DCDL XVI, 1/3, 1/3, 1/3

DCDL XVI | ABC Africa


DCDL XVI by 123 Océanie

ABC Africa | DCDL XVI

1. Altered:Carbon - Tinted Corvettes
2. Tha Blue Herb - 人斬り
3. Blue Sky Black Death & Jean Gray - Strikes
4. Xploding Plastix - Happy Jizz Girls
5. Ametsub - Lichen With Piano
6. Raoul Sinier - Tremens Industry
7. Sadistik - Memento Mori
8. Access To Arasaka - Monoscan
9. Undermathic - Independance
10. Dälek & Faust - Hungry For Now
11. Shlohmo - Blankets
12. Skalpel - 1958
13. Chicago Underground Duo - Hermeto
14. Lushlife - Bottle Rocket

La recette du DCDL XVI : 1/3 Hip-Hop, 1/3 IDM, 1/3 New Jazz.

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Les bienfaits de l'écoute mesurée

Combien de fois mon dieu ai-je entendu, lu, que si je n'aimais pas tel ou tel disque, c'est que je ne l'avais pas écouté assez. L'argument paraît de bon sens, de prime abord : pour juger pertinemment un objet il faudrait en avoir la connaissance la plus intime possible, mais pourtant un postulat comme celui-ci m'apparaît largement biaisé, à tel point que je n'hésite pas à dire que c'est une grosse connerie. Je vais essayer d'expliquer pourquoi, et je vais essayer de proposer également une autre vision des choses, plus à l'écoute de mes principes et plus proche de l'idée que je me fais d'un jugement juste.

Passées les fluctuations des premières écoutes, j'ai souvent constaté que plus on écoutait un disque, plus on l'appréciait (dans le cadre d'écoutes répétées dans une unité de temps relativement faible). Le plaisir éprouvé en musique est à mon avis fortement lié à la question de la mémoire. Je ne tombe pas dans le proustisme de base, nostalgie et réminiscence, il est plus question ici de cognitivisme. Le sentiment d'agréable en musique va souvent de pair avec une reconnaissance, reconnaissance soit d'une forme (les codes d'un genre, les squelettes d'une structure, les signatures sonores d'une scène), soit d'une déclinaison particulière de ces "gestalts" – il s'agit alors du souvenir d'un arrangement précis, d'une mélodie particulière ou de tout autre trait singulier et irréductible d'une chanson. Pour le dire autrement, quand on écoute quelque chose de nouveau on est rarement démuni, on dispose d'un arsenal de pré-conceptions à partir desquelles on oriente notre attention ; et quand écoute un disque que l'on a déjà passé plusieurs fois, chaque nouvelle écoute sera fonction des précédentes, de ce qui en aura été mémorisé et de ce qui sera reconnu. Si vous me suivez un peu, l'idée est que globalement, plus un disque sera écouté, mieux il sera retenu, fatalement, et plus grand sera le plaisir de le connaître de fond en comble, jusqu'au bout des doigts.
Je vais prendre un premier exemple. Si on l'écoute 100 fois, tout disque de pop est un excellent disque de pop songs, car après un tel acharnement on pourra chanter tous les refrains sous notre douche, et le savoir particulier sur ce disque rendra aveugle la moindre tentative de distanciation. Après autant de lectures, peut-on encore reconnaître les influences d'un disque comme au premier jour, peut-on encore penser qu'une chanson est vaine quand on la connaît par coeur ? Cela m'amène à mettre les deux pieds dans le plat : à la question "quel cd amènerais-tu sur une île déserte ?" j'aurais presque envie de répondre "peu importe, ça change rien". Car mettons, si je passe dix ans sur une plage du bout du globe, seul avec un disque, eh bien très vite il ne sera plus du tout question d'un quelconque goût esthétique. Sans point de comparaison, sans choix possible, ce cd, qu'il s'agisse de Pet Sounds ou de Blink 182, sera le seul à ma disposition, la seule musique au monde, et le fait que j'apprécie ou non son écoute dépendra avant tout de moi, de mes dispositions psychiques à écouter quelque chose que je connais, plus que des caractéristiques de l'objet en question. Dans des coordonnées plus communes, cela veut dire qu'à trop écouter un disque, on se perd en lui, et qu'il y a alors quelque chose d'imperméable, d'amniotique aussi, une espèce d'auto-centration qui rend tout recul impossible. Je précise qu'en soit ça n'est pas une tare, qu'au contraire ça peut être très doux, mais cela pose problème quand un tel état est présupposé pour émettre un jugement pertinent et dit "objectif", alors que précisément, quand un disque est trop maîtrisé, il n'y a plus d'objet et de sujet et que l'on est plus du côté fusionnel ou ombilical.
Pour aller dans ce sens, je vais citer un commentaire anodin de Benjamin F, du remarquable blogzine Playlist Society. À propos de ses réserves vis à vis du dernier Midlake il écrivait : "Je lutte tous les jours pour ne plus succomber si facilement aux disques. Si je me laissais aller, je dirais que tout est bien sinon". Je pense que tout est dit dans ces deux phrases. À trop vouloir connaître un disque, dans l'idée très honorable du journaliste qui "maîtrise son sujet", on risque au contraire de basculer dans l'amour incontrôlable de ce qui nous est proche, dans le fantasme que la musique qui tourne ne concerne que nous, n'est jouée que pour nous. Et même, sans suivre ce genre d'hypothèses, on peut être d'accord, a minima, sur le fait que tous nous tendons naturellement vers le plaisir et l'agréable. Qu'on soit physiologiste, freudien ou cognitiviste, on ne peut qu'admettre que nous tentons, à force d'écoutes, d'intégrer positivement un disque, c'est à dire de préviligier par mille façons le sentiment de plaisir sur celui de déplaisir.
Je vois plusieurs choses que l'on peut me rétorquer. J'en vois déjà qui pensent "tous mes disques préférés, j'ai mis du temps avant de les aimer". Je suis de ceux-là. Il n'empêche que ces disques – même si leurs premières écoutes ont été difficiles – ont d'emblée suscité la curiosité, ont manifesté un quelque chose qui poussait à y revenir, et que donc même dans les premières rencontres il y avait les germes d'un futur avis positif, il y avait le truc qui donnait envie d'y revenir, par excitation et non par nécessité méthodologique. Mais de toute façon, même ceux qui sont farouchement opposés à mon propos s'expose à une critique forte. Si pour juger au mieux un disque il fallait la précision et la rigueur d'un entomologiste, comment choisir les disques à dépecer ? Pour une très banale question de temps, on ne peut pas écouter tous les disques 20 fois, ou alors on ne se concentre que sur quelques disques, et alors la question devient : pourquoi donner un tel privilège à ceux-ci plutôt qu'aux autres ? Là encore, la subjectivité intervient de manière radicale.

Plutôt que d'écouter un disque en boucle, beaucoup de fois, et de s'exposer aux risques que j'ai évoqués, il me semble que quelques écoutes suffisent pour porter un jugement sérieux envers un album. Je ne suis pas l'apôtre de la fainéantise, ces quelques écoutes ne doivent pas se faire n'importe comment, ou alors si, à la limite, mais elles doivent en tout cas être réfléchies, analysées en profondeur. Le premier contact avec un album est toujours le plus incertain et le plus créatif. Entre notre a priori de départ et notre sentiment à l'arrivée, il peut se passer mille aventures, mille retournements de situations, notre opinion se construit en live et nos émotions vrillent dans tous les sens. Cette première écoute, bien évidemment, ne suffit pas, mais elle est la plus dense, la plus originale, et dans l'absolu il faudrait presque en prendre des notes. Je ne le fais pas, bien sûr, mais il faut travailler, dans sa tête, à n'oublier aucune pensée en route. Car bien souvent, dès à présent les dés sont jetés. Même si notre première opinion générale n'est pas la bonne et qu'elle va être remodelée par la suite, il y a déjà beaucoup d'éléments qu'il faut méticuleusement réserver car ils sont les plus spontanés, les plus intuitifs et les plus éphémères. Plus que de pouvoir dire si telle ou telle chanson est bien, si cet arrangement vaut le coup ou je ne sais quoi d'autre, on est assailli dès la première écoute par une somme d'impressions, de sentiments globaux, d'idées à la volée qui, bien souvent, signent plus la singularité d'un disque que n'importe quelle analyse particulière, le plus inutile étant de loin l'analyse morceau par morceau.
Ceci étant entendu, il faut tout de même quelques jours, quelques semaines pour sédentariser un avis. Il faut également quelques lectures supplémentaires pour y voir plus clair, pour mieux appréhender notre bouillonnement face à un disque que l'on ne connaît pas. Il faut commencer à pouvoir repérer quelques détails du disque, aussi, pour ne pas parler que de loin, mais c'est là, à cet endroit précis que le jugement d'un disque me semble le plus solide. Même si on l'impression de ne pas être arrêté sur son avis, même si on a l'impression d'être encore inculte et impuissant devant son clavier, c'est dans cet entre-deux, à mi chemin entre le jugement général et la connaissance particulière, que s'écrivent les meilleurs textes. Il peut sembler qu'on juge dans un work in progress perpétuel, dans des questionnements non élucidés, que l'on est encore un peu dans l'a priori et pas dans le travail fini, mais comme l'écrivait le brillant intellectuel Axel Cadieux à propos de la critique de cinéma : "les intentions et ce qu'elles sous-tendent comptent parfois plus que le résultat effectif, c'est un peu le principe qui permet d'accorder potentiellement la même ampleur à un Apatow et à un Visconti". Alors, pourquoi se sentir illégitime à écrire sur un disque que l'on a écouté que trois fois ?



Comme mon texte est très long, j'ai aussi mis une chanson très longue aussi, des krautrockeurs de La Düsseldorf.

The Phantom's revenge chez nos copains de HMiT

Ca se passe demain soir à Toulouse, c'est notre ami Dale Cooper de HMiT qui organise ça. Ca devrait swinguer sévère - à pister notamment, le set de notre petit copain Dahut. Et puis, The Phantom's revenge, on présente plus, c'est du tout bon, de la house bim bam comme on aime.

Toutes les précisions sur Facebook.

Tetro has been mais je t'aime quand même


Mogwai, je peux vraiment plus. Par contre, étrangement, j'aime toujours autant The Album Leaf. A Chorus Of Storytellers sort le 2 février dans nos contrées. Il ressemble aux deux premiers – du Happy Songs For Happy People au kilomètre – mais ça marche encore très bien. Hier, je me suis même surpris à écouter cet album dans le bus, en regardant le soleil se lever et en me disant que c'était bô. Je suis mal barré. Bref. Je vous donne un avant-goût de ce délicieux album tellement 2003 avec Blank Pages et son crescendo très propre.

Blank Pages by ABC Asia

Illustration : Tetro (Francis Ford Coppola)

Beach Basket

Depuis quelques semaines, des rumeurs courent sur Al Jefferson. Partira, partira pas ? Le staff des Timberwolves dément. En tout cas, pour que le "franchise player" d'une équipe soit cité dans les tabloids rubrique transferts, il faut bien qu'il y ait quelque chose qui coince quelque part. Ici, en l'occurrence, il y a deux raisons qui justifient de telles rumeurs : la première est que les Wolves sont des buses, des gros nazes, deuxième pire équipe de la NBA derrière les intouchables Nets, la deuxième est que le statut de Jefferson est brinquebalant. Jefferson peine à retrouver son plus haut niveau d'avant blessures, pour des raisons physiques sans doute, mais aussi et surtout à cause de l'explosion de Kevin Love. Deuxième saison dans la ligue, le sophomore cumule déjà un double-double de moyenne, et pas un petit : 15 points et 12 rebonds par match en tout juste trente minutes. C'est énorme et il est évident que ça limite le rayonnement de Jefferson, son autre comparse dans la raquette.
Kevin Love est d'une race de joueurs relativement rare en NBA. Il est blanc, ça en fait déjà une exception, et en plus ça ni un shooteur ni un grand pivot inutile. C'est un vrai ailier fort, qui va au charbon et qui déborde d'activité, c'est un faux-lent qui compense son manque de jump par un super timing et des fondamentaux bien maîtrisés. Autrement dit, c'est un joueur comme tous les coachs en aimeraient, solide et sérieux avec une vraie capacité à peser un match. Et mon petit doigt me dit que les Wolves miseraient bien sur lui à long terme, même s'il n'a pas l'envergure d'un all star. Je vous laisse avec un petit mix très sobre qui présente bien le joueur.



Ha, d'ailleurs, j'oubliais de vous dire, Kevin Love a un patrimoine familial assez particulier. Son père, Stan, est un ancien joueur pro qui a fait une carrière assez anodine notamment aux lakers. Il a arrêté le sport en 75 et, deux ans plus tard... il travaillait avec les Beach Boys. Comment il s'est retrouvé là? Vous avez pas tilté encore ? Le vilain Mike Love était le frère de Stan, et donc l'oncle de Kevin ! Stan Love a laissé tomber le sport pour se rapprocher de son frère et des fameux tourments des Beach Boys, pendant cette période hyper méconnue de la fin des 70's. Il faisait le super garde du corps, celui qui par présence forte restabilisera un brin l'édifice familial Wilson/Love. C'est pas grand chose, au final, mais c'est le clin d'oeil qui me plaît. Surtout que je voulais depuis longtemps dire quelques mots sur les Beach Boys post Pet Sounds et sur Mike Love. Surf's Up est pour moi pas loin d'être leur meilleur album, et puis je suis hyper attaché à cette lente et longue agonie du groupe depuis l'avorté Smile en 67. Il n'y aura quasiment que des disques mineurs, mais avec partout des bouleversants éclairs de génie. Et puis cette espèce de guerre perpétuelle pour le pouvoir. Mike Love est souvent considéré comme le démon du groupe, le mal incarné. Certes, c'est un bel enculé, mais c'est à mon avis grâce aussi à lui que les Beach Boys furent le plus grand groupe du monde. C'est la tension au sein du groupe, la friction entre les aspirations de chacun qui est le vrai génie de ce groupe, plus que le "simple" talent de Brian Wilson. Je conclue cette fois par un morceau de Love You (1977), album méconnu, très touchant, et dont je recommande vivement l'écoute.



J'aimerais qu'à chaque fois que Kevin Love marque un panier, il le dédie à sa famille, aux Beach Boys, à tonton Mike et cousin Brian Wilson.

Lemon Sun

Il y a quelques semaines, Thibault, de l'excellente Quenelle Culturelle, me contactait pour me demander si j'étais intéressé par dire quelques mots sur Lemon Sun, un groupe pour qui il n'a pas d'action mais qu'il aime suffisamment pour en faire une promotion bénévole. Je me suis trouvé embêté : j'ai beaucoup aimé Run With The Faitless, leur premier album sorti l'an dernier, mais je me suis senti bien incapable d'en dire quoique ce soit. Lemon Sun est un groupe trop simple pour moi, pour mes mots à moi, et écrire dessus aurait été un supplice tellement je ne sais pas écrire sur ce genre d'objets. Donc, plutôt que de pousser un texte trop formel et trop plat, je vous invite juste à regarder les deux clips suivants. Telephone rappelle inévitablement The Strokes, Loner est bien plus dans un trip crooner. Pour les possesseurs de Spotify, ça se passe ici. Et ce sont eux les mieux lotis tant l'album regorge de très bon titres.




Alan Kirby - DCDL XV

DCDL XV | Alan Kirby

Shed Goes Deep Vol 5 by alan KiRBy

Alan Kirby | DCDL XV

1. Silicone Soul - Language
2. Denace To Society -Deeper Love (Original mix)
3. Karol XVII _ MB Valence Feat_ Robert Owens - Gone Too Far (Milton Jackson Remix)
4. Kevin Jost - Know your Jazz
5. Larsi Behrenroth ft Chezere - The way you move
6. Manuel Tur DPlay - Deviate
7. Levan - Keep Me Sweet (Christian Ho)
8. Son Of Raw - Black Men In Space
9. Martin brodin - Deep Shit (Karol XVII)
10. Steve Lawlor - Hocus Pocus (Darius Syrossian Nyra Mix )
11. Bas Amro - IT moves so much (original mix)
12. Lucas Greenberg -Rolloing Stone (original mix)
13. Carol Sanchez- Dj Ray - Like
14. Milton Jackson - Open My Eyes
15. David West - Inkfish ghetto Feel

La Deep House, ça fait plusieurs années qu'on annonce son retour, plusieurs années que ça n'est plus une insulte. Et pourtant dieu sait qu'il est compliqué, encore aujourd'hui, de pouvoir en écouter. Pour rester à la page ou simplement s'initier, impossible de faire l'économie de revendeurs spécialisés comme Traxsource ou de communautés virtuelles comme Pure House Music. C'est sur ce dernier site participatif que nous avons découvert Alan Kirby, résidant à Cork, en Irlande, et passionné jusqu'à la moelle du versant deep de la House. Le mix qu'il nous a préparé est un vibrant hommage à cette scène très ancrée dans le dancefloor et qui s'autorise néanmoins toute la tristesse soulful du monde. Avec Alan Kirby, on rêve en club ou on danse chez soi, ce n'est jamais tout à fait festif ni tout à fait introspectif. Bon voyage !


Alan Kirby sur Facebook

That Pussy On Me

Vous connaissez une adresse, pour apprendre à danser comme ça ?




Autre vidéo superbe et inattendue, des images de vacances au Vietnam sur Make It So de Daedelus. Du hip-hop mutant et euphorisant, encore.



Bon dimanche !

Je rêve que je dors

Philippe Léotard est le grand oublié quand on évoque les beaux et grands destins de la chanson française. D'abord et avant tout acteur (une centaine de rôles à son actif), il a me semble-t-il sublimé sa carrière en passant derrière le micro. Plus question de ce mettre dans la peau d'un autre, cet écorché vif parlerait dorénavant de lui. D'abord timidement – Léo Chante Ferré, ensuite plus ouvertement. Je rêve que je dors, son troisième album, est de la même race que L'Imprudence de Bashung, noir jusqu'au bout des ongles, libre comme au premier jour et sublime de bout en bout. Un de mes monuments de cœur de la chanson made in France.

Train Of The Dead

Ça fait longtemps qu'on a ne vous avait pas fait de petite gotherie. Ce soir vous avez droit à Miguel and the Living Dead, un groupe polak de goth'n'roll particulièrement fun. Déjà la pochette fait envie, les textes sont assez tordants, musicalement, c'est moins le pied, mais tant pis, leur mélange de rockabilly et de goth-punk est suffisamment enjoué pour qu'on adhère. Train Of The Dead, en tout cas, est une bonne poilade.

Train Of The Dead by ABC Asia

Summer Soon

J'ai attrapé froid et j'ai mal à la gorge. Je veux des cocktails bien sucrés, des couchers de soleil, du surf et des belles pépées. Je veux être en été.

Les quatre clips ci-dessous sont classés par ordre chronologique. Je ne vous ferai pas l'offense de baragouiner sur les Beach Boys ou Yo La Tengo, mais les deux autres morceaux méritent quelques explications. Pipeline de The Chantays, en premier, est une des pierre angulaires de la surf music, sortie quasiment en même temps que Surfin' U.S.A, printemps 1963, à l'époque où le genre était encore principalement instrumental. À l'autre extrémité, Big Wave Rider, le premier single de Rainbow Bridge, dont on devrait beaucoup parler en 2010, dans un style semblable à Real Estate. Leur clip, en tout cas, me rend tout chose.









DCDL XIV, fiché au grand dandysme

DCDL XIV | Consume - © Traip [Consume]
© Traip [Consume]




Consume | DCDL XIV

1. Pixies – Gouge Away
2. Consume – Suprématisme
3. Holy Ghost – Hold On
4. Ghostland Observatory – Sad Sad City
5. Bloc Party – This Modern Love
6. Portishead – The Rip
7. The Cure – A Forest
8. Grandmaster Flash – The Message
9. The Beastie Boys – Bobo On The Corner
10. Yuksek – I Could Never Be A Dancer
11. OMD – Souvenir
12. Fuck Buttons – Surf Solar


"Consume, voix blanche pour mécanique rythmique, dynamise l'espace et convoque Kasimir Malévitch sur son titre "suprématisme". Parisiens, modernes et romantiques, ils assènent un rock géométrique et dansant, se reconnaissant d’influences aussi bien coldwave 80's que contemporaines (Taxi Girl, Marquis De Sade, Bloc Party, The Rapture, Pixies)."


Consume chez Asphalt Duchess
Consume, le blog

Playlist downtempo du vendredi soir

Petite playlist électronique du vendredi soir, pas dancefloor du tout. Et pour une fois je vais complètement fermer ma gueule.

Mondkopf - Libera Me (Destin Tragique Remix by Gohan)




Shlohmo - Hfos_4-9



Lusine - Gravity




Celer - Untitled 4




Hudson Mohawke - Fuse


Top 10 des disques les plus surcôtés des 00's

On m'avait suggéré l'idée au moment des 20 chefs d'œuvres méconnus des 00's : pourquoi ne pas faire pareil avec les supposés grands disques qui n'en sont en fait pas. C'était tentant, d'être très méchant au moins une fois, alors j'ai réfléchi et j'ai choisi dix albums qui m'ont beaucoup agacé au long de ces dix années. Dix disques acclamés de toute part et que je n'ai jamais compris. Tous possèdent évidemment de bonnes chansons, mais là n'est pas la question, quel disque peut se targuer d'être un raté intégral ? J'aimerais trouver ce genre de produits, nuls de A à Z, mais là je m'écarte du sujet. Les galettes que j'ai sélectionnées, on s'en souviendra tous quand sera vieux, et c'est précisément ça le problème : ils ne le méritent pas. Pas plus que mille ou dix mille autres. Si vous n'êtes pas d'accord, dites-le, et surtout dites quels sont vos intouchables de la décennie, ça m'intéresse.

Arcade Fire - Funeral (Rough Trade, 2004)
Je hais les disques générationnels. Dès le premier titre on sait que ça va plaire à toute une bande de zobs qui sans l'assumer kiffent U2 et Queen. Arcade Fire vulgarise la grammaire post-rock de Constellation pour en faire une épuisante pop fm à tendance emo. Quand je pense qu'au même moment sortait You Forgot It in People de Broken Social Scene, ça me fait mal au cul.




Mastodon - Leviathan (Relapse Records, 2004)
Le monstre extrême de la décennie ? Non, juste du Bayrou Metal pour kids attardés. Fade, indécis et consensuel.




Animal Collective : Strawberry Jam (Domino, 2007)
Il m'a fallu longtemps pour admettre qu'effectivement, Animal Collective pouvait être un grand groupe. Il m'a fallu attendre Merriweather Post Pavillion, en gros. Mais là où je resterai inflexible, c'est concernant Person Pitch et surtout Strawberry Jam. À l'époque pas une voix dissidente, pas le début d'une critique pour un album pourtant pas loin d'être inaudible. Criard, fûmeux, Strawberry Jam représente le pire du freak folk faussement intello, qui se cache derrière un nuage d'effets bizarres pour qu'on ne se rende pas compte qu'il y a quoi, deux-trois chansons qui sont bien écrites là-dedans. Et puis crevons l'abcès pour de bon, les Animal Collective n'ont vraiment pas inventé la poudre, pour le côté révolutionnaire on repassera : il suffit d'écouter ou réécouter les premiers Mercury Rev pour saisir l'ampleur du malentendu.




M83 - Before The Dawn Heals Us (Goom, 2005)
Jean-Michel Jarre, à côté, c'est de la musique de chambre. M83 joue du synthé comme Laurence Buccolini fait du trapèze. Avec beaucoup d'insouciance mais sans souplesse.




Portishead - Third (Island, 2008)
Third, troisième roulade dans le pathos pour le groupe de Beth Gibbons. Et dire qu'on crie au génie parce qu'en dix ans, ils ont ajouté deux trois broutilles indus à leur arc. Bon disque nostalgique, admettons, mais proposition artistique honteusement sur-évaluée.




Of Montreal - Hissing Fauna, Are You the Destroyer? (Polyvinyl, 2006)
Les nouveaux Beach Boys ? Mon dieu, je m'évanouis à chaque fois que je lis ça. D'ailleurs, depuis la sortie de cette horreur, on me prend pour un narcoleptique. L'enrobage synthétique de ce disque et sa frénésie rock sont parmi mes plus mauvais souvenirs de la décennie.




Boards of Canada - Geogaddi (Warp, 2002)
On peut inventer la roue et pas savoir quoi en faire d'intelligent : des monocycles, des hula hoop, des boîtes à camembert etc. C'est le cas typique de Boards Of Canada, pionnier sur la façon de faire sonner l'electronica, mais dépassé par tous ses suiveurs dès lors qu'il s'agit de faire un bon album.




Sufjan Stevens - Illinoise (Asthmatic Kitty, 2005)
L'imposture de la décennie, haut-la-main. Sufjan Stevens a une belle voix, a écrit deux très belles chansons – Concerning the UFO... et John Wayne Gacy, Jr – mais c'est globalement tout. Ce type-là à une incapacité pathologique à être mesuré, concis et juste. Illinoise pourrait être tronqué d'au moins 50% de ses chansons, on commencerait alors à approcher d'un bel album. Mais c'est sans compter les grandes faiblesses instrumentales de l'ensemble. On ne fait pas des arrangements flamboyants avec une telle fanfare de bricolos. Sans rire, il y a un tel écart entre l'ambition de Sufjan Stevens et son niveau réel que ça en devient énigmatique. Exemple ultime de ce non-sens, le projet aberrant d'un album par état qui s'est arrêté... au bout du deuxième. Facile de dire après coup que c'était une blague, Sufjan, arrête de bluffer ton monde.




Outkast - Stankonia (Arista, 2000)
Le geste est sympa, un groupe de rap qui tente son White Album. Stankonia est donc bourré ras la gueule de hip-hop qui part dans tous les sens, avec quelques tubes qu'on aime bien, mais qui a déjà réussi à écouter Stankonia en entier ? Il y a vraiment à boire, à manger, et surtout à dégueuler dans ce gros ragoût à l'odeur très suspecte.




Hot Chip - The Warning (EMI, 2006)
Ce combo reste pour moi un gros point d'interrogation. Ils sont doués (dans leurs side-projects), érudits (en interview), émouvants (dans leurs remixes), mais sur album c'est une purge. Leur electro-pop cérébrale ne fonctionne pas du tout. Trop tentés par l'electronica et l'idm pour être vraiment efficaces, trop vocaux et pop pour stimuler l'intellect, les Hot Chip ont le cul entre deux chaises et tombent fesses les premières sur le béton. C'est le cas sur The Warning, sur Made in Dark, et ce sera pareil sur le prochain. Vivement le split ?


Les danses de la pleine lune

J'ai cumulé les coïncidences étonnantes, hier. Il y en a eu une d'assez morbide : alors que la nuit passée, j'ai tout à coup voulu voir pour la première fois Les nuits de la pleine lune de Rohmer, j'apprenais le soir même son décès, auquel je ne m'attendais pas du tout. De ce film j'ai beaucoup de choses à retenir. Mais, à y voir d'un peu plus près, toute la substance narrative est condensée en une scène, une scène de danse sur la musique d'Elli et Jacno. Je vous montre cette scène, même si elle tronquée à la fin. Car d'une, c'est un formidable documentaire sur le mauvais goût d'époque (mais ces looks et ces pas de danse, quoi !), et de deux, c'est peut-être toute l'intelligence de Rohmer qui est ici, à synthétiser et anticiper en deux minutes tout ce qui est arrivé et va advenir dans le film. La danse comme pur espace narratif, donc.
Cette scène m'a donné envie de revoir d'autres danses au cinéma. Je vous montre mes préférées. La plus classe (Les Amants Réguliers), la plus euphorisante (Two Lovers), la plus bouleversante (Shara), la plus drôle (OSS 117 nid d'espion) et la plus attendrissante (Wall-E). Bon visionnage.







Rohmer

Nous avons encore perdu quelqu'un, et pas des moindres. Je suis pas prêt de m'en foutre : Rohmer occupait une place conséquente dans ma cinéphilie.



Rohmer Mountain by 123 Océanie

Ci-dessus, Small Mountain, extrait du futur album de Midlake (The Courage Of Others, février 2009). C'est d'une tristesse colossale.

DCDL XIII, c'y trop bon missié

DCDL XIII | La Mate - © Andréa Fradin
© Andréa Fradin

La Mate | DCDL XIII by clementdechibraltar

DCDL XIII | La Mate

1. Ashford & Simpson - Bourgié Bourgié
2. Uner - Labaneria (Affkt Funktool remix)
3. Quince - Vires
4.Kenton Slash Demon - Khattabi (Clouded Vision remix)
5. Christian Smith & Reset Robot - Air Miles
6. Chrystal Fighters - I love London (Matt Walsh &Alex Jones's Met Police Re-Think)
7. Olibusta - Mosh
8. Worthy - Eight Yay Eight
9. Julio Bashmore - Um Bongo Revenge
10. Gucci Mane - Lemonade

Parmi les familiers de DCDL, La Mate figure en bonne place - à l'image de La Kustom!. Des sélections pointues, une technique irréprochable, nous adhérons à 100% et sommes chaque fois ravis de l'accueillir ici.

La Mate sur MySpace
Hill Institute sur MySpace

Aurore [P.E.A.S.H], la playlist surprise

© aurore dexmier
© Aurore D.

A la base, P.E.A.S.H [Aurore et Rado] c'est un duo de djs et producteurs Toulousains. Ca a joué electro énervé pendant un temps, baltimore i tutti quanti, aujourd'hui ça s'assagit et ça joue beaucoup plus techno. Nous aimons ça.
Mais on ne va pas parler techno. On va revenir vers quelque chose de plus énervé justement, avec une sélection réalisée par Aurore, à forte teneur en houblon, pas mal orientée hardore/stoner, et qui s'apaise quand même par moments, avec un peu de drone et de post rock.




Deux pouces = deux coups de pouces
Plebeian sur MySpace
I pilot Daemon sur MySpace



Attendre que la nuit...

Attendre que la Nuit, toujours reconnaissable
À sa grande altitude où n’atteint pas le vent,
Mais le malheur des hommes,
Vienne allumer ses feux intimes et tremblants
Et dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,
Ses lanternes de bord que le ciel a bercées,
Ses filets étoilés dans notre âme élargie,
Attendre qu’elle trouve en nous sa confidente
Grâce à mille reflets et secrets mouvements
Et qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,
Nous les enfants perdus, maltraités par le jour
Et la grande lumière,
Ramassés par la Nuit poreuse et pénétrante,
Plus sûre qu’un lit sûr sous un toit familier,
C’est l’abri murmurant qui nous tient compagnie,
C’est la couche où poser la tête qui déjà
Commence à graviter,
À s’étoiler en nous, à trouver son chemin.

Jules Supervielle, tiré de Amis inconnus (1934)



Stoner et cochonneries


Aujourd'hui j'ai découvert un groupe pas terrible du nom de Drunk Horse. Pas terrible parce que pour un groupe de stoner, ça manque un peu de poils et de rejets de bière. Guitare bavarde, voix un peu crâneuse, c'est agaçant quand on cherche un blues massif et terreux qui va pas par quatre chemins. Faites-vous votre avis sur spotify ici, parce que les zicos ne sont quand même pas incompétents.

Si je parle de cet album sur lequel je suis tombé par hasard, Adult Situations, c'est pour deux raisons. D'abord pour sa pochette, dont je vous montre la version "stickerisée", comme on la trouve en vente partout. Elle est bien vulgos, et si vous voulez savoir ce qui se cache derrière les rajouts autocollants, il faut être sage et rendez-vous en fin de post. Ensuite parce que le stoner, j'en écoute pas tous les jours, mais ça fait partie de mes amours. Et dès que je pense stoner, je pense Stoner Witch, les Melvins, ma bible du genre. Un album de chevet, ce serait exagéré, mais en tout cas un disque balise sur lequel je reviens au moins une fois par trimestre. La musique est y est cracra, elle en a plein le slip, et en même temps si on fait l'effort d'écouter tous les morceaux, on découvre aux Melvins un côté poètes du désert assez troublant. Écoutez au moins Roadbull qui me semble un bon résumé des paradoxes melviniens.




Alors mes coquins, on avait hâte d'arriver à la fin du post, pour que je vous dévoile la version non censurée de la pochette des Drunk Horse ? Je vous connais bien. Je la mets pas directement sur le blog parce que faudrait pas que ça vire porno non plus. Allez la voir ICI.

Double noeud


De l'ombre à la lumière, le changement fait rêver. Inversées, les choses sont plus compliquées. Difficile de ne pas prendre pour soi un tel revirement du public. À l'époque, JP Nataf vendait des brouettes de disques, il était connu de toutes les familles. C'était quand même le chanteur des Innocents !

Souvenirs d'un chouette chanson/variété française :

Aujourd'hui JP Nataf est toujours aussi aimé. Mais pas grand monde ne sait qu'il sort encore des disques. Voilà ce qu'on appelle le pur succès d'estime... Son dernier album, Clair, est sorti il y a quelques mois, et il est bourré de superbes fulgurances folk. C'est simple et boisé, avec des textes magnifiques. Vous pouvez l'écouter sur spotify en cliquant ici. Sinon, je vous mets ci-dessous Les Lacets, riff très Nick Drake et chant de marin-poète. J'en suis baba.

Les Lacets by 123 Océanie

DCDL XII, la touche française

DCDL XII//Psycholove © Arnaud Diaz
© Arnaud Diaz


Psycholove - DCDL XII

1.1/ Run DMC ft. Aerosmith - Walk this way
1.2/ Coolio - Gangsta Paradise
2/ Richard Jon Smith - Baby's got another
3/ Richard Jon Smith - She's the master of the game (Psycholove edit)
4.1/ Star City - I'm a man (12" version)
4.2/ Valerie Dore - The Night
4.3/ Alan Braxe - Intro
4.4/ Scotch - Take me up
5.1/ Radiohead - Reckoner (The Twelves remix)
5.2/ Roy Rogers - Graceland
5.3/ Radiohead - Reckoner (Elijah's Horrible Wind remix)
5.4/ Fatboyslim - Star 69 (Acapella)
6.1/ Sheila ft. B.Devotion - Space (Arnaud Diaz Edit)
6.2/ Lifelike - Love is what you need (Arnaud Diaz Edit)
6.3/ Superfunk - Shake your body
6.4/ Alb - Sweet Sensation (Breakbot remix)
7.1/ Le Knight Club - Soul Bells
7.2/ Psycholove - In our tree (Special Extended version)
8.1/ Ilo de Pancrate - Let's groove (demo version)
8.2/ Mr Oizo - Cheetas
8.3/ Sister Sledge - We are family (acapella)
9.1/ Gloves - PYX
9.2/ Demon - Don't make me cry (Lifelike remix)
9.3/ Mr Gonzo - Magic Cherry
10.1/ Space - Carry on, turn me on
10.2/ Space - Tango in space
10.3/ Air - Sexy Boy (Cassius Radio Mix)
11.1/ Cobra Dukes - Airtight (Aeroplane remix)
11.2/ Human League - Don't you want me
12/ Phoenix - Fences (Sundance remix)
13/ Prince - Let's go crazy
14/ Allure ft. Mickaël Tëo - On the moon

Psycholove, c'est Arnaud Diaz & Ilo de Pancrate. On n'a pas encore entendu grand chose, mais leur track In our tree... mamamia, ça sonne du feu de Dieu. Références clairement pop-funk, groove houseux, ça chaloupe avec classe. Ce DCDL XII est à cette image, empreint de l'esprit touche française. C'eut été idéal le 31 au soir.
Notez les titres d'Allure, Pyscholove, Sundance et Ilo de Pancrate : exclus DCDL les petits chéris.

Le titre qui nous a fait craquer : In our tree
Psycholove - In our tree (Radio edit) by clementd

Imper et Impair, le lieutenant Columbo est un salaud.


Columbo est peut-être la série la plus répétitive jamais réalisée. La structure d'un épisode est toujours la même : premier temps, on dévoile dans une longue séquence le crime et ses enjeux, deuxième temps Columbo mène son enquête auprès d'un coupable qui avait pourtant tout l'air d'être innocent. La mécanique est immuable. Parce qu'elle est fascinante et inépuisable.
Hier soir je suis tombé sur un vieil épisode tout à fait intéressant. Le criminel était un magicien qui dans une vie passée avait été nazi – déjà ça c'est génial. Columbo, comme à son habitude, traîne direct avec ce mec qui n'avait a priori rien à faire dans l'histoire. Et bien sûr il a envie d'apprendre des tours de passe-passe, tu vois, pour qu'il puisse ensuite faire rigoler sa femme à la maison. Il est un peu lourd, Columbo, avec son sourire niais et sa gaucherie légendaire. Sauf que dans l'histoire, c'est précisément lui qui est magicien, et il n'y a pas de trucage : Columbo sait toujours au premier regard qui est le coupable. Il ne tâtonne pas, n'hésite jamais, il se colle d'emblée au meurtrier comme un inoffensif chien mouillé et le fatigue jusqu'à ce qu'il commette un impair.
Quand on tient cette idée comme acquise – cette idée que Columbo a le don génial de reconnaître intuitivement un criminel, toute la série prend une coloration très nouvelle. La maladresse habituelle du lieutenant, par exemple, sa capacité innée à passer pour incapable deviennent signe d'une vraie jouissance destructrice : il sait quel sera le dénouement de l'histoire, il sait qu'il n'y a qu'à attendre patiemment la preuve satisfaisante, et il fait tout pour que la chute du criminel soit la plus violente possible. En s'invalidant en permanence, en se montrant toujours à côté de la plaque, Columbo se débrouille pour que le coupable se sente très vite à l'aise, en position dominante, sûr d'avoir commis le meurtre parfait et d'être à l'abri de toute accusation. Le point de jouissance est là car lui, Columbo, sait déjà que l'autre est pris au piège, qu'il est foutu, et que la révélation finale (la culpabilité qui éclate) ne sera que plus terrible s'il continue à paraître aussi nul.
Quand on y réfléchit avec attention, le personnage de Columbo est clairement un personnage haineux et revanchard. Et il ne faut pas aller chercher beaucoup plus loin qu'une simple histoire de lutte des classes. Les coupables sont toujours des gens qui ont réussi. Ils sont riches, doués, ingénieux, de familles nobles, du gotha américain ou du monde du spectacle. Lui n'est qu'un fonctionnaire au rôle très assigné, au salaire utilitaire, au manteau pourri et à la caisse d'un autre âge. Il a même un chien qui s'appelle "Le Chien". On ne sait pas ce qu'il lui arrivé, au lieutenant Columbo, dans une autre vie (nazi lui aussi ?), mais il prend un plaisir insoupçonnable à briser certaines vies.