The Field Mice

On pouvait légitimement s'en douter : l'explosion du rock indépendant, à l'orée des années 90, ne venait pas de rien. Si l'on retient généralement Sonic Youth, les Pixies et Jesus and Mary Chains pour tout expliquer, tout devient plus incertain dès qu'il s'agit, lampe frontale bien accrochée, de déterrer des groupes bien cachés comme Galaxie 500, Spacemen 3 ou The Field Mice. On peut passer des années à arpenter les couloirs du rock sans jamais en entendre parler. Et puis on glisse un jour sur un caillou, en vacillant on se cogne la tête contre un stalagtite et ça ouvre une porte secrète. Quelque chose de cet ordre-là.
Dans tous les cas, la découverte de ces quelques groupes laisse toujours l'impression d'éclaircir un bout d'histoire. Avec The Field Mice, on comprend un peu mieux la naissance future de groupes comme Pavement ou Weezer. On comprend aussi que le mouvement Shoegaze, loin d'être une irruption isolée dans le paysage anglais, était plutôt la quintescence d'une direction que tout le monde envisageait. Pas mal de choses nous viennent donc à l'esprit quand on écoute un receuil de chansons de ces banlieusard Londoniens. Tout ce qu'ils font n'est pas bon, loin de là. J'irai même jusqu'à dire que techniquement, ce sont de sacrés manchots. Mais c'est aussi pour cela qu'on a le temps d'écrire des pages d'histoire : ils sont parfois redoutablement ennuyeux. Et puis l'air de rien, on change de piste et dès les premières secondes on reste scotché : mélodie parfaite, voix sur le vif, répétitions convulsives jusqu'à la transe, tout, en somme, pour produire le fameux classique instantané.
Je parlais du côté trésor caché que représentait ce groupe, et c'est bien ce dont il est question : en se balladant sur le net on croise des gens qui, la larme dans le mot, affirment que Sensitive est leur chanson préférée de tous les temps. Que presque rien dans la musique des années 90 n'aurait pu voir le jour sans une fulgurance comme celle-là. On veut bien les croire, et il y à peine à tempérer : tout en témoignant de l'air du temps (grosses saturations, voix vaporeuses, structures linéaires), The Field Mice invente tout un pan de la musique d'aujourd'hui, qu'on regroupe sous le nom barbare de Twee Pop. C'est en fait tout le rock indépendant touché de naiveté enfantine et de légèreté qui doit son salut aux Field Mice : Belle and Sebastian, Weezer, Camera Obscura ou même The Cardigans auraient sans doute sonné différement sans les résidents de Sarah Records. Pourtant pas de niaiserie chez eux, aucun côté débilou, ils sont simplement moins marqués par la bipolarité de l'époque – les fameuses années Thatcher où l'on sombrait soit dans la noirceur la plus extrème, soit dans l'optimisme délirant. Leurs chansons, si elle ne sont pas très heureuses, portent en elles une fraîcheur adolescente qu'on ne trouvera nulle part ailleurs à cette époque-là.

Sensitive

Letting Go (très peu représentatif mais ô combien planant)

1 commentaires:

Olivier a dit…

Mec, tu roxxes.