Farenheit Falls




Il vaut quoi ce parfum ? Quelqu'un l'a chez lui ? Ou l'a même juste senti ? J'aime bien Dior en général mais celui-là je le connais pas. Mais à part ça je voulais surtout vous parler de cette pub. Pas du bg qui marche sur la lave et qui court sur la pluie, mais de la musique. Je l'ai toujours aimée. Dès qu'on fait des ambiances "je suis triste dans l'espace et j'essaie de contacter Houston" j'ai un petit pincement au cœur. Et aujourd'hui j'ai découvert avec beaucoup de surprise que cette musique avait été composée par Pat Metheny et Lyle Mays dans une collaboration commune de 1981.
Pat Metheny est de la caste des grands guitaristes depuis disons trente ans mais je n'arrive pas vraiment à saisir le personnage, carrière trop éclatée et diversifiée. Lyle Mays, lui, j'aurais plutôt tendance à le regarder d'un mauvais oeil. J'avais acheté un disque de lui à quelques euros et j'ai jamais réussi à l'écouter en entier tellement c'était convenu. N'empêche que je suis content de les retrouver-là, deux jazzmen plutôt qu'un sombre new-ageur survivant des années 2000. Je vous met en écoute le titre dans son ensemble. Ça dure 20 minutes, ça s'appelle "As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls" (!), ça commence déjà à tomber dans le pire du jazz-ambient 80's (Jan Garberek), mais il y a incontestablement de bons moments.

Farenheit Falls by 123 Océanie

Real Estate


Je dois vous confier mon petit coup de cœur songwriting de la fin d'année. Ça s'appelle Real Estate et on a tout à fait l'impression que ce groupe est génial... malgré tout.
Honnêtement, si l'on écoute leur premier album – éponyme – en faisant un tant soit peu attention au duo rythmique, on peut clairement avoir envie de brûler ces quatre types du New Jersey. Le batteur ne veut même pas faire semblant de savoir faire un break. Tu mets Patricia Kaas derrière les fûts c'est déjà autre chose. Et la basse n'en parlons pas, plus monotone tu meurs. On dissimule ce manque de qualité derrière une prod' bien lo-fi et hop, on croit que ça va passer l'air de rien. Mais non ces gars ressemblent à des buses et même la guitare – que je pourrais pourtant complimenter pendant des heures – laisse beaucoup d'approximations derrière elle.
Alors qu'est-ce qu'il se passe pour que ce soit finalement génial ? C'est un peu compliqué à expliquer. Disons que leur pop-folk très pourrave peut devenir tout à coup fascinante, c'est le pur insight, le déclic où l'on s'émeut de prendre conscience de la fragile beauté de ce groupe : sans tomber une seule fois dans le spectacularisme de la ballade "trop belle j'en chiale", Real Estate finit par donner les clés de sa musique, une mélancolie douce couplée à un hypnotisme inattendu. Ces types-là nous refont le coup de Galaxie 500 il y a 20 ans, la simplicité transcendantale, l'acoustique et l'enregistrement maison comme vecteurs d'onirisme et d'atmosphères éthérées. En bref tout l'inverse des Cocteau Twins et autres Mercury Rev. On retrouve aussi une autre inspiration qui contamine tout, Yo La Tengo. C'est criant dans le jeu de guitare et dans cet entre-deux généralisé entre fraîcheur pop et coolitude béâte.
Je le répète, ce qui me plaît tant chez Real Estate est très subtil. Difficile de trouver une chanson particulière qui représenterait tout l'album. Non, c'est dans l'écoute répétée et distraite que leur petit bout de singularité se fait jour. Il n'empêche, voici quand même trois titres (gratuits) en espérant que vous soyez moins longs à la détente que moi.

Real Estate - Fake Blues
Real Estate - Suburban Beverage
Real Estate - Black Lake

DCDL VII, claque les watts

DCDL VII//ABC Africa - ©Ulysse Notey
© Ulysse Notey

ABC Africa - DCDL VII

1. Digitalfoxglove feat. Freak You - Beasts and Flowers
2. Alex Metric - What Now
3. Skeelo - I Wish (Breakdown remix)
4. Knightstalker - Narcotics (Valerna remix)
5. Bumpin Ace - Rockin' Bar (Jay Zero remix)
6. Jack Beats - What (Foamo re-edit)
7. Matt Cox & Nick Ostertag - Motherfucking House Music (Defunct!'s Skirtlifter remix)
8. Sharkslayer - Fleshlighter
9. Clegs - Bounce Back
10. All Leather - I Don't Hate Fags, God Does (Congorock Remix)
11. Boris Dlugosch - Bangkok
12. Housemeister - Gehacktes
13. Rebolledo - Guerrero
14. Crash Worship - You Light Up My Life

Plus besoin de présenter ABC Africa, alias Dj Julien Lafond-Laumond. Par contre, ce DCDL VII mérite quelques explications. Quand on connaît les travaux précédents de Juju, quand on connaît le personnage, on tombe un peu des nues à l'écoute de cette nouvelle mixtape ambiance 'turbines'. Disons qu'on a plutôt l'habitude de le voir et de l'entendre mixer une house souple et élégante, avec une écharpe Burberry mauve autour du cou. Alors, avec cette sélection orientée fidget et b-more, genre slim/dunk/new era, c'est le choc. Mais comme toujours avec Juju, le travail est hyper soigné. Ça fonctionne plutôt très bien et on se laisse vite aller à remuer fort la tête.

ABC Africa sur MySpace
Hill Institute sur MySpace

8 bites

Un autre clip (après celui de Flying Lotus) qui plaira sans doute à nos visiteurs en mal de cul. C'est la dernière vidéo de Flairs, Truckers Delight. Musicalement c'est du haut-niveau, on est ravis de pouvoir attendre un musicien electro-pop qui, harmoniquement parlant, se refuse autant à la simplicité. C'est peut-être plus difficile d'apprécier du premier coup, mais à terme le gain est considérable : on ne trouvera jamais ça mièvre et basique. Quant au clip, c'est évidemment un plaisir.


Au coin du feu


J'ai découvert In Gowan Ring il y a un petit moment, simultanément sur la compilation Honi soit qui mal y pense, produite par le webzine italien Neo-Folk.it (il me semble que le site est désormais fermé), et par le biais de Blood Axis avec qui notre joli barde a enregistré The Rite of Sanhain. Ce qui est amusant dans cette histoire, c'est que B'eirth, le pilier de In Gowan Ring, est l'archétype du néo hippie alors que Blood Axis cultive une esthétique sérieusement fascisante. Idem pour le fanzine susnommé. C'est là toute l'ambiguïté de la scène néo et dark folk. Mais on en parlera une autre fois.
Ici en tout cas, on a affaire à un pur morceau de folk tendance bucolique, qui n'est pas sans rappeler certaines pièces délicieuses du Tolkien Ensemble ou, plus directement, la musique d'artistes que j'avais mentionnés il y a quelques temps déjà dans un article sur le Land Art. Piou piou.

20 grands disques sous-estimés (2000-2009)

C'est le moment de faire les comptes de la décennie, dit-on. Alors on lit des tops. Pas des réflexions très poussées sur ce qui a changé, non, on se tape juste des gros classements bien lourdingues et hyper prévisibles. Pour ma part je n'ai pas trop voulu tenter cet exercice – plus par manque de courage qu'autre chose je dois bien avouer. Mais ma fainéantise a au moins permis d'accoucher de ceci : une liste très alternative de chefs d'œuvres oubliés ou méconnus pendant ces dix années. Je ne vise pas à être exhaustif, ni même à ce qu'on me croit sur parole. Par contre je peux vous affirmer qu'aucun de ces disques n'est dans le top 200 de Pitchfork, aucun non plus dans le top 100 de NME et un seul dans le top 500 de Rate Your Music. Et pourtant ils pourraient tous avoir leur place. Et même haut.

Songs Of Green Pheasant - Gyllyng Street (Fat Cat / 2007)
Duncan Sumpner, un bricoleur, prof de musique à plein-temps, qui s'il est distribué par Fat Cat, pue quand même à mort le lo-fi et la production maison. On pense d'abord à un songwriter folk bon mais classique. Mais au fur et à mesure des sorties se fait plus clairement jour une toile de fond dream-pop – accords éthérées, répétitions oniriques, échos un brin surranés. Gyllyng Street, son dernier album en date, est un vrai disque hybride. Comme un chef d'oeuvre miniaturisé entre Talk Talk et Elliott Smith.



Cornelius - Sensuous (Warner / 2006)
Un disque au raté public et journalistique inexplicable. Ce Japonais avait fait le tour du monde avec Fantasma (1998) et Point (2002), deux "trucs" bizarres, complètement avant-gardistes et pourtant totalement pop. "La musique du 21ème siècle", soit disant. Sauf que personne n'en a rien eu à foutre de son Sensuous (à part Chronic'art), pourtant de loin son disque le plus cohérent et abouti. Alors moi je le maintiens, Cornelius est un génie comme il y en a pas dix dans le monde de la pop (déviante).



Bill Wells & Maher Shalal Hash Baz - Gok (Geographic / 2009)
J'en ai parlé un peu partout cette année, j'en ai fait une promotion un peu sauvage. Donc je fatigue un peu et je vous renvoie d'abord sur ma chronique pour Goûte Mes Disques. Mais même essouflé je peux continuer en vous en dire tout le bien que j'en pense. Gok est mon rayon de soleil, une relecture de la twee pop et du jazz dans une bulle d'hélium plein de musiciens ratés. J'en suis gaga.



Desiderii Marginis - That Which Is Tragic and Timeless (Cold Meat Industry / 2005)
Le pouvoir hymnotique de ce disque est incroyable. Le sommet du dark-ambient dans ce qu'il a de plus évocateur et de plus limpide. Pas besoin d'être un spécialiste du genre pour apprécier, le paysage post-apocalpytique dépeint est suffisamment mélancolisé aux cordes, aux guitares sèches et aux notes de piano pour être audible par tous. C'est la bande-son qu'utiliserait Tarkovski pour ses films s'il n'était pas mort.



Liquid Spirits - Music (Kindred Spirits / 2008)
De la soul hollandaise, oui vous lisez bien. Mais rassurez-vous, ça ne sent pas le fromage. C'est même la plus belle proposition nu-soul que j'ai pu entendre depuis longtemps, libre, sensuelle et hors-circuit. La chro de Goûte Mes Disques.



Orval Carlos Sibelius - Orval Carlos Sibelius (Clapping Music / 2006)
On entend pas mal parler de Centenaire depuis quelques temps. Oui c'est franchement pas mal mais je reste déçu quand j'y vois crédité Axel Monnaud, ce même bonhomme qui sous le pseudo d'Orval Carlos Sibelius avait sorti en 2006 un disque d'une richesse pantagruélique. Un Français qui revisite formidablement le rock de Canterbury, les litanies de Robert Wyatt et en même temps l'emphase des Beach Boys, on ne peut décidément pas s'en passer.



Jaga - What We Must (Ninja Tune / 2005)
Le manque de reconnaissance dont souffre cet album est incompréhensible. Plébiscité pour leur electro-jazz somme toute assez oubliable, les Jaga Jazzist coupe leur nom en deux et se lancent corps et âme dans une aventure electro-post-rock progressif assez stupéfiante. S'il y a deux disques à retenir du post-rock jazzifiant, c'est bien le Winter Hymn (blabla...) de Do Make Say Think et celui-là. Et on peut vous l'assurer, ça vieillit mieux que Mono ou Explosions In The Sky.



Strings Of Consciousness - Our Moon Is Full (Central Control / 2007)
L'excellent Philippe Petit et Hervé Vincenti en chefs d'orchestre de ce projet quasi virtuel à 11 musiciens et 7 voix ; 8 titres entre noise rock, spoken work et jazz-ambient ; c'est la crême de l'underground mondial avec en plus une saisissante capacité de synthèse. Il y a vraiment beaucoup de trop poésie dans cet étrange album pour qu'on ne l'écoute pas.




Donato Wharton - Body Isolations (City Center Offices / 2006)
Sorti sur l'excellent label City Center Offices, Body Isolations est une merveille d'ambient, à mi-chemin entre les travaux de Fennesz et l'électro-acoustique version abordable. Il n'est pas connu, n'a pas donné de nouvelles depuis 2007 et on le regrette beaucoup. On en veut plus.




Time Of Orchids - Sarcast While (Tzadik / 2005)
Sans doute le disque le plus dur à écouter de ma sélection. Time Of Orchids est un vrai groupe expérimental, sa musique est sur les nerfs, tendance This Heat. Mais derrière le brouhaha apparent, beaucoup de qualités d'écriture, d'inventions sonores et d'émotions camouflées. À conseiller aux plus courageux.




Joose Keskitalo - Joose Keskitalo ja Kolmas Maailmanpalo (Helmi Levyt / 2008)
Le chef de file du folk finlandais. De facture relativement classique mais avec un manque de visibilité proprement honteux. Ce n'est que du folk, mais c'est à peu près le meilleur sur Terre. Lien vers ma chronique complète.



Richard Pinhas & Merzbow - Keio Line (Cuneiform Records / 2008)
La rencontre au sommet de deux papes de la musique underground pour une expérience ambient-noise intense et très émotionnelle. Oui, les grands théoriciens en ont aussi plein le coeur. En lire plus ici.



Hifana - Fresh Push Breakin' (W+K Tokyo Lab / 2003)
L'abstract hip-hop, c'est généralement assez mélancolique et réflexif. Pas forcément chiant, mais ça ne tire pas beaucoup faire le dancefloor. Mais il faut bien sûr qu'il y aient des japonais pour me contredire... Fresh Push Breakin est une orgie de rythmes bien tassés et de samples rigolos. C'est bordélique et incroyablement réjouissant. On vous le cache pas, ça peut fatiguer, mais la patate quoi.



Have A Nice Life - Deathconsciousness (Ennemies List / 2008)
Pour ce qui est de donner la pêche, par contre, oubliez vite Have A Nice Life. Il s'agit-là d'un ancien groupe de black metal qui se reconvertit dans le cold-shoegaze très référencé 80's. Noir de chez noir, Deathconsciousness est un double-album âpre et dur au mal, plein de détresse froide et de contemplation morbide.



Paatos - Timeloss (Stokholm Record / 2002)
Le rock progressif est mort à peu près partout sauf en Suède. Et Paatos est le groupe le plus ouvert du genre, le plus progressiste finalement. Timeloss, leur premier album, est un monstre de jazz-rock super technique, de très belles ambiances folkloriques et de chant féminin bien éthéré. Comme si Björk enregistrait un disque sur l'Islande en compagnie des Mars Volta.



Pluramon - The Monstrous Surplus (Karaoke Kalk / 2007)
Le disque shoegaze de la décennie. What else ?



Funki Porcini - Fast Asleep (Ninja Tune / 2003)
C'est une règle qui marche toujours avec Ninja Tune. Plus un disque est connu, moins je l'aime. Et inversement. Au fin fond de leur catalogue, Fast Asleep est une rêverie parfaite, entre ambient cosmique et bribes de jazz. Je peux pas imaginer musique plus "deep".



Baxter Dury - Len Parrot's Memorial Lift (Rough Trade / 2002)
Le fils de Ian Dury fait de la musique. Ha ouais ? Ouais, il a sorti deux albums, le premier avec des musiciens de Portishead et Pulp. Et en plus c'est formidable. Il est plus posé que son père mais pas moins inspiré.



Yagya - Rigning (Sending Orbs / 2009)
Je disais à propos de Funki Porcini que je ne pouvais pas imaginer plus deep. J'hésite. Yagya, quand même, a sorti cette année un disque d'une profondeur extrème. Ambient-techno-dub, un truc comme ça. On se le passe comme un secret parce que c'est mieux qu'un cours de Yoga.



Kayo Dot - Choirs Of The Eye (Tzadik / 2003)
Je suis quand même obligé de finir par mon disque préféré all-time. Un album total, qui dans une trame narrative très cinématographique utilise à peu près tous les genres musicaux possible. Oui tous, de la musique contemporaine, au grindcore en passant le folk, le jazz ou le noise. S'il ne devait rester qu'un disque sur Terre ce serait ou celui-là, ou Pet Sounds.




Et les vôtres, c'est quoi ?

Funk flows in my veins


Novembre, j'ai la grippe, je suis bloqué au fond de mon lit et j'écoute ce genre de vieillerie, tendance melodic industrial darkwave. Funk flows in my veins.

Fuckpony

Je ne fais pas mes charts mensuels comme un vrai dj, mais si je le faisais, nul doute que I'm Burning inside y aurait sa place. J'aime à crever Jay Haze, et sous ce pseudo d'enculeur de poneys il me rend encore plus dingue. Pour plus de détails je vous renvoie à la brillante chronique de mon collège Simon sur Goûte Mes Disques : Let The Love Flow.



 
©2009 Des Chibres et des Lettres