Lindstrøm & Christabelle - Real Life Is No Cool (7/10)

On a traditionnellement coutume de faire débuter la carrière d'Hans-Peter Lindstrøm en 2005 avec "I Feel Space", tube baléarique ultime ayant réussi l'exploit d'investir les clubs les plus beaufs et généralistes d'Ibiza. Depuis, pas mal d'eau a coulé sous les ponts et Lindstrøm s'est construit un empire : il est devenu le maître à penser de la génération nu disco – tant dans son versant progressif et expérimental que dans sa culture dancefloor de l'edit. Ce qu'on oublie un peu trop souvent dans cette histoire, c'est qu'avant "I Feel Space" il y avait eu "Music (In My Mind)", deux ans auparavant. "Music (In My Mind)", c'est trois minutes irrésistibles de disco vocal avec la chanteuse Christabelle (aussi connue sous le nom de Solale). Pas de rythmes étirés, pas d'ambitions psychédéliques, la sensualité est immédiate, directe, presque calibrée. Et quand on connaît l'ensemble des sorties du Norvégien, on sait à quel point ce genre de morceaux fût rare et isolé. Sauf qu'à toujours vouloir fourrer son nez partout, Lindstrøm est revenu à la charge, récemment, et il a exploré cette seule branche du genre qu'il ne côtoyait que de loin : le disco chanté, l'instrumentation discoïde au service d'une voix. Et voilà qu'on se retrouve aujourd'hui avec Real Life Is No Cool, disque collaboratif avec Christabelle qui reprend leurs quelques travaux précédents en les agrémentant de beaucoup de nouveautés.

Rappelant la dualité Donna Summer / Giorgio Moroder, les deux Scandinaves nous offrent un beau disque bancal, ni vraiment pop, ni vraiment aventureux, un peu écartelé entre effets barrés et tentations grand public. Real Life Is No Cool est en fait un disque saccadé et inconstant, parfois très poussif, mais dont les éclairs de génie sont vraiment renversants. Il est d'ailleurs étrange de voir cohabiter des titres aussi inégaux. La reprise de Vangelis ("Let It Happen") est par exemple une horreur impensable dont la nullité est d'autant mieux soulignée qu'elle fait suite au merveilleux et très sexuel "Lovesick". Les grandes réussites ne manquent pas (le funk très Michael Jackson de "Baby Can't Stop" ou la très jolie pièce romantique "High & Low"), mais il y a un sentiment de bordel qui peut rendre l'écoute de cet album très crispante. Voilà pourquoi nous resterons réservés sur Real Life Is No Cool, malgré la voix divine de Christabelle, malgré le pouvoir de séduction de Lindstrøm et malgré une poignée de titres pour le moins essentiels. Mais réservés ne veut pas dire – c'est important de le préciser – déçus ou amers, car on tient-là tout de même une belle preuve que Lindstrøm est un gourou, un vrai, un leader qui ne laissera jamais le disco filer sans lui – et tant mieux pour nous.




Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques

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