Beach House - Teen Dream (7/10)


Teen / Dream / Beach / House. Voilà quatre mots qui à la fois définissent un groupe, nomment un album et décrivent un état d'esprit et un projet. Rêves de plage entre quatre murs d'une chambre d'ados, propulsion dans un ailleurs idyllique, les deux résidents de Baltimore ne parlent que de ça. Victoria Legrand (nièce du compositeur Michel) et Alex Scally font manifestement leur musique pour s'évader de cette ville tordue, pour quitter la terre ferme et se déconnecter des exigences de l'ici et maintenant. Leur troisième album, plus encore que les deux précédents, est un hymne à la rêverie diurne, à cet état vaporeux où la fantaisie s'immisce dans les moindres rouages du quotidien. Et en cela, dans l'optique de se laisser complètement aller aux plaisirs délicieux de l'imaginaire, il n'y a pas beaucoup plus efficace que Teen Dream. Beach Bouse y formule une conception parfaite de la pop onirique, immédiatement préhensible tout en gardant un aspect profondément évanescent. La recette est simple : des mélodies luxueuses, évidentes, et une attention de tous les instants pour dilater la texture musicale à coup de synthés duveteux, de delay et d'effets d'échos en tous genres. Le résultat est clairement impressionnant de justesse et de maîtrise – les Beach House ne se sont pas trompés d'un pouce. Et pourtant on a du mal à parler de Teen Dream comme d'un chef-d'œuvre, la faute à un sentiment de contrôle un peu trop prononcé.

Ce disque est en fait une autoroute, on fonce à fond les ballons vers le pays des songes et il n'y aucune aspérité, aucune déviation, pas le moindre charme du voyage improvisé. On a surtout l'impression que Beach House est une machine à produire du rêve. Ça marche, très bien même, mais ça tourne toujours de la même façon. Et nous, du coup, dans notre position d'auditeur, nous sommes un peu plus que d'autres fois dans le pur registre de la consommation. On veut du plaisir musical, on nous en donne : on nous offre de l'extase en track. Rien de plus, rien de moins. Pas de surprise, pas de bizarrerie, on a ce qu'on cherche et à la fin il ne reste plus qu'à appuyer sur play de nouveau. Le rêve est formaté, typique dirait Freud. L'exil prôné par Beach House est une chimère ; au mieux sommes-nous du côté du simulateur et du circuit sur rail. Ça n'empêche pas de prendre sa dose, car Teen Dream est peut-être le produit de l'année. Mais au fond, que restera-t-il une fois les années passées ? Les Beach House sont en fait tellement à l'aise dans leur époque qu'on tendrait à les confondre avec, et c'est précisément là que le bât blesse.



Chronique également disponible sur Goûte Mes Disques

5 commentaires:

Hugues Derolez a dit…

Ça a l'air assez chouette !

Julien Lafond-Laumond a dit…

Je vous l'ai jamais fait écouter en soirée parce que c'est un disque que je déteste aimer. Et je sais que vous seriez comme des oufs dessus, Mich sauterait partout et en pleurerait de joie. J'ai des frissons dans le dos rien que d'en parler.

Dahut a dit…

N'empêche en concert tu paies ta dose

Hugues Derolez a dit…

Hahaha, oui je n'imagine que très bien.

2bEn a dit…

Bon, j'vais aller m'écouter ça alors...
(et jolie chronique)