Cinéma

N'ayons pas peur, commençons avec un gros lieu commun : l'identité d'un film est bien souvent marquée par sa bande originale. Les grandes associations entre Sergio Leone et Ennio Morricone, Federico Fellini et Nino Rota, Tim Burton et Danny Elfman en témoignent. Indiana Jones ou Starwars ne seraient plus les mêmes sans la musique de John Williams et Barry Lindon popularisa tant et si bien Schubert, que son trio est aujourd'hui plus connu comme "musique de Barry Lyndon" que sous le nom d'andante con moto du 2e trio.
Dans cette perspective, je voudrais rappeler à votre mémoire trois mélodies entendues dans les films Aguirre, la colère de dieu (Werner Herzog), La grande bouffe (Marco Ferreri) et, plus récemment, Marie-Antoinette (Sofia Coppola). Petite précision liminaire : les thèmes de Aguirre et de La grande bouffe, respectivement composés par Popol Vuh et Philippe Sarde, sont des compositions originales, oeuvres de commande, lorsque April 14th, le morceaux d'Aphex Twin entendu dans Marie-Antoinette, est extrait de l'album Drukqs.

Aguirre s'ouvre sur un plan vertigineux de la Cordillère des Andes, dans lequel une troupe de conquistadors s'achemine lentement sur un sentier périlleux, menée par Gonzalo Pizarro dans la quête de l'Eldorado. Dès les premiers instants du film, les choeurs et nappes synthétiques de Popol Vuh raisonnent, conférant aux images une incroyable profondeur, quelque chose de sublime et d'inquiètant, à la hauteur des Andes et de leurs conquérants fous. Ces quelques accords, toujours les mêmes, reviendront tout au long du film, expression de l'effrayante beauté amazonienne, prolongement du regard azuré de Kinski.
Dans un tout autre style, loin du krautrock de Popol Vuh, Philippe Sarde compose une mélodie un brin mielleuse, mais d'une tristesse en parfaite adéquation avec le suicide culinaire de La grande bouffe. Comme c'était le cas pour Aguirre, les quelques accords de Sarde sont sans cesse répétés durant le film, joués parfois même par l'un des protagonistes - Michel Picolli en égrainant les notes sur un vieux piano. La version que je vous propose d'écouter est un bel arrangement pour piano, guitare classique, clarinette, basse et batterie. Le piano assure en premier la partie solo, puis c'est au tour de la guitare qui laisse finalement le piano conclure sur une envolée très italienne. A l'écoute de ce morceau, on pensera peut-être à La modification de Butor.
Enfin, après le psychédélisme allemand et la ballade italienne, tous deux purs produits des 70's (1972, 1973), April 14th de Aphex Twin vient introduire un peu de légèreté dans ce post. Il s'agit presque d'une comptine, comme l'on en trouve à plusieurs reprises dans l'album Drukqs entre deux titres furieusement barrés. Un piano délicat, qui déroule de jolis arpèges, quelque chose qui tiendrait presque de Tiersen par endroits. Certainement ce goût partagé pour les mélodies enfantines – Marie-Antoinette, reine enfant. En quelque sorte, on a l'impression d'entendre un musicien pop voulant faire du Chopin. Le but n'est pas atteint, mais le résultat n'en est pas moins délicieux.











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