Son visage


"Peut-être - que je rêve - debout. - Elle me fait penser - à la musique. - Son visage. - On est - arrivés - à l'époque - des hommes doubles. - On n'a plus besoin de miroir - pour parler - tout seul. - Quand Marianne dit - "Il fait beau" - Rien d'autre. - A quoi elle pense ? - D'elle je n'ai que cette apparence - disant : - "Il fait beau" - Rien d'autre - A quoi bon - expliquer - ça ? - Nous sommes - faits - de rêves - et - les rêves - sont faits - de nous. - Il fait beau - mon amour - dans les rêves - les mots - et la mort. - Il fait beau - mon amour. - Il fait beau - dans la vie."

Jean-Luc Ponty est un violoniste français de jazz fusion. Il s'est rendu célèbre pour ses collaborations avec Franck Zappa et le Mahavishnu Orchestra. De ses disques solos, je retiens beaucoup de choses, mais surtout Mirage, un titre d'une beauté et d'une musicalité indécentes. Si Belmondo, en regardant Anna Karina, pense à la musique, je me dis que peut-être il pourrait penser à celle-ci – bien que, anachronisme évident, elle ait été écrite bien après Pierrot le Fou.

Mirage by lalax

Thiriez dans la vibe


Petite playlist house, tech-house du moment, comme elle vient. Ça a mis Frédéric Thiriez dans un de ces états.

The Art Of Tones - The World As I Live It
Projet de l'ultra expérimenté Ludovic Llorca, The Art Of Tones déboîte. The World As I Live It est un modèle de house sexy et hypnotique avec une grosse mais alors très grosse basse.



Dirty Doering - Dr. Nagel
La vraie tech-house à l'allemande, avec austérité et mélancolie sur le même fil. Et même beaucoup d'emphase dans la construction.



Nicolas Jaar - Mi Mujer
Un des producteurs les plus excitants de ce début d'année. À 19 ans, son Time For Us est déjà en passe de devenir un hymne. À mesure des écoutes, je suis en train de lui préférer sa face B, Mi Mujer, avec son gros penchant pour Mulatu Astatke. Vraiment parfait.



Peter Van Hoesen - Closing The Distance / Toy Universe
C'est assez rare que ce type-là descende en dessous des 130 de BPM. Quand c'est le cas je m'en réjouis, comme avec ce titre, deep et magnétique en diable.



Stereociti - Untitled
Ken Sumitani est un japonais très très prometteur du côté de la house pure. La preuve avec ce morceau anonyme qui dégage une ambiance vraiment belle et mystérieuse.


Another Electronic Musician | States Of Spaces


Jase Rex le disait lui-même en 2008, à la sortie de son précédent album, Five : dans l'abréviation IDM, le D est classiquement très négligé. Pas vraiment de "Dance" et simplement de l'"Intelligent Music". Ce n'est pas un problème en soi, puisque cette frange cérébrale a, dancefloor ou non, révolutionné la manière d'appréhender les musiques électroniques. Voyons plutôt la chose comme un préambule, et posons cette question : comment nombre d'artistes ont pu se voir accolés ce fameux D alors que leurs travaux visaient précisément tout sauf la danse. En fait, il faut remonter loin, au début des années 90, pour comprendre comment a émergé cette notion d'IDM. L'Angleterre était alors un immense terrain à rave parties où les codes druggy étaient omnipotents. Et c'est en pervertissant ces normes que l'IDM s'est émancipé, en détournant les règles en vigueur pour s'ouvrir un plus grand espace de liberté et d'expression. Ce que l'on ne savait peut-être pas encore, c'est que ces premières sorties – de Warp Records en particulier – allaient ouvrir un tel boulevard. Car dix ans plus tard, début des années 2000, l'IDM était un genre devenu fou : c'était la course à l'armement numérique et à la complexité, dans une quête absconse de l'expérimentation totale. Maintenant, vraiment, nous pouvons crier un WTF en se souvenant de cette époque un peu étrange où la moindre répétition sur 8 mesures était à proscrire. Surtout que de notre place, dix ans ont encore passées et les choses se sont renversées.

En 2010, en effet, un retour vers l'accessible ne cesse de se confirmer – l'IDM renoue avec ses cousins électroniques. On peut vous trouver mille exemples à ce mouvement : les labels IDM qui fricotent avec le dubstep, les électroniciens classiques qui s'essaient au 4/4 (Four Tet, Lusine), les clubs qui laissent une place nouvelle aux artistes IDM... Et c'est dans ce contexte précis que nous sommes amenés à parler de States of Space, sixième album de Jase Rex aka Another Electronic Musician. Si nous nous sommes permis une si longue introduction, c'est pour une bonne raison : States of Space est clairement l'exemple type de tout ce que nous venons de dire. Longtemps propriétaire d'une IDM nourrie au glitch et aux abstractions rythmiques, Jase Rex change ainsi nettement de référentiel, pour cette-fois marier ses mélodies duveteuses aux canons dub-techno et ambient-techno. Ce n'est pas une révolution, plutôt une modification, au sens de Michel Butor : Jase Rex découvre par petites touches, au fil de disques, que ses aspirations trouvent peut-être plus à s'épanouir dans une musique dialectique que cloisonnée.

Entre l'amour des durées et celui des brisures, States Of Spaces est un disque de l'entre-deux, à mi-chemin entre le gouffre émotionnel des sorties Echospace ou Sending Orbs et l'onirisme craquelé de Plaid, Apparat ou Boards Of Canada. Disque intermédiaire aussi dans sa façon de s'écouter, puisque si nous sommes pris par une grande sensation de cohérence, ne sachant pas toujours quel morceau nous écoutons, pris dans la grande narrativité de l'ensemble, il est en revanche très facile de repérer quelques titres saillants, remarquables pour ne pas dire immanquables. Impossible par exemple de ne pas évoquer "Inflationary" ou "She Said", deux titres miraculeux qui, à eux seuls, devraient vite faire grimper Jase Rex dans la hiérarchie des artistes IDM reconnus. Car Another Electronic Musician reste un projet confidentiel, au nom qui ne sonne pour l'instant pas très ironique. Mais confidentiel ou pas, States Of Spaces est un grand disque, à placer au même rang que le There Is Love In You de Four Tet. Que ce soit entendu !


Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques


Site Officiel : anotherelectronicmusician.com

DCDL XXIV, sunday night fever

DCDLXXIV | Riccio



DCDL XXIV | Riccio

1. keys(the chemist's theme)-wally badarou
2. doobie dada(solid doctor rmx)-burdy
3. money(dollar bill y'all)-jimmy spicer
4. chief inspector(hill street mix)-wally badarou
5. superfly1990(flymix instrumental)-curtis mayfield & ice t
6. parlayin'(remix instrumental)-ant banks
7. 1978(it felt great)-steve kotey & max essa
8. gimme your luv (orestt re-edit)-dclassics#9
9. is this the future?(disco version)-fatback band
10. keep on(space rangers re-edit)-dtrain
11. make my body hot-drrtyhaze
12. tell me(james wirrick remix)-sylveter
13. call me tonight(the revenge-engaged mix)-ilija rudman
14. the return of starlight-woolfy vs. projections
15. love in me(situation edit)-situation#1
16. don't turn it off-40 thieves

Avec trois excellents EP sortis coup sur coup, Riccio s'impose déjà comme une des figures les plus prometteuses de la scène nu-disco – le nu-disco comme on le respecte à mort : underground, soulful, avec une vibe qui tue. Quand nous l'avons contacté pour la première fois, c'était comme un pari : le pari qu'en dj set aussi il savait s'y prendre – étant entendu que dans ce style on tombe souvent sur des djs pachydermiques aux transitions harmoniquement douteuses. Nous avons eu il faut croire le nez fin, car le mix que nous a réservé l'Italien est simplement titanesque. Je dirais même qu'il se place illico dans les meilleurs de notre série. Long, tentaculaire, c'est à un monstre de disco que nous affaire. Sortez vos habits de lumière !

Riccio sur MySpace
Riccio sur Discogs

Carpenter Vs Tarkovski ?


Le top de Riccio Quecoeur

Trois choses aujourd'hui. On commence par la première.

# On arrive fin mars, fin du trimestre et du premier tout de piste. Faisons un premier point sur les sorties albums en 2010. Très beau début d'année avec une douzaine de disques irréprochables. Voilà mon premier jet de classement :

1 Extra Life | Made Flesh (no-wave médiéval-fantastique, chronique imminente)
2 Arnaud Fleurent-Didier | La Reproduction (chanson générationnelle, chroniqué ici)
3 Mark E | Works 2005-2009 (disco edits & deep house, chroniqué ici)
4 Midlake | The Courage of Others (folk mystique et forestier, chroniqué ici)
5 Gil Scott Heron | I'm New Here (spoken word, chroniqué ici)
6 Owen Pallett | Heartland (pop symphonico-timide)
7 Roll The Dice | Roll The Dice (musique électronique tendance Carpenter/krautrock)
8 Four Tet | There Is Love In You (IDM d'aujourd'hui)
9 Another Electronic Musician | States Of Space (IDM d'aujourd'hui, chronique imminente)
10 Gonjasufi | A Sufi And A Killer (bordel de voyage dans le temps)
11 Nest | Retold (ambient/néo-classique)
12 Chicago Underground Duo | Boca Negra (free-jazz onirique)
13 Lindstrøm & Christabelle | Real Life Is No Cool (disco, chroniqué ici)
14 Toro Y Moi | Causer Of This (chillwave)
15 Burzum | Belus (black metal/hypnose)
16 Freeway & Jake One : The Stimulus Package (hip-hop)
17 Shining : Blackjazz (jazz-metal industriel)
18 Hybrid Leisureland : Scroll Side (ambient/electronica)
19 Beach House : Teen Dream (dream pop, chroniqué ici)
20 The Radio Dept. : Heaven's On Fire (dream pop/new wave)

# Dimanche nous serons très fiers de vous présenter le podcast que Riccio nous a gracieusement préparé. On vous tease dès aujourd'hui avec une vidéo de cette étoile montante du nu-disco.




# J'ai vu hier soir un reportage renversant. Première réaction : "nom d'une pipe !" (= WTF). Mon étonnement s'est petit à petit calmé et j'ai fini la trentaine de minutes du documentaire particulièrement ému. Le sujet a beau être particulièrement absurde – les beaufs sur Second Life, il y a un art du montage et de la mise en scène qui amène directement cette vidéo au rang de chef d'œuvre. Je suis toujours très intéressé par la vision qu'ont les gens déclassés du futur technologique. La culture de l'OVNI, c'est plus la ruralité et le monde ouvrié que le tertiaire. Second Life, de la manière, titille plus la misère affective et sociale que la génération internet. Le fantasme d'une "seconde vie" est déjà dépassé nous concernant. Il ne s'agit plus désormais de se créer une vie alternative mais bien de virtualiser le réel. Ce reportage évoque en fait une menace qui ne nous guette pas. Et ça le réalisateur l'a bien compris, car plutôt que de chercher à avertir et informer, il dramatise et poétise. Beau geste militant.





Voltige


Non aux suppressions de postes dans la Police Nationale.
Oui à une police différente comme sur la photo.
Merci à Rush Hour Recordings pour la réédition de l'album éponyme de Virgo (1989).

Going Thru Life by lalax

Shining | Blackjazz

Pour introduire Shining, leur reprise de King Crimson enregistrée live.



Si vous n'avez pas pu apprécier, ce n'est pas grave, mais passez votre chemin pour la suite, puisque c'est tout leur dernier album que je mets en écoute. Et ce sera encore plus bizarre – et prodigieux. Shining a en fait été fondé par deux ex-Jaga Jazzist. On imagine très bien qu'il devait se sentir à l'étroit dans le collectif de chez Ninja Tune. Ici pas d'electronica sophistiquée, pas de post-rock teinté 70's, Shining fait dans l'ultra-violence. Si au départ il s'agissait plus d'une formation free-jazz, avec Blackjazz ils donnent corps à une pure folie metal quelque part entre Strapping Young Lad, Candiria et Enslaved. Du jazz-metal industriel, pour le dire vite. Et c'est sacrément burné.

DCDL XXIII, robotique

DCDL XXIII | Sounscriber - © Valerian Goalec
© Valerian Goalec




DCDL XXIII | Soundscriber

01.Uncle O_Jupiter Menace
02.Funk D'Void_Diabla (The Hacker Remix)
03.Vincent Markowski_Dirty Capsules
04.Silver City_Pendulo (Pete Herbert Edit)
05.Literon_Machine I
06.Inaqui Marin_You can't scape
07.David Carretta_New Disco Beat (Gesaffelstein Remix)
08.Sterac Electronics_The Cellphone
09.Linkwood_Robot Parade
10.Volga Select_The Unconditional Discipline Of The Bastard Prince
11.Chateau Marmont_Beagle
12.Ali Renault_Rimini Boys
13.Cosmopolis_Cosmopolis
14.Teslasonic_The Devastating Spark Of Prometheus

"Pour celui-ci ça n'a pas était très évident... J'avais en tête certains tracks, passages, voire même la structure du mix. L'ambiance surtout. Tout en m'imposant cette règle de ne pas mettre plus d'une quinzaine de tracks.
Je voulais un mix de "machines" avec des vocoders, robotiques, et surtout ne pas mettre un track de minimale, tout en sonnant moderne. Pas évident aujourd'hui, surtout que tout est plus ou moins considéré comme minimal.
Le mix n'avance pas. Je galère sévère. Je pense tout recommencer. Faire un mix strictly New Wave? Non. L'idée de faire un mix-live me traverse l'esprit, mais je trouve qu'il y a rien de plus ennuyeux que d'écouter un dj set live sur son ordinateur. Je me dis tant pis pour la modernité, je passe en révision tous les tracks que j'avais dans l'esprit au départ. Je retombe sur des tracks oubliés, des tracks fétiches (Le Funk D'void, Inaqui Marin...) mais j'oublie pas d'inclure le max de tracks récents (Chateau Marmont, David Carretta...)."

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Le site de Valerian Goalec

Chronique d'Hannah | Ben's Boy Hero & Prehistory


Disque reçu en boîte aux lettres, avec petit mot manuscrit et emballage maison. Le charme de l'autoproduction, des premiers balbutiements d'un jeune groupe provincial. Hannah vient de Nice, et on s'attend à avoir de la sympathie pour eux, on présume qu'on donnera des encouragements, masquant par pudeur quelques erreurs de débutants, enjolivant avec beaucoup de sincérité un premier EP pas si prometteur que ça.

Oui, il faut bien vous l'avouer, ce genre de choses peut arriver, arrive, mais ça ne sera pas le cas ici. Car sans réserve aucune, on peut déjà vous l'affirmer, Hannah est un excellent groupe. D'abord projet solo d'Emmanuel Alarco, désormais duo depuis l'arrivée du batteur Laurent Tamagno (M83, Mandrac), Hannah se présente comme un groupe de "nervous folk", avec un songwriting authentique, boisé, et en même temps ouvert à toute la grammaire indie-rock contemporaine. Les quatre titres de Ben's Boy Hero & Prehistory témoignent en effet d'un terreau créatif multi-référencé, réfléchi, travaillé et pensé à l'extrême. Pas de spontanéité cache-problèmes, Hannah vise plus la construction savante, les structures modulées et les harmonies vocales très composées. Dans un sens, cette impression d'intelligence ne serait pas sans rappeler les Grizzly Bear, pour qui le folk n'est également pas qu'une histoire de guitare au bord du feu.

Mais entendons-nous bien, si nous avons jusque-là insisté sur la maturité d'Hannah, sur leur réflexivité peu commune pour un groupe non signé, il n'y a en revanche rien qui est cédé sur le versant affectif de leur musique. J'en veux pour preuve "Hero Fisher", diamant brut de folk mélancolique où tout laisse rêveur, du riff à la Nick Drake aux cœurs angéliques d'Emmanuel A. Clairement, nous tenons-là un morceau phare. Du genre à illuminer une carrière. Du genre en tout cas à la lancer vraiment. Espérons de tout cœur que ce soit le cas.




Hannah sur Myspace

In Cédric We Trust

Au petit jeu des Cédric, la diversité est reine. Impossible d'associer le Cédric à une profession, une classe sociale ou un physique particulier. Entre un représentant en photocopieurs, un cancéreux zoophile, un dark séducteur, un Agent Smith version rodéo et un blond se rêvant sur Pandora, il n'y a rien en commun, sinon leur grandeur. In Cédric We Trust.











Finissons avec un autre Cédric, Bixler-Zavala, chanteur d'At-The-Drive-In puis Mars Volta. ATDI reste pour moi un groupe majeur, fondateur même, qui avait toutes les cartes en main pour devenir culte. Tant pis. Quant aux Mars Volta, s'ils ont cessé d'être intéressants depuis longtemps, leur deux premiers albums étaient vraiment brillants.




Histoire du rock, (enfin) l'équipe de foot


J'ai opté comme vous le voyez pour une formation en 4-3-3. Ce choix s'est fait en fonction des joueurs à disposition, et bien sûr de ce qui les unit, le rock. J'étais obligé de faire une défense à 4, compte-tenu de la structure musicale du genre – alors que pour le jazz je ferai une défense à 3 en référence au ternaire. Pour ce qui est du reste de l'équipe, je tenais à passer beaucoup par les côtés : il fallait de la percussion, de la largeur, du un contre un. J'ai donc décidé d'évoluer avec deux vrais ailiers et un dix d'école. Pas question d'intégrer des schémas tactiques trop élaborés, le rock c'est lisible, spontané, c'est une histoire d'hommes et de combat. Pour les autres genres musicaux, peut-être m'amuserai-je à échafauder des plans plus compliqués. Mais pas là, pas pour le rock.

- Elvis Presley au but, c'est une évidence, même si par humour (noir) j'ai d'abord pensé y mettre Robert Wyatt.
- Charnière centrale 100% prog et 100% complémentaire. La stabilité des Pink Floyd et l'agressivité de King Crimson. Je ne pouvais pas trouver mieux.
- The Kinks en latéraux droit, le poste historiquement le plus faible du foot. J'ai jamais trop compris d'ailleurs pourquoi il y avait dix fois plus de bons latéraux à gauche qu'à droite. Bref, The Kinks c'est de la discrétion même du bon arrière droit, solide, sérieux, efficace et bien plus inspiré que son statut ne laisse présager. Ils pourraient également jouer les utilités au milieu de terrain.
- Sonic Youth à gauche, c'est des appels pendant 90 minutes, une grande vigueur dans les duels et quelques gestes techniques de très haute volée.
- The Velvet Underground en sentinelle devant la défense. Menaçant avec leurs grosses guitares effrayantes, ils ont aussi le toucher de balle d'un Guardiola ou d'un Redondo. Petite faiblesse sur l'endurance bien compensée par leur aura psychologique.
- Radiohead comme relayeur, c'est toute la grammaire du foot maîtrisée sur le bout des doigts. Si les centres de formation sont de moins en moins efficaces, Radiohead est l'exception qui confirme la règle, avec un statut d'élève modèle qui les rend maîtres de la modernité.
- The Beach Boys, instables et géniaux meneurs de jeu, ont le meilleur toucher de balle de l'équipe. Ce n'est donc qu'à eux qu'on pouvait complètement déléguer l'animation offensive.de l'équipe. Au risque de quelques faillites mentales...
- The Talking Heads jouent à droite dans une position d'ailiers très avancés. On aime chez eux leur fougue maîtrisée, leur froideur urbaine qui rencontre les techniques exotiques. Indispensable à ce poste pour leur jeu tout en percussion.
- The Cure à gauche, on ne sait jamais très bien à quoi s'attendre. Parfois repliés et accrocheurs type Malouda, ils peuvent aussi relever la tête et truster les top buts. Mais dans tous les cas on ne peut se passer d'eux.
- Dans une attaque à trois aussi large, on attend beaucoup de l'avant-centre. J'ai choisi David Bowie parce qu'il est le prototype même du grand attaquant d'aujourd'hui. Expérimenté et intelligent, il a aussi pour lui une immense polyvalence qui le préserve de toute période blanche. Grand finisseur, à l'aise dans toutes les configurations, David Bowie est bel et bien le seul avant-centre possible de l'histoire du rock.

Dans la peau d'un fantôme

Nous n'avons plus de doute sur l'existence des fantômes. C'est une chose. Tellement de preuves se sont accumulées, au fil des années, que nous devons nous rendre à cette évidence : les esprits sont parmi nous. Pour autant, il ne faut pas s'arrêter à cette conclusion irrévocable. Nous devons désormais passer à l'étape supérieure, comprendre et penser le spectre. Qui est-il ? Que fait-il encore sur Terre ? Comment peut-il se manifester ? Et pourquoi le ferait-il ?
Attention à la pensée unique, celle qui voudrait que le fantôme ne cherche qu'un apaisement. Attention aussi aux a priori sur ses lieux de matérialisation. Non le fantôme n'est pas forcément dans une quête immédiate de réparation, non il ne passe son temps à patienter sur la scène de sa mort. L'esprit alter-dimensionnel a aussi des activités, des hobbies, des passions. Il faut entendre ça pour pouvoir saisir quelque chose de la vie après la mort. Ci-dessous trois preuves irréfutables de mes dires, avec des spectres aux plaisirs tout à fait respectables : le piano, le foot et Bioman.







Je ne vais pas vous laisser sans une petite musique. Vous avez sans doute trop tremblé pour ne pas mériter une douceur. J'ai choisi ce soir les Local Natives, un groupe d'une inégalité consternante, mais dont quelques titres ont un sale effet addictif. Sun Hands, en particulier, me revient en tête comme une vieille pensée d'obsessionnel. Bonne écoute.


Sun

Oh ce serait vraiment mentir que de dire que le dernier Caribou m'excite. Malgré tout mon amour pour Dan Snaith et notamment son Andorra, ici il y a fausse-route. Swim m'ennuie, Swim m'agace. Un seul titre sort totalement du lot, Sun, avec son rythme kraut et ses montagnes russes dignes des Chemical Brothers. D'ailleurs notre ami sud-africain prend vraiment son pied dessus.

Chronique de Sven Weisemann | Xine


Ceux qui suivent de près l'actualité des musiques deep connaissent forcément Sven Weisemann. Depuis quelques années, le Berlinois offre de fascinantes perspectives au monde électronique en combinant Detroit techno, Chicago house et sonorités dub-ambient. C'est quelqu'un, aussi, qui dit à qui veut l'entendre qu'il est pianiste, et se filme naïvement en train jouer ses morceaux préférés pour nous le prouver sur Youtube. Un peu mégalo sur les bords, Sven Weisemann a donné le bâton pour se faire battre : on était pas loin de considérer cette revendication comme une fumisterie, on était pas loin aussi de lui conseiller de se recentrer sur son ordinateur et ses platines. Et puis son premier album est arrivé, Xine, et nous nous sommes inclinés.

Chez lui comme chez la plupart des producteurs house et techno, long format est synonyme d'écoute domestique. Et ici il est allé très loin. Pas la trace d'un kick, aucun désir de faire taper du pied, Xine est album de... néo-classique. Sven Weisemann a composé vingt courtes pièces pour l'occasion, vingt morceaux principalement centrés autour d'un jeu de piano grave et douloureux. L'ensemble possède une charge dramatique indéniable, une tristesse sans commune mesure. Et quand ce n'est pas le piano dont l'effet est lacrymal, ce sont quelques cordes, cœurs ou autres claviers qui prennent le relai.

Décrit de cette façon, il est compliqué de faire un lien entre ce disque et les précédents travaux de Sven Weisemann. Or Xine est largement nourri du vécu électronique de son auteur. Réverbérations dub, samples vocaux, coups de pinceaux ambient, les instruments ne sont quasiment jamais laissés sans ornements numériques. L'atmosphère y gagne en étrangeté, en pouvoir de pénétration. C'est un lieu commun mais le jeune Allemand l'affirme lui-même, son disque se veut cinématique et évocateur, c'est la bande originale d'un film pas encore tourné. En cela et en beaucoup d'autres choses nous pensons au compositeur Max Richter, allemand lui aussi, et dont le créneau est identique : mélancolie prégnante, douces explorations électroniques et grande proximité avec la musique de films. Quand Sven Weisemann est un peu moins inspiré, il rappelle aussi la figure un peu cheap du genre, Craig Armstrong. Mais rassurez-vous, ces moments sont rares et nous sommes la plupart du temps aux anges, heureux d'écouter une musique aussi triste et excité de voir éclore un tel talent.


DCDL XXII, l'enfant du pays

DCDL XXII | La Kustom!




DCDL XXII | La Kustom!

1. I-F: P7
2. Martyn feat. The Spaceape: Is this Insanity? (Ben Klock remix)
3. DBX: Losing Control
4. Tony Rohr: Hang On Tight
5. Marcel Dettmann: Rerun
6. Mom & Dad: The Whole Sh-Bang (Harvard Bass remix)
7. Phonogenic: Release The Dancer
8. Ascion & D Carbone: Drop
9. Acid Pauli: Urwald
10. Speedy J: Pullover (Alexi Delano & Tony Rohr remix)
11. Claude VonStroke: Vocal Chords (Tom EQ remix)
12. Fuse: Substance Abuse (Barem remix)
13. Stephan Bodzin: Luka-Leon
14. N'To: Clope Time
15. Jesper Dahlback, Alexi Delano, Tony Rohr: Curly Wurly
16. Sound Of Stereo: Velcro
17. Art Nouveau: Paradise

A la table des habitués siègent La Mate, Julien Lafond-Laumond (R.I.P ABC Africa) et La Kustom!, le jeunot. Aujourd'hui, c'est le petit qui s'y colle. Direction la cave. Acid Pauli, oh oui. Claude VonStroke, à bloc. Stephan Bodzin retrouve droit de cité sur DCDL.

La Kustom! sur MySpace

La philo selon Youtube

Régis Jauffret je dis oui.
Pierre Arditi je dis non.
Mais Régis Jauffret lu par Arditi je ne sais vraiment pas. À vous de voir.



Une vidéo bizarre en entraîne toujours une autre – la philo selon Youtube. Cette-fois c'est le mariage contre nature entre la musique progressive de Sasha et une performance de... je regarde, ça s'appelle du Wushu. Peu importe le nom, parce que ça reste quand même absurde. Et très bien joué Sasha, qui nous sort de sa Poké Ball une mélodie vraiment divine.


Chronique de Mark E | Works 2005 - 2009


Les mauvaises langues peuvent penser que faire un edit, voire un re-edit, c'est surtout une occasion de ne pas trop se fouler en soirée. Il est vrai que pas mal de relectures de ce genre ont la simple vocation de transposer un morceau X en une version dansable et surtout mixable. On met le titre original à un tempo conventionnel, on rajoute un kick bien répétitif et le tour est joué : un obscur et bizarre groove funk peut s'insérer tout naturellement dans une playlist contemporaine, une mélodie rock peut trouver sa place dans un set disco et un tube de nos parents peut, relifté, faire danser les enfants. On peut penser ce qu'on veut de ce procédé, que c'est une chance pour l'éclectisme ou un danger pour la singularité de chaque style (puisqu'on ramène tout à des codes actuels) ; cependant, là où nous resterons intransigeants, c'est sur l'évidence que l'edit a aussi ses génies, et qu'il y a au-delà de toute une foule de gentils artisans quelques artistes qui méritent absolument le détour. Mark E fait partie de ceux-là. Son travail, en fait, est la quintessence d'une idée forte de tout un pan de la musique électronique : le plaisir du dévoilement.

Dans Works 2005-2009, cinq des huit morceaux proposés sont à proprement parler des edits - de Diana Ross, Labelle, Janet Jackson, Gabor Szabo et Birth Control. Peu importe la durée des titres sources, le résultat fait toujours entre huit et dix minutes. Peu importe aussi la nature de ces originaux, Mark E les manipule tous de la même façon : patiemment il les décortique, les manipule, leur donne une dynamique nouvelle pour en faire finalement tout autre chose que des chansons. Si au départ les titres travaillés possèdent tous une intro, un refrain, un break instrumental et que sais-je encore, Mark E fait voler en éclats toutes ces structures pour donner à ses relectures un pur mouvement ascensionnel. Il ne s'agit dès lors plus de prendre son pied dès les premières mesures mais d'accompagner une progression, lente, méthodique, qui débute par un simple rythme décharné et débouche sur un climax impensable et extatique.

Mark E possède effectivement cette subtilité rare de déceler du groove aux quatre coins d'un morceau, reconstruisant à partir de samples un crescendo émotionnel d'une qualité rare, d'une maîtrise totale et d'une justesse sans précédent. Prenez par exemple "Smiling" ou "Plastic People": ces titres-là, par leur construction minutieuse et la beauté sidérante de leurs échantillons, ne sont pas loin de ce qu'on entendu de mieux dans tout le mouvement nu-disco. Et un tel niveau de qualité vaut aussi pour les titres plus composés. "Slave 1" et "Night Mover" naviguent plus du côté deep-house et offrent un plaisir différent, complémentaire, plus abstrait et magnétique. Cette touche-là finit de nous combler et range définitivement cet album au rang des immanquables. Mark E, via cette compilation, prouve qu'il est bien un des fers de lance de l'électronique charnelle d'aujourd'hui. Son œuvre, pointue et organique, ne peut laisser insensible aucun de nous.



Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques

Éternel retour

Voici une sélection hétéroclite de morceaux relativement peu connus mais qui, spontanément, vous dirons quelque chose. Vous allez très vite comprendre pourquoi.








Content !

Oui, bon, cette-fois j'ai de l'électricité. Et j'en suis très content. Du coup j'écoute Johnny Hammond. Parce que Tell Me What You Do est assez euphorisant, non ? Si vous appréciez, je vous conseille l'album entier, Gears, sorti en 1975. Un des piliers de ma discothèque jazz-funk !


Gonjasufi

Il neige, je n'ai plus d'électricité. Vous y croyez à ça ? Avant de partir manger à la lampe torche et de me doucher à l'eau glaciale, je prends quand même le temps de vous donner un petit lien. Pas de jus, pas de mac, un ipod qui tourne en boucle avec juste trois albums dedans... Le bon côté c'est que maintenant je connais par coeur A Sufi And A Killer, premier album de Gonjasufi. Je vous en reparle une prochaine fois, si je suis pas mort, parce que ça dérouille.


DCDL XXI, made in Hong Kong, deuxième épisode

DCDL XXI | Finset Chen




DCDL XXI | Finset Chen

1. Thomas_Schumacher_-_NYC
2. Gunnar_Stiller_-_Heideberg
3. Marc_Romboy_Vs_Smokin_Jo_-_What_is_This
4. Dandi & Ugo & Piatto - Sui Balkani (Marshall aka Luigi Rocca Remix)
5. Adam Beyer - She's Got A Cactus Crown (Original Mix)
6. NTFO_-_Alonge_(Original_Mix)
7. Pablo Rez - Subliminal Vibes (Original Mix)
8. Filippo_Moscatello_-_Kleinmond_(James_Flavour_Remix)
9. Johannes_Heil_&_Christian_Pass_-_Sungod
10. Oliver_Tatsch_-_Soulman_ (Namito_Remix)
11. Daniel_Boon_-_Save
12. Erphun_Feat._Cari_Golden_-_Bad_Seed_(D-Nox_&_Beckers_Remix)
13. Estrella Run - Reacted Glitches (Original Mix)

Il y a quelques semaines déjà nous vous proposions un mix made in Hong Kong, réalisé par Dj Curt. Nous remettons ça aujourd'hui avec une sélection de son copain Finsent Chen, axée house dance floor. Bonne écoute en ce lundi soir glacial.

France-Espagne, les notes bleues.


À 100 jours de la coupe du monde, l'Équipe de France est plus inquiétante que jamais. Pas de projet de jeu, sentiment prégnant de résignation, forme d'inertie de la médiocrité où l'on ne touche pas une équipe qui perd... l'EDF a tout pour s'étaler comme au dernier euro. Pourtant, j'y crois encore, remember 2006, mais rien de concret derrière cet espoir, rien de rationnel. Juste le désir de pas s'avouer vaincu par avance.
Bon. Retour sur le match contre l'Espagne. Avec des notes, puisque de toute façon le collectif n'existe pas. En fait je vous avoue que j'ai surtout très envie, pour la première fois, de me prendre pour un journaleux de l'Équipe. Les notes, c'est mon dada.

-Lloris : 7/10. Match assez terrible pour un gardien de but. Il n'a pas eu grand chose à faire sinon chercher des ballons dans le filet, sur des occasions où il ne pouvait pas vraiment intervenir. Grosse impuissance, donc, mais sentiment général de solidité : vigilant dans son placement, sérieux dans ses relances. Tout ce que Mandanda n'assure pas, en somme.

- Sagna : 5/10. Égal à lui-même, correct défensivement mais pas impassable, volontaire en attaque mais pas bien menaçant. Un latéral honorable mais jamais décisif.

- Ciani : 6/10. Je le surnote un peu, car deux grosses erreurs à son actif (une relance naive qui aurait pu coûter très cher et un big bouillon pris face à Torres), néanmoins il reste la seule alternative envisageable à notre défense ravagée. Bien dans sa tête, costaud dans les duels et opportuniste dans les relances, il laisse espérer quelques bons matchs dans le futur.

- Escudé : 3/10. Je ne supporte pas sa passivité, sa façon de toujours se cacher comme un gamin qui craint d'être repéré par son coach. Escudé est définitivement trop tendre pour le niveau mondial.

- Évra : 7/10. Bon match très généreux. En fait toujours un peu plus que le rôle qui lui est assigné et c'est pas plus mal, qu'on prenne exemple sur lui.

- Diarra : 9/10. À l'aise le meilleur Français hier soir. Formidable dans la récupération et dans un bon jour balle au pied, il a été irréprochable.

- Toulalan : 2/10. Un fantôme durant tout le match. Complètement transparant dans tous les secteurs du jeu. Tout le temps perdu sur le terrain, on repère bien là ses limites : il est un joueur incapable de se cantonner à un rôle, précis, dans un match plus stratégique qu'athlétique. QI football très faible, joueur sans spécialité, le très haut niveau lui échappera à cause de ça.

- Ribéry : 6/10. Retour pas dégueu de la vieille tronche, il ne lui a souvent manqué qu'une foulée faire la différence. Mais la question de son rôle est toujours en suspens. Un peu grincheux, un peu blessé, pas vraiment irremplaçable, il est autant un problème qu'une solution.

- Gourcuff : 5/10. Manque de justesse, manque d'assurance technique, mais on sait que ce sont des qualités qu'il possède dans l'absolu. Le bon point concerne sa disponibilité et son abnégation.

- Henry : 1/10. Peut-être le mauvais match d'Henry en équipe de France. Mou à pleurer, inutile sur son côté, en retard dans chaque geste. Ça sent la fin. À moins que...

- Anelka : 3/10. On a fini par s'y habituer : Anelka n'est plus du tout un joueur de profondeur. Tant pis, s'il apporte par ailleurs quelque chose dans la conservation du ballon et la fluidité offensive. Mais hier rien de tout ça. Le laisser seul en attaque est une faute professionnelle.

- Domenech : 1/10. Putain Raymond, tu sais pas encore ce qu'ils valent, Govou et Malouda ? Ils ont fait leur job habituel, de l'entrain et de la puissance physique. Rien de neuf sous le soleil. Et Cheyrou à la place de Toulalan, et Ben Arfa à la place d'Henry, et Cissé un peu plus que dix minutes ? Le problème est qu'on a l'impression qu'il coache comme s'il n'avait plus que quelques retouches à faire, alors que tout est à construire.

Rendez-vous quand même le 11 juillet, hein.



On vous en reparlera, de Nicolas Jaar, puisque c'est l'un des producteurs les plus prometteurs du moment. Son EP A Time For Us est monstrueux. Mais écoutez cette basse surpuissante, bon sang.

Patate House


J'ai fait une sieste. J'ai besoin de groove qui réveille les muscle. The Sound Diggers vient de sortir un nouvel EP, My Generation : parfait, on va faire avec ça. Si je ne suis pas outre mesure enchanté par le morceau original, en revanche les remixes claquent. Sévère même. Je vous en présente deux, le remix méga 80's de The DX Project et le "jackin" remix bien autoritaire de Tom Drummond. Et là maintenant j'ai la patate.

8O's Version by baba5609

Jackin' House by baba5609

Not Fun Anymore (Hey Hey My My Exclusive New Single)

Allons droit au but, ne perdons pas de temps, puisque vous n'avez que trois heures pour écouter en boucle Not Fun Anymore. Premier single décapant, orientation rock clairement annoncée, ouais ouais, Hey Hey My My sera gros en 2010.



(Si vous êtes tombés là vraiment par hasard, et qu'en plus vous avez les yeux en couilles de belettes, regardez deux billets plus bas de quoi on cause)

Edit : trop tard pour écouter ce morceau, il faudra dorénavant attendre sa sortie officielle !

Gil Scott-Heron - I'm New Here (10/10)


Gil Scott-Heron pourrait être mort. Plusieurs fois même. Nous ne faisons pas là référence à son histoire de vie chaotique mais à l'aura qui l'entoure. Oui, Gil Scott-Heron est aimé, adulé, sacralisé comme s'il était déjà parti. Il faut dire que dans l'espace médiatique, il n'a effectivement plus d'existence réelle depuis longtemps. Lui qui n'a sorti qu'un disque depuis 1982 a systématiquement refusé entretiens et interventions télévisées depuis sa grande époque. Insaisissable, en plus, on ne sait jamais où pêcher sa carcasse entre l'anonymat d'Harlem et les séjours carcéraux qui rythment son parcours. Il est donc peu dire que Gil Scott-Heron est un mythe, même pris à son sens le plus littéral, car même à le savoir en vie on ne fait qu'y croire comme à une légende urbaine, sans preuve ni fait avéré qu'il est bien toujours les parages.

De fait, quand Gil Scott-Heron retourne vraiment aux affaires, avec un nouvel album, c'est un peu l'impression d'accueillir un revenant qui nous étreint. Avec un brin d'ironie, il s'annonce avec cette phrase, I'm New Here. Lui qui a marqué à jamais la musique black et ses mouvements contestataires souhaiterait revenir comme pour un premier jour, avec les présentations à faire et tout à prouver. Et il n'a pas tort, dans un sens, car si personne ne remettra en cause l'empreinte qu'il a laissée dans le monde de la soul et du jazz, il n'y avait en revanche aucune assurance que Gil Scott-Heron pouvait, en 2010, faire encore partie des modernes. Car ce retour aurait pu après tout être complètement replié sur lui-même, I'm New Here aurait pu seulement flatter son auteur et toucher les nostalgiques. Heureusement il n'en est rien, et c'est au contraire un disque proprement avant-gardiste qui déboule sur nous.

Gil Scott-Heron fait table rase de ces acquis. Pieces Of man et The Revolution Will Not Be Televised sont loin. En 2010, on ne fait pas de la musique comme avant, l'ère est aujourd'hui électronique et globalisée. I'm New Here n'est pas un disque black, certainement pas. Pas quand le morceau-titre est une reprise de Smog et qu'on croirait y entendre Johnny Cash, pas non plus quand Damon Albarn joue des claviers sur le standard blues "I'll Take Care Of You", encore moins quand les rythmiques électroniques se réfèrent toutes à la tradition britannique – trip-hop, dubstep, indus. Que reste-t-il alors du Gil Scott-Heron de nos vieux vinyles ? Une voix, un spoken word, un discours. Toujours cette bouleversante poésie narrative où l'intime et le social ne font qu'un. Et toujours chez nous ce pouvoir d'être capté par un type, un simple type qui ose prendre la parole.

Les coordonnées ont changé mais Gil Scott-Heron ne s'est pas paumé. Exemple parfait de cette subtilité, les morceaux introductifs et conclusifs, où la confession familiale se fait sur un sample de Kanye West. Quelque part, ce disque se fout de notre gueule. Car, en 28 minutes bourrées d'interludes, qui plus est par un vieux loup qui ne s'était pas exprimé depuis 1994, I'm New Here nous donne des nouvelles de notre époque. On est même pas sûr que ce soit un vrai come-back. Peu de chance que Gil Scott-Heron soit revenu pour rester. On croit bien plus que ce n'est qu'un geste, nous laisser cet objet, pour nous réveiller, avant de disparaître encore.


Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques

Le nouveau single d'Hey Hey My My en écoute demain midi

Je crois que nous avons résumé le principal dans le titre. En effet, c'est le tout début de la promotion du deuxième album d'Hey Hey My My, A Sudden Change Of Mood, à paraître le 26 avril, et nous avons été conviés avec une dizaine d'autres blogs à vous présenter en exclusivité leur premier single, Not Fun Anymore. L'opération réclame cependant d'être ponctuel, tant pour nous que pour vous, car ce titre ne sera disponible dans nos colonnes que demain mardi entre 11h et 14h. Après l'heure fatidique, vous serez pardonnez-moi l'expression baisés.

Pour rappel, Hey Hey My My, c'est un excellent groupe français de folk-rock qui avait cartonné en 2007 avec le premier album éponyme. J'avais particulièrement eu le béguin pour Too Much Space et son clip très intriguant.