Edit : cette passion des limites

Quand un titre pop, électro-rock ou directement électronique émerge au succès, il ne faut pas attendre plus de quelques semaines, au pire quelques mois pour voir apparaître une brouette de remixes des plus respectueux aux plus improbables. Il y a toujours ceux qui vont rendre le morceau de base aux canons dancefloor, d'autres vont dans le même genre d'idées le moderniser au mieux – lui ajouter les sons du moment qui plaisent. Côté opposé, on va triturer le titre dans tellement de sens, on va si bien le dénaturer qu'il ne restera rien de l'original, peut-être un clin d'oeil et encore pas toujours. Le voici notre vertige technologique : à partir d'un titre on peut tout faire (et son contraire). La magie des pistes séparés : on scinde un tout en particules élémentaires qu'on traite indépendamment, on fait ce qu'on veut, comme on le veut et avant de boucler le travail on remonte les pièces ; le résultat peut être tout ou n'importe quoi par rapport à l'original. Les seules butoirs que l'on a : notre imagination et notre bon sens.

Au postulat "les seules limites doivent être humaines" s'oppose un autre principe : un cadre, aussi rigoureux soit-il, peut stimuler et même transcender la créativité. Autrement dit, plus un champ d'action est restreint, plus l'exploration du champ offert est efficace. C'est dans ce registre épistémologique que s'épanouit la nouvelle mode de l'Edit. Par rapport au remix, on ne travaille toujours que sur une piste, sur la masse sonore dans son entier. Et du coup, l'éventail des possibilités s'en trouve grandement amenuisé : on peut sampler et faire des boucles, rajouter des effets, immiscer au pire un kick ou quelques sons, et la liste s'arrête là.
L'Edit, c'est un travail de lifting et pas de recomposition : à la fin du processus le morceau n'est toujours pas du tout le notre, on l'a restauré par petites touches de pinceaux, on l'a remis à jour avec des pincées d'épices. Cela permet de remettre en devanture un titre de Del Shannon (c'est qui ceux-là?) ou un tube disco réputé trop cheap.
L'avantage de ne jamais toucher à la piste originale est bien entendu de préserver intacte son atmosphère, son mood. Car on connaît trop ce rejet à l'égard des remixes qui enlèvent toute la sève des titres qu'ils sont supposer honorer. Il ne reste rien sinon des sons désarticulés privés de leur ciment. L'Edit, si difficile à mettre en place, préserve au moins de celà : on peut être mauvais, on ne massacre jamais vraiment. Reste à savoir si cette humilité tiendra longtemps ; à petites possibilités faible pérénité.

Pour illustrer mon propos, je mets en téléchargement l'Edit qui me tient le plus à coeur. Il est signé Gameplay, duo Belge très prometteur. L'original, que je mets aussi à votre disposition, est Nantes, meilleur morceau du second album de Beirut. Particularité de cet edit : il ne rajeunit pas un morceau , il le fallait basculer dans le Cosmic Disco.

Beirut - Nantes


Gameplay - Beirut Disco

1 commentaires:

lucabrasi a dit…

c'est un excellent texte d'ouverture, par ailleurs je ne connaissais pas cette notion. c'est toujours un réel plaisir de te lire.