Top albums 2013

En 2013 je n'ai rien publié sur DCDL. J'ai été bien trop occupé à écrire pour SWQW, Playlist Society et Ragemag. N'empêche, DCDL c'est la maison, c'est notre petit repère à nous avec ce cher Clément Dupouy. Donc il n'y a que là que je peux y déposer mon traditionnel top albums. J'espère que je n'y ai oublié aucun disque, mais même si c'était le cas, personne ne s'en rendrait compte. J'en profite pour annoncer que pour 2014, DCDL pourrait retrouver une seconde jeunesse : on aimerait relancer la machine en invitant des amis, artistes et autres types intéressants à nous concocter des playlists mixées. L'objectif, c'est de proposer un panel extrêmement varié de musiques étranges à écouter facilement. Sans se prendre la tête.

Bonne année à tous et bonne lecture.


50 The National - Trouble Find With Me (sad-rock)

Ce nouvel album est encore une fois très beau. Malgré ça, je suis à l’écoute de cet article de Slate pour qui The National est un groupe un peu dégoûtant. C’est vrai, Trouble Find Me me touche beaucoup (raisons pour laquelle je le cite), mais l’émotion qu’il provoque, je la trouve un peu répugnante, complaisante, petite-bourgeoise... Mais quand même c’est émouvant... bien qu'un poil pathétique... et ainsi de suite et ainsi de suite.




49 Le1f - Tree House (cloud-rap)

Drôle d’année hip-hop me concernant, difficile de faire le tri entre grosso modo une dizaine de disques que je trouve d’intérêt équivalent. Plutôt que les réussites molles (Drake, Danny Brown) ou les beaux gestes qui éreintent mes oreilles (Kaaris, Kanye West, Run The Jewels), j’ai préféré mettre en avant les réussites mineures, imparfaites et attachantes. Le1f, par exemple, m’a fait un très bel effet avec son cloud rap tendance queer parano. Franchement très sympa.



48 Darkside - Psychic (electro-pop lascive)

Le cas de Nicolas Jaar divise pas mal. Moi je reste centriste : producteur doué, singulier mais quand même un poil chiant et poseur. Psychic, c’est en fait le disque que j’adore faire partager à des personnes pas trop aventureuses : c’est quand même super bien foutu, ça demeure plutôt intéressant et original, et ça répond en même temps à des critères assez simples d’accessibilité – des belles mélodies, un son bien rond et coloré, quelques rythmiques clinquantes. Dans le même genre (« bonne musique pour les nuls »), j’aurais aussi pu citer Axel Boman, qui vulgarise bien la house cool.


47 Ducktails - The Flower Lane (indie-pop)

J’ai toujours eu pas mal d’affection pour la musique de Matt Mondamile, que ce soit avec Real Estate ou Ducktails. Ça continue avec Flower Lane, qui délaisse un peu les guitares pleines de réverb’ pour aller du côté de Kaputt de Destroyer. Et comme d’hab, sans être génial, c’est réussi, les arrangements sont pertinents, les compos convaincantes. En un mot, c'est bien.





46 AlunaGeorge - Body Music (r’n’b)

Je sais bien que le r’n’b d’AlunaGeorge est beaucoup moins racé que celui de Kelela, mais la vérité de la bagnole est là : en faisant le malin vitres ouvertes ou en filant droit sur l’autoroute, Body Music me comble de bonheur. Et d'ailleurs même en dehors de ce contexte, ce disque a été mon plaisir facile de la fin d’été. No shame.





45 Cream Juice - Man Feelings (voir ci-dessous)

Je vous un culte au webzine Tiny Mix Tapes qui me fait découvrir tant de choses improbables. J’adore entre autres leurs descriptions stylistiques qui aiguisent toujours ma curiosité. Pour Man Feelings, ils disent : «music vs taxidermy, life-scrobble, surf, death lounge, spleen of consciousness ». Ça ne dit apparemment pas grand chose de sensé, mais quand on écoute le grabuge que fait Cream Juice, on se dit qu’on ne pourrait pas mieux résumer l’engin.




44 Boards of Canada - Tommorow’s Harvest (downtempo)

Eh, que voulez-vous, Tommorow’s Harvest a beau être trop autoréférencé et beaucoup trop inégal (en particulier sur un début d'album bien poussif), on parle quand même de Boards of Canada. Donc la magie prend, partiellement certes, mais elle prend.







43 Milk Music - Cruise Your Illusion (indie-rock)

Moi je range Sebadoh au placard, j'écarte de la course le pénible Kurt Vile et je pousse à la place les jeunes crasseux de Milk Music. Putain, ça fait du bien ces guitares salaces et cette voix complètement hors de contrôle. Et le chanteur n’a paraît-il jamais eu d’ordinateur ! (#authenticité)






42 Anton Serra - Frandjos (rap)

Désolé mais en rap français, je suis plus l’Animalerie que Booba ou Kaaris. Provincial blanc de classe moyenne, c’est aussi plutôt mon profil sociologique. Du coup Anton Serra ça me parle : des textes malins, des instrus chiadées et un bon petit univers artistique qui mérite le respect.






41 Eleanor Friedberger - Personal Record (indie-pop)

Ça se confirme, j’aime Eleanor Friedberger en solo avec la même intensité que je déteste les deux Fiery Furnaces ensemble. Peut-être parce que le ratio sérieux / burlesque s’est inversé, et qu’en solo Eleanor n’a plus d’autre choix que d’en dire un peu plus sur elle (comme le titre du disque l'indique).






40 Pissed Jeans - Honeys (punk)

Des blaireaux ultra charismatiques qui font beaucoup de bon bruit. Honeys donne envie de botter des culs, juste pour rigoler. D’ailleurs, je repense à ce clip génial où un patineur fait une choré sur du garage-punk.







39 Mendelson - Mendelson (chanson française)

Bien sûr ce triple-album s’accepte ou se refuse en fonction de son état d’esprit. Trop long, trop noir, trop monotone pour être écouté tous les jours. C’est vrai qu’il m’a dégouté à certains moments : jusqu’où peut-on aller dans cette posture autosatisfaisante de chanteur affecté ? Quand l’orchestration et le texte ne marchent pas, ça ne pardonne pas. Et puis d’autres fois, je me prend au trip, c’est le grand vertige.




38 The Meets - It Happens Outside (free-music)

Il est particulièrement difficile de décrire ce qu’on entend ici. Je pense pas mal à The Books, à Tortoise, mais dans une version hallucinée. Une vingtaine de musiciens participent à ce projet, ils enregistrent leur petite séquence et ensuite tout est découpé, mixé et malaxé par un certain Brandon Locher qui organise la dérive, rajoute quelques scratches et quelques éléments électroniques. Au final, ça rend un sacré bordel particulièrement réjouissant.



 
37 Orval Carlos Sibelius - Super Forma (pop, prog-rock)

En matière de pop psychédélique, non non, j’ai beau chercher, il n’est rien sorti de meilleur cette année. Ni Foxygen, ni Jacco Gardner, ni même les Flaming Lips. Ok, j’adore aussi les Italiens de Dumbo Gets Mad, mais on me pardonnera bien de privilégier le made in France.






36 Cornelius - NHK (Design Ah!) (micro-pop)

C’était le meilleur destin possible pour ce grand agitateur japonais des années 2000, devenir un invisible musicien transdisciplinaire. Son dernier petit disque est un bricolage théorique passionnant, entre jingles de pub, décoration d’expos et pop enfantine. Avec ce « truc », j’aime Cornelius plus que jamais. Ces japonais sont fous (j’ai aussi été fasciné par l’album délirant de le star j-pop Kyary Pamyu Pamyu).




35 Jenny Hval - Innoncence is Kinky (experimental rock, spoken world)

Un album à retourner dans tous les sens, un songwriting malade, une voix caméléon et des musiciens sérieusement engagés dans l’expérimentation. Bref, c’est pas simple à la première écoute, mais c’était un peu Michael Gira, Pj Harvey et Björk coulés dans un même corps, donc ça vaut le coup.






34 Arca - &&&&& (abstract hip-hop)

Un beatmaker à suivre de très près. Cette année il a fait parler de lui avec ses prods pour Kanye West et la prometteuse FKA Twigs, mais c’est encore en solo que je le trouve le plus passionnant. Ce gars arrive à sonner vraiment futuriste en ressuscitant un genre complètement dépassé, le glitch-hop à la mode il y a une dizaine d’années. Un nom à retenir.





33 Fear of Men - Early Fragments (indie-pop)

Early Fragments est un mini-lp twee-pop avec quelques touches de Cranberries. Ça fait pas forcément rêver, dit comme ça, mais ça m’a touché en plein cœur. Juste des très bonnes chansons, une chanteuse mignonne et des textes saisissants. Pas besoin de s'embarrasser de plus pour ce genre de musique.






32 Gardland - Syndrome Syndrome (techno)

Une belle preuve de santé de la techno mondiale. Ces deux Australiens débarque avec un CV vierge, bombarde un disque énorme sur un label pas forcément spécialisé, et l’accueil critique est juste poli. Ben oui, il y a eu tellement de grands disques techno ces dernières années que celui-ci passe un peu inaperçu. En tout cas, avec sa musique noire et imprudente, Gardland m’a mis à moi une belle claque.




31 Fire Orchestra! - Exit (free-jazz, blues-rock)

31 musiciens autour du saxo de Mats Gustaffson pour deux longs morceaux enregistrés live. En gros, c’est 50% de free-jazz et 50% de psyché rock, avec les voix de Wildbirds & Peacedrums et Loney, Dear. Et franchement, ça dépote.







30 Various - Livity Sound (bass music)

Après une dizaine d’écoutes de cette double compilation, je ne sais toujours pas quoi en penser. Je ne sais pas si Peverelist et ses copains font une musique trop futuriste ou trop cheap, je ne sais pas si ça tient du pur génie ou à l’escroquerie la plus simple (et d’ailleurs d’un morceau sur l’autre je change d’avis), mais quand même, je retiens que cette bass music possède une formidable force d’attraction, ce qui n’est déjà pas rien.




29 Dirty Beaches : Drifters / Love Is The Devil (post-punk, ambient lo-fi)

Wow, du post-punk lo-fi, en général ce que je rechigne à écouter. Sauf que pour une fois, ça a du sens d’enregistrer dans la cave. Avec sa première face angoissée et sa seconde en quête d’apaisement, Drifters / The Is The Devil est un disque difficile et pourtant bien jouissif.






28 Autechre - Exai (IDM)

Je ne vais pas faire le coup du « Autechre qui a toujours dix ans d’avance sur tout le monde ». Au contraire, Exai me semble assez peu ambitieux. Il cherche son passé, discourt sur les musiques de son temps, digresse sans toujours savoir où il va. Et ce n’est pas grave, ça rend la chose un peu plus humaine, un peu plus vivante. Peut-être une forme très rentrée de crise de la quarantaine.





27 The Pastels - Slow Summits (indie-pop naïve)

Qu’est-ce qui a changé pour les Pastels depuis la fin des années 80 ? Rien, rien du tout. Même musique, même esprit. Slow Summits pourrait avoir la fraîcheur d’un premier album, il a la fraîcheur d’un retour inespéré. Et il contient certaines des meilleures chansons du groupe écossais.






26 The Underachievers - Indigoism (East Coast rap)

Même si j’entends bien les critiques sur la nouvelle clique de « revivalistes » newyoarkais, je vois quand même les Underachievers comme beaucoup plus malins qu’un Joey Bada$$ par exemple. Indigoism, c’est une tape qui déchire de bout en bout, des instrus énormes et des postures de MC carrément cool. Je peux pas pinailler avec ça.





25 Justin Timberlake - The 20/20 Experience (pop mainstream, soul)

Cet album aurait été un « all time classic » s’il était sorti il y a cinq ans. En 2013, ça sonne comme un egotrip assez pompeux, aux sonorités quand même bien datées. C’est ce qui rend ce disque si attachant : Justin cesse d’y être un mec parfait et s’y dévoile comme un romantique un peu faiblard, comme un artiste ambitieux mais pas si pertinent que ça. Il y a quelque chose du loser attachant dans The 20/20 Experience. Justin pourrait presque devenir mon pote.




 24 Dadub - You Are Eternity (dub-techno, ambient)

En plus d’être le meilleur disque dub-techno de l’année, You Are Eternity peut également se lire en creux comme un immense disque ambient-noise. Une telle maîtrise des fréquences basses et des atmosphères menaçantes, c'est énorme.







23 The Cyclist - Bones in Motion (électronique lo-fi, disco-punk)

Avec Actress, Laurel Halo, Dean Blunt, James Ferraro et tous les autres, on voit bien l’esthétique lo-fi qui se dégage des avant-gardes anglosaxonnes actuelles. The Cyclist, c’est un peu la réponse funky à ces gens très cryptiques. Avec un même son plein de craquements, de souffles et de basses riquiquis, The Cyclist cherche au contraire à faire une musique fun, lumineuse et sans discours sous-terrain. Grosse réussite très éclectique. C'est ce un peu ce qu'aurait pu devenir Caribou s'il avait réussi son coup.



22 Mohammad - Som Sakrifis (doom, modern-classical)

À écouter dans des conditions précises et austères, sur une belle sono, seul et sans beaucoup de lumière. Alors on se prend une claque magistrale. La composition de ce trio est étonnante – violoncelle, contrebasse et oscillateur –, le résultat est inédit. Du Béla Tarr en musique, tout simplement.






21 SHXCXCHCXSH - STRNGTHS (techno)

Malgré la grosse densité d’excellents disques techno sortis cette année, STRNGTHS restera mon number one. Une leçon de bestialité donnée à un milieu clairement menacé par le culte du sound design.







20 Huerco S. - Colonial Patterns (abstract techno)

J’y retrouve mes amis, les premiers disques d’Autechre et plus récemment de Shed. Des rythmiques concassées au profit d’une électronique rongée par la nostalgie. C’est très très beau.








19 Bill Callahan - Dream River (folk)

Plus il avance, plus Bill Callahan est tranquille. Dream River est antispectaculaire au possible, le truc n’est pas fait pour être écouté qu’une fois, à la recherche de la mélodie qui tue ou de l’arrangement qui t’accroche par le col. Dream River se découvre lentement, se savoure sur la durée, et au bout du compte, Callahan est encore le seul de sa génération parmi les géants.





18 Dj Koze - Amygdala (micro-house, electro-pop)

Je me fais souvent la remarque que l’humour et la légèreté n’ont que trop peu de place dans les musiques respectées. Avec Dj Koze, on a le rare contre-exemple d’un gars aussi exigeant dans son travail créateur que rigolo dans l’expression de son art. Amygdala fourmille de détails remarquablement précis et d’un caractère presque comique. C’est frais, coloré, enchanteur, et pas le moins du monde facile ou vulgaire.




17 Yo La Tengo - Fade (indie-pop)

J’ai cru que c’était la fin pour YLT, leurs deux derniers albums étant quand même bien moins inspirés que d'habitude. Heureusement, Fade renoue avec leur indie-pop déchirante des 90’s : moins de variété et d’exercices de style, mais plus de riffs tueurs et de lignes de voix approximatives. 1994 comme si vous y étiez.






16 James Holden - The Inherritors (krautrock, techno)

S’il y en un que j’attendais pas dans ce top, c’est bien James Holden. Le lyrisme « trancey » était pour moi mort et enterré depuis ma post-adolescence. Et chose incroyable, James Holden arrive à le faire revivre en moi. Le type a fait des progrès colossaux et est devenu tellement fort qu’il pourrait je crois me faire gober n'importe quoi.





15 Circuit Des Yeux - Overdue (folk, noise-rock)

Haley Fohr sort de l’ombre. Activitiste DIY depuis un paquet d’années, cette chanteuse d’ « apocalyptic folk » sort avec Overdue son premier album correctement enregistré et raisonnablement construit. Tout de suite, ça a plus de gueule. On pense simultanément aux Swans, à Smog et à Nico. C’est un album vraiment bluffant que les fans de Lydia Lunch ou Jarboe ne peuvent qu’adorer.




14 Laurel Halo - Chance of Rain (microhouse, darkwave)

Dieu sait que j’ai littéralement haï ses premiers singles et son Quarantine sorti l’an dernier. Et d’ailleurs, même rétrospectivement, je ne comprends toujours pas ces disques-là. Mais Chance of Rain me fait rêver. De la techno de poche, de la micro-house insolante, du jazz joué par des robots programmés à l'arrache, je sais pas ce que c’est, mais ça tourne chez moi en boucle depuis un paquet de temps.




13 Dawanggang - Wild Tune Stray Rythm (folklore chinois)

J’ai eu beaucoup de chance de tomber par hasard sur ce disque chinois, le premier du musicien Song Yuzhe à franchir les frontières européennes. J'y connais rien à cette musique : cela semble être un mélange de folklores chinois variés et de musique d'avant-garde. En tout cas c’est génial, et beaucoup d’amateurs de noise-rock, d’ambient ou de jazz bizarre y trouveraient sans problème leur compte.




12 Nick Cave & The Bad Seeds - Push The Sky Away (Nick Cave)

Après écoute et réécoute complète de toute sa discographie, je pense que Push The Sky Way est tout simplement le plus beau disque de Nick Cave, celui arrangé de la manière la plus subtile et la plus adéquate au style toujours plus classe et inimitable du grand Nick. Un disque qui va forcément bien vieillir (ce qui n’est en général rarement le cas avec lui).





11 Dj Sprinkles - Queerifications & Ruins (deep-house)

Un mix fabuleux et une méga compil’ de remixes : l’année a encore été pleine pour Terre Thaemlitz. Queerifactions & Ruins enfonce peut-être des portes ouvertes mais on s’en fout, cela permet de densifier encore un peu plus l’oeuvre de ce génie brut de la deep-house. Cette collection de remixes est merveilleuse, point barre.





10 The Drones - I See Seaweed (folk-rock, punk-blues)

J’ai eu un énorme coup de foudre pour ce disque enflammé comme du Arcade Fire, écrit et chanté comme du Neil Young et exécuté avec la maîtrise de Led Zeppelin. Ce truc me prend à la gorge de la première seconde à la dernière.






 
9 Graham Lampkin & Jason Lescalleet - Photographs (musique concrète, électro-acoustique)

Un disque-expérience réorchestrant fragments de mémoire et field recordings enregistrés par Lampkin et Lescalleet au cours de leur vie. Le reflet rendu est déroutant, l’intime et le naturel deviennent fantastiques au contact des machines des auteurs. C’est passionnant, profondément enrichissant, mais bien sûr très aride et même un peu dérangeant.



 

8 Oneohtrix Point Never - R Plus Seven ( :-s )

Même si j’aurais des petites bémols à apposer, rien à faire, Oneohtrix Point Never reste un maître à penser. La cohérence entre le fond et la forme, le sonore et le visuel n’est plus à démontrer, et cette cohérence est devenue tellement évidente qu’R Plus Seven s’est carrément transformé en objet pop. Un objet pop qui donne en plus envie d’écrire des thèses.





7 Stara Rzeka - Cień Chmury Nad Ukrytym Polem (space-rock)

Un petit délire maison à l’ancienne, du space-rock polonais à l’imagination illimitée, qui sans aucune gène mélange black metal, post-rock, dark-folk et krautrock électronique. Et le pire c’est que ça tient la route (et que c’est magnifique).






 
6 The Necks - Open (ambient, jazz, minimalisme)

Un morceau-disque de près de 70 minutes qui confirme la suprématie de The Necks en matière de jazz minimaliste. Ce morceau avance méticuleusement, à pas de fourmi, vers une conclusion merveilleuse. Une émotion miraculeuse avec si peu de choses.






5 Dj Rashad - Double Cup (juke, ghetto-tech)

Bonne nouvelle de l’année 2013 : la juke refuse d’être une passade. Les pionniers sont de sorties ; RP Boo est excellent, quant à Dj Rashad, il dépasse toutes mes espérances. Sur Double Cup, il est vraiment hallucinant, de plus en plus virtuose à la composition, de plus en plus accessible et groovy et toujours aussi authentique et salement ghetto au fond de lui. On est gagnants sur tous les plans.





4 Jessy Lanza - Pull My Hair Back (r’n’b, electro-pop)

Jessy Lanza a brisé mon petit cœur en mille morceaux. Pull My Hair Back dégage en moi trop d’émotions. Son petit r’n’b nerdy est trop intime pour danser franchement, trop sexy pour rester de marbre (c’est bizarre, cet entre-deux, presque inconfortable). Le coup de grâce, c’est Jeremy Greenspan de Junior Boys qui le porte avec sa production irrésistible. C’est vraiment le son dans lequel j’ai envie de me blottir pendant des heures. Et je le fais, d’ailleurs.




3 Peter Brotzmann : Long Story Short (free-jazz, musique expérimentale, world)

Je ne l’ai honnêtement découvert que cette année. Peter Brotzmann est paraît-il un gourou du free-jazz européen depuis les années 60. Il est tellement énorme qu’en 2011, l’Unlimited Festival autrichien lui a consacré entièrement sa programmation pendant 4 jours. Brotzmann y a invité qui il voulait et a joué comme il le voulait. Long Story Short est une compilation en 5 cds de ce qui s’est déroulé pendant ce festival : de la pure folie. Donc, pour résumer, Long Story Short, c’est environ 400 minutes de musique live entièrement improvisées où se croisent des dizaines de musiciens occidentaux, asiatiques et africains. C’est impossible à digérer en une fois, ni même en dix, ni même en cinquante. Il se passe trop de trucs, ça vrille le cerveau en beauté. Ce qui est sûr par contre, c’est que ce n’est pas de la branlette, cette musique est trop corporelle, trop libre et ouverte pour être absconse. Et j’y ai entendu des choses que je n’avais jamais entendues ailleurs, que je n’avais jamais osé imaginer et qui sont très très impressionnantes. Rien que pour ça, le jeu en vaut la chandelle.


2 I Am The Center - Private Issue New Age Music in America 1950 - 1990 (new-age, ambient, folk-prog)

C’est là que faire une compilation devient réellement un acte noble, salutaire, quand cela questionne notre histoire collective. Cette compilation-là, c’est une révolution de tout un pan de mon imaginaire. Je ne connaissais pas un artiste parmi les 20 présentés dans I Am The Center (sauf Gurdjieff pour son œuvre ésotérique). Et aujourd’hui je les aime tous. Le courant New Age a autour de moi toujours été moqué ou à la limite apprécié avec une pointe d’ironie, même depuis que des contemporains comme Oneohtrix Point Never ou Leyland Kirby l’ont remis au goût du jour. La musique new age que j’écoute dans cette compilation, pourtant, je l’aime sincèrement, profondément, sans rien d'autre de ressenti que de l'admiration béate.


1 Julia Holter - Loud City Song (art-pop)

Si un album sorti cette année devait représenter l’ensemble de ce que j’aime en musique, ça ne pourrait être que celui-là. Loud City Song est à mon avis à l’exact point d’équilibre entre ma soif de découverte et mon besoin hédoniste de plaisir simple. Loud City Song est et restera toujours un vrai album de pop, avec ses mélodies qui me font sourire et celles qui me bouleversent. Mais en plus de ça – et je dis bien « en plus »–, il est un album qui m’ouvre des portes, qui explore des horizons que je connais mal jusqu’à me les rendre familiers. C’est à la fois peu de choses et c’est énormément, tout ça réuni en si peu de temps, en si peu de chansons. C’est un petit disque dont la portée en moi est infinie.