal Fruit (Rune Grammofon / 2010)

On commence par le disque le plus récent, sorti il y a quelques mois par ce groupe de barbus norvégiens. Motorpsycho est un projet qui flirte avec le blues, le hard-rock et le progressif traditionnel. Heavy Metal Fruit est leur douzième disque, et de ce que je connais leur meilleur. Ça sent la bière comme dans un groupe de stoner, il y a des développements hypnotiques absolument divins et d'une manière générale, leur façon d'alterner gros muscles et mélodies travaillées  est tout à fait réussi.e Très recommandable pour assortir son top 2010 d'une ligne d'originalité.






Porcupine Tree : Deadwing (Lava / 2005)

Les faits sont sur mes étagères. J'ai des tonnes de disque de Porcupine Tree. Je ne peux pas nier qu'ils sont un groupe très important pour moi. Après avoir dominé le space-rock dans les années 90, flirté avec le psychédélisme entre deux siècles, Steven Wilson a ensuite commencé à mettre des riffs metal dans sa musique. Dommage, parce que sa voix fluette ne va pas du tout avec. Sauf sur Deadwing, un disque que j'avais eu du mal à apprécier à sa sortie et qui curieusement vieillit très bien. Dynamique, émouvant et précis, Deadwing passe tout seul et pourrait même encore me mettre des papillons dans le ventre.





Dungen : Ta Det Lugnt (Subliminal Sounds / 2005)

Quand on évoque Dungen, on parle généralement juste de pop très psychédélique. Ce n'est pas très grave, en soi, mais ça traduit une méconnaissance profonde de la scène suédoise – parce que Dungen n'a rien d'un phénomène isolé ; le mot ne se passe pas, pourtant il y  là-bas une scène progressive ultra-active et tout à fait fréquentable, de Anglagard à Landberk en passant par Anekdoten, Liquid Scarlet, Opeth et donc Dungen. Le point commun de tous ces groupes : la mélancolie et le mellotron. Dungen s'y rattache sur l'empreinte sonore et prend le maquis avec son identité très flower power





Riverside : Second Life Syndrome (Inside Out / 2005)

L'autre scène un peu étonnante qui inonde le prog de nouveaux groupes, c'est la Pologne. Les plus connus sont Satellite, Indukti, Collage mais surtout Riverside. Eux ils sont même pas loin de rentrer dans le peloton de tête des prog bands les plus influents, avec une recette qui synthétise pas mal d'exigences contemporaines du genre, une tristesse qu'ils tirent chez Anathema, une énergie qu'ils récupèrent chez Pain of Salvation et surtout, surtout, une modernité qui ne renie pas les anciens. Charmant à défaut d'être génial.






Maudlin Of The Well : Part The Second (self released / 2009)

J'ai toujours veillé à ne pas considérer Kayo Dot comme un groupe de progressif, mais l'autre projet de Toby Driver, sur cet album en free download (à télécharger ici), lui, se réfère par contre tout à fait à notre sujet d'aujourd'hui. Les sonorités d'époque sont là, très clairement, par contre soyez-en sûrs, on n'a jamais fait de prog comme ici. Sombre et souvent tenté par le classique contemporain, Part The Second est un disque complètement vénéneux. Et dire que ce n'est qu'un album de b-sides...







Echolyn : Mei (Velveteen Records / 2002)

Echolyn (mais j'aurais pu citer aussi Phideaux ou RPWL) incarne un prog qui aurait tout me plaire mais qui me laisse plutôt de côté, du "classic prog" qui s'essaie à la sophistication discrète plutôt qu'à la démonstration, à la recherche de mélodies travaillées plutôt qu'à l'emphase permanente. C'est incontestablement bien fait mais ces fresques se développent sur une définition du rock qui n'est décidément pas la mienne, bien trop lisse et trop vocale pour me plaire. À essayer tout de même : vous avez tout l'album pour vous faire une idée – un album en un seul titre, plus prog tu meurs.





Agalloch : The Mantle (The End Records / 2002)

Agalloch, stricto sensu, est un groupe de metal. Mais même si très marqués par le black et le heavy, il y a  aussi beaucoup de place dans leur musique laissée au prog 70's. Si bien que je n'ai aucun mal à considérer The Mantle comme un des plus beaux disques progressifs des années 2000. The Hawthorne Passage, que je mets en écoute, suffit à faire office de preuve : ces onze minutes instrumentales sont sublimes et la lead guitar me donne envie de dire des choses cochonnes.







Discus : ...Tot Licht! (Musea / 2003)

Je vais être honnête avec vous. Je n'ai jamais pu écouter ce disque en entier. Vous pouvez tenter le défi, mais c'est juste trop exigeant et trop fou. Déjà, un groupe indonésien avec que des asiats dedans qui font du prog, ça s'invente pas. Et puis ils font du Faith No More mélangé à du folklore local et au pire du pire du symphonique actuel. Voyez le tableau. Ce truc est juste insensé, et au fond plutôt nul – mais c'est ça, aussi, le prog des années 2000.





Discus - System Manipulation



Moon Safari : Blomljud (Blomljud Records / 2008)

Je vous ai précédemment parlé de la scène suédoise, très sombre et avant tout marquée par King Crimson. Mais il y a aussi une contre-scène beaucoup plus ensoleillée et flamboyante emmenée par les Flower Kings et dont font nouvellement partie les Moon Safari. Eux ont une belle particularité puisque ils sont un des seuls groupes prog à citer explicitement les Beach Boys, dont vocalement ils tirent beaucoup. Du côté instrumental, ça lorgne pas mal du côté de chez Yes et surtout Camel. C'est un peu cheap, parfois agaçant, mais à quelques instants ça prend étonnamment bien.


Moon Safari - Other Half Of The Life



The Mars Volta : Frances The Mute (Universal Records / 2005)

Enfin un disque que vous connaissez à coup sûr ! The Mars Volta, c'est le seul groupe mainstream à pouvoir se définir sérieusement comme progressif. Dans le petit monde de la hype, c'est d'ailleurs un OVNI, on a rarement vu zicos aussi doués et masturbateurs se faire encenser de la sorte. Et plutôt à raison, pour ce disque notamment, c'est très réussi et l'influence santanienne est délicieuse. Et L'Via L'Viaquez, quelle claque !