A History of Football Manager



J'ai du me rendre à l'évidence : ce n'était plus possible de continuer ensemble. 35 ans, un physique en chute libre, une concurrence très vivace. José Maria Ceballos ne pouvait plus continuer dans mon équipe. Il aurait pu faire un an de plus, encore, mais je ne voulais pas le voir en décrépitude. Je voulais qu'il parte fier comme un jeune premier. Il avait 35 ans, donc, je n'ai pas renouvelé son contrat et il a aussitôt décider de prendre se retraite. La vie continue, même en 2036. Football Manager ne s'arrêtera jamais.

Je devais rendre hommage à celui qui, virtuellement, fût mon fils adoptif. Je suis allé le chercher en 2017 au Deportivo Cali, il n'avait que 16 ans. Je l'ai déraciné de sa famille, oui, mais j'ai promis à ses parents de ne jamais le laisser tomber. Pas facile, si jeune, de se retrouver parachuté dans cette ville grise, Munich, où les seuls gens qu'il pouvait fréquenter étaient les joueurs aux dents longues du Bayern. Mais José Maria était déjà un vrai compétiteur. Pas le temps de s'adapter qu'il faisait déjà partie de ma rotation, 20 matchs pour sa première année, doublure prioritaire de mes milieux défensifs et de mon axe central. L'année suivante le titre nous revient et Ceballos, 12ème homme de luxe, est récompensé par une place dans l'équipe type de la Bundesliga. L'année d'après sera plus difficile individuellement, mais la performance collectif est incroyable : en difficulté en championnat, nous réalisons l'incroyable coup de gagner la Champions League.
J'avais tout gagné et c'était pour moi le moment de partir ailleurs, de reconstruire autre chose. Chez les modestes Aston Villa. Mais ne je pouvais pas partir seul, dans mes valises : José Maria Ceballos, dont je voulais faire mon leader.

Nous avons passé 11 ans à Aston Villa, nous y croyions dur comme fer. Mais il y avait Arsenal, Chelsea, MU... Résultat aucun titre en Premier League, une finale de c3 perdue en prolongation, une finale de C1 perdue aux pénaltys. Juste des coupes nationales. J'ai été jeté comme une chaussette par un nouveau président arabe, qui est arrivé avec ses gros billets et qui croyait qu'il suffisait d'acheter des joueurs 50 millions d'euros pour aligner les titres. Mais des satisfactions humaines j'en ai eu. Ceballos a été fièrement mon capitaine pendant toutes ses années. Mon fer de lance, celui-ci sans qui je n'aurais rien pu espérer – et si j'ai été très déçu c'est que j'avais beaucoup à espérer. Au fur et à mesure des années il a monté de crans sur le terrain. Je l'ai connu défenseur virtuose, milieu récupérateur au volume de jeu impressionnant. Mais il s'est révélé au fur et à mesure un joueur décisif dans le dernier geste, quelqu'un qui pouvait tuer un match sur son seul talent. En plus de son impact physique impressionnant il avait pour lui la richesse technique et l'esprit tueur des plus grands offensifs. Il a passé plusieurs saisons à évoluer comme 9 1/2, à me sauver la mise dans les situations les plus délicates. Un immense joueur qui n'aura jamais eu la reconnaissance méritée : il aurait pu et du être ballon d'or.

J'ai été au fond du gouffre quand je me suis fait virer d'Aston Villa. Mais une équipe a encore cru en moi : la Sampdoria de Gênes. Et moi j'ai encore cru en Ceballos, malgré ses 31 ans. Ce fût quatre années de fête avec José Maria. Il n'avait plus sa vigueur d'antan, certes, sur le terrain il n'était plus aussi déterminant. Mais il était toujours-là, un peu dans l'ombre, à déblayer le sale boulot. Et quelle réussite collective ! Avec des moyens très limitées, aucune saison à moins de 70 points, un titre de série A et 3 demie-finales de c1.
Les belles choses ont pourtant une fin, 6 juin 2036 j'invite mon cher ami au restaurant et lui annonce qu'il faut passer la main. Il me serre dans ses bras, compréhensif, et je vois dans son regard que nous ne sommes pas prêts de nous perdre de vue.

José Maria Cebbalos, né à Remedios (Colombie) le 21.08.2000. 350 matchs en championnat, 53 buts, 72 passes décisives, 36 fois homme du match pour une moyenne totale de 7.12/10. 134 sélections avec la Colombie, deux championnats nationaux et une champions league.

Salut bonhomme, une dernière chanson pour te remercier :



Abergele Next Time est une chanson des Pale Fountains, l'un des groupes les plus sous-estimés des années 80. Nous aimions beaucoup, José Maria et moi, écouter cette chanson après une belle victoire.

9 commentaires:

Clement De Chibraltar a dit…

Salut José Maria, bonne route.

Olivier a dit…

Putain, c'est beau.
T'as de la chance que j'ai déjà relancé mon FM depuis lundi, sinon tu m'aurais fait replongé.

K. a dit…

Magnifique. J'en ai les larmes aux yeux.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Merci beaucoup.

Joachim a dit…

Tant d'amour du maillot, tant de dévouement pour une équipe en 2036 (alors que les CDD footballistiques flexibo-intermittents pour un seul match sont autorisés depuis 2018), c'est beau, en effet. Papy Baresi est sans doute venu féliciter José Maria.

Julien Lafond-Laumond a dit…

Tu mets le point sur quelque chose qui m'intéresse beaucoup, Joachim, avec les CDD flexibo-intermittants ! Je voudrais que le jeu prenne en compte le futur non pas de manière linéaire et homogène mais comme une fuite en avant vers le capitalisme hygiéniste qu'on peut envisager.
Qu'il y ait des réformes sur les règlements, les contrats des joueurs, etc.
En plus des bus volants et du Gatorade en gélules.

Joachim a dit…

Pour info, la chaîne "Mercato TV" (qui émet 24/24 depuis le 1er août 2018) suit chaque jour et en temps réel les infos sur le marché aux esclaves, euh pardon sur les transferts permanents des joueurs, avec analyses, stats, interviews, enfin tout ce qu'on adore quoi.
Deux autres innovations de taille. Le dopage autorisé (suite à une itw de notre honni Président durant son troisième mandat : "Et vous, Laurence Ferrari, quand vous avez une nuit blanche de boulot devant vous, vous ne prenez rien peut-être ?". D'ailleurs, "EPO Lab'", le conglomérat pharmaceutique qui a eu l'exclu sur le produit miracle est aussi sponsor du Milan AC et de Chelsea. Enfin, la possibilité d'indexer le nombre de points en championnat sur le cours de la Bourse (en gros: chaque hausse de 5% donne 3 points supplémentaires). D'aucuns disent que ça revient à "acheter les matchs", mais comme l'a également dit notre Président (et son Ministre du football Eric Besson), "il fallait faire cesser l'hypocrisie".

Joachim a dit…

Et depuis 2024, durant les prolongations, on rajoute un ballon toutes les cinq minutes. Inutile de te dire que ça score plus qu'au hockey !

Guillaume a dit…

Oh la nostalgie...

Années collèges, Vincent Soulas intègre le FC Barcelone après ma nomination. Je le fais venir du magnifique Ohaime où il avait succédé au célèbrissimo-fantasque Pablo "Honey" Aimar.

Il aurait pu être mon José Maria, mais le déménagement de ses parents en Lozère le poussa à abandonner le football et à partir aux US.

Super Size Me, c'est lui.