Les Noces Juives du jazz


Drôle de hasard, les deux seuls disques de jazz qui m'ont envoûté cette année étaient deux disques de musiciens juifs. Classiquement, les musiques juives sont un peu coupées en deux, le populaire d'un côté, le bourgeois de l'autre, respectivement incarnés par les musiques klezmer et classiques. Pour les deux artistes d'aujourd'hui, on a toujours senti d'abord un amour de la musique noble, un brin élitiste, celle de l'excellence et du goût suprême. Yaron Herman et Avishai Cohen sont des musiciens de la classe au-dessus, ils ont soit traîné avec les meilleurs (Cohen a été le bassiste de Chick Coréa et Herbie Hancock...), soit ils sont eux-même les meilleurs (Herman est déjà considéré par beaucoup comme le plus grand espoir du piano, à 27 ans). N'empêche, on sent dans chacun de leur dernier album un retour sur les racines. Pas de folklore, non, juste des racines vernies luxueusement.

Yaron Herman est une star montante, très jeune, très communicant, très doué, très aisé. Et sa réputation, il se l'est faite avec une grâce tirée des anciens (Keith Jarrett, Bill Evans, le repertoire classique) et une connaissance de la modernité choppée sur Myspace. Pas fou, le gars alterne gros standards et reprises de Britney ou Björk. Mais sur son dernier ouvrage, Muse, on sent un temps petit peu, pour la première fois, ses racines juives. Il y a d'abord une reprise intimiste de Naomi Shemer, star israélienne adulée par tout un peuple et il y aussi Lamidbar, interprétation fougueuse inspiré par sa culture natale. Bon, comme vous allez l'entendre, c'est très discret. Mais c'est un début.

Lamidbar by Julien LL

Avishai Cohen est un cas beaucoup plus intéressant. J'aime Yaron Herman mais seulement comme pianiste moderne et presque délocalisé. Avishai Cohen, lui, transpire quelque chose de beaucoup plus profond et réflexif. Je recommande très vivement son album Aurora, métissé, varié et superbement interprété. Cohen y pose sa contre-basse très chaleureuse et s'essaie aussi au chant. Sans virtuosité mais avec une sincérité assez troublante. L'ensemble est plutôt posé, calme, on sent un musicien en recherche. Une recherche identitaire très douce et apaisante.

Aurora by Julien LL

Un dernier partage, pour ceux qui ne savent pas exactement à quoi je fais référence en parlant de musique klezmer. Voici une vidéo du Pape David Krakauer, en 2004 à Krakow. Ce sont tous des types incroyables et surhumains, et pourtant ça n'en est pas moins complètement populaire. Ça fait du bien.




Tableau : Les Noces Juives dans le Maroc, Eugène Delacroix

1 commentaires:

Julien Lafond-Laumond a dit…

Je me réponds à moi-même parce que j'avais oublié de souligner la qualité extraordinaire du batteur de Yaron Herman, un dénommé Gerald Cleaver. Son jeu m'impressionne, très technique et en même temps hyper léger et sautillant. Vraiment une des meilleures prestation de batterie que j'ai entendu ces dernières années.