1981 - 1993 - 2009

J'ai du retenir quelques élans démagos pour écrire ce billet. J'avais très envie d'une fois pour toutes crier ma haine contre le freak-folk, tout ce mouvement indé qui présuppose à sa musique une forme de brouillard, d'illisibilité chronique (avec des larsens un peu partout, une batterie bancale et des mélodies incertaines). Mais je ravale ma bile et j'essaie de faire la part des choses. C'est certainement grâce au dernier Animal Collective que j'apprends à me mesurer : j'ai bien du reconnaître qu'il était pas mal, cet album, malgré le lourd casier du groupe (Strawberry Jam est une imposture totale, le pire étron du genre). Je préfère donc, cette fois, un peu de pédagogie à l'attaque en règle : les potes de Noah Lennox n'ont tout de même pas violenté ma famille. Et c'est l'occasion pour moi de revenir très brièvement sur deux autres groupes, de deux décennies différentes, qui portent en eux le même regard dans le flou, la fraîcheur et la conviction en plus.

D'abord un disque fondateur, que je rattache ici à Animal Collective ou TV on the Radio, mais qui a surtout posé beaucoup choses dans les domaines strictement expérimentaux et industriels. Il s'agit de l'album Deceit de This Heat, sorti en 1981, et dont j'ai toujours du mal à comprendre l'existence. Concrètement, Deceit préfigure de quelques années toute l'esthétique post-punk et no-wave, et ramène dans un même temps les musiques savantes dans le champ d'aggressivité du punk. On pense carrément à l'électro-acoustique de Pierre Henry comme à la radicalité du free-jazz, mais, donc, dans un minimalisme et une spontanéité venant tout droit des Sex Pistols ou des Clash. Inutile de dire que c'est une musique terriblement exigeante, à retourner dans tous les sens pour y comprendre quelque chose, mais dont on ne peut passer à côté tant ce bordel s'avèrera décisif dans l'avenir des musiques sombres et expérimentales. Pour une bonne introduction, je vous mets en lien, en plus d'une chanson de Deiceit, l'excellent clip de Health and Efficiency, certainement leur compo la plus abordable.

This Heat - Paper Hats



On passe dix ans plus tard, au début des années 90, avec les premiers pas de Mercury Rev. On pense en général bien connaître ce groupe, et souvent un peu à tort. Pas de problème pour leur seconde partie de carrière, à partir de Deserter's Song, ils font de la pop plutôt symphonique, assez psychédélique et pas mal Disney, tout le monde est au clair là-dessus. Par contre leurs premiers albums étaient d'une toute autre étrangeté ; Yearself Is Steam, Boces et Lego My Ego sont trois folies complètement psychédéliques, ouvertes aux disgressions les plus incongrues. Pour éviter de paraphraser, je vous réfère et cette biographie très drôle, ici, qui fera je pense bien comprendre à quel point ce groupe était barré. Si vous n'avez pas le courage de lire ces lignes, pas de problème, les deux clips qui suivent suffiront certainement à se faire une idée.

Clip de Something for Joey (Mes excuses mais l'intégration d'une fenêtre Youtube est impossible pour Mercury Rev. Pas de blagues.)

Clip de Bronx Cheer


Et pour retomber sur nos pas, mon morceau préféré de Merryweather Post Pavillion, Bluish, qui comme par hasard ressemble pas mal aux jeunes Mercury Rev.

2 commentaires:

Razon les hippies a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Razon les hippies a dit…

Le lien vers le morceau d' Animal Collective est mort et ça m'embette parceque je viens de découvrir ce groupe avec plaisir (y compris l'avant dernier album)sans pour autant supporter le brouhaha inaudible des groupes dont tu parle. Tout ça pour dire que je trouve qu Animal Collective a quelque chose de musical et de mélodique que ces groupes n'ont tout simplement pas.

"Réparer ce lien mettrait de l'eau dans ton vin" Aristote