Chronique de Mark E | Works 2005 - 2009


Les mauvaises langues peuvent penser que faire un edit, voire un re-edit, c'est surtout une occasion de ne pas trop se fouler en soirée. Il est vrai que pas mal de relectures de ce genre ont la simple vocation de transposer un morceau X en une version dansable et surtout mixable. On met le titre original à un tempo conventionnel, on rajoute un kick bien répétitif et le tour est joué : un obscur et bizarre groove funk peut s'insérer tout naturellement dans une playlist contemporaine, une mélodie rock peut trouver sa place dans un set disco et un tube de nos parents peut, relifté, faire danser les enfants. On peut penser ce qu'on veut de ce procédé, que c'est une chance pour l'éclectisme ou un danger pour la singularité de chaque style (puisqu'on ramène tout à des codes actuels) ; cependant, là où nous resterons intransigeants, c'est sur l'évidence que l'edit a aussi ses génies, et qu'il y a au-delà de toute une foule de gentils artisans quelques artistes qui méritent absolument le détour. Mark E fait partie de ceux-là. Son travail, en fait, est la quintessence d'une idée forte de tout un pan de la musique électronique : le plaisir du dévoilement.

Dans Works 2005-2009, cinq des huit morceaux proposés sont à proprement parler des edits - de Diana Ross, Labelle, Janet Jackson, Gabor Szabo et Birth Control. Peu importe la durée des titres sources, le résultat fait toujours entre huit et dix minutes. Peu importe aussi la nature de ces originaux, Mark E les manipule tous de la même façon : patiemment il les décortique, les manipule, leur donne une dynamique nouvelle pour en faire finalement tout autre chose que des chansons. Si au départ les titres travaillés possèdent tous une intro, un refrain, un break instrumental et que sais-je encore, Mark E fait voler en éclats toutes ces structures pour donner à ses relectures un pur mouvement ascensionnel. Il ne s'agit dès lors plus de prendre son pied dès les premières mesures mais d'accompagner une progression, lente, méthodique, qui débute par un simple rythme décharné et débouche sur un climax impensable et extatique.

Mark E possède effectivement cette subtilité rare de déceler du groove aux quatre coins d'un morceau, reconstruisant à partir de samples un crescendo émotionnel d'une qualité rare, d'une maîtrise totale et d'une justesse sans précédent. Prenez par exemple "Smiling" ou "Plastic People": ces titres-là, par leur construction minutieuse et la beauté sidérante de leurs échantillons, ne sont pas loin de ce qu'on entendu de mieux dans tout le mouvement nu-disco. Et un tel niveau de qualité vaut aussi pour les titres plus composés. "Slave 1" et "Night Mover" naviguent plus du côté deep-house et offrent un plaisir différent, complémentaire, plus abstrait et magnétique. Cette touche-là finit de nous combler et range définitivement cet album au rang des immanquables. Mark E, via cette compilation, prouve qu'il est bien un des fers de lance de l'électronique charnelle d'aujourd'hui. Son œuvre, pointue et organique, ne peut laisser insensible aucun de nous.



Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques

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