DCDL VII, claque les watts

DCDL VII//ABC Africa - ©Ulysse Notey
© Ulysse Notey

ABC Africa - DCDL VII

1. Digitalfoxglove feat. Freak You - Beasts and Flowers
2. Alex Metric - What Now
3. Skeelo - I Wish (Breakdown remix)
4. Knightstalker - Narcotics (Valerna remix)
5. Bumpin Ace - Rockin' Bar (Jay Zero remix)
6. Jack Beats - What (Foamo re-edit)
7. Matt Cox & Nick Ostertag - Motherfucking House Music (Defunct!'s Skirtlifter remix)
8. Sharkslayer - Fleshlighter
9. Clegs - Bounce Back
10. All Leather - I Don't Hate Fags, God Does (Congorock Remix)
11. Boris Dlugosch - Bangkok
12. Housemeister - Gehacktes
13. Rebolledo - Guerrero
14. Crash Worship - You Light Up My Life

Plus besoin de présenter ABC Africa, alias Dj Julien Lafond-Laumond. Par contre, ce DCDL VII mérite quelques explications. Quand on connaît les travaux précédents de Juju, quand on connaît le personnage, on tombe un peu des nues à l'écoute de cette nouvelle mixtape ambiance 'turbines'. Disons qu'on a plutôt l'habitude de le voir et de l'entendre mixer une house souple et élégante, avec une écharpe Burberry mauve autour du cou. Alors, avec cette sélection orientée fidget et b-more, genre slim/dunk/new era, c'est le choc. Mais comme toujours avec Juju, le travail est hyper soigné. Ça fonctionne plutôt très bien et on se laisse vite aller à remuer fort la tête.

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8 bites

Un autre clip (après celui de Flying Lotus) qui plaira sans doute à nos visiteurs en mal de cul. C'est la dernière vidéo de Flairs, Truckers Delight. Musicalement c'est du haut-niveau, on est ravis de pouvoir attendre un musicien electro-pop qui, harmoniquement parlant, se refuse autant à la simplicité. C'est peut-être plus difficile d'apprécier du premier coup, mais à terme le gain est considérable : on ne trouvera jamais ça mièvre et basique. Quant au clip, c'est évidemment un plaisir.


Au coin du feu


J'ai découvert In Gowan Ring il y a un petit moment, simultanément sur la compilation Honi soit qui mal y pense, produite par le webzine italien Neo-Folk.it (il me semble que le site est désormais fermé), et par le biais de Blood Axis avec qui notre joli barde a enregistré The Rite of Sanhain. Ce qui est amusant dans cette histoire, c'est que B'eirth, le pilier de In Gowan Ring, est l'archétype du néo hippie alors que Blood Axis cultive une esthétique sérieusement fascisante. Idem pour le fanzine susnommé. C'est là toute l'ambiguïté de la scène néo et dark folk. Mais on en parlera une autre fois.
Ici en tout cas, on a affaire à un pur morceau de folk tendance bucolique, qui n'est pas sans rappeler certaines pièces délicieuses du Tolkien Ensemble ou, plus directement, la musique d'artistes que j'avais mentionnés il y a quelques temps déjà dans un article sur le Land Art. Piou piou.

20 grands disques sous-estimés (2000-2009)

C'est le moment de faire les comptes de la décennie, dit-on. Alors on lit des tops. Pas des réflexions très poussées sur ce qui a changé, non, on se tape juste des gros classements bien lourdingues et hyper prévisibles. Pour ma part je n'ai pas trop voulu tenter cet exercice – plus par manque de courage qu'autre chose je dois bien avouer. Mais ma fainéantise a au moins permis d'accoucher de ceci : une liste très alternative de chefs d'œuvres oubliés ou méconnus pendant ces dix années. Je ne vise pas à être exhaustif, ni même à ce qu'on me croit sur parole. Par contre je peux vous affirmer qu'aucun de ces disques n'est dans le top 200 de Pitchfork, aucun non plus dans le top 100 de NME et un seul dans le top 500 de Rate Your Music. Et pourtant ils pourraient tous avoir leur place. Et même haut.

Songs Of Green Pheasant - Gyllyng Street (Fat Cat / 2007)
Duncan Sumpner, un bricoleur, prof de musique à plein-temps, qui s'il est distribué par Fat Cat, pue quand même à mort le lo-fi et la production maison. On pense d'abord à un songwriter folk bon mais classique. Mais au fur et à mesure des sorties se fait plus clairement jour une toile de fond dream-pop – accords éthérées, répétitions oniriques, échos un brin surranés. Gyllyng Street, son dernier album en date, est un vrai disque hybride. Comme un chef d'oeuvre miniaturisé entre Talk Talk et Elliott Smith.



Cornelius - Sensuous (Warner / 2006)
Un disque au raté public et journalistique inexplicable. Ce Japonais avait fait le tour du monde avec Fantasma (1998) et Point (2002), deux "trucs" bizarres, complètement avant-gardistes et pourtant totalement pop. "La musique du 21ème siècle", soit disant. Sauf que personne n'en a rien eu à foutre de son Sensuous (à part Chronic'art), pourtant de loin son disque le plus cohérent et abouti. Alors moi je le maintiens, Cornelius est un génie comme il y en a pas dix dans le monde de la pop (déviante).



Bill Wells & Maher Shalal Hash Baz - Gok (Geographic / 2009)
J'en ai parlé un peu partout cette année, j'en ai fait une promotion un peu sauvage. Donc je fatigue un peu et je vous renvoie d'abord sur ma chronique pour Goûte Mes Disques. Mais même essouflé je peux continuer en vous en dire tout le bien que j'en pense. Gok est mon rayon de soleil, une relecture de la twee pop et du jazz dans une bulle d'hélium plein de musiciens ratés. J'en suis gaga.



Desiderii Marginis - That Which Is Tragic and Timeless (Cold Meat Industry / 2005)
Le pouvoir hymnotique de ce disque est incroyable. Le sommet du dark-ambient dans ce qu'il a de plus évocateur et de plus limpide. Pas besoin d'être un spécialiste du genre pour apprécier, le paysage post-apocalpytique dépeint est suffisamment mélancolisé aux cordes, aux guitares sèches et aux notes de piano pour être audible par tous. C'est la bande-son qu'utiliserait Tarkovski pour ses films s'il n'était pas mort.



Liquid Spirits - Music (Kindred Spirits / 2008)
De la soul hollandaise, oui vous lisez bien. Mais rassurez-vous, ça ne sent pas le fromage. C'est même la plus belle proposition nu-soul que j'ai pu entendre depuis longtemps, libre, sensuelle et hors-circuit. La chro de Goûte Mes Disques.



Orval Carlos Sibelius - Orval Carlos Sibelius (Clapping Music / 2006)
On entend pas mal parler de Centenaire depuis quelques temps. Oui c'est franchement pas mal mais je reste déçu quand j'y vois crédité Axel Monnaud, ce même bonhomme qui sous le pseudo d'Orval Carlos Sibelius avait sorti en 2006 un disque d'une richesse pantagruélique. Un Français qui revisite formidablement le rock de Canterbury, les litanies de Robert Wyatt et en même temps l'emphase des Beach Boys, on ne peut décidément pas s'en passer.



Jaga - What We Must (Ninja Tune / 2005)
Le manque de reconnaissance dont souffre cet album est incompréhensible. Plébiscité pour leur electro-jazz somme toute assez oubliable, les Jaga Jazzist coupe leur nom en deux et se lancent corps et âme dans une aventure electro-post-rock progressif assez stupéfiante. S'il y a deux disques à retenir du post-rock jazzifiant, c'est bien le Winter Hymn (blabla...) de Do Make Say Think et celui-là. Et on peut vous l'assurer, ça vieillit mieux que Mono ou Explosions In The Sky.



Strings Of Consciousness - Our Moon Is Full (Central Control / 2007)
L'excellent Philippe Petit et Hervé Vincenti en chefs d'orchestre de ce projet quasi virtuel à 11 musiciens et 7 voix ; 8 titres entre noise rock, spoken work et jazz-ambient ; c'est la crême de l'underground mondial avec en plus une saisissante capacité de synthèse. Il y a vraiment beaucoup de trop poésie dans cet étrange album pour qu'on ne l'écoute pas.




Donato Wharton - Body Isolations (City Center Offices / 2006)
Sorti sur l'excellent label City Center Offices, Body Isolations est une merveille d'ambient, à mi-chemin entre les travaux de Fennesz et l'électro-acoustique version abordable. Il n'est pas connu, n'a pas donné de nouvelles depuis 2007 et on le regrette beaucoup. On en veut plus.




Time Of Orchids - Sarcast While (Tzadik / 2005)
Sans doute le disque le plus dur à écouter de ma sélection. Time Of Orchids est un vrai groupe expérimental, sa musique est sur les nerfs, tendance This Heat. Mais derrière le brouhaha apparent, beaucoup de qualités d'écriture, d'inventions sonores et d'émotions camouflées. À conseiller aux plus courageux.




Joose Keskitalo - Joose Keskitalo ja Kolmas Maailmanpalo (Helmi Levyt / 2008)
Le chef de file du folk finlandais. De facture relativement classique mais avec un manque de visibilité proprement honteux. Ce n'est que du folk, mais c'est à peu près le meilleur sur Terre. Lien vers ma chronique complète.



Richard Pinhas & Merzbow - Keio Line (Cuneiform Records / 2008)
La rencontre au sommet de deux papes de la musique underground pour une expérience ambient-noise intense et très émotionnelle. Oui, les grands théoriciens en ont aussi plein le coeur. En lire plus ici.



Hifana - Fresh Push Breakin' (W+K Tokyo Lab / 2003)
L'abstract hip-hop, c'est généralement assez mélancolique et réflexif. Pas forcément chiant, mais ça ne tire pas beaucoup faire le dancefloor. Mais il faut bien sûr qu'il y aient des japonais pour me contredire... Fresh Push Breakin est une orgie de rythmes bien tassés et de samples rigolos. C'est bordélique et incroyablement réjouissant. On vous le cache pas, ça peut fatiguer, mais la patate quoi.



Have A Nice Life - Deathconsciousness (Ennemies List / 2008)
Pour ce qui est de donner la pêche, par contre, oubliez vite Have A Nice Life. Il s'agit-là d'un ancien groupe de black metal qui se reconvertit dans le cold-shoegaze très référencé 80's. Noir de chez noir, Deathconsciousness est un double-album âpre et dur au mal, plein de détresse froide et de contemplation morbide.



Paatos - Timeloss (Stokholm Record / 2002)
Le rock progressif est mort à peu près partout sauf en Suède. Et Paatos est le groupe le plus ouvert du genre, le plus progressiste finalement. Timeloss, leur premier album, est un monstre de jazz-rock super technique, de très belles ambiances folkloriques et de chant féminin bien éthéré. Comme si Björk enregistrait un disque sur l'Islande en compagnie des Mars Volta.



Pluramon - The Monstrous Surplus (Karaoke Kalk / 2007)
Le disque shoegaze de la décennie. What else ?



Funki Porcini - Fast Asleep (Ninja Tune / 2003)
C'est une règle qui marche toujours avec Ninja Tune. Plus un disque est connu, moins je l'aime. Et inversement. Au fin fond de leur catalogue, Fast Asleep est une rêverie parfaite, entre ambient cosmique et bribes de jazz. Je peux pas imaginer musique plus "deep".



Baxter Dury - Len Parrot's Memorial Lift (Rough Trade / 2002)
Le fils de Ian Dury fait de la musique. Ha ouais ? Ouais, il a sorti deux albums, le premier avec des musiciens de Portishead et Pulp. Et en plus c'est formidable. Il est plus posé que son père mais pas moins inspiré.



Yagya - Rigning (Sending Orbs / 2009)
Je disais à propos de Funki Porcini que je ne pouvais pas imaginer plus deep. J'hésite. Yagya, quand même, a sorti cette année un disque d'une profondeur extrème. Ambient-techno-dub, un truc comme ça. On se le passe comme un secret parce que c'est mieux qu'un cours de Yoga.



Kayo Dot - Choirs Of The Eye (Tzadik / 2003)
Je suis quand même obligé de finir par mon disque préféré all-time. Un album total, qui dans une trame narrative très cinématographique utilise à peu près tous les genres musicaux possible. Oui tous, de la musique contemporaine, au grindcore en passant le folk, le jazz ou le noise. S'il ne devait rester qu'un disque sur Terre ce serait ou celui-là, ou Pet Sounds.




Et les vôtres, c'est quoi ?

Funk flows in my veins


Novembre, j'ai la grippe, je suis bloqué au fond de mon lit et j'écoute ce genre de vieillerie, tendance melodic industrial darkwave. Funk flows in my veins.

Fuckpony

Je ne fais pas mes charts mensuels comme un vrai dj, mais si je le faisais, nul doute que I'm Burning inside y aurait sa place. J'aime à crever Jay Haze, et sous ce pseudo d'enculeur de poneys il me rend encore plus dingue. Pour plus de détails je vous renvoie à la brillante chronique de mon collège Simon sur Goûte Mes Disques : Let The Love Flow.



DCDL VI, made in Hong Kong



Mix for des-chibres-et-des-lettres by DJCurt

DJ Curt - DCDL VI

1. Bakshi - Audio Werner
2. Saxofonite - Imerio Vitti
3. Smooth Gypsies - Volta & Salvatore Freda
4. Set Me Free (Zombie Disco Squad Remix) - Drop The Lime
5. Sha! Shtil! - Gucci Vump
6. Aundy (Catz'n Dogz Remix) - Claude vonStroke
7. Ratschezu - SIS
8. Cajou Club - Noob & Brodinski
9. Afternoom Delight - DJ Sneak
10. Blunt Edge - DJ Zinc
11. Bad Side (Hannah Holland) - Worthy & Yankee Zulu
12. Sweet Dream (Curt Rework on Erol's Re-Work) - Eurythmics
13 Waves - Erol Alkan & Boys Noize
14. A Play of Nonsense (Style of Eye) - UFTD ft. Ram Di Dam
15. When love feels like crying - Mathew Jonson

Dj Curt vit à Hong Kong où, m'a-t-il dit, la house rencontre peu de succès auprès du public - on lui préfère généralement le hip hop. Nous sommes ravis de l'accueillir sur DCDL, avec un mix empreint de cette house aux accents tropicaux qui envahit les clubs depuis quelques mois déjà.

Dj Curt sur Fairtilizer
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"J'aimerais aimer mais je n'y arrive pas"


Clément m'avait dit ça il y a quelques années à propos de si je me souviens bien Joy Division : « J'aimerais aimer mais je n'y arrive pas ». Je prends cet exemple mais j'aurais pu en prendre bien d'autres tant nos parcours de mélomanes semblent jonchés de ces expériences de regrets très étranges, où malgré tous nos efforts et un désir bien concerné, nous n'aimons pas une musique. Ce qu'il y a d'étonnant et d'intéressant, ce n'est bien sûr pas le fait de ne finalement pas aimer "sensoriellement" tel ou tel groupe. Non, la vraie question est plutôt : pourquoi avoir eu de telles attentes ?

Dans les rapport que l'on entretient humainement à la musique, on identifie très facilement ce qui est de l'ordre de la réminiscence. Cette chanson me rappelle tel souvenir et l'effet que le morceau produit sur moi dépend intimement de la valence affective du souvenir associé. Là je ne vous apprends rien, c'est le b.a-ba de l'analyse. Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui est d'un autre ordre et renvoie sans doute à quelque chose de plus existentiel, d'un possible rapport à la musique comme miroir de soi, ou tout du moins comme surface de projection identitaire. Parce qu'il y a la musique pour ce qu'elle est (du son) et la musique pour ce qu'elle représente. La musique, si elle n'est pas une parole, est pourtant bien vivante dans un bain de langage (Dolto style). On la parle, on la discute, on lui attribue du sens et des images. Je ne parle bien sûr pas du microcosme des blogueurs, des journalistes et des passionnés : cela concerne y compris celui qui ne regarde que les variétés sur TF1. Du coup, la musique est instrumentalisée. Elle est instrument du sujet humain en bataille perpétuelle avec sa définition, avec sa propre identité aux yeux du monde.
Assez trivialement, on peut le voir dans les liens indéfectibles tissés entre genre musicaux et catégories socio-culturelles. À chaque style sa population si l'on fait une cartographie très grossière du monde. Je prends cet exemple parce que même si assez réducteur et raccourci, il permet de voir un peu où je veux en venir. En fait, ce double mouvement d'identification (je m'identifie à ce que représente une musique / on se fait une représentation de moi parce que j'aime ou déteste une musique) me semble être un des ressorts essentiels du goût musical. Pas d'angélisme : il me semble que la musique que nous aimons, nous l'aimons avant tout pour nous. Et c'est quelque chose qui serait structurel : personne n'y échappe, surtout pas les plus érudits.

Je vais essayer de donner un exemple personnel de ce que je viens de dire. Quelque chose de bien plus subtil que rap = cité en mal de reconnaissance. J'ai en fait depuis plusieurs années voué un culte à Talk Talk. Alors que Such a shame reste pour moi immonde et que leurs albums expérimentaux de fin de carrière m'emmerdent. Vraiment, écouter Talk Talk, ce n'est pas un cadeau pour moi. J'ai un problème indépassable avec la voix de Mark Hollis et puis bon, soit je trouve ça trop pop FM, soit trop soporifique. Ce qui me fait aimer ce groupe est finalement une pure idée. Talk Talk, c'est à mes yeux un groupe paradigme d'un processus qui me touche très intimement, celui du passage du second degré au premier, de la blague au sérieux, plus concrètement de la variétoche à la pure expression artistique.
Talk Talk, c'est pour les quarantenaires ce qu'est The Calling pour ma (notre?) génération. J'exagère beaucoup, mais ce n'était pas un groupe très respecté, des vendus à la télé qui font des tubes à chier et qui ravissent leurs maisons de production stupides. Pourtant ce même groupe a sorti Spirit Of Eden (1988) et Laughing Stock (1991), à savoir deux albums d'une importance capitale dans la complexification du rock. Un peu comme en leurs temps les proggeux ont éclaté la structure canonique du rock à refrains, Talk Talk a ouvert les voies de la pop fleuve. Avec un allongement radical de la durée de ses compositions, Mark Hollis a finalement théorisé autrement la pop, il l'a envisagé non pas comme un magma irréductible (et irrésistible) de 3 minutes, mais comme un espace à tiroirs où l'on s'amuse de chaque instrument et du silence en toute liberté – une démarche pas très éloignée de ce qui fait le jazz. D'ailleurs le Talk Talk de fin de carrière est parfois considéré comme la première étincelle qui entraînera quelques années plus tard le post-rock. On en pense ce qu'on en veut mais on peut au moins faire le syllogisme suivant : le terme de post-rock a été utilisé pour la première fois à propos de Bark Psychosis en 94 et Talk Talk était l'influence première de ce génial groupe méconnu, on peut donc dire que Talk Talk et l'émergence du concept de post-rock ne sont pas sans rapports.
Bref, Talk Talk, c'est l'a priori naze, la devanture potache et l'envers du décor sublime. Et peu importe si leur musique ne m'est pas si agréable : cette identité à deux signifiants m'est chère. C'est pour cette même raison qu'un mec comme Christophe est un de mes héros. Et c'est aussi pour ce paradoxe que le cinéma qui me parle le plus aujourd'hui est un cinéma de l'ambiguïté : Miami Vice, La Guerre des Mondes et toute la nouvelle comédie américaine (Appatow et affiliés), des blockbusters malades ou des films de genres qui visent autre chose. Ouais, en fait, j'aime Supergrave et Talk Talk de la même façon, dans le même respect du loser qui devient winner mais pas tout à fait quand même (Such a shame viendra toujours faire tâche).

Ce que cela exemplifie au final, c'est que l'on peut aimer un artiste sans sa musique et inversement. Le plus drôle est qu'on confond souvent cet écart avec de l'objectivité. Combien de fois on peut entendre ou lire "je reconnais que c'est bien mais j'y arrive pas". On reconnaît que dalle : aucune musique n'a de caractéristiques internes permettant de juger de sa qualité (on pourrait en discuter une autre fois). Ce que cela veut seulement dire c'est : "j'aimerais aimer". Pour des raisons qui concernent chacun. Ce qui ne veut pas dire que ça ne regarde pas tout le monde. Cf le journaliste qui n'est dans l'objectivité, pas dans le ressenti non plus et qui se positionne plutôt dans l'introspection ou l'empathie du lecteur fantasmé, dans l'investigation de ce qui fait lien entre des hommes – dont lui – et des musiques insaisissables.


P.S : ce qui m'a permis d'avoir cette réflexion sur Talk Talk, c'est que j'ai finalement fini par tomber amoureux d'un de leurs morceaux. Il en aura fallu du temps. Et c'est un espèce de soulagement que j'ai ressenti. Enfin mon désir venait trouver un point de butée dans le Réel. Ce morceau était After The Flood.




Illustration : schéma L de Lacan

La caverne magique


J'aime assez le soft rock japonisant de Michael Franks. Andreas Vollenweider, le tendre, ne me laisse pas indifférent non plus. Là aussi ça sent l'Asie et c'est tout aussi confortable.

02 Mandragora by deschibres&deslettres

Je vous glisse un titre qui n'a ni début ni fin véritables. Mandragora s'insère initialement dans un album concept dont tous les titres s'enchaînent. Mais Soulseek n'est-il pas votre meilleur ami?

Un coeur pour le Pépé


Je le connaissais et l'appréciais déjà auparavant, notamment pour ses grandioses Deep Burnt et Atom Funk, mais chose étonnante, Pépé Bradock – cette icône de la house fin 90's – revit une seconde jeunesse en 2009... sans rien changer à son propos. À l'inverse d'un Étienne de Crécy qui s'est reconverti en très bon showman saturé, le Pépé n'a jamais perdu le fil de sa musique, une house comme au bon vieux temps, charnelle et hyper complexe. Il n'a jamais perdu le respect des spécialistes non plus. Pas de creux véritable dans sa carrière, il traverse l'orage minimal à son train-train et il refait surface ces derniers temps, quand on commence à réclamer un peu plus de chaleur et de sensualité dans la musique électronique (même la minimale a commencé à avoir un peu froid).
Du coup cette année sera finalement une grande année pour lui. Il y a la sortie de sa compilation de remixes, Confiote de Bits, dont je louais les qualités ici sur Goûte Mes Disques et qui a recueilli à peu près que de bons textes partout ailleurs (chez des Oreilles dans Babylone au hasard). Mais en plus il y a des nouvelles compos, et quelles compos ! Son dernier EP, Swimsuit Issue, est une bombe. Je vous laisse découvrir Path Of Most Resistance, une somptueuse track deep house d'aujourd'hui, mélancolique et touffue comme un beau rêve en plein Adventureland.


Un coeur pour le Pépé by deschibres&deslettres

Mordor Connexion


Aujourd'hui, dans le métro, j'ai vu Gollum.

01 - die legende (kapitel 1-6) by deschibres&deslettres

Uruk-Hai (Aut), du pur dark ambient à la mode autrichienne - 14 minutes, lo-fi à mort, 400 exemplaires commercialisés. Ça file les miquettes.


Uruk-Hai sur Encyclopedia Metallum (ça vaut le coup d'oeil)

DCDL V, au galop

© Jonathan' (Monot)


A Lound Track - Fine mix for November (DCDL V)

1.A Loud Track – Special Crowd Introduction
2.Motor – Death Rave
3.Silkersoft – Pirate Flag and Cherry Blossom
4.Mustard Pimp – Oh La La Satan (Stereoheroes remix)
5.Kreeyate – I like to Party
6.Mightyfools – Amsterdam (Dem Slackers Remix)
7.Sound of stereo – heads up (dj manaia remix)
8.Popof – Face Uch
9.Riva Starr – I was drunk VS Black Cat White Cat
10.Daft Punk – Face 2 Face (Marvy da pimp ghetto house edit)
11.Toxic Avenger – Toxic is Dead (Desinger Drugs remix)
12.Borgore – Saturday Night
13.Kreeyate – Do It Or Die (Rekreeyated)
14.Bomfunk MC's – Super Electric
15.Jay-Z – Brooklyn we go hard
16. Special Outro


"MASCOTTE arrived from the Galaxy of Nowhere just right in Rome. After having heard of French Mainstream-Yet-Good Electronic Music like Daft Punk or Justice (he was fascinated by the way human beings imagined their future and how to explore space), he decided to help and support the electro association from Rome called DEEPSESSION.
Since that, he started dj-ing under the name of "A LOUD TRACK" because he thought it would be easier to pick up girls with loud tracks playing so you can avoid the talk and go straight to what you want. He tries to make human beings happy and keep them dancing or busy with their bodies.
Inspired by Boys Noize, SebastiAn, Bloody Beetroots, DatA, Surkin, Chewy Chocolate Cookies amongst many others, he is motivated to share what makes him dance. Let's tear some ears!"

A Loud Track sur MySpace
Book en ligne de Jonathan' (Monot)

Eclipse

Quand l'image éclipse le son :


Bonnie Tyler - Total Eclipse of the Heart

La radio idéale d'Aaron Aites

Aaron et Audrey devant le Brattle Theatre, Boston

J'ai rencontré Aaron et Audrey à Boston, cet été, à l'occasion d'une diffusion d'Until the light takes us. Andréa les a interviewés et puis nous avons gardé le contact. Nous nous sommes revus à New York, chez eux, à Brooklyn. Je suis reparti avec 8 gigas de zizique extraits de la discothèque d'Aaron : essentiellement de l'indie rock plus ou moins destroy, du métal, un peu de dark ambient, bref, du son lo-fi - Aaron et Audrey adorent ce terme.
Il y a quelques jours, ils étaient de passage à Paris dans le cadre de la tournée européenne d'Until the light takes us - pas de diffusion en France mais on ne traverse pas raisonnablement l'Océan Atlantique sans faire un détour par la Ville Lumière. Ils ont rencontré à cette occasion l'un des directeurs artistiques du festival Filmer la musique. On croise les doigts pour que leur film soit programmé lors de la prochaine édition (juin 2009, au Point Ephémère, Paris). Passant la soirée en leur compagnie, j'en ai profité pour demander à Aaron de nous concocter une playlist. Quelques jours après, il m'a écrit : "These tracks just represent what I am listening to right now and what I would like to hear on a radio show. I hope you like them."

Pour plus de confort à l'écoute, Juju l'Africain s'est chargé de mixer ces 10 titres. Nous glissons néanmoins un petit fichier zip en fin d'article comprenant toute les pistes séparées.

Playlist Aaron by Julien LL

01. Valet - Angels Can't Stop
02. Earth - Engine of Ruin
03. Neokarma Jooklo Trio - Elevation of the Carpet
04. Atlas Sound - Logos
05. MV & EE with the Golden Road - Snapperhead
06. Islaja - Halpaa Kultaa
07. Kiila - Holy Melancholy
08. Sun Araw - Heavy Deeds
09. The Dead C - Mansions
10. Natural Snow Buildings - Gorgon

Tous les morceaux de la playlist sur mediafire

Tribute to Aaron Aites part 1


Cette semaine, nous la consacrons à Aaron Aites. Clément vous expliquera demain d'où il le connaît. Nous en avons déjà parlé ici, en août, à propos d'Until The Light Takes Us, documentaire a priori passionnant sur le black metal et sa mythologie. Aaron m'a d'abord été présenté comme le co-réalisateur, avec Audrey Ewell, de ce film. Clément a ajouté, alors qu'il aurait pu s'en passer, "et il a un groupe d'indie-rock, Iran". Alors mes yeux se sont écarquillés. Ben oui, Iran, j'avais écouté leur dernier album il y a de cela un petit mois et j'avais trouvé ça super. Et je savais en plus que c'était un des groupes chouchoux de Pitchfork, excusez du peu.

Quelques mois sont passés et nous décidons de revenir un peu plus en profondeur sur Aaron. – sans nous intéresser cette-fois à son film et aux corbeaux qui sommeillent en nous. Nous nous consacrerons ici à Iran, à présenter ce groupe bizarrement très peu discuté en France. Ensuite, Clément vous offrira la playlist du moment d'Aaron. Et sans trop vous teaser, cette playlist déboîte vraiment.

Iran, venons-y. Si j'étais un peu trop aguicheur, j'aurais dit en premier "side-project de TV on the Radio". Parce que Iran, c'est Aaron Aites, oui, mais accompagné de Kyp Malone de TOTR et en plus produit par David Sitek. Mais c'est un peu vulgaire de parler de side-project. Vendeur mais vulgaire. Ça induirait l'idée qu'Iran est un projet annexe avec une fonction soupape, voire dépotoir. Or pas question de sous-entendre ça. Musicalement ça n'a rien à voir et qui plus est, Iran existait avant Tv On The Radio.
















Le premier album éponyme d'Iran, en effet, c'était en 2000. Et les mecs se sont tapés 9,6 chez Pitchfork. 9,6 ! Regardez vous-même. The Moon Boys suit en 2002 et se prend un joli 8,9 également. Je vais parler des deux albums ensemble parce qu'ils se ressemblent beaucoup. Ce sont deux albums très difficiles à écouter, très noise dans l'esprit. Grosso modo, c'est de l'indie-rock typé Malkmus rongé de toutes parts par des gros larsens, des drones et des fréquences merzboïennes. Chaud à appréhender, on ne comprend rien au début, et puis quand la musique commence à devenir plus lisible c'est un univers vraiment puissant qui se dévoile. On sent beaucoup d'intégrité et une culture vraiment poussée. Des arômes blues ou surf, par exemple, qu'on ne pouvait absolument pas déceler au départ, perdus dans le brouillard global de la production. Bref, ça vaut le coup de se faire mal quelques écoutes, parce qu'après c'est un vrai émerveillement. À noter que The Moon Boys est quand même déjà plus accessible.


Le troisième et dernier album d'Iran, j'y reviens, est sorti cette année. Il s'appelle Dissolver et a été relativement mal accueilli — juste parce que ce n'est pas un parcours du combattant que de l'apprécier. Il passe tout seul, il est moins sélectif dans son public. Alors forcément le fan underground se sent un peu trahi : où est le noise qui éloigne les gens qui aiment trop les mélodies ? Dissolver est un vrai et pur album d'indie-rock, qui fait honneur aux vieux Pavement et Sedaboh. Plus abordable mais toujours très pensé et travaillé. Un de mes disques de 2009. Je conseille donc de commencer la découverte d'Iran par celui-là. Il donnera l'envie et l'énergie de creuser ses beaucoup plus compliqués prédécesseurs.

Deux morceaux pour avoir un premier aperçu. Le premier, Four Armed Star, est tiré de The Moon Boys. Il vous montre comment une pop-song le coeur sur la main peut exister au sein d'un titre noise bien nihiliste. Le deuxième, Buddy, est évidemment extrait de Dissolver. Et j'attends un raz-de-marée de compliments pour cette ballade un brin Motown.

Four Armed Star by ABC_Africa

Buddy by ABC_Africa

Iran sur MySpace

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Le rêve de la femme du pêcheur


Le Tentacle Porn est vraiment une des choses les plus ignobles et improbables qui soient arrivées au porno en général. Je n'ai même pas envie d'expliquer ce que c'est, je préfère encore manger des chats. N'empêche, l'estampe ci-dessus – réalisée par Hokusai début XIXème – est particulièrement troublante. Pour l'accompagner, Beyond Raging Waves, du génial et très spirituel Dj krush.

Le rêve de la femme du pêcheur by Julien_weerasethakul

Je rêve que je funk


Deux petits morceaux ce soir. Pour la thématique tout est dans le titre, deux visions tranquilles et oniriques de l'univers funk. Avec en premier Jealous of Roses de Bibio, une des dernières signatures Warp, et ensuite Tricky Turtle, extrait du dernier Blockhead, l'éternel outsider du hip-hop instrumental. Comme d'hab chez le producteur attitré d'Aesop Rock, c'est sans génie mais tellement confortable. Alors à vos plaids.

Je rêve que funk by Julien LL

Je rêve que je funk 2 by Julien LL

Jacno

Vous ne l'apprenez certainement pas en lisant ces lignes, mais qu'importe, nous lui rendons hommage aussi. Hier Denis Quillard, alias Jacno, est décédé des suites d'un cancer à l'âge de 52 ans. Il fût doublement un précurseur dans le paysage musical francophone, d'abord en étant un des premiers annonciateurs du punk (les Stinky Boys avec Elli Medeiros), ensuite en popularisant la pop électronique. Rectangle a toujours été un morceau magnifique, aujourd'hui il prend une tournure tragique. Bye bye dandy.


Les Noces Juives du jazz


Drôle de hasard, les deux seuls disques de jazz qui m'ont envoûté cette année étaient deux disques de musiciens juifs. Classiquement, les musiques juives sont un peu coupées en deux, le populaire d'un côté, le bourgeois de l'autre, respectivement incarnés par les musiques klezmer et classiques. Pour les deux artistes d'aujourd'hui, on a toujours senti d'abord un amour de la musique noble, un brin élitiste, celle de l'excellence et du goût suprême. Yaron Herman et Avishai Cohen sont des musiciens de la classe au-dessus, ils ont soit traîné avec les meilleurs (Cohen a été le bassiste de Chick Coréa et Herbie Hancock...), soit ils sont eux-même les meilleurs (Herman est déjà considéré par beaucoup comme le plus grand espoir du piano, à 27 ans). N'empêche, on sent dans chacun de leur dernier album un retour sur les racines. Pas de folklore, non, juste des racines vernies luxueusement.

Yaron Herman est une star montante, très jeune, très communicant, très doué, très aisé. Et sa réputation, il se l'est faite avec une grâce tirée des anciens (Keith Jarrett, Bill Evans, le repertoire classique) et une connaissance de la modernité choppée sur Myspace. Pas fou, le gars alterne gros standards et reprises de Britney ou Björk. Mais sur son dernier ouvrage, Muse, on sent un temps petit peu, pour la première fois, ses racines juives. Il y a d'abord une reprise intimiste de Naomi Shemer, star israélienne adulée par tout un peuple et il y aussi Lamidbar, interprétation fougueuse inspiré par sa culture natale. Bon, comme vous allez l'entendre, c'est très discret. Mais c'est un début.

Lamidbar by Julien LL

Avishai Cohen est un cas beaucoup plus intéressant. J'aime Yaron Herman mais seulement comme pianiste moderne et presque délocalisé. Avishai Cohen, lui, transpire quelque chose de beaucoup plus profond et réflexif. Je recommande très vivement son album Aurora, métissé, varié et superbement interprété. Cohen y pose sa contre-basse très chaleureuse et s'essaie aussi au chant. Sans virtuosité mais avec une sincérité assez troublante. L'ensemble est plutôt posé, calme, on sent un musicien en recherche. Une recherche identitaire très douce et apaisante.

Aurora by Julien LL

Un dernier partage, pour ceux qui ne savent pas exactement à quoi je fais référence en parlant de musique klezmer. Voici une vidéo du Pape David Krakauer, en 2004 à Krakow. Ce sont tous des types incroyables et surhumains, et pourtant ça n'en est pas moins complètement populaire. Ça fait du bien.




Tableau : Les Noces Juives dans le Maroc, Eugène Delacroix

Wildlife


Sans doute l'un des tubes début 8O's les moins reconnus à ce jour. Pas étonnant, Wasted Youth est vraiment un groupe mineur, voire un groupe insignifiant, des bâtards mi-acoustique, mi-new wave pas capable de faire plus de deux bonnes chansons dans leur carrière. Par contre, leur étincelle, Wildlife, est juste un de mes titres préférés de cette période. Je suis toujours étonné quand je vois des bonhommes aussi moyens pondre de tels joyaux. On ne sait pas vraiment comment ça a pu advenir, par quel éclair a pu surgir une inspiration aussi soudaine et passagère. Vraiment, cela a trait soit au miracle, soit à l'improbable concours de circonstances. Affectivement, j'ai envie de pencher pour la première solution.

Wildlife by ABC_Africa

DCDL IV, drôle d'oiseau


DCDL IV
© Guillaume Jan

La Mate - DCDL IV by Clément de Chibraltar

La Mate - DCDL IV

La Merengue Downtempo Orchestra - No Esta Muerto Quien Groovea
Philippe Sarde - La Grande Bouffe
Todd Terje & Prins Thomas - Reinbagan
CFCF - You Hear Colours
Sade - Smooth Operator
Crazy Cousinz - Bongo Jam
Nick Verwey - Dance Of The Sock Monkeys
Christian Dehugo - La Harmonica
Zinc - Blunt Edge
Bukaddor & Fishbeck - Bonusmeilen
Palermo Disko Machine - Theme Of Palermo Disko Machine
Roska - Without It
Claude VonStroke - Vocal Chords


Nous voici à pouvoir écouter le premier DCDL "officiel" de La Mate, de notre collectif Hill Institute. Ce qui est formidable avec lui, c'est qu'on ne sait jamais exactement à quoi s'attendre. Avec sa culture plurielle et exotique, il peut quitter l'espace d'un mix les convenances dancefloor pour nous offrir une balade comme celle-ci, belle et soft, bigarée et mélancolique. Et qui ne refuse quand même pas des effluves plus synthétiques dans la seconde partie. Sade, Zinc et Claude VonStroke dans un même set ? Même pas peur !


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guillaumejan.com