Je rêve que je funk


Deux petits morceaux ce soir. Pour la thématique tout est dans le titre, deux visions tranquilles et oniriques de l'univers funk. Avec en premier Jealous of Roses de Bibio, une des dernières signatures Warp, et ensuite Tricky Turtle, extrait du dernier Blockhead, l'éternel outsider du hip-hop instrumental. Comme d'hab chez le producteur attitré d'Aesop Rock, c'est sans génie mais tellement confortable. Alors à vos plaids.

Je rêve que funk by Julien LL

Je rêve que je funk 2 by Julien LL

Jacno

Vous ne l'apprenez certainement pas en lisant ces lignes, mais qu'importe, nous lui rendons hommage aussi. Hier Denis Quillard, alias Jacno, est décédé des suites d'un cancer à l'âge de 52 ans. Il fût doublement un précurseur dans le paysage musical francophone, d'abord en étant un des premiers annonciateurs du punk (les Stinky Boys avec Elli Medeiros), ensuite en popularisant la pop électronique. Rectangle a toujours été un morceau magnifique, aujourd'hui il prend une tournure tragique. Bye bye dandy.


Les Noces Juives du jazz


Drôle de hasard, les deux seuls disques de jazz qui m'ont envoûté cette année étaient deux disques de musiciens juifs. Classiquement, les musiques juives sont un peu coupées en deux, le populaire d'un côté, le bourgeois de l'autre, respectivement incarnés par les musiques klezmer et classiques. Pour les deux artistes d'aujourd'hui, on a toujours senti d'abord un amour de la musique noble, un brin élitiste, celle de l'excellence et du goût suprême. Yaron Herman et Avishai Cohen sont des musiciens de la classe au-dessus, ils ont soit traîné avec les meilleurs (Cohen a été le bassiste de Chick Coréa et Herbie Hancock...), soit ils sont eux-même les meilleurs (Herman est déjà considéré par beaucoup comme le plus grand espoir du piano, à 27 ans). N'empêche, on sent dans chacun de leur dernier album un retour sur les racines. Pas de folklore, non, juste des racines vernies luxueusement.

Yaron Herman est une star montante, très jeune, très communicant, très doué, très aisé. Et sa réputation, il se l'est faite avec une grâce tirée des anciens (Keith Jarrett, Bill Evans, le repertoire classique) et une connaissance de la modernité choppée sur Myspace. Pas fou, le gars alterne gros standards et reprises de Britney ou Björk. Mais sur son dernier ouvrage, Muse, on sent un temps petit peu, pour la première fois, ses racines juives. Il y a d'abord une reprise intimiste de Naomi Shemer, star israélienne adulée par tout un peuple et il y aussi Lamidbar, interprétation fougueuse inspiré par sa culture natale. Bon, comme vous allez l'entendre, c'est très discret. Mais c'est un début.

Lamidbar by Julien LL

Avishai Cohen est un cas beaucoup plus intéressant. J'aime Yaron Herman mais seulement comme pianiste moderne et presque délocalisé. Avishai Cohen, lui, transpire quelque chose de beaucoup plus profond et réflexif. Je recommande très vivement son album Aurora, métissé, varié et superbement interprété. Cohen y pose sa contre-basse très chaleureuse et s'essaie aussi au chant. Sans virtuosité mais avec une sincérité assez troublante. L'ensemble est plutôt posé, calme, on sent un musicien en recherche. Une recherche identitaire très douce et apaisante.

Aurora by Julien LL

Un dernier partage, pour ceux qui ne savent pas exactement à quoi je fais référence en parlant de musique klezmer. Voici une vidéo du Pape David Krakauer, en 2004 à Krakow. Ce sont tous des types incroyables et surhumains, et pourtant ça n'en est pas moins complètement populaire. Ça fait du bien.




Tableau : Les Noces Juives dans le Maroc, Eugène Delacroix

Wildlife


Sans doute l'un des tubes début 8O's les moins reconnus à ce jour. Pas étonnant, Wasted Youth est vraiment un groupe mineur, voire un groupe insignifiant, des bâtards mi-acoustique, mi-new wave pas capable de faire plus de deux bonnes chansons dans leur carrière. Par contre, leur étincelle, Wildlife, est juste un de mes titres préférés de cette période. Je suis toujours étonné quand je vois des bonhommes aussi moyens pondre de tels joyaux. On ne sait pas vraiment comment ça a pu advenir, par quel éclair a pu surgir une inspiration aussi soudaine et passagère. Vraiment, cela a trait soit au miracle, soit à l'improbable concours de circonstances. Affectivement, j'ai envie de pencher pour la première solution.

Wildlife by ABC_Africa

DCDL IV, drôle d'oiseau


DCDL IV
© Guillaume Jan

La Mate - DCDL IV by Clément de Chibraltar

La Mate - DCDL IV

La Merengue Downtempo Orchestra - No Esta Muerto Quien Groovea
Philippe Sarde - La Grande Bouffe
Todd Terje & Prins Thomas - Reinbagan
CFCF - You Hear Colours
Sade - Smooth Operator
Crazy Cousinz - Bongo Jam
Nick Verwey - Dance Of The Sock Monkeys
Christian Dehugo - La Harmonica
Zinc - Blunt Edge
Bukaddor & Fishbeck - Bonusmeilen
Palermo Disko Machine - Theme Of Palermo Disko Machine
Roska - Without It
Claude VonStroke - Vocal Chords


Nous voici à pouvoir écouter le premier DCDL "officiel" de La Mate, de notre collectif Hill Institute. Ce qui est formidable avec lui, c'est qu'on ne sait jamais exactement à quoi s'attendre. Avec sa culture plurielle et exotique, il peut quitter l'espace d'un mix les convenances dancefloor pour nous offrir une balade comme celle-ci, belle et soft, bigarée et mélancolique. Et qui ne refuse quand même pas des effluves plus synthétiques dans la seconde partie. Sade, Zinc et Claude VonStroke dans un même set ? Même pas peur !


La Mate sur MySpace
Hill Institute sur MySpace
guillaumejan.com

Chibre lunaire



"Chibre airways"
"Chibre d'or 2009"
"Chibre de lapin"
"Chibre lunaire"
"Chibres monstrueux"
"Épaisses bites sénior"
"Le héros et son chibre"
"Le chibre de mon père"
...

Ce sont les mots clés avec lesquels certains sont arrivés sur notre blog ces deux dernières semaines. J'ai envie de dire : tendu. Mais comme je suis infiniment sympathique ou bien populiste, je vais faire un post qui vous convenir à tous nos lecteurs, à nos lecteurs "normaux" comme à ces aventuriers du web qui recherchent sur la toile la bite de papa ou celle de Jojo lapin. Ils pourront couper le son s'ils le souhaitent. Pourtant c'est du bon, Parisian Goldfish de Flying Lotus, une des meilleures choses qui soient arrivées à Warp ces dernières années. Quant à ce clip génial, il est réalisé par Eric Whareheim, dont vous trouverez plus d'infos ici.




Slow Motion 1 (Two Lovers / Richard Hawley)


La série en cours "Piano et grands moments du sport" m'a donné des idées. Cette fois le mariage que nous allons faire concerne les beaux films et les slows langoureux. Avec un souvenir ému de cinéma et une bande son mentale qui produit chez moi de grands échos.

Commençons par James Gray et Two Lovers. Un film archétypique : un homme, deux femmes, deux visions de l'amour. C'est un film qui consacre l'amour contraint sur l'amour fou, le besoin d'être épaulé sur le besoin de fourrer. C'est un film où la délibération finale se fait au fond du gouffre, au creux de la dépression, à cette proximité du vide où le mieux que rien vaut tout l'or du monde. D'où l'ambiguïté bouleversante entre happy et sad ending, avec l'amour qui se confond avec le reconfort et le bien chez soi. C'est plan plan, un peu réac, mais surtout incroyablement beau et cruel. Les trois derniers plans sont vertigineux, Vinassa Shaw et Joaquim Phoenix dans les bras l'un de l'autre, elle qui ferme les yeux de soulagement et lui qui les garde ouverts, hagards, l'incertitude béante dans son incapacité à se laisser aller. Il n'a peut-être pas fait le bon choix mais c'était ou ça ou rien du tout.
Le plus insondable peut-être dans la mise en scène de James Gray est qu'il découle de cette forme de pragmatisme amoureux quelque chose d'étonnament romantique. Peut-être parce qu'aujourd'hui, rester sur place, surveiller ses arrières est devenu quelque chose de courageux. C'est l'acte de bravoure de ce taré de Joaquim Phoenix : être raisonable.

La vidéo suivante reprend une bonne partie des moments forts du film. En particulier les derniers plans dont je parle plus haut. Une chose cependant, coupez le plus vite possible la musique. Et mettez celle que je vous propose à la place, Open Up Your Door de Richard Hawley. Elle va à merveille.



Slow Motion by ABC_Africa

Cold Wait


Ian Pooley c'est l'inverse du cochon. Tout n'est pas bon. Mais quand on tombe sur le bon morceau, aie aie aie. Cold Wait, sorti en 98 sur l'album Meridian est à l'exacte intersection entre chicago house et detroit techno. Le groove de l'un, les synthés de l'autre. Je suis amoureux de la basse.

Cold Wait by Julien_weerasethakul

Photographie de Nadia Gauvin

 
©2009 Des Chibres et des Lettres