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Des chiffres et du Disco

On ne rappellera jamais assez le caractère fondamental des chiffres et des lettres. Ici à l'oeuvre le poisson d'avril le plus long de la télé :



Et comme générique, j'ai choisi le beau groove tranquille des Trammps avec Hold Back the Night.

Ils avancent voilés.

Vous voulez écouter un des singles de l'année. Alors allez-y, Damon Albarn est à la production : This is good music.




Au fait, quand ils sautent en parachute, vous savez comment font Amadou et Mariam pour savoir qu'ils approchent du sol ? Ils sentent du mou dans la laisse.

Folk-Hop, t'en veux encore ?

Avec le temps, je me désintéresse de plus en plus de Buck 65. La faute à un dernier album, Situation, très médiocre. Il y aussi que je finirais presque par le confondre avec Julien Doré. Je sais pas, trop de sophistication, un talent d'interprète indéniable mais fatigant. Tout ça pour dire que ce que j'ai découvert chez lui, le mariage des cultures hip-hop et folk, je le retrouve par fulgurances dans le dernier album d'Atmosphere. Leur 'When Life Gives You Lemons, You Paint That Shit Gold', bien qu'un peu mou dans son ensemble, offre quelques beaux exemples de hip-hop proustien. Je ne fais pas la référence pour rien, voici Painting (et sa guitare americana) : Download me Download me

Ain't no colour paint gonna cover the stains
The pictures on the wall will all remain
And even though he's home now sounding safe
Surrounded by the faces that he place his faith
The images visit from the past he witnessed
Can't stay away from the memories, sticks with
each detail embedded in stone
like he chiseled stoves convictions into his bones
the progress stops and pauses spits and sputters
like the basement faucets
and it's obvious he's lost in his regrets,
you can smell it on his breath

Ain't no colour paint gonna cover the stains
but now the alcohol is gonna mother the pain
Tuck it away, no complaints just laying on his back on his
backyard under the rain
Take tomorrow but doesn't no how though for every swallow there's another to follow
He weaves his way throughout the story
looking for a new missing piece or a door key
Spirits used to be for celebration
But now they just take him away from the hell that's waiting
Re-up until it's three sheets up
and pick a place for the skeletons to meet up

Ain't no colour paint gonna cover the stains
But if the oxygen escapes it'll smother the flames
No introduction doesn't speak his own name
Gonna beat them demons at they own game
The sunset rides to the end slow
Same song echoing outside of the window
You can't grow if the skin don't fit you
Sometimes you gotta get low just to get through
No inspiration left to do your best when,
nobody hates you more than you're reflection
Suffer the shame until it stuffs the drain
He's got two hands and a bucket of paint, come on

Une solution à tout ça : appeler les maçons du coeur. Il paraît que tu marches tout le temps sur les genoux ?

Fromage et dessert : la suite d'Extreme Makeover par ici si ça vous en redemandez. Ou alors un autre morceau d'Atmosphere avec une ligne de clavier du feu de Dieu : Your Glasshouse.

Baccalauréat Revenge

J'aime assez jouer au petit bac. Surtout avec des catégories beaucoup plus drôles que Flore, Métier ou Homme Politique. Le problème, c'est pour comptabiliser des colonnes comme Objet Insolite ou Prénom rigolo – certains savent de quoi je parle (Big Up si vous me lisez). Un de mes thèmes préférés est Metal-Band imaginaire. On pense souvent à des trucs comme Anarchy & Blood, Shit in your Nose, Erotica Barbara... Mais un groupe m'a définitivement cloué le bec. Et c'est du serieux. Je veux dire : c'est un vrai groupe qui porte le plus fièrement du monde le nom de City of Caterpillar. Essayez un peu de vous figurer la chose.

On peut aller un peu plus loin que le comique involontaire du groupe ; qui sont ces gens ? Que nous veulent-ils ? Que veulent-ils nous dire avec leur terrifiante ville jaune et noire ? Pas de panique, rien de bien méchant. City of Caterpillar n'est pas, comme son nom l'indique pourtant, un vulgaire groupe de metal industriel. C'est bien plus lâche que ça : c'est un groupe de screamo.
Pour ceux qui ne connaissent pas la notion, le screamo est un mélange d'emo et de punk-hardcore plus classique. Au final, on ne trouve plus rien des vindicatifs Biohazard ou Dead Kennedys ; le Screamo alterne passages chaotiques et ponts mélodiques, avec en premier plan une voix qui chiale sa mère, et son père, et sa petite copine, et celle d'avant aussi. Bref, ça dégouline de partout, c'est geignard et agaçant.
Les japonais d'Envy arrivaient à faire prendre la sauce quelques morceaux. City of Caterpillar parvient peut-être à un peu plus : moins marquant mélodiquement, ils possèdent néanmoins d'étonnantes qualités narratives. C'est tout du moins plus évolué que l'habituel clivage calme/tempête répété jusqu'à la nausée, et ce grâce à leur amour immodéré – et pour une fois intelligent – de toute la scène post-rock canadienne. En fait on s'ennuie finalement peu. Autre soulagement : on n'est pas trop souillé par le pathos de ces Américains. Pas mal de pointes Noise viennent contrebalancer les riffs dépressifs caractéristiques du genre. Ça pleure, mais au moins dans des mouchoirs.

Voilà, vous avez toutes les raisons de ne jamais écouter de Screamo de votre vie. Si ça vous prend quand même, vous arriverez à retenir sans mal le nom de City of Caterpillar. Ce n'est pas la plus mauvaise porte d'entrée – même si quand même, il vaudrait mieux se tenir un peu plus droit et écouter Converge. Pour se faire une idée, le premier titre de leur unique album ici.
Et moi, de mon côté, je retourne inventer des noms de groupes et j'arriverai un jour à trouver plus drôle.

Run Barbie, Run ; Hate Chineses ; Galaxy of Vikings...

Aux joints, et caetera


Quand on a été élevé aux guitares comme je le fus – aux guitares et à l'électronique déglinguée, il est particulièrement difficile de percer la carapace reggae. Car ne sont finalement accessible aux oreilles hasardeuses que deux choses : Bob Marley et les formes modernes et variétoches du genre.
J'ai toujours fait un blocage sur Marley. Musicalement tout m'indiffère chez lui, et en tant que père de tous les roots, je ne peux que le haïr. Cette culture roots, c'est bien un des systèmes de valeurs les plus stupides du monde – mais ce n'est pas le sujet.
Quant à l'autre pan du reggae que l'on doit supporter tant bien que mal pour rester citoyen, c'est l'avatar contemporain de cette culture jamaïquaine, travestie pour le coup en une soupe des plus branleuses. Saïan Supa Crew et Tonton David en sont encore les figures les plus sympas – c'est dire. Dès qu'on s'enfonce un peu dans ces productions néo-reggae, on s'embourbe dans une paresse et un mauvais goût sidérants, évoquant par exemple ce que serait le jazz d'aujourd'hui s'il se résumait à des milliers de Peter Cincotti ; du terrorisme. Imaginez une armée de Pierpoljak, ça fait froid dans le dos.
Avec de tels artistes qui arrivent à nos oreilles, pas étonnant qu'on développe de puissants répulsifs, qui dès qu'un code reggae nous parvient s'active et éloigne l'ennemi aussi sec. Bref, pour beaucoup de gens pourtant fréquentables, le reggae, c’est le mal.




Il m'en a donc fallu, des années, pour gratter un peu plus cette culture, découvrir les miracles techniques d'un King Tubby, la classe absolue d'un Lee Perry et surtout le génie, l'authentique génie de Linton Kwesi Johnson. Ceux-ci ne sont pas des inconnus, bien au contraire, le respect qu'ils dégagent est immense, l’influence qu’ils génèrent est plurielle – mais tout ceci dans les bas-fonds, dans l’ombre du populisme orwellien des principaux diffuseurs de musique. Pour parvenir jusqu’à eux, il faut que chacun trouve son stalker, son passeur, celui qui va lui ouvrir les portes de cette culture en quarantaine. J’aimerais avoir ce rôle là.
LKJ, dont je vais plus longuement parler, est le chantre d’un sous-genre qu’on appelle Dub Poetry. Deux notions là-dedans : celle du dub, dérapage évanescent et hypnotique des instrumentations reggae, et également celle de poésie, d’un langage formellement ambitieux et voulu puissant dans sa décharge. LKJ, en réalité, pousse ses deux ambitions dans leur plus clairs retranchements.
Son orchestration, d’abord, est d’une richesse folle. Le background jamaïquain est forcément prioritaire, et l’on retrouve entre autres le résultat des travaux de l’ingénieur King Tubby : beaucoup de delay et d’effets divers, des titres qui s’étirent parfois en longueur, transformant le groove originel en étrange méditation. Rien qui ne cède pourtant sur la coolitude reggae que l’on connaît bien, cette espèce de bonhomie pleine de confiance qui peut tant agacer. Chez les grands, dont LKJ fait partie, cette attitude zen ne l’est pas trop, elle n’est jamais oisive et reste toujours au contraire décontraction, croyance tranquille et réfléchie en des valeurs bien assises.
Très tôt parti de Jamaïque pour rejoindre l’Angleterre, LKJ se déracine et côtoie le bouillonnement et la diversité britannique. C’est là qu’il rencontre son acolyte producteur Denis Bovell qui l’accompagnera une grande étendue de sa carrière. Bovell, guitariste reggae de formation, aidera sans doute beaucoup LKJ dans le métissage de sa musique. Bovell produira des légendes comme Marvin Gaye ou Fela Kuti et des étrangetés pop comme Bananarama ou les Slits. Il participera aussi à l’essor du lover’s rock, reggae amoureux inspiré des traditions rock. Tout ces noms – Banarama excepté, se feront sentir chez LKJ. On y trouve des guitares précisément blues, des cuivres plus éthiopiques qu’antillais, un spoken word obligatoirement importé et partout des séquences jazz voire plus pop.




Pas vraiment enfermée dans ses structures, la musique de Linton Kwesi Johnson permet donc, dans sa labilité, un discours aventureux, fort et nuancé – celle d’un poète. La vocation du poète n’est-elle pas de dire quelque chose du politique par le biais de son amour – des mots, d’un homme ou d’une femme, d’une cause ? Proposer quelque chose que seul l’intime peut écrire et qui peut néanmoins parler à tous, et être du même coup parole politique. LKJ proclame la férocité du tract politique comme la confession amoureuse, sans faire tant de différences.dans le ton et la diction.
Engagé auprès des Black Panthers, il défend corps et âme la cause des noirs et ceux qu’il estime oppressés : From Inglan to Poland / every step across di ocean / the ruling class is dem in a mess, oh yes / di capitalist system are regress / but di soviet nah progress / so wich one of dem / yuh think is best / when di two of dem work as a contest / when crisis is di order of di day / when so much people is cryin' out to change nowadays (What About Di Workin' Claas, Making History, 1984). Il chante aussi son amour à Loraine sur un de ses meilleurs titres : Whenever it rains / I think of you / And I always remember that day in may / When I saw you walking in the rain / I know / not what it was nor why / For ususally I'm quite shy / I ax'd your name, you smile and said "Lorraine" / I ax'd if I could share your umbrella / You smiled and said "what a cheeky little fella" // Now I'm standin' in the rain in vain, Loraine / Hoping to see you again / Tears fall from me eyes like rain, Loraine /A terrible pain in me brain, Loraine / You're drivin' me insane (Loraine, Bass Culture, 1980).




Je n’ai pas grand chose à dire de plus, je deviendrais sinon vraiment barbant. Je finirai donc en fin de message par quelques morceaux à écouter et conserver. Je conclue maintenant par des conseils qui s’envoleront facilement – et c’est normal. Bass Culture est le meilleur album de LKJ, Making History est aussi assez essentiel ; si l’on écoute ces deux albums on sait à quoi s’en tenir. Pour ceux qui veulent aller plus loin dans l’histoire du reggae, dans ces tenants et aboutissants : lecture obligatoire de Bass Culture de Lloyd Bradley, la bible incontestable du genre, parue en 2000 chez Allia. Autrement, essayez de tout oublier sur le reggae, et faites comme si vous n’avez jamais entendu parler de Bob Marley.

Loraine (Bass Culture)

Street 66 (Bass Culture)

Making History (Making History)

Reggae Fi Radni (Making History)

Give Me Every Little Thing !

Affaire de hasard ou pas, Juan McLean ne perce pas. Pourtant, il est hébergé par DFA Records et vient de tourner avec les auréolés Cut Copy. Qu'est-ce que vous pouvez avoir de plus pour se faire nom ? Je ne sais pas et ça m'étonnerait que lui le sache mieux. Le plus drôle, c'est que de toute l'écurie de son patron et ami James Murphy, il est à mon avis le plus doué.

Comment je sais ça ? Give me Every Little Thing ! Une tuerie sans pareil. Le clip est à l'image du titre : ludique, dansant et en même temps nostalgique – en atteste cette étonnante introduction très Underworld, ces effluves rave qui cotonnent toute l'architecture post-funk du rythme. Brugnon sur le gateau, le déraillement jazzy de la fin, qu'on ne croyait pouvoir trouver que chez Maurice Fulton. Tout ça fait de ce tube méconnu un espèce de trésor caché à l'endroit le plus visible : sur un des labels les plus exposés du moment. Edgar Poe nous l'expliquait dans sa Lettre Volée, c'est peut-être devant son nez qu'on trouve les meilleures cachettes !




Pour garder chez soi : http://www.zshare.net/audio/5565006455588248/

Rien ne sert d'être doué...



By Jordan Rudess (Dream Theater).

Edit : cette passion des limites

Quand un titre pop, électro-rock ou directement électronique émerge au succès, il ne faut pas attendre plus de quelques semaines, au pire quelques mois pour voir apparaître une brouette de remixes des plus respectueux aux plus improbables. Il y a toujours ceux qui vont rendre le morceau de base aux canons dancefloor, d'autres vont dans le même genre d'idées le moderniser au mieux – lui ajouter les sons du moment qui plaisent. Côté opposé, on va triturer le titre dans tellement de sens, on va si bien le dénaturer qu'il ne restera rien de l'original, peut-être un clin d'oeil et encore pas toujours. Le voici notre vertige technologique : à partir d'un titre on peut tout faire (et son contraire). La magie des pistes séparés : on scinde un tout en particules élémentaires qu'on traite indépendamment, on fait ce qu'on veut, comme on le veut et avant de boucler le travail on remonte les pièces ; le résultat peut être tout ou n'importe quoi par rapport à l'original. Les seules butoirs que l'on a : notre imagination et notre bon sens.

Au postulat "les seules limites doivent être humaines" s'oppose un autre principe : un cadre, aussi rigoureux soit-il, peut stimuler et même transcender la créativité. Autrement dit, plus un champ d'action est restreint, plus l'exploration du champ offert est efficace. C'est dans ce registre épistémologique que s'épanouit la nouvelle mode de l'Edit. Par rapport au remix, on ne travaille toujours que sur une piste, sur la masse sonore dans son entier. Et du coup, l'éventail des possibilités s'en trouve grandement amenuisé : on peut sampler et faire des boucles, rajouter des effets, immiscer au pire un kick ou quelques sons, et la liste s'arrête là.
L'Edit, c'est un travail de lifting et pas de recomposition : à la fin du processus le morceau n'est toujours pas du tout le notre, on l'a restauré par petites touches de pinceaux, on l'a remis à jour avec des pincées d'épices. Cela permet de remettre en devanture un titre de Del Shannon (c'est qui ceux-là?) ou un tube disco réputé trop cheap.
L'avantage de ne jamais toucher à la piste originale est bien entendu de préserver intacte son atmosphère, son mood. Car on connaît trop ce rejet à l'égard des remixes qui enlèvent toute la sève des titres qu'ils sont supposer honorer. Il ne reste rien sinon des sons désarticulés privés de leur ciment. L'Edit, si difficile à mettre en place, préserve au moins de celà : on peut être mauvais, on ne massacre jamais vraiment. Reste à savoir si cette humilité tiendra longtemps ; à petites possibilités faible pérénité.

Pour illustrer mon propos, je mets en téléchargement l'Edit qui me tient le plus à coeur. Il est signé Gameplay, duo Belge très prometteur. L'original, que je mets aussi à votre disposition, est Nantes, meilleur morceau du second album de Beirut. Particularité de cet edit : il ne rajeunit pas un morceau , il le fallait basculer dans le Cosmic Disco.

Beirut - Nantes


Gameplay - Beirut Disco