Amen


Un petit message sur les artistes morts, voilà un bien heureux sujet ! Je vais m'intéresser aujourd'hui à ces défunts qui, tout juste avant ou tout juste après leur décès, ont laissé dans nos hottes un disque tout nouveau et par la force des choses définitif. Je vais aborder trois cas, et il est important de préciser que ces trois-là se réfèrent à des accidents, au moins jusqu'à preuve du contraire. Il ne faut donc pas mettre en branle le vice de chercher quelque chose d'allusif dans les morceaux que je vais présenter, de traquer le moindre signe d'une mort imminente. Il s'agit plutôt de donner du sens, de broder quelque chose autour d'une coïncidence funèbre. Chez moi, cela évoque plus la question d'une conclusion obligatoire, hasardeuse, qu'on doit nécessairement trouver pour ne pas rester hébété. Comme un livre dont, aléatoirement, les derniers chapitres disparaitraient ; il faudrait bien que ce qui fait office de dernière page, on lui trouve un point final.
Dans les discographies de respectivement E.S.T, Telefon Tel Aviv et Coil, Leucocyte, Immolate Yourself et The Ape of Naples ne sont pas les meilleurs albums. Mais à chaque fois, du fait de leur simultanéité avec le décès d'un de leur géniteur, ils viennent occuper pour moi une place particulière : celle de photo-finish d'une arrivée qu'on attendait pas. Drôle de paradoxe qui, sans raison réelle, m'apparaît tout de même comme tragique. Voici donc l'intrigante charge émotionnelle de trois coups du sorts, avec trois groupes aux styles radicalement différents.

E.S.T - Premonition II : Contorted
Le dernier jazz en suspension qu'aura écrit Esbjorn Svensson. C'est magnifique tellement c'est doux. Et je vous laisse penser ce que vous voulez des étranges voix bruitistes qui s'insinuent partout.

Telefon Tel Aviv : You're The Worst Thing in The World
Cet album est en général detesté – particulièrement ce titre. Il faut dire qu'on attendait pas ces cerveaux de musique glitch se mettre au disco mielleux. Ce morceau ne me laisse pas du tout indifférent, de par son côté maladroit et son intitulé très explicite sans doute.

Coil : Teenage Lightning 2005
Tout ce que j'aime chez Coil résumé ici : mélodie darko-niaise et science de l'ingénieur. John Balance a réenregistré ce titre quelques jours avant de s'effondrer mortellement dans ses escaliers. Sacré chant du cygne.

Naissance d'une étoile (par Sam de BPRC)

Une nouvelle chronique de Sam, le manager de BPRC, inspirée cette fois de leur date au Magnet, à Berlin.



Une seule fois j'ai osé demander à ma mère comment est- ce qu'on fait les bébés. Je devais avoir 7 ou 8 ans et, en tant que bonne aristocrate créole et protestante pratiquante, elle a préféré ne pas répondre. Par contre je sais depuis mon plus jeune âge comment naissent les étoiles, je l'ai su dès que j'ai compris ce que faisait mon père et aujourd'hui encore, le schème que l'on m'a expliqué à l'époque me semble d'actualité.
Je reviens de Berlin, une ville de province de l'Union Européenne maquillée en capitale, un endroit peuplé de gens atteints d'une maladie congénitale qui date des années 8O : la folie capillaire. Bleu, jaune, rouge, violet, de sept à soixante dix sept ans les Berlinois vivent comme au temps de Nena Haagen. Pour couronner le tout j'étais à l'Est, dans un quartier qui n'a de beau que le nom, sauf la nuit, et j'y ai rencontré une population cosmopolite et complètement jetée dans un tourbillon de fêtes, de soirées, dans des clubs toujours plus grands, toujours plus nombreux.
Au Magnet, avant même le début du set de BPRC, une fille de moins de 18 ans faisait un coma éthylique, pendant que l'équipe de trentenaires qui en paraissaient 2O et qui nous avait été assignées comme VJ (un métier en voix de disparition mais qui fait recette là bas) se saoulait à plein avec les bières du frigo des backstage.
La naissance d'une étoile est toujours quelque chose de long et de douloureux, dans le cas de Berlin c'est au prix d'un balet incessant d'événements mondains, tant et si bien qu'on se demande quand les Berlinois commencent à dormir.
Finckobot, Jorg pour les intimes, est LE dj de Berlin. Il a commencé au Magnet et joue maintenant dans toutes les soirées. Il est dj a plein temps et vit dans un 9O mètres carrés en plein centre ville avec sa copine hôtesse de l'air. Nathalie est une des VJ attachée au set du BPRC, Mike est le batteur du groupe anglais Plastic Passion. Tout ces gens, rassemblés ici par les bons soins de Barbarella, la party planneuse, étaient comme choisis pour le côté symptomatique de leur personnalité. Tout collait parfaitement dans la nouvelle étoile de la carte de l'Union Européenne, les nouvelles étoiles du monde de la nuit buvaient des canettes de Berliner en rigolant avec nous. Jorg ironisait avec Nico sur la prestation de Fukkk Offf avec qui il avait joué un jour avant, Nathalie n'arrivait pas à me croire quand je lui disais que les soirées parisiennes sont chiantes, Mike essayait de lever une blonde moche comme un poux. On a joué à la super nintendo et puis on a parlé de nos futures dates et j'ai mieux compris. Une ancienne ville communiste est en train de devenir autre chose qu'un lieux de free parties merdiques et finalement, si les cheveux eux sont restés bloqués à une époque dont personne ne souhaite se souvenir, les mentalités, elles, changent et Berlin devient petit à petit un endroit fréquentable et dont la jeunesse d'esprit l'empêche d'être coincé : là bas, le tag est la façon la plus courante de colorer une façade et la bière coûte 2,5O dans les clubs branchés du centre-ville.
Les bébés se font avec une bite et un vagin qui s'emboîtent, la bite finit par gicler au fond du vagin qui, kaou!, a un orgasme aussi, et c'est tout.
La naissance des étoiles relève de sentiments et est autrement plus poétique. Les étoiles naissent lors de soirées comme celle-ci, dans des villes comme celle-ci où tout est à construire et rien n'est réellement établi pour de bon.

Cheers

Sam

BPRC Gay Krutenau-Mainstream Mix

Les copains d'abord

Vous l'aurez compris, les rédacteurs du présent blog sont des gars cool et, comme tout gars cool, ils comptent parmi leur très nombreux amis des musiciens. A commencer par les tous frais Dunces, trio toulousain dont le titre Can't stop, avec ses délicieux accords de guitare, sautillant comme chez Vampire Weekend, n'attend que l'oreille d'un producteur avisé pour devenir le The Tube des mois à venir. Les trois acolytes viennent d'horizons aussi variés que le hip-hop, la musique concrète, l'indus, la techno, la ghetto tech et j'en passe. Le résultat est un morceau d'une redoutable efficacité, 2'45"" de bonne humeur pop, bientôt un incontournable dans toutes les booms. Je vous propose d'écouter une version demo disponible sur Fairtilizer en attendant la version définitive, bientôt masterisée.



Dans un tout autre registre, le djuvénile Geek Powa, grand agitateur des hypissimes Des chibres et des lettres parties, livre sous le nom de Ichi un titre dark minimal house très puissant : Tween Teenagers. Une intro dj tool, strictement rythmique et puis, à 2'33'' , c'est la claque avec cette grosse basse qui tabasse, comme chez Popof. On sautille moins qu'à l'écoute de Can't stop, mais qu'est-ce que c'est bon tout de même! Notez que le titre figure dans la set list de l'excellente Mixtape II de Geek Powa, en écoute sur Fairtilizer.





Pour finir, un peu de house old school, avec un remix par Clement d. du titre It's you de Kerri Chandler. Ryhtmique chicago house, clavier rhodes, filtres à gogo, nostalgiques des 90's vous devriez être servis. On attend le pressage sur vynil!