Midlake - The Courage Of Others (9/10)


C'est nouveau mais pas si nouveau, dorénavant je publierai ici les chroniques que j'écris pour Goûte Mes Disques. Pour des raisons d'emploi du temps et de positionnement éditorial, cela me paraît être plutôt pertinent. Mais n'oubliez pas de quand même consulter Goûte Mes Disques aussi souvent que possible.

À propos de The Courage Of Others on pourrait écrire à la manière de quelques chroniqueurs sombres, poètes patentés pour qui l'existence est difficile sans métaphores vétustes et mises en situations littérales. On pourrait raconter une balade imaginaire dans les bois d'une région froide, seul avec notre solitude, ivre de tristesse, marchant sur un sentier où les branches sont comme nos souvenirs en ruines. Quel désespoir ! Heureusement que Mère Nature est là, soucieuse de nous, radieuse toujours, nous offrant comme beau miroir sa vigueur téméraire et ses renaissances saisonnières. Et la rivière qui nous lave, lave notre malaise, nettoie les plaies de notre âme et cicatrice nos blessures... Au milieu de cet horrible développement, on essaierait de citer quelques titres de chansons comme "Winter Dies", "Core Of Nature" ou "Small Mountain", genre quand l'hiver meurt, au cœur de la nature, je vis et je sens le courage des autres, perché sur la petite montagne. Et ainsi de suite.

Une telle critique serait sans doute rigolote, voire un peu pathétique, mais elle n'en serait pas moins cohérente avec son sujet : un troisième album de Midlake qui fait déjà tirer la tronche à pas mal d'amoureux du précédent – le grand et miraculeux Trials Of Van Occupenther. Le fait est que Midlake a fait des choix qui s'avèrent discutables. Finis les Fleetwood Mac version Radiohead, tempo soutenu et mélancolie légère, les Texans ont cette fois opté pour des chansons plus renfermées et moroses. Elles sont lentes et – même à y regarder de près – se ressemblent toutes. Autrement dit, il est facile de s'y emmerder. Mais on ne peut s'arrêter à un tel constat, pas quand on parle d'un groupe porteur d'un patrimoine musical si différent des autres, si proche du témoignage historique et de l'archéologie folk. Car avec Midlake on ne cite pas Dylan ou Nick Drake, on ne répète pas deux trois schémas que mille autre groupes rejouent indéfiniment. The Courage Of Others nous parle d'un folk que l'on n'entend plus que dans quelques contrées lointaines, là où quelques égarés dépoussièrent régulièrement leurs vinyles de Donavan, Pentangle ou Steeleye Span. En somme, un folk britannique assez psychédélique, un peu médiéval et pas si éloigné que ça des univers décrits par Tolkien. La filiation de ces groupes ? Des formations dark, souvent réac et strictement folkloriques comme Current 93 et In Gowan Ring. Midlake les rejoint dorénavant, avec leur capacité à simplifier sans vulgariser, avec leur propension à se faire écouter (d'abord) et se faire aimer (ensuite).

Ce troisième album n'aura pas la réputation du précédent, faute de tubes et de diversité, mais il restera le beau disque mineur d'un groupe majeur. S'affinant encore dans la maîtrise des arrangements et des parties instrumentales, Tim Smith et sa bande restent à part, un cran au-dessus, le seul groupe célèbre à pouvoir citer Jethro Tull sans rougir, les seuls Américains à pouvoir donner une leçon de folk anglais à qui veut l'entendre, les seules figures indépendantes à donner envie d'écrire comme un lutin déprimé des forêts scandinaves. The Courage Of Others a le charme boisé des grands disques hivernaux, le pouvoir d'évocation des introuvables de foires aux disques ; et c'est pas si mal pour un petit disque linéaire.




Chronique également disponible ici, sur Goûte Mes Disques.

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