Top 10 des disques les plus surcôtés des 00's

On m'avait suggéré l'idée au moment des 20 chefs d'œuvres méconnus des 00's : pourquoi ne pas faire pareil avec les supposés grands disques qui n'en sont en fait pas. C'était tentant, d'être très méchant au moins une fois, alors j'ai réfléchi et j'ai choisi dix albums qui m'ont beaucoup agacé au long de ces dix années. Dix disques acclamés de toute part et que je n'ai jamais compris. Tous possèdent évidemment de bonnes chansons, mais là n'est pas la question, quel disque peut se targuer d'être un raté intégral ? J'aimerais trouver ce genre de produits, nuls de A à Z, mais là je m'écarte du sujet. Les galettes que j'ai sélectionnées, on s'en souviendra tous quand sera vieux, et c'est précisément ça le problème : ils ne le méritent pas. Pas plus que mille ou dix mille autres. Si vous n'êtes pas d'accord, dites-le, et surtout dites quels sont vos intouchables de la décennie, ça m'intéresse.

Arcade Fire - Funeral (Rough Trade, 2004)
Je hais les disques générationnels. Dès le premier titre on sait que ça va plaire à toute une bande de zobs qui sans l'assumer kiffent U2 et Queen. Arcade Fire vulgarise la grammaire post-rock de Constellation pour en faire une épuisante pop fm à tendance emo. Quand je pense qu'au même moment sortait You Forgot It in People de Broken Social Scene, ça me fait mal au cul.




Mastodon - Leviathan (Relapse Records, 2004)
Le monstre extrême de la décennie ? Non, juste du Bayrou Metal pour kids attardés. Fade, indécis et consensuel.




Animal Collective : Strawberry Jam (Domino, 2007)
Il m'a fallu longtemps pour admettre qu'effectivement, Animal Collective pouvait être un grand groupe. Il m'a fallu attendre Merriweather Post Pavillion, en gros. Mais là où je resterai inflexible, c'est concernant Person Pitch et surtout Strawberry Jam. À l'époque pas une voix dissidente, pas le début d'une critique pour un album pourtant pas loin d'être inaudible. Criard, fûmeux, Strawberry Jam représente le pire du freak folk faussement intello, qui se cache derrière un nuage d'effets bizarres pour qu'on ne se rende pas compte qu'il y a quoi, deux-trois chansons qui sont bien écrites là-dedans. Et puis crevons l'abcès pour de bon, les Animal Collective n'ont vraiment pas inventé la poudre, pour le côté révolutionnaire on repassera : il suffit d'écouter ou réécouter les premiers Mercury Rev pour saisir l'ampleur du malentendu.




M83 - Before The Dawn Heals Us (Goom, 2005)
Jean-Michel Jarre, à côté, c'est de la musique de chambre. M83 joue du synthé comme Laurence Buccolini fait du trapèze. Avec beaucoup d'insouciance mais sans souplesse.




Portishead - Third (Island, 2008)
Third, troisième roulade dans le pathos pour le groupe de Beth Gibbons. Et dire qu'on crie au génie parce qu'en dix ans, ils ont ajouté deux trois broutilles indus à leur arc. Bon disque nostalgique, admettons, mais proposition artistique honteusement sur-évaluée.




Of Montreal - Hissing Fauna, Are You the Destroyer? (Polyvinyl, 2006)
Les nouveaux Beach Boys ? Mon dieu, je m'évanouis à chaque fois que je lis ça. D'ailleurs, depuis la sortie de cette horreur, on me prend pour un narcoleptique. L'enrobage synthétique de ce disque et sa frénésie rock sont parmi mes plus mauvais souvenirs de la décennie.




Boards of Canada - Geogaddi (Warp, 2002)
On peut inventer la roue et pas savoir quoi en faire d'intelligent : des monocycles, des hula hoop, des boîtes à camembert etc. C'est le cas typique de Boards Of Canada, pionnier sur la façon de faire sonner l'electronica, mais dépassé par tous ses suiveurs dès lors qu'il s'agit de faire un bon album.




Sufjan Stevens - Illinoise (Asthmatic Kitty, 2005)
L'imposture de la décennie, haut-la-main. Sufjan Stevens a une belle voix, a écrit deux très belles chansons – Concerning the UFO... et John Wayne Gacy, Jr – mais c'est globalement tout. Ce type-là à une incapacité pathologique à être mesuré, concis et juste. Illinoise pourrait être tronqué d'au moins 50% de ses chansons, on commencerait alors à approcher d'un bel album. Mais c'est sans compter les grandes faiblesses instrumentales de l'ensemble. On ne fait pas des arrangements flamboyants avec une telle fanfare de bricolos. Sans rire, il y a un tel écart entre l'ambition de Sufjan Stevens et son niveau réel que ça en devient énigmatique. Exemple ultime de ce non-sens, le projet aberrant d'un album par état qui s'est arrêté... au bout du deuxième. Facile de dire après coup que c'était une blague, Sufjan, arrête de bluffer ton monde.




Outkast - Stankonia (Arista, 2000)
Le geste est sympa, un groupe de rap qui tente son White Album. Stankonia est donc bourré ras la gueule de hip-hop qui part dans tous les sens, avec quelques tubes qu'on aime bien, mais qui a déjà réussi à écouter Stankonia en entier ? Il y a vraiment à boire, à manger, et surtout à dégueuler dans ce gros ragoût à l'odeur très suspecte.




Hot Chip - The Warning (EMI, 2006)
Ce combo reste pour moi un gros point d'interrogation. Ils sont doués (dans leurs side-projects), érudits (en interview), émouvants (dans leurs remixes), mais sur album c'est une purge. Leur electro-pop cérébrale ne fonctionne pas du tout. Trop tentés par l'electronica et l'idm pour être vraiment efficaces, trop vocaux et pop pour stimuler l'intellect, les Hot Chip ont le cul entre deux chaises et tombent fesses les premières sur le béton. C'est le cas sur The Warning, sur Made in Dark, et ce sera pareil sur le prochain. Vivement le split ?


17 commentaires:

Paul C. a dit…

C'est gratuit, mais c'est rigolo :p

Hugues Derolez a dit…

Que des groupes de merde alors je suis pas mécontent.

Nikki Sonic a dit…

Chouette ! Il va y avoir de la polémique dans l'air car , cher Julien , même si je te souhaite une excellente année et qu'une fois encore c'est un plaisir de te lire , il se trouve que je ne suis pas d'accord concernant un certain nombre de disques mentionnés . Bon , là je suis au boulot , mais je reviens bientôt avec des arguments mastocs !!!

gil a dit…

Tout à fait d'accord et si vous n’avez pas encore entendu ce dont sont capables des Clones-musiciens, passez à l’occasion les voir sur http://fr.akamusic.com/lesllbellullsuedoizz
Vous verrez que les prouesses bio-technologiques portent leurs fruits et résistent à la gravité avec grandiloquence.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Excellente année à toi aussi, Nikki ! Et j'attends tes arguments avec impatience. Tu sais, j'ai choisi ces disques précisément parce qu'une somme considérable de gens que je côtoie et respecte les apprécient. J'aurais au contraire été inquiet si tout le monde m'avait répondu "ok avec toi". héhé.

Valoche a dit…

"Les galettes que j'ai sélectionnées, on s'en souviendra tous quand sera vieux, et c'est précisément ça le problème : ils ne le méritent pas."

Ils ne le méritent pas selon qui? Selon toi?

Si on s'en souvient dans 20 ans, quelle que soit la raison, ils le méritent. Ca ne veut pas dire que c'est juste. Mais c'est en tous cas mérité.

Pour le reste, c'est comme tout classement très discutable. Et comme pour tout classement il n'y a pas grand intérêt à le discuter.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Je ne comprends pas le fond de ton commentaire. Tu es visiblement passée à côté de mon texte. Je ne vise qu'à décapiter quelques têtes pour rigoler (d'abord) et discuter (ensuite). Parce que oui, dans le monde des musiques indépendantes, il y a le même fonctionnement que dans la culture très populaire, la culture télé. C'est aussi une question de publicité, de marketing, de mise en avant prescrite. Tous les groupes cités ont joui d'une aura médiatique que je trouve excessive par rapport à ce qu'ont connu mille autres groupes. Croire qu'il y a l'égalité des chances même dans la musique indé est très naïf. C'est donc avec un désir un peu militant que j'ai parlé de ces disques, parce que je sais trop bien que le succès d'un disque n'est pas fonction que de ses qualités intrinsèques.

Mais ce qui ressort de ton message, c'est "laissons faire les choses" et faisons confiance. Pas de dialogues, pas d'interrogations. Triste.

Nikki Sonic a dit…

Complètement d'accord avec toi concernant Portishead ( une sorte de gros loukoum prog-rock déguisé en krautrock) et l'axe Sufjan stevens/Of Montreal en mode imposture ( mais il y a pire niveau encens et patchouli) .Pour Animal Collective , c'est étrange mais je partage tes interrogations et surtout la référence à Mercury Rev me semble pertinente ( je précise que j'étais un grand fan de la 1ere période , je dois même avoir conservé l'un de leurs T-Shirts circa 1991-1993). Le problème étant que mes interrogations sont aussi valables pour de nombreux groupes actuels taggés post-rock/psyché rock dont les formules sont trop souvent éventées . Par contre gros souci avec Boards Of Canada , Hot Chip et surtout Outkast .
Il me semble assez clair que ces derniers sont totalement géniaux pour , entre autres , les raisons suivantes : sur Skankonia ils ont réussi l'exploit de relever le défi de la régionalisation du hip hop us 00's ( à savoir qu'ils ont ancré clairement leur son dans le dirty south qu'ils ont contribué à inventer) tout en dégetthoïsant le hip hop . Ce que je veux dire c'est que musicalement Skankonia est à la fois totalement lié à une identité locale et complètement universel .Le tout sans tomber dans les combines marketing habituelles qui visent à lisser le son et à rajouter des featurings à tout va histoire de toucher tout le monde . Le contrôle artistique d'Outkast est total , ce qui est rare .Ai-je besoin de rajouter que l'album prouve qu'Outkast a impeccablement digéré les influences electronica et fait du coup exploser les règles de production du hip hop us ? Et ceci en rejetant à la fois le son east coast traditionnaliste ,le son gangsta west coast populiste , en ne pompant ni les Neptunes ni timbaland, soit en inventant leur genre.Le vrai post- rock , c'est eux tellement ils sont avant-gardistes.Faut-il enfin rappeler leur don de futurologues via Bombs Over Baghdad ?.Bref ces mecs sont énormes et ont plus de choses à dire que guns/money/bitches.
Concernant Hot CHip , je partage toutes tes remarques et l'écart entre leurs intentions /discours et le résultat est parfois abyssal .Mais il me semble qu'ils s'inscrivent dans cette grande tradition pop inaugurée par les Talking Heads ( groupe génial auquel je ne compare pas Hot Chip qualitativement parlant) de combo geek/blanc bec fasciné par le pouvoir d'émancipation de la dance music .Hot chip c'est donc le syndrome de l'intello nerd qui voudrait bien être James Brown +Fela+ Donna Summer .J'aurai tendance à dire que depuis les 80's l'Angleterre en a fourni une pelletée avec plus ou moins de bonheur .A chaque fois ce qui me touche dans ces groupes c'est leur maladresse , l'aspect dysfonctionnel des beats qu'ils produisent , le fait que malgré tous leurs efforts ils n'arrivent pas à se lâcher complètement. Par ailleurs un groupe comme Hot CHip fait quand même office de passeur entre la dance music pointue et le mainstream ce qui n'est jamais négligeable .Au final Hot Chip n'est certainement pas un grand groupe mais ne mérite pas le bûcher non plus.
Euh force est de constater que je suis quand même totalement d'accord avec toi sur beaucoup d'albums de ta liste ( du moins ceux que je connais) !
Merci pour ton article et à bientôt !

Julien Lafond-Laumond a dit…

Ta réponse est savoureuse et très stimulante. Et je suis entièrement d'accord avec tout ce que tu dis !
Il n'y a pas de contradiction avec ce que j'ai écrit : tu expliques (en mieux) ce que j'aurais pu dire pour défendre Outkast et Hot Chip. Ce sont des groupes pour qui j'ai beaucoup de sympathie, que j'aimerais aimer (pour les raisons que tu exposes) mais que je n'arrive pas à apprécier (pour ce que moi j'expose).
On en revient toujours à la même chose, au-delà des perceptions auditives agréables ou désagréables que l'on a, on se construit un discours qui justifie cette sensation. Et puisqu'on est pas trop cons, on peut renverser ce discours, le remodeler, en faire ce qu'on veut quitte à être menteur, de mauvaise foi ou provoc'. Je suis content de l'avoir fait, pour voir et pour rire, parce que ça m'a permis de lire des choses sur Hot Chip autrement plus vivifiantes que sur Tsugi. Mission accomplie, donc !

Gohan a dit…

Portishead, un groupe de merde selon certains commentateurs, dur... mais bon les gouts et les couleurs vous me direz... sinon en ce qui concerne l album dont tu parles julien, moi je le trouve tres bon, le morceau machine gun est fabuleux, sauvagement radical, tout ce que l on attend, souvent en vain, de la musique pop actuelle...

pour ce qui est de M83, je comprends plus aisément que l'on n accroche pas, mais bon moi j'adore en tout cas... pas très constructif comme défense de l'album mais bon...

par contre, hot chip je valide complètement...
moi j aurais clairement glisse un petit phoenix et un petit klaxxons, au risque de faire grincer quelques dents, he he he

super initiative en tout cas, courageuse en ce temps de dictature traxxaco-tsugiste ;-)

Julien Lafond-Laumond a dit…

J'ai pas cherché à être constructif, j'ai juste voulu faire mon "Zemmour", ce qui reste un exercice assez rigolo à faire. Surtout quand, comme je le répète, j'ai de la sympathie pour les groupes visé :)
Les seuls que j'aime vraiment pas : Sufjan Stevens, Of Montreal et Mastodon.

Nikki Sonic a dit…

Je me permets de rajouter un petit mot Julien sur cette idée de discours construit a posteriori qui engendre fatalement de la subjectivité . Il me semble que le degré d'arbitraire dépend quand même du type de discours critique que l'on privilégie .Il me semble que l'on peut en distinguer plusieurs (liste non exhaustive et non exclusive) :
- l'approche auteuriste fatalement psychologisante qui vise à construire la figure de l'artiste , en valorisant l'individu et son originalité , la transmission de son expérience personnelle .Bien sûr ce que certains vont trouver bouleversant d'autres vont le trouver ridicule d'où un arbitraire important
-l'approche technique qui vise à construite la figure de l'artisan/technicien d'où la valorisation du savoir-faire , du vrai musicos .Une critique certes objective mais qui se soucie de la virtuosité ?
-l'approche esthétisante /histoire de l'art /diachronique qui vise à construire la figure de l'avant-gardiste .Sera valorisé la capacité d'innovation esthétique de l'oeuvre par rapport aux oeuvres précédentes .Ce qui peut sembler un critère plus objectif mais est fatalement soumis à débat
-l'approche synchronique/sociologisante qui vise à valoriser la figue collective de la "scène" , c'est-à-dire du sens socio-politique d'une oeuvre et donc de sa résonance socio-culturelle .Au final envisager non pas l'oeuvre comme le produit d'un artiste mais comme le résultat d'une interaction entre lui , son contexte et une collectivité .Il me semble que cette dernière approche est particulièrement opératoire pour la dance music ,ou le hip-hop même si non suffisante .Elle permet quand même une certaine objectivation même illusoire .Ceci dit cela ne réduit pas forcement l'écart avec ses goûts personnels (eux-mêmes dépendants d'une multiplicité de facteurs)mais permet de mieux comprendre une oeuvre .
Une fois encore merci pour ton article qui a permis de débattre !

Nikki Sonic a dit…

Ah oui je veux rassurer Gohan : je considère Dummy comme un très grand disque !!! Je ne voulais pas dire que Portishead est un mauvais groupe loin de là ! Mais simplement que leur dernier album ne m'a pas plu.

Gohan a dit…

@Nikki: je ne visais pas ton premier commentaire mais celui du dessus en vérité: "Que des groupes de merde alors je suis pas mécontent."
Sinon, je dois dire que je trouve ton analyse scientifique de la critique musicale très pertinente, soigneusement enrobée d'une rhétorique assez au point, faut-il souligner, canalisant ainsi "fatalement" toute tentative sérieuse de riposte ;-)
Amusant cet article et ce qui en découle en tout cas : une initiative trop rare.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Celui qui a dit que c'était que des groupes de merde il écoute les killers... (Hugues si tu me lis !)

Classification hyper intéressante, Nikki. Je prends note.

Ceci étant je suis un apôtre du "tout subjectif" et j'aurais tendance à dire que le type de discours critique que l'on utilise dépend intimement de ce qu'on veut en dire, de la valence qu'on veut y donner.
Il me semble que moi, dans mes textes qui se veulent plus journalistiques, j'alterne entre toutes ces catégories discursives. Pourquoi j'alterne, qu'est-ce qui me fait choisir tel angle d'attaque plutôt qu'un autre ? Je crois qu'au final ce sont des raisons assez personnelles (ce qui n'est à mon avis pas un problème, d'ailleurs). Mais je vais réfléchir plus longuement à tout ça.

Soundscriber a dit…

Do it, do it, do it, do it, do it, do it, do it now
Say it, say it, say it, say it, say it, say it, say it now

Hot Chip! c'est nul!

AF a dit…

Je valide Soundscriber.
Sinon les autres, ça a l'air super intéressant, mais on est vendredi soir, alors hein, on va pas penser non plus ! (désolée pour cet écart)