Triste hip-hop, l'Axe franco-canadien

À y regarder de près, les disques de hip-hop que j'ai aimé cette année ont à peu près tous en commun leur mélancolie de tous les instants. Il y a bien une inclination naturelle de ma part pour ce genre d'ambiances, je le conçois, mais enfin le hip-hop n'est pas si habitué que ça à construire des projets là-dessus – sur cette position où l'on hésite à renverser les rapports de force, à être littéralement révolutionnaire, parce que pris dans une sorte de fascination de l'échec et du raté. Bref, si de tous temps il a existé des morceaux de rap cafardeux, ils ont le plus souvent fait office de soupapes au milieu d'un processus bien plus corrosif. Là, depuis quelques années, on semble parfois être tombé les deux pieds dans le pathos ; le hip-hop semble avoir perdu un peu de son côté phallique et ce ne sont pas les derniers Kanye West ou Lil' Wayne qui me contrediront. Du reste, si l'avenir du genre reste encore à inventer, dans cette tonalité un peu déprimée il y a pas mal de choses à chérir. L'underground hip-hop ne me semble plus être à l'heure de l'expérimentation, les bombes Def Jux ou Anticon sont consommées. Il s'agit donc de faire des beaux disques avec ces nouvelles ficelles. Et deux d'entre eux ont particulièrement attiré mon attention cette année.

Il y a d'abord le deuxième opus de Psykick Lyrikah, Vu d'ici, qui fait mieux que confirmer tous les espoirs que je portais en eux. J'avais bien apprécié leurs débuts avec des Lumières sous la pluie mais j'attendais plus : je suis servi. Il y a là-dedans les plus beaux textes de rap français que j'ai vu, et de loin. Pour les instrus, pareil, ils atteignent une liberté dont je ne les pensais même pas capable. C'est à dire que tenter des trucs étranges et bigarrés est une chose, mais user de toutes ces possibilités de manière raisonnée et adaptée en est une autre. Les deux gars de Psykick Lyricah jouent avec des très bon musiciens, ce sont des proches de bidouilleurs comme Robert le Magnifique et Abstrackt Keal Agram, et avec toutes ce genre de collaborations il est vite fait de basculer dans l'electro/hip-hop post-hippie prétentieux et abscons. Heureusement ils retiennent bien leurs chevaux et si l'on frôle parfois le post-rock ou la chanson française, c'est toujours de la plus belle des façons. Donc, puisque j'aime bien les trophées, c'est celui-ci d'album francophone de l'année que je leur attribue.


Psykick Lyrikah - Toutes Lumières Éteintes





Ensuite une découverte beaucoup plus récente. Je m'expose de fait au risque de m'emballer. Il s'agit de Factor, un producteur canadien à peu près inconnu de tous (merci d'ailleurs à hiphopcore.net d'en avoir parlé). Il me rappellerait quelque part une sorte de Dj Premier en très lo-fi, très Anticon pour en revenir à eux. Impossible de ne pas voir qu'il y a derrière ces instrus un sincère intérêt pour la pop et la folk music ; il y a beaucoup de piano et de guitares, les beats sonnent même un peu champêtres. On serait pas surpris non plus d'apprendre qu'il écoute de l'électro down-tempo, genre le label City Center Offices ou des trucs comme Telefon Tel Aviv. En clair un joli exemple du hip-hop dilaté des années 2000, plein de rencontres transversales. Mais outre la description qu'on peut en faire, qui pourrait correspondre à mille autres trucs, ce qui m'a surtout plu chez ce producteur est sa régularité vraiment précieuse. Si on adhère au parti pris de l'album Chandelier, on sera heureux dix-neuf fois sur dix-neuf titres. Les Mcs changent (et ils sont très bon !), les interludes instrumentaux passent et jamais on ne décroche. Toutes ces petites comptines de trois minutes dégagent la même émotion duveteuse, le même savoir-faire artisanal saupoudré de bon goût. Allez, sans attendre plus, je vous laisse un collissimo et je file sous ma couette.


Factor - More Rude Than Handsome (Feat. Awol One)

Tolkien en musique

Il fait froid, c'est l'hiver. Et à chaque saison sa musique. Par conséquent, deux options : ou bien l'on se réchauffe à grands coups de house music, ou bien l'on cède aux affects hivernaux du dark ambient. Pour l'instant, je choisis la seconde alternative, le réveillon du nouvel an consacrera la première. Et je vais droit au but, avec l'un des nombreux side projects liés aux autrichiens de Summoning : Mirkwood. Il s'agit d'une démo unreleased de Silenius, vocaliste, claviériste et bassiste du groupe tolkiennien, quatre pistes très difficiles à dégoter ailleurs que sur le site officiel de Summoning. Parmi ces quatres pièces rares, je retiens particulièrement la première et la quatrième, l'une pour son ambiance étrangement teintée d'orientalisme, quelque chose qui pourrait presque rappeler les meilleurs passages de Tool, l'autre, pour l'épisme qui sourd de chaque mesure - Summoning reprendra d'ailleurs ce dernier track dans l'album Lost Tales, en lui adjoignant un spoken word inspiré du Seigneur des anneaux . Synthétiseurs dignes de World of Warcraft, percussions à la façon Zelda, amis geeks, sortez les WarHammer - l'édition Lord of the Rings bien sûr, vous allez être servis, grisés même par une musique qui doit bien plus à l'heroic fantasy qu'à Black Sabbath. Et puis pour la route, histoire de ne pas oublier que Summoning est à la base un énorme groupe de Black Metal, chargez sur votre Ipod le titre Moondance, extrait de Lugburz, de quoi se donner du courage pour conquérir la Terre du Milieu - si vous êtes un méchant, ou pour la défendre - si vous êtes un gentil.







Un top 10 dark ambient très bien référencé

Sapin d'or 2008

Sapin : prix culturel décerné traditionnellement au moment de Noël. Il peut être d'or, d'argent ou de bronze et concerne nécessairement une discipline artistique (il est le plus souvent cinématographique, musical ou littéraire). Le sapin a été inauguré afin de célébrer les œuvres qui honorent le mieux l'année écoulée. Il est pour cela au carrefour de considérations bien différentes. Premièrement, le sapin est un choix affectif et donc éminemment subjectif. Il ne peut en aucun cas être simplement théorique ou rationnel. Le sapin est ensuite une œuvre lumineuse ; comme l'appellent les fêtes de fin d'année il se doit d'être généreux et porteur d'espoir. Enfin, le sapin doit constituer un symbole de l'année mourante. Il ne peut pas être une création totalement endogène, il doit témoigner de son époque. Le sapin n'est donc pas forcément l'œuvre la plus marquante de l'année, ni la plus ambitieuse, il est l'objet qui répond le mieux aux problématiques sociales, artistiques et individuelles que chacun est en droit de se poser en tant que citoyen, en tant qu'esthète et en tant que sujet. Tout ceci en ne perdant pas de vue que si certaines œuvres sont des bombes, la sapin est toujours un cadeau.



L'hiver rigoureux qui nous attend avait besoin d'un sapin solide et indiscutable. Je suis donc heureux, en ces temps de neige, de pouvoir remettre un trophée qui ne souffrira d'aucune contestation. Parce qu'il est le disque qui synthétise le mieux tous les travaux de 2008, parce qu'il possède en plus une féérie toute enfantine, dans la catégorie musique, j'attribue le sapin d'or à Daedalus pour son superbe Love to Make Music To.





Je ne peux maintenant pas faire l'économie d'une vraie argumentation sur ce choix, d'abord parce qu'il n'est pas un album ayant passé dans beaucoup de sillons auditifs, ensuite parce que le sapin ne jouit pas encore d'une réputation suffisante pour que son seul palmarès fasse autorité. Daedalus, donc, est un beatmaker américain signé entre autres chez Ninja Tune et Big Dada, qui pour son neuvième album en sept ans (!) arrive à rendre compte de façon intelligible de toutes les musiques qu'il picore (sous son nom, avec Busdriver ou d'autres). Love to Make Music To est en cela un album terriblement dense : chaque morceau est une nouvelle mutation entre des références aussi variées que le son de Baltimore, la pop sixties, la musique rave, le r'n'b ou l'abstract hip-hop. A priori difficile d'accès, il doit plutôt son exigence à une compréhension sidérante de la modernité musicale ; quand Switch, Diplo ou Spank Rock tiennent le hip-hop par les couilles, quand l'Angleterre parle encore de nu-rave et de post-funk, quand enfin le folk innonde tout l'espace médiatique parce que ça fait bio, Daedalus, lui, s'imprègne de toutes ses tendances super-contemporaines pour les réinjecter dans sa mythologie personnelle. Un peu comme ces grands rêveurs de Flotation Toy Warning, Alfred Darlington s'invente une vie. Il serait un découvreur du XIXème revenu du futur avec de la musique plein les oreilles et dès lors considéré comme un illuminé rempli à raz bord de sons diaboliques. Au-delà de cette péripétie un peu improbable, Daedalus possède effectivement une âme de machiniste un peu romantique, très ancré dans l'ère victorienne – regardez comment il s'habille ! – et assailli de pensées grandioses et irréalisables. Pour ne pas ressortir les livres d'histoire, on peut en fait transposer cette drôle d'identité à un personnage beaucoup plus actuel et pas moins imaginaire. Tout cela me rappelle ce petit bricoleur nostalgique qu'est Wall-E, lui qui, avec des restes de technologies, un bric-à-brac de bouts de férailles, se reconstruit une chambre d'enfant et des rêves de gosses.


Daedalus - Make it So

Daedalus - Touchtone

Daedalus - I Car(ry) Us


Cinéma

N'ayons pas peur, commençons avec un gros lieu commun : l'identité d'un film est bien souvent marquée par sa bande originale. Les grandes associations entre Sergio Leone et Ennio Morricone, Federico Fellini et Nino Rota, Tim Burton et Danny Elfman en témoignent. Indiana Jones ou Starwars ne seraient plus les mêmes sans la musique de John Williams et Barry Lindon popularisa tant et si bien Schubert, que son trio est aujourd'hui plus connu comme "musique de Barry Lyndon" que sous le nom d'andante con moto du 2e trio.
Dans cette perspective, je voudrais rappeler à votre mémoire trois mélodies entendues dans les films Aguirre, la colère de dieu (Werner Herzog), La grande bouffe (Marco Ferreri) et, plus récemment, Marie-Antoinette (Sofia Coppola). Petite précision liminaire : les thèmes de Aguirre et de La grande bouffe, respectivement composés par Popol Vuh et Philippe Sarde, sont des compositions originales, oeuvres de commande, lorsque April 14th, le morceaux d'Aphex Twin entendu dans Marie-Antoinette, est extrait de l'album Drukqs.

Aguirre s'ouvre sur un plan vertigineux de la Cordillère des Andes, dans lequel une troupe de conquistadors s'achemine lentement sur un sentier périlleux, menée par Gonzalo Pizarro dans la quête de l'Eldorado. Dès les premiers instants du film, les choeurs et nappes synthétiques de Popol Vuh raisonnent, conférant aux images une incroyable profondeur, quelque chose de sublime et d'inquiètant, à la hauteur des Andes et de leurs conquérants fous. Ces quelques accords, toujours les mêmes, reviendront tout au long du film, expression de l'effrayante beauté amazonienne, prolongement du regard azuré de Kinski.
Dans un tout autre style, loin du krautrock de Popol Vuh, Philippe Sarde compose une mélodie un brin mielleuse, mais d'une tristesse en parfaite adéquation avec le suicide culinaire de La grande bouffe. Comme c'était le cas pour Aguirre, les quelques accords de Sarde sont sans cesse répétés durant le film, joués parfois même par l'un des protagonistes - Michel Picolli en égrainant les notes sur un vieux piano. La version que je vous propose d'écouter est un bel arrangement pour piano, guitare classique, clarinette, basse et batterie. Le piano assure en premier la partie solo, puis c'est au tour de la guitare qui laisse finalement le piano conclure sur une envolée très italienne. A l'écoute de ce morceau, on pensera peut-être à La modification de Butor.
Enfin, après le psychédélisme allemand et la ballade italienne, tous deux purs produits des 70's (1972, 1973), April 14th de Aphex Twin vient introduire un peu de légèreté dans ce post. Il s'agit presque d'une comptine, comme l'on en trouve à plusieurs reprises dans l'album Drukqs entre deux titres furieusement barrés. Un piano délicat, qui déroule de jolis arpèges, quelque chose qui tiendrait presque de Tiersen par endroits. Certainement ce goût partagé pour les mélodies enfantines – Marie-Antoinette, reine enfant. En quelque sorte, on a l'impression d'entendre un musicien pop voulant faire du Chopin. Le but n'est pas atteint, mais le résultat n'en est pas moins délicieux.











That's what they said !



















Au fur et à mesure de ses deux mandats successifs – la transformation s'accélérant brutalement ces derniers mois – George W. Bush est devenu l'égal de Michael Scott, directeur en vente de papier dans la série The Office. Placés l'un comme l'autre à des postes dont ils ne possèdent ni les compétences, ni les plasticités (intellectuelles et humaines) nécessaires, ils mettent en scène leur autorité comme un enfant s'essayant au théâtre pour la première fois : alternance de tyrannie et de postures ébêtées, honteuses et mal assumées. Dans le rôle de Steve Carell comme dans celui de Junior, on en vient in fine à un renversement hiérarchique ; Michael Scott ne vise plus qu'à se faire aimer de ses employés et Bush, dans des tentatives désespérées de ne pas perdre la face à tout jamais, raconte des blagues à son auditoire et ironise son mal-être. Disparue, l'emprise qu'octroyaient leurs responsabilités : ils sont devenus ces mec bourrés qu'on oblige à se ridiculiser, debout sur une table, à faire des cabrioles dans l'espoir forcément déçu de retrouver un salut.
Chaque apparition médiatique de Bush est désormais plus triste et plus cruelle que la précédente. Comment avoir encore le courage de se présenter quand l'humanité entière s'accorde à nous définir comme un moins que rien ? Drôle de cadeau empoisoné que le trône du monde pour un ancien alcoolique incapable d'exister hors des traces de son père. Pas très fûté, avec une inclination lisible vers la dépression, Bush ne pouvait de toute façon pas réussir à cette position – et le moins que l'on puisse dire est que le résultat est sans ambiguïté. Alors, on peut nous aussi taper sur lui comme les autres, rouer de coup l'animal blessé, mais on peut également éprouver de la compassion, quelque chose qui n'exclut en rien un jugement politique sans pincettes. Bush est effectivement un responsable scandaleux et simultanément un homme pathétique et même touchant.
Ces derniers temps me donnent envie de regarder autour de lui la façon dont la haine et le mépris se propagent. Les républicains renient un monstre qu'ils ont pourtant clairement enfanté et dont ils sont coupables : la réélection de 2004 est bien le tampon d'une bétise que le sacre d'Obama ne doit pas occulter. Après tout, à ce moment-là, le personnage était déjà bien campé et les Américains se sont, en toute connaissance de cause, tirés une balle dans le pied. Quant à ce qui a motivé ce billet d'humeur, il s'agit de la façon malheureuse avec laquelle Bush a été snobé au G20 (la vidéo est à voir ici). Dans la mesure où ce dernier n'est plus président que dans le costume, ses invités ont considéré pertinent de rompre la douce hypocrisie qui baignait les rapports transatlantiques depuis huit ans. Ils ne l'ont pas salué ni même jeté le moindre regard. Il fallait faire comme s'il n'existait pas. Tout ça est aussi subversif qu'un sketch d'Anne Roumanoff – à ceci près qu'elle vise le rire et pas l'humiliation.
L'image met mal à l'aise : W avance tête basse, aussi rapidement qu'il le peut, les poings fermés et les bras lourds. On a l'impression qu'il pourrait se mettre à pleurer ou même, pourquoi pas, dans un bruit sourd disparaître en fumée. Il s'envolerait dans une drôle d'ascension métaphysique, le visage ahuri, braqué sur le seul qui daigne encore lui préserver sa dignité, son Dieu à lui. Dans ce tableau un peu cartoonesque tout le monde accomplirait son désir : Bush trouverait l'apaisement chrétien, il habiterait un ranch éternel, coupé des railleries d'une population qui aurait ce qu'elle voulait, a Dead Texan.

The Dead Texan - The 6 Million Dollar Sandwich

The Dead Texan - Aegina Airlines


The Dead Texan est un projet solo d'Adam Wiltzie, bien connu pour être un des deux cerveaux du groupe néo-classique Stars of the Lid. Ici il rend sa musique plus chaleureuse, moins squelettique. On y décèle beaucoup plus facilement son ancrage rock indé. Les deux morceaux que je vous propose illustrent le texte et particulièrement sa fin. Au-delà de l'adéquation hasardeuse entre le nom de cet album et la torture tranquille à laquelle est soumise Bush, ce décor désertique qu'évoquent tour à tour The 6 Million Dollar Sandwich et Aegina Airlines semble bien représenter cette solitude, ce manque-à-être dont notre bientôt retraité est le porte-drapeau.

Follow the Nipon

S'il est un dj de la scène parisienne actuelle qui vaut la peine d'être remarqué, c'est bien Jean Nipon. Un temps dj résident du Paris Paris, aujourd'hui directeur artistique du Régine, il est également membre du label Institubes sur lequel il a récemment sorti le très attendu Wild at heart EP. Ancien batteur grind, successivement membre du groupe Teamtendo et du collectif BÜRO, producteur et remixeur sexy aux côtés d'Orgasmic, sa culture musicale est étonnamment variée, d'où l'originalité de ses mixs. Une prestation de Jean Nipon, c'est "du sexe et de la violence" selon les mots de celui qui se définit comme "deviant electropunk DJ and producer from Paris". Du sexe, avec un goût prononcé pour la booty bass dans sa globalité (bailey funk, booty, ghetto-house, Baltimore, Miami bass...) et de la violence, avec une attache particulière aux larsens du punk et du black metal, aux kicks dévastateurs de la ghetto- tech et de l'acid-house. Sexe et violence encore dans son amour pour le glam-rock 80's -il demeure un fan absolu du Phantom of the Paradise de De Palma, les dance songs 90's, et la house bien frappée de Bangalter. Et il faut le voir, avec sa chevelure gominée et son polo Fred Perry, agiter la tête avec une rage frénétique, véritable dandy headbanger.
Vous l'aurez compris, pour l'auditeur touche-à-tout, une playlist de Jean Nipon c'est une véritable mine. Lorsque l'on a la chance d'en découvrir une sur le net, il faut absolument prêter l'oreille aux suggestions du bonhomme. C'est ainsi que j'ai découvert Rob et son excellent Don't kill. Le titre n'est pas nouveau, il est extrait de l'album du même nom, sorti en 2000 chez EMI. Pour ressituer, Rob est un copain de Air et Phoenix avec qui il partage une grande affection pour le rock 70's et "une certaine pop FM américaine insouciante et mélodiquement ensoleillée" (la formule est de Remi) - il a d'ailleurs assuré les claviers sur la tournée 2007 de Phoenix. Avec Don't kill, on est clairement sur le versant rock 70's, King Crimson n'est pas loin: une basse puissante, un jeu de batterie développé, plein de frisés et de contre-temps, du tambourin, des ruptures franches marquées par des chœurs à la Atom Earth Mother, un clavier rhodes qui flirte avec le clavecin et surtout cette guitare qui répète un même motif épique tout au long du morceau. Précisément, ce motif rappelle certains passages de Dunkelheit de Burzum, morceau d'ouverture de l'album Filosofem. Or, Burzum, tout comme Rob, est l'un des groupes favoris de Jean Nipon - ne pas rater son magnifique t-shirt dans le clip de Lost in music. Mêmes accents épiques dans les deux cas pour des orchestrations néanmoins diamétralement opposées: côté Dunkelheit, la section rythmique est à proprement parler martiale, la guitare et le chant saturés au dernier degré, le synthétiseur joué avec un seul doigt. Burzum, pur black metal norvégien, c'est la face obscure de la planète Jean Nipon, peuplée de guerriers païens pas vraiment décidés à se laisser christianiser.
Follow the Nipon!

Jean Nipon






Tartine, beurre, comelade d'orange

Nous avons déjà eu, pour beaucoup d'entre nous, quelques pincements au cœur en écoutant Yann Tiersen. Ce n'est pas une honte, mais enfin tout de même, ça ne se dit pas trop fort pour deux raisons. La première est que, tout bien considéré, il est un compositeur bien simplet, dont le virage rock nous a définitivement plaqué sur le bas-côté. La deuxième raison s'appelle Amélie Poulain : les accords de Tiersen sont marqués à vie, au fer rouge, de la poésie Shirley & Dino du film de Jeunet. Hallucination béâte d'un Philippe de Villiers bambin, ce famuleux destin est à mon avis la pire chose que le cinéma français ait connu depuis les film de bidasses (en particulier "les Bidasses en vadrouille" et "Embraye bidasse, ça fûme"). Il a dès lors fallu, du moins pour moi, tirer un trait définitif sur Tiersen. Et ne pas ressasser ce qui m'avait plu chez lui, l'utilisation moderne d'un folklore générationnel et le son toujours émouvant d'un Toy Piano.
Ce sont ces deux choses, entre autres, qui ont provoqué mon coup de coeur pour Pascal Comelade. Ce Catalan, activiste depuis plus de trente ans, oeuvre dans le trait d'union entre musique savante et culture populaire. Grand érudit de la musique, ami du grand Richard Pinhas, son travail s'appuie sur les minimalistes Américains – Philip Glass en tête, sur la mouvance krautrock et sur des étoiles isolées comme Robert Wyatt ou Pj Harvey – qui ont tous deux deux bossé avec lui. Une guest list bien prestigieuse pour un musicien obsédé par la mélancolie d'un tango, d'une valse musette et de l'esprit guinguette.
Pascal Comelade est une façon pour moi de restaurer ces émois adolescents pour Tiersen. Instruments-jouets pour comptines nostalgiques, westerns de poche et expérimentations enfantines, tout chez lui ramène à ce plaisir ludique, premier, de la musique qui apprend à marcher.


Cançó Sense Títol est un morceau d'une grande poésie. Outre ce que j'ai pu effleurer sur son instrumentation tendre et cristalline, il possède en plus une voix, grave, égrainant d'étranges phrases catalanes. C'est un morceau tiré du dernier album en date de Comelade, "Mètode De Rocanrol".
Stranger in Paradigm, dont voici le beau clip amateur tourné dans ma ville d'Aix-en-Provence, est aussi extrait de ce disque hautement recommendable.



Johnny Clegg & Joanna

Deux morceaux cette fois encore. Difficile de justifier mon choix, il n'y a pas grand-chose de commun entre eux. Je joue la carte "selector", "j'aime et c'est tout", "Ya know my name?!".
Le premier, un titre de Johnny Clegg, le "Zoulou Blanc" dont les incroyables chorégraphies fascinèrent le public des 90's (mes parents par exemple). Ici, comme souvent chez Clegg, le discours est clairement politique : prise de partie anti-apartheid, idéal d'une démocratie multiraciale. Dans la pure tradition world music, One man One vote s'ouvre sur des chants indigènes (en l'occurrence des chants zoulous) soutenus par une section rythmique bien synthétique. Puis la basse funky entre en jeu, la voix de Clegg cède à des accents anglo-saxons et le dx7 pose ses premiers accords brass. Viennent ensuite tourbillons de cuivres, nappes choir-violin et riffs de guitare funky. On arrive au refrain : "one man, one vote!", balafon synthétique. La production est excellente, dans l'esprit d'un bon Georges Michael. Il y a ce relief propre au son pop-funk de la fin des 80's, début 90's, comme si le mastering cultivait la dissociation des éléments sonores, les isolait, conférant ainsi une plus grande puissance à chacune de leur intervention.
Le deuxième titre dont je voudrais parler est un edit (Julien a très bien expliqué ce qu'est un edit dans un précédent article) de The book of Right on de Joanna Newsom, produit par Pocketknife. Composition du morceau original : lyre et chant. Pocketknife dynamise l'ensemble en ajoutant des éléments rythmiques simples (la puissance du kick!), des filtres reverb-delay, un sample de lyre qui vient combler les interstices. La formule est terriblement efficace : la douceur du titre original n'est pas perdue, elle trouve simplement sa place sur le dance floor d'un Tim Sweeney, entre Gameplay et Kate Bush.






The Field Mice

On pouvait légitimement s'en douter : l'explosion du rock indépendant, à l'orée des années 90, ne venait pas de rien. Si l'on retient généralement Sonic Youth, les Pixies et Jesus and Mary Chains pour tout expliquer, tout devient plus incertain dès qu'il s'agit, lampe frontale bien accrochée, de déterrer des groupes bien cachés comme Galaxie 500, Spacemen 3 ou The Field Mice. On peut passer des années à arpenter les couloirs du rock sans jamais en entendre parler. Et puis on glisse un jour sur un caillou, en vacillant on se cogne la tête contre un stalagtite et ça ouvre une porte secrète. Quelque chose de cet ordre-là.
Dans tous les cas, la découverte de ces quelques groupes laisse toujours l'impression d'éclaircir un bout d'histoire. Avec The Field Mice, on comprend un peu mieux la naissance future de groupes comme Pavement ou Weezer. On comprend aussi que le mouvement Shoegaze, loin d'être une irruption isolée dans le paysage anglais, était plutôt la quintescence d'une direction que tout le monde envisageait. Pas mal de choses nous viennent donc à l'esprit quand on écoute un receuil de chansons de ces banlieusard Londoniens. Tout ce qu'ils font n'est pas bon, loin de là. J'irai même jusqu'à dire que techniquement, ce sont de sacrés manchots. Mais c'est aussi pour cela qu'on a le temps d'écrire des pages d'histoire : ils sont parfois redoutablement ennuyeux. Et puis l'air de rien, on change de piste et dès les premières secondes on reste scotché : mélodie parfaite, voix sur le vif, répétitions convulsives jusqu'à la transe, tout, en somme, pour produire le fameux classique instantané.
Je parlais du côté trésor caché que représentait ce groupe, et c'est bien ce dont il est question : en se balladant sur le net on croise des gens qui, la larme dans le mot, affirment que Sensitive est leur chanson préférée de tous les temps. Que presque rien dans la musique des années 90 n'aurait pu voir le jour sans une fulgurance comme celle-là. On veut bien les croire, et il y à peine à tempérer : tout en témoignant de l'air du temps (grosses saturations, voix vaporeuses, structures linéaires), The Field Mice invente tout un pan de la musique d'aujourd'hui, qu'on regroupe sous le nom barbare de Twee Pop. C'est en fait tout le rock indépendant touché de naiveté enfantine et de légèreté qui doit son salut aux Field Mice : Belle and Sebastian, Weezer, Camera Obscura ou même The Cardigans auraient sans doute sonné différement sans les résidents de Sarah Records. Pourtant pas de niaiserie chez eux, aucun côté débilou, ils sont simplement moins marqués par la bipolarité de l'époque – les fameuses années Thatcher où l'on sombrait soit dans la noirceur la plus extrème, soit dans l'optimisme délirant. Leurs chansons, si elle ne sont pas très heureuses, portent en elles une fraîcheur adolescente qu'on ne trouvera nulle part ailleurs à cette époque-là.

Sensitive

Letting Go (très peu représentatif mais ô combien planant)

Oldies

Je voudrais commencer tout en douceur. Marin Marais, Nightcrawlers. Baroque évident et House mainstream. « Joueur de viole de La Musique de la Chambre » dans La Musique du Roi (Louis XIV) et ex-claviériste/guitariste de Culture Club, chacun développe un motif simple, entêtant – véritable ver d’oreille. Deux tubes à deux siècles d’écart : Sonnerie du Mont de Sainte-Geneviève (1723), Push the feeling on (1993-1995). Virevoltes du violon sur viole de gambe et clavecin, slogan house nation pour mélodie synthétique, il y a chaque fois quelque chose de délicat, de profond même. Il est tard, salon versaillais, club londonien, c’est à la même délicieuse mélancolie que l’on s’abandonne. Musique savante, musique populaire, peu importe : ici, la complexité de l’esprit baroque et cette tristesse qui plane sur la dance music des 90’s se composent sans heurt.

Le clip culte de Push the feeling on (Nightcrawlers featuring John Reid)

Salsa Groove

Depuis quelques temps j'explore gentiment les sonorités latines au sein de la House Music et de la Techno. J'avais un a priori assez terrible : c'était pour moi une frange de benêts aux tentations exotiques lourdes et grossières. Il y a de ça, beaucoup de choses sont proprement inaudibles. Mais au détour de compilations, on tombe amoureux d'un titre, puis d'un autre, et encore d'un autre. Tout ça pour finalement toujours retomber sur le premier morceau que j'ai aimé, depuis cette fois quelques années et qui fait maintenant office de prisme pour toutes mes excitations latinos. C'est un morceau de l'imposant Carl Cox. Notez les cuivres sur la seconde moitié du morceau, c'est grandiose.




The Latin Theme

Zooooooooooooooey


Je pense légitime le coup de coeur que j'ai eu cette année pour Zooey Deschanel. Il s'est produit quand je suis allé voir Phénomènes. Ce film est d'une incroyable beauté ; c'est encore une fois pour Shyamalan un suicide commercial, un blockbuster anti-spectaculaire, rempli de la fébrilité narrative qui lui est propre et qui avait fait le miracle de la Jeune fille de l'eau : tous deux sont des grandes déclarations d'amour, au cinéma d'abord, à tout ce qui peut se raconter et devenir Histoire ensuite, et enfin à tout ce qui relie les Hommes – des pactes irrationnels.
Dans The Happening (Phénomènes, donc), une charge de mort s'abat sur tout un état. Les gens, d'un coup, perdent toute humanité et cherchent à se tuer de toutes les manières. Aucun explication officielle à ce drame qui se propage à une vitesse éclair. Marc Wahlberg, scientifique dans tous les poils, va soutenir l'hypothèse qu'il s'agit du vent, qu'il contiendrait l'agent toxique responsable de ces milliers de morts. Il va donc amener sa femme, Zooey Deschanel, dans une fuite improbable du vent et de la population ( c'est la densité humaine qui libère le virus), course à la vie à la mort basée sur une simple croyance scientifique des plus contestables (le vent s'arrêterait aux frontières exactes de l'état ?).
Autre invisible du film, la douleur de vivre de Marc Wahlberg qui, comme dans le Mépris de Moravia (ou Godard), voit sa femme s'éloigner et, de son ressenti, ne plus l'aimer. Cette troublante incertitude, c'est donc celle de Zooey Deschanel : belle à pleurer, toujours en retrait, dont le regard – grand et clair – est impossible à dompter. Mais elle n'est pas Brigitte Bardot, et dans une retrouvaille où la réconciliation intime sera celle aussi avec la Mère Nature (drôle d'adéquation du minuscule et du macroscopique, comme dans Shaking Tokyo de Boog Joon-Ho), elle laissera échapper complètement son amour. Son insatisfaction chronique enfin chérie.


Cette façon que Zooey Deschanel a dans le film de Shyamalan de ne pas savoir elle-même ce qu'elle est et ce qu'elle veut, je l'ai retrouvé dans son premier disque en compagnie de Matt Ward (précieux songwriter US), sous le pseudo Adam&Evien de She & Him.
Zooey a hésité longtemps avant d'envoyer ses démos à Matt Ward. Je ne suis pas chanteuse, peut-être que je ne chante pas bien, je ne suis sans doute pas faite pour ça... La même ritournelle que le statut de femme de Marc Wahlberg.
Voyez sur cette vidéo comme elle hésite et est fragile dans sa définition même :



L'album de She & Him est très émouvant, dans une veine country-folk simple et offert à tous les doutes existentiels. La voix de Zooey de Deschanel est grave, profonde, et en même temps mal assumée, très amatrice. C'est ça qui est fabuleux : voir une femme comme elle trembler devant nos yeux et désormais dans nos oreilles.

Sentimental Heart

Take it Back

"OUI à la fumée dans les bars et OUI aux dépressions alcooliques" by Matt Elliott

Si j'avais plus de courage, je me lancerais dans une grande biographie de Matt Elliott. J'expliquerais aussi comment je l'ai découvert, ce qu'il a représenté à une période donnée. Je raconterais le concert où je l'ai vu, l'an dernier, dans un public de vingt pelés (pas des footballeurs, non). Mais merde, j'ai autre chose à faire, donc je vais aller à l'essentiel : Matt Elliott est un des songwriters les plus admirables aujourd'hui. Sa carrière possède deux temps bien distincts, d'abord sous le pseudo Third Eye Foundation, dans un style de drum'n'bass très noir et mélancolique, et désormais sous son patronyme civil, avec une guitare, pour des chansons au folkrore slave très poussé. Dans cette ambiance de bar dégueulasse où tout le monde vomit et expie ses malheurs, il n'y a bien que Tom Waits à pouvoir lui faire de l'ombre.
Je fais un topo dessus aujourd'hui parce qu'il vient de sortir son quatrième disque solo, qui semble clore la trilogie des songs. Après les Drinkings Songs et les Failing Songs, voici les Howling Songs. Et en effet, Matt Elliott renoue avec des murs de sons qu'on avait pas entendus chez lui depuis longtemps. Sur un bon tiers du temps de l'album, les guitares s'électrifient et les violons tziganes pleurent dessus. Je ne peux pas encore aller plus loin, il faut beaucoup de temps pour apprivoiser ces chansons difficiles.
Je vous mets, dans l'espoir que cela vous plaira, un nouveau au crescendo foudroyant, Something about Ghosts.

Who wants to go DEEP ?

Osunlade est un très intéressant artiste New-Yorkais. J'ai très longtemps cru qu'il était Français. Et d'ailleurs, je ne comprends toujours pas grand chose à son histoire – tant biographique que musicale. En Bref, tout ça pour vous laisser écouter ce qu'il peut y avoir de plus enivrant dans la House Music.

Mamma's Groove

My Reflection (Jimpster remix)

Deux aspect rendent ces titres si bons. D'abord leur minimalisme d'une grande, grande délicatesse. Et ensuite leur spoken word. J'ai toujours une faiblesse sur les gens qui parlent en musique. C'est une gourmandise.


Mon Top 50 Albums (réalisé dans le train mais enfermez moi quand même)

1 Kayo Dot : Choirs of the eye (2003, Post-Musique)
2 Beach Boys : Pet Sounds (1966, Surf Pop Introspective)
3 Alain Bashung : l'Imprudence (2002, Chanson Française Baudelerienne)
4 Carl Craig : More Songs About Food and Revolutionary Art (1997, Detroit Techno)
5 Fennesz : Endless Summer (2001, Bruit-Pop)
6 Slowdive : Souvlaki (1993, Shoegaze)
7 Daft Punk : Homework (1997, House)
8 Dj Shadow : Endtroducing (1996, Abstract Hip-Hop)
9 Death in June : But What Ends When the Symbols Shatter ? (1992, Dark Folk)
10 Mercury Rev : Deserter's song (1997, Pop Symphonique)
11 Keith Jarrett : La Scala (1995, Piano Solo)
12 Linton Kwesi Johnson : Bass Culture (1980, Reggae)
13 Yo la Tengo : You Can Hear the Heart Beating As One (1997, Indie-Rock)
14 A Tribe Called Quest : People's Instinctive Travels and the Paths of Rhythm (1991, Hip-Hop Old School)
15 Aphex Twin : Selected ambient works 85-92 (Techno-Ambient)
16 Funki Porcini : Fast Asleep (2002, Ambient-Jazz)
17 E.S.T : Strange place for snow (2002, Jazz)
18 Gilles Peterson : Back in Brazil (2006, Mix Brésilien)
19 Serge Gainsbourg : Histoire de Melody Nelson (1971, Chanson Française)
20 Radiohead : Amnesiac (2001, Dark Electro-pop)
21 Gang Starr : Moment of Truth (1998, Hip-Hop)
22 Porcupine Tree : Signify (1996, Rock Progressif)
23 Lindstrom & Prins Thomas : Reinterpretations (2007, Nu-Disco)
24 Charles Mingus : The black Saint and the Sinner Lady (1963, Jazz)
25 Dj Krush : Zen (2001, Abstract Hip-Hop)
26 Arab Strap : Philophobia (1997, Spoken World Rock)
27 Apparat : Walls (2007, Electro-Pop)
28 Nils Petter Molvaer : Khmer (1997, Jazz-Ambient)
29 Clark : Body Riddle (2006, Electro)
30 Robin Guthrie & Harold Budd : Mysterious Skin OST (2005, Ambient)
31 Massive Attack : Protection (1994, Trip-Hop Coconut)
32 Why ? : Elephant Eyelash (2005, Indie-Pop Bancal)
33 Miles Davis : Kind of Blue (1959, Jazz)
34 Talking Heads : Remain In Light (1980, Post-Punk-Funk)
35 David Bowie : Low (1977, Pop Expérimentale)
36 Boredoms : Super Ae (1998, Noise Transe)
37 King Crimson : In the Court of Crimson King (1969, Rock Progressif)
38 Matt Elliott : The Mess We Made (2003, Electro-Folk)
39 Jaga Jazzist : What we Must (2005, Jazz-Rock)
40 Converge : You Fail Me (2005, Hardcore-Folk-Metal)
41 Hifana : Fresh Push Breakin'(2003, Super Groove Hip-Hop)
42 James Brown : The Very Best Of (Funk)
43 Dr Dre : 2001 (2001, Hip-Hop)
44 Autechre : Tri Repetae (1995, Electro-Hypnose)
45 Cornelius : Sensuous (2006, Electro-Pop bancale)
46 Gabriel Ananda (2007, Techno Minimale)
47 Bark Psychosis : Hex (1994, Space Rock)
48 Do Make Say Think : Winter Hymn Country Hymn Secret Hymn (2002, post-Rock)
49 Television : Marquee Moon (1977, Punk Lyrique)
50 Elliot Smith : Either/Or (1997, Pop-Folk)

En attente publicitaire

Des chiffres et du Disco

On ne rappellera jamais assez le caractère fondamental des chiffres et des lettres. Ici à l'oeuvre le poisson d'avril le plus long de la télé :



Et comme générique, j'ai choisi le beau groove tranquille des Trammps avec Hold Back the Night.

Ils avancent voilés.

Vous voulez écouter un des singles de l'année. Alors allez-y, Damon Albarn est à la production : This is good music.




Au fait, quand ils sautent en parachute, vous savez comment font Amadou et Mariam pour savoir qu'ils approchent du sol ? Ils sentent du mou dans la laisse.

Folk-Hop, t'en veux encore ?

Avec le temps, je me désintéresse de plus en plus de Buck 65. La faute à un dernier album, Situation, très médiocre. Il y aussi que je finirais presque par le confondre avec Julien Doré. Je sais pas, trop de sophistication, un talent d'interprète indéniable mais fatigant. Tout ça pour dire que ce que j'ai découvert chez lui, le mariage des cultures hip-hop et folk, je le retrouve par fulgurances dans le dernier album d'Atmosphere. Leur 'When Life Gives You Lemons, You Paint That Shit Gold', bien qu'un peu mou dans son ensemble, offre quelques beaux exemples de hip-hop proustien. Je ne fais pas la référence pour rien, voici Painting (et sa guitare americana) : Download me Download me

Ain't no colour paint gonna cover the stains
The pictures on the wall will all remain
And even though he's home now sounding safe
Surrounded by the faces that he place his faith
The images visit from the past he witnessed
Can't stay away from the memories, sticks with
each detail embedded in stone
like he chiseled stoves convictions into his bones
the progress stops and pauses spits and sputters
like the basement faucets
and it's obvious he's lost in his regrets,
you can smell it on his breath

Ain't no colour paint gonna cover the stains
but now the alcohol is gonna mother the pain
Tuck it away, no complaints just laying on his back on his
backyard under the rain
Take tomorrow but doesn't no how though for every swallow there's another to follow
He weaves his way throughout the story
looking for a new missing piece or a door key
Spirits used to be for celebration
But now they just take him away from the hell that's waiting
Re-up until it's three sheets up
and pick a place for the skeletons to meet up

Ain't no colour paint gonna cover the stains
But if the oxygen escapes it'll smother the flames
No introduction doesn't speak his own name
Gonna beat them demons at they own game
The sunset rides to the end slow
Same song echoing outside of the window
You can't grow if the skin don't fit you
Sometimes you gotta get low just to get through
No inspiration left to do your best when,
nobody hates you more than you're reflection
Suffer the shame until it stuffs the drain
He's got two hands and a bucket of paint, come on

Une solution à tout ça : appeler les maçons du coeur. Il paraît que tu marches tout le temps sur les genoux ?

Fromage et dessert : la suite d'Extreme Makeover par ici si ça vous en redemandez. Ou alors un autre morceau d'Atmosphere avec une ligne de clavier du feu de Dieu : Your Glasshouse.

Baccalauréat Revenge

J'aime assez jouer au petit bac. Surtout avec des catégories beaucoup plus drôles que Flore, Métier ou Homme Politique. Le problème, c'est pour comptabiliser des colonnes comme Objet Insolite ou Prénom rigolo – certains savent de quoi je parle (Big Up si vous me lisez). Un de mes thèmes préférés est Metal-Band imaginaire. On pense souvent à des trucs comme Anarchy & Blood, Shit in your Nose, Erotica Barbara... Mais un groupe m'a définitivement cloué le bec. Et c'est du serieux. Je veux dire : c'est un vrai groupe qui porte le plus fièrement du monde le nom de City of Caterpillar. Essayez un peu de vous figurer la chose.

On peut aller un peu plus loin que le comique involontaire du groupe ; qui sont ces gens ? Que nous veulent-ils ? Que veulent-ils nous dire avec leur terrifiante ville jaune et noire ? Pas de panique, rien de bien méchant. City of Caterpillar n'est pas, comme son nom l'indique pourtant, un vulgaire groupe de metal industriel. C'est bien plus lâche que ça : c'est un groupe de screamo.
Pour ceux qui ne connaissent pas la notion, le screamo est un mélange d'emo et de punk-hardcore plus classique. Au final, on ne trouve plus rien des vindicatifs Biohazard ou Dead Kennedys ; le Screamo alterne passages chaotiques et ponts mélodiques, avec en premier plan une voix qui chiale sa mère, et son père, et sa petite copine, et celle d'avant aussi. Bref, ça dégouline de partout, c'est geignard et agaçant.
Les japonais d'Envy arrivaient à faire prendre la sauce quelques morceaux. City of Caterpillar parvient peut-être à un peu plus : moins marquant mélodiquement, ils possèdent néanmoins d'étonnantes qualités narratives. C'est tout du moins plus évolué que l'habituel clivage calme/tempête répété jusqu'à la nausée, et ce grâce à leur amour immodéré – et pour une fois intelligent – de toute la scène post-rock canadienne. En fait on s'ennuie finalement peu. Autre soulagement : on n'est pas trop souillé par le pathos de ces Américains. Pas mal de pointes Noise viennent contrebalancer les riffs dépressifs caractéristiques du genre. Ça pleure, mais au moins dans des mouchoirs.

Voilà, vous avez toutes les raisons de ne jamais écouter de Screamo de votre vie. Si ça vous prend quand même, vous arriverez à retenir sans mal le nom de City of Caterpillar. Ce n'est pas la plus mauvaise porte d'entrée – même si quand même, il vaudrait mieux se tenir un peu plus droit et écouter Converge. Pour se faire une idée, le premier titre de leur unique album ici.
Et moi, de mon côté, je retourne inventer des noms de groupes et j'arriverai un jour à trouver plus drôle.

Run Barbie, Run ; Hate Chineses ; Galaxy of Vikings...

Aux joints, et caetera


Quand on a été élevé aux guitares comme je le fus – aux guitares et à l'électronique déglinguée, il est particulièrement difficile de percer la carapace reggae. Car ne sont finalement accessible aux oreilles hasardeuses que deux choses : Bob Marley et les formes modernes et variétoches du genre.
J'ai toujours fait un blocage sur Marley. Musicalement tout m'indiffère chez lui, et en tant que père de tous les roots, je ne peux que le haïr. Cette culture roots, c'est bien un des systèmes de valeurs les plus stupides du monde – mais ce n'est pas le sujet.
Quant à l'autre pan du reggae que l'on doit supporter tant bien que mal pour rester citoyen, c'est l'avatar contemporain de cette culture jamaïquaine, travestie pour le coup en une soupe des plus branleuses. Saïan Supa Crew et Tonton David en sont encore les figures les plus sympas – c'est dire. Dès qu'on s'enfonce un peu dans ces productions néo-reggae, on s'embourbe dans une paresse et un mauvais goût sidérants, évoquant par exemple ce que serait le jazz d'aujourd'hui s'il se résumait à des milliers de Peter Cincotti ; du terrorisme. Imaginez une armée de Pierpoljak, ça fait froid dans le dos.
Avec de tels artistes qui arrivent à nos oreilles, pas étonnant qu'on développe de puissants répulsifs, qui dès qu'un code reggae nous parvient s'active et éloigne l'ennemi aussi sec. Bref, pour beaucoup de gens pourtant fréquentables, le reggae, c’est le mal.




Il m'en a donc fallu, des années, pour gratter un peu plus cette culture, découvrir les miracles techniques d'un King Tubby, la classe absolue d'un Lee Perry et surtout le génie, l'authentique génie de Linton Kwesi Johnson. Ceux-ci ne sont pas des inconnus, bien au contraire, le respect qu'ils dégagent est immense, l’influence qu’ils génèrent est plurielle – mais tout ceci dans les bas-fonds, dans l’ombre du populisme orwellien des principaux diffuseurs de musique. Pour parvenir jusqu’à eux, il faut que chacun trouve son stalker, son passeur, celui qui va lui ouvrir les portes de cette culture en quarantaine. J’aimerais avoir ce rôle là.
LKJ, dont je vais plus longuement parler, est le chantre d’un sous-genre qu’on appelle Dub Poetry. Deux notions là-dedans : celle du dub, dérapage évanescent et hypnotique des instrumentations reggae, et également celle de poésie, d’un langage formellement ambitieux et voulu puissant dans sa décharge. LKJ, en réalité, pousse ses deux ambitions dans leur plus clairs retranchements.
Son orchestration, d’abord, est d’une richesse folle. Le background jamaïquain est forcément prioritaire, et l’on retrouve entre autres le résultat des travaux de l’ingénieur King Tubby : beaucoup de delay et d’effets divers, des titres qui s’étirent parfois en longueur, transformant le groove originel en étrange méditation. Rien qui ne cède pourtant sur la coolitude reggae que l’on connaît bien, cette espèce de bonhomie pleine de confiance qui peut tant agacer. Chez les grands, dont LKJ fait partie, cette attitude zen ne l’est pas trop, elle n’est jamais oisive et reste toujours au contraire décontraction, croyance tranquille et réfléchie en des valeurs bien assises.
Très tôt parti de Jamaïque pour rejoindre l’Angleterre, LKJ se déracine et côtoie le bouillonnement et la diversité britannique. C’est là qu’il rencontre son acolyte producteur Denis Bovell qui l’accompagnera une grande étendue de sa carrière. Bovell, guitariste reggae de formation, aidera sans doute beaucoup LKJ dans le métissage de sa musique. Bovell produira des légendes comme Marvin Gaye ou Fela Kuti et des étrangetés pop comme Bananarama ou les Slits. Il participera aussi à l’essor du lover’s rock, reggae amoureux inspiré des traditions rock. Tout ces noms – Banarama excepté, se feront sentir chez LKJ. On y trouve des guitares précisément blues, des cuivres plus éthiopiques qu’antillais, un spoken word obligatoirement importé et partout des séquences jazz voire plus pop.




Pas vraiment enfermée dans ses structures, la musique de Linton Kwesi Johnson permet donc, dans sa labilité, un discours aventureux, fort et nuancé – celle d’un poète. La vocation du poète n’est-elle pas de dire quelque chose du politique par le biais de son amour – des mots, d’un homme ou d’une femme, d’une cause ? Proposer quelque chose que seul l’intime peut écrire et qui peut néanmoins parler à tous, et être du même coup parole politique. LKJ proclame la férocité du tract politique comme la confession amoureuse, sans faire tant de différences.dans le ton et la diction.
Engagé auprès des Black Panthers, il défend corps et âme la cause des noirs et ceux qu’il estime oppressés : From Inglan to Poland / every step across di ocean / the ruling class is dem in a mess, oh yes / di capitalist system are regress / but di soviet nah progress / so wich one of dem / yuh think is best / when di two of dem work as a contest / when crisis is di order of di day / when so much people is cryin' out to change nowadays (What About Di Workin' Claas, Making History, 1984). Il chante aussi son amour à Loraine sur un de ses meilleurs titres : Whenever it rains / I think of you / And I always remember that day in may / When I saw you walking in the rain / I know / not what it was nor why / For ususally I'm quite shy / I ax'd your name, you smile and said "Lorraine" / I ax'd if I could share your umbrella / You smiled and said "what a cheeky little fella" // Now I'm standin' in the rain in vain, Loraine / Hoping to see you again / Tears fall from me eyes like rain, Loraine /A terrible pain in me brain, Loraine / You're drivin' me insane (Loraine, Bass Culture, 1980).




Je n’ai pas grand chose à dire de plus, je deviendrais sinon vraiment barbant. Je finirai donc en fin de message par quelques morceaux à écouter et conserver. Je conclue maintenant par des conseils qui s’envoleront facilement – et c’est normal. Bass Culture est le meilleur album de LKJ, Making History est aussi assez essentiel ; si l’on écoute ces deux albums on sait à quoi s’en tenir. Pour ceux qui veulent aller plus loin dans l’histoire du reggae, dans ces tenants et aboutissants : lecture obligatoire de Bass Culture de Lloyd Bradley, la bible incontestable du genre, parue en 2000 chez Allia. Autrement, essayez de tout oublier sur le reggae, et faites comme si vous n’avez jamais entendu parler de Bob Marley.

Loraine (Bass Culture)

Street 66 (Bass Culture)

Making History (Making History)

Reggae Fi Radni (Making History)

Give Me Every Little Thing !

Affaire de hasard ou pas, Juan McLean ne perce pas. Pourtant, il est hébergé par DFA Records et vient de tourner avec les auréolés Cut Copy. Qu'est-ce que vous pouvez avoir de plus pour se faire nom ? Je ne sais pas et ça m'étonnerait que lui le sache mieux. Le plus drôle, c'est que de toute l'écurie de son patron et ami James Murphy, il est à mon avis le plus doué.

Comment je sais ça ? Give me Every Little Thing ! Une tuerie sans pareil. Le clip est à l'image du titre : ludique, dansant et en même temps nostalgique – en atteste cette étonnante introduction très Underworld, ces effluves rave qui cotonnent toute l'architecture post-funk du rythme. Brugnon sur le gateau, le déraillement jazzy de la fin, qu'on ne croyait pouvoir trouver que chez Maurice Fulton. Tout ça fait de ce tube méconnu un espèce de trésor caché à l'endroit le plus visible : sur un des labels les plus exposés du moment. Edgar Poe nous l'expliquait dans sa Lettre Volée, c'est peut-être devant son nez qu'on trouve les meilleures cachettes !




Pour garder chez soi : http://www.zshare.net/audio/5565006455588248/

Rien ne sert d'être doué...



By Jordan Rudess (Dream Theater).

Edit : cette passion des limites

Quand un titre pop, électro-rock ou directement électronique émerge au succès, il ne faut pas attendre plus de quelques semaines, au pire quelques mois pour voir apparaître une brouette de remixes des plus respectueux aux plus improbables. Il y a toujours ceux qui vont rendre le morceau de base aux canons dancefloor, d'autres vont dans le même genre d'idées le moderniser au mieux – lui ajouter les sons du moment qui plaisent. Côté opposé, on va triturer le titre dans tellement de sens, on va si bien le dénaturer qu'il ne restera rien de l'original, peut-être un clin d'oeil et encore pas toujours. Le voici notre vertige technologique : à partir d'un titre on peut tout faire (et son contraire). La magie des pistes séparés : on scinde un tout en particules élémentaires qu'on traite indépendamment, on fait ce qu'on veut, comme on le veut et avant de boucler le travail on remonte les pièces ; le résultat peut être tout ou n'importe quoi par rapport à l'original. Les seules butoirs que l'on a : notre imagination et notre bon sens.

Au postulat "les seules limites doivent être humaines" s'oppose un autre principe : un cadre, aussi rigoureux soit-il, peut stimuler et même transcender la créativité. Autrement dit, plus un champ d'action est restreint, plus l'exploration du champ offert est efficace. C'est dans ce registre épistémologique que s'épanouit la nouvelle mode de l'Edit. Par rapport au remix, on ne travaille toujours que sur une piste, sur la masse sonore dans son entier. Et du coup, l'éventail des possibilités s'en trouve grandement amenuisé : on peut sampler et faire des boucles, rajouter des effets, immiscer au pire un kick ou quelques sons, et la liste s'arrête là.
L'Edit, c'est un travail de lifting et pas de recomposition : à la fin du processus le morceau n'est toujours pas du tout le notre, on l'a restauré par petites touches de pinceaux, on l'a remis à jour avec des pincées d'épices. Cela permet de remettre en devanture un titre de Del Shannon (c'est qui ceux-là?) ou un tube disco réputé trop cheap.
L'avantage de ne jamais toucher à la piste originale est bien entendu de préserver intacte son atmosphère, son mood. Car on connaît trop ce rejet à l'égard des remixes qui enlèvent toute la sève des titres qu'ils sont supposer honorer. Il ne reste rien sinon des sons désarticulés privés de leur ciment. L'Edit, si difficile à mettre en place, préserve au moins de celà : on peut être mauvais, on ne massacre jamais vraiment. Reste à savoir si cette humilité tiendra longtemps ; à petites possibilités faible pérénité.

Pour illustrer mon propos, je mets en téléchargement l'Edit qui me tient le plus à coeur. Il est signé Gameplay, duo Belge très prometteur. L'original, que je mets aussi à votre disposition, est Nantes, meilleur morceau du second album de Beirut. Particularité de cet edit : il ne rajeunit pas un morceau , il le fallait basculer dans le Cosmic Disco.

Beirut - Nantes


Gameplay - Beirut Disco