Je teste un nouveau lecteur avec un morceau de jazz, sublime, de Jean-Philippe Viret. On doit lui laisser une place de choix dans nos playlists d'insomnies.

Allez-y, bande de salauds. Faites jouir la colère que vous abritez. Rouez-moi de coups. Faites-moi manger des pierres, et des racines, et ce que vous voudrez d'autre. Prenez du miel sur vos poings, dessinez-moi des croix gammées sur le corps et jetez ensuite des fourmis. Ouvrez-moi les jambes et farcissez-les de chili. Faites-moi brûler pour me bouffer comme un porc, allez-y. Amenez-moi mes frères, mes sœurs et mes enfants, violez-les tous, sous mes yeux, avant de les mettre à la porte. Faites-moi me repentir, faites-moi pleurer, faites-moi dire que je regrette aimer le dernier single de Bob Sinclar.


Bob Sinclar - Lala Song
envoyé par Bob-Sinclar

(Sugarhill Gang en featuring, voilà mon excuse : Rapper's Delight)

Kissability

Sonic Youth en un morceau, pourquoi pas ? Leur carrière n'est pas si éclatée qu'on peut le lire à droite à gauche. Les New-Yorkais se font frottés aux expérimentations les plus diverses, plus ou moins selon les époques, mais il y a quand même un film rouge évident : un espèce d'héritage post-punk qui leur colle à la peau comme un t-shirt mouillé. Sur une quinzaine d'albums on reconnaît entre mille cette empreinte sonore si particulière. Pas la peine d'être un spécialiste pour repérer les quelques matières premières de leur musique : un élan de contestation punk, la pose arty de tout New-Yorkais qui se respecte et l'inclination pop qui les a propulsés loin devant leurs grands frères – Wire, The Fall ou This Heat. Je pense que Kissability cristallise tout ce qui fait Sonic Youth. Voix tendue, décharges noise et parquet mélodique qui grince la mort.

Sonic Youth - Kissability

Explain This Music


Dans le genre incongru ça se pose là. Un remix Chicago House de Radiohead. "Nude/Big Ideas" en plus: quel morceau s'y prêtait moins ? C'est assez suspect au niveau de la qualité mais j'en redemande ! Je réclame de l'étrangeté !

Radiohead - Nude (Mindskap & DJ Baltasar remix)

pallm by raphaeLL Leroy



"Pastel 90s Miami Jim Jones Sunrise Holidays Juicy Art Deco 20-30s Hat.

Quitté l'ambiance punk rock electro pute tendance noir rebelle, crête mulet tête de mort "rien a foutre" en 2005, pour des pantalons à pinces couleurs pastels, t-shirts larges palmiers, son plus ambiance friendly. Jeté toute mes fringues noires, je n'en ai jamais reportées depuis.

Première séance de photos en 2006, couleurs sunrise, palmiers, sous le nom Anticore, puis pallm en 2007, qui donnera lieu cet été aux premières séries vêtements. La distribution sera d'un genre nouveau. On pourra porter les vêtements mais pas les posséder."

raphaeLL Leroy, pallm.net


Mehrlicht, Vae Victis


Le 20 avril, Mehrlicht sort son premier EP, Vae Victis, sur le tout jeune label bordelais Discolor. Le duo nous livre pour l'occasion une musique ténébreuse et un tantinet passéiste, qui mêle arpegiators très techno old school et samples tirés d'oeuvres classiques. On imagine bien Blade manier son épée sur ces sept pistes rapides et furieusement cyber-romantiques.









Vous aimez? Pensez à écouter ou réécouter Liege et Ski Lesson Blue, sur l'album Epiphanie de Para One : un goût commun pour les arpegiators - une ambiance plus éthérée chez Para One.

En guise d'interlude


Logo DCDL - © UNDERELVIS

Dandy With Attitude - © KAMIONKA

Emobirds

Pour ceux qui ne le sauraient pas, je suis né à Tulle, Corrèze. Et ce n'est pas un détail.


Hier je déjeunais avec mes grands-parents. Nous en sommes venus à parler des étourneaux. Vous savez, toutes les villes ont un problème avec deux choses : leurs SDF et leurs oiseaux. Tout ce qui vit à l'extérieur et qui chie partout, en somme. Les oiseaux, tout de même, posent de sacrées difficultés : ils sont bien plus dangereux pour notre patrimoine que n'importe quel groupuscule terroriste. En bouffant tout et n'importe quoi, en posant leurs merdes sur chaque édifice, ils ruinent petit à petit tous nos bâtiments historiques.
Tulle, bien conscient de ce danger, a depuis ma plus tendre adolescence développé des trésors d'inventivité pour repousser l'ennemi. Je me souviens de la fin de mes 17 ans, je venais d'arriver à Toulouse et ma famille m'ordonna un soir de ne pas louper le journal de PPDA. Elle avait eu raison : j'y vis ma grand-mère, au second plan d'une camera de TF1. La scène se déroulait sur son balcon. Il y avait, tenez-vous bien, un dresseur d'aigles qui était-là avec son animal. L'idée était simple : en envoyant tous les jours le rapace faire un tour en ville, il éloignerait les petits oiseaux effrayés par la mort. Pour les besoins de la télé il fit une mise en situation, lança son prédateur à toute allure dans le ciel et lui ordonna de revenir quelques minutes après. C'était ingénieux, mais ce fut un échec cuisant.
Autre idée, pérenne celle-ci, et peut-être encore plus étrange. Depuis quelques années, en période estivale, une pseudo voiture du Tour de France se déplace en ville, avec une énorme sono sur le toit, et envoie des bruits stridents pour apeurer les étourneaux. Il s'agit d'imiter un puissant oiseau qui, instinctivement, ferait fuir les plus petits de son espèce. Concrètement, à intervalles réguliers, on peut entendre un immense oiseau préhistorique pousser un cri des plus synthétiques. C'est vraiment très inquiétant. L'efficacité est qui plus est au rendez-vous : la population d'oiseaux diminue radicalement. La population civile aussi.


Avec cet exemple parmi d'autres, vous comprenez que mes goûts de l'époque aient pu être quelque part monstrueux. Ce n'est pas dans un endroit comme Tulle que l'on peut être naturellement amené à aimer des musiques lounge ou hypissimes. En reparlant hier de ces histoires d'étourneaux j'ai voulu me replonger dans mes groupes de l'époque. J'écoutais beaucoup Aphex twin, Autechre et Squarepusher, mais je vouais aussi une passion bien moins heureuse : celle de l'émocore et du néo-métal dépressif. Les Deftones étaient à ce moment-là mon idéal baudelérien.
Retour en quelques vidéos sur une constellation de groupes que je chéris encore.

DEFTONES : Be Quiet and Drive. Cette chanson a pour moi été une révélation. J'avais 15-16 ans. Le metal pouvait être romantique, quelle découverte ! De-là a découlé toutes mes passions futures pour le black metal, le hardcore, le death progressif et les musique gothiques.


Deftones - Be Quiet and Drive(Far Away)
envoyé par PESfouine


GLASSJAW : Cosmopolitan Bloodloss (avec Vincent Gallo dans le clip). Pas du néo-metal mais très proche dans l'esprit des Deftones. Les Glassjaw et leur chanteur sont vraiment tarés (regardez le leader Daryl Palumbo, on dirait un mongolien). Musicalement c'est violent mais très très fin pour le genre. De très bon musiciens, des influences très diverses. Et puis du pathos !


Voir tous les Clips GlassJaw


AT THE DRIVE IN : One Armed Scissors. Voilà pour moi un des groupes les plus sous-estimés de la seconde partie des 90's. Sans rire, Relationship Of Command reste un de mes albums préférés. Une énergie punk incommensurable, des idées partout et un vrai côté indie à la Pavement. Ce groupe était parfait – pas comme les Mars Volta.



FAR : Nestle. Autre groupe de Sacramento, très proche des Deftones aussi. On navigue entre neo-metal et émocore. C'est très à fleur de peau, un peu trop produit mais avec beaucoup de charme. On peut noter que ce morceau a été samplé par Lupe Fiasco dans son premier album !



Peut-être que je reviendrai approfondir cette petite balade en terre émo. Parce qu'en utilisant uniquement des vidéos, on est très limités. Et je me sens frustré.


Photo extraite de la série Aléatoire. © J-H HENRY

Chibres dansants



Vous connaissez Google Analytics, bien sûr. Mon option préférée est celle qui référence les mots-clés google qui ont permis de tomber sur DCDL. Et ce matin je trouve mention d'un internaute lambda qui est arrivé ici en tapant "Chibres dansant". Je me dis que lui a tout compris.

Pour lui faire plaisir, je mets aujourd'hui à disposition deux morceaux au groove particulièrement étrange. D'abord un plan sonore du très cérébral Alva Noto, sur lequel le délicieux Anne-James Chaton vient poser ses données préférées : des nombres et toujours des nombres.
Puis une très belle découverte, via la compilation Cape Town Beats. Il s'agit de Tone Deaf Junkies, un duo sud-africain dont j'ai bien du mal à définir les aspirations. Entre hip hop, electronica et rythmes africains, avec des grosses basses saturées et des samples méga dark.

Alva Noto - U_08-1

Tone Deaf Junkies - Fred is Dead




D'après Hans Bellmer - © Andréa FRADIN

Thématiques troublantes


Les références au Mordor de Tolkien relèvent d'une sensibilité quasi enfantine, d'une séduction gentiment méchante envers Sauron et ses ignobles Nazgûls.
Les références aux idéologies violentes qui fleurirent en Europe au début du XXe sont plus troublantes. Le culte de la nation, de la race et de la guerre n'est pas un thème anodin.

Un parfait exemple avec Les Affres de la Mort :



Un autre exemple avec Blood Axis - notez le sample de Prokofiev :